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Aumônier de la Reine Marie-José d’Italie : un aventurier de Dieu

Jules Detry

Jules DETRY, diplômé en théologie de l’Université de Louvain, ordonné prêtre à Louvain le 21 septembre 1941, Chanoine dans l'Ordre des Chanoines réguliers du Grand-Saint-Bernard, aumônier de S.M. La Reine Marie-José d’Italie de 1955 à 1980, officier de marine sur les bateaux de la Red Star Line explorateur et ethnographe, directeur général des Stations de Plein Air de l'Abbé Froidure en tant que Résistant en Belgique lors de la Seconde guerre Mondiale, journaliste, correspondant de journaux dont Le Courrier de Genève (sous le pseudonyme de Bernard Dupierry), de la Gazette de Lausanne, de la Tribune de Genève notamment conférencier et chroniqueur radio notamment sur Radio Lausanne, chargé de mission en Belgique aux Relations culturelles à Genève et à l’Institut universitaire des Territoires d’Outre-Mer, photographe, cinéaste, sportif dans près de dix disciplines et champion de boxe de Belgique dans la catégorie poids mi-lourd, membre de la Société botanique Zooléo et de Zoologie congolaise, né à Woluwe-Saint-Pierre le 11 décembre 1905 et mort à Martigny dans la nuit du 23 au 24 mars 1980. Chevalier de l’Ordre royal du Lion, officier d’honneur de l’Ecole militaire de Haute-Montagne, médaille d’argent de la Reconnaissance nationale belge, médaille de la Résistance.

Un athlète en devenir

Jules Detry n’est pas le premier chanoine que donne la famille Detry au cours des temps, et ce dès le XVIIIe siècle. Il est le petit-fils d'un autre Jules Detry (1846-1919), ingénieur, directeur de la Société des Glaces d'Auvelais et inventeur. Par sa grand-mère paternelle, Jules est en outre un descendant de Thomas Bonehill, ingénieur métallurgiste célèbre du Hainaut. Éduqué dans un collège privé en Suisse, Jules est un sportif hors pair pratiquant une dizaine de disciplines, aux rangs desquels l'aviation, l’équitation, la course automobile, le ski, la natation, le patin à glace, le jiu-jitsu, le football, le cyclisme, la boxe et l'alpinisme.

Avec Dieu mais sans son père

Dès 1929, il entreprend des études de marine et est élève officier dans la Royal Navy. Revenu en Belgique, il suit des cours de pilotage auprès de la SA d’Exploitation et de Représentation d’Aéronautique (AERA) à Deurne, dont les activités sont déplacées au Zoute en été où ses parents sont propriétaires d’une grande villa sur la digue dotée d’un tennis et de 4 garages pour les voitures de sport familiales. Survolant le Grand-Saint-Bernard à bord d’un avion de tourisme qu’il pilote, l’appel des lieux et de Dieu se fait pressant et il déclare « c’est ici que je ferai ma vie ». Cela contre l’avis de son père, industriel libéral convaincu qui, furieux de ce choix de vie, le prive d’ailleurs d’une grande partie de son héritage, créant un fonds à l’Université Libre de Bruxelles.

Mobilisé en octobre 1939, il rejoint la Belgique pour un stage d’aviation militaire, et obtient l’autorisation de suivre les cours de l’Université de Louvain. Il entre au Collège américain de ladite université, et du 1er octobre 1939 au 30 septembre 1940, est inscrit à la Schola Minor de la Faculté de Théologie. Il prononce ses vœux perpétuels le 17 juillet 1941 et est ordonné prêtre le 21 septembre. Il entre aux Stations de plein Air de l'abbé Froidure, dont il assume la direction générale lors de l'arrestation de ce dernier, et est un résistant fort actif. Il reçoit la Médaille de la Résistance, et regagne ensuite la Suisse.

Ethnographe, journaliste, bourlingueur et... royaliste

Passionné d'ethnographie, Jules se rend au Tibet en 1946 et parvient en août 1947 à filmer pour la première fois la danse des lamas, spectacle interdit aux non-Bouddhistes. En novembre 1948, il part en Afrique, au Congo belge. Son objectif : l’ascension du Ruwenzori. Il effectue ensuite un voyage à la rencontre des Pygmées, et enregistre un disque 78 tours sur ce sujet, alors qu'il donne de nombreux entretiens et conférences dans différents pays. Outre ses conférences, Jules Detry photographie beaucoup, et écrit tant pour des journaux que pour des revues spécialisées. Et ce sur divers sujets en ce compris la Question royale en Belgique, car il est un royaliste convaincu et admiratif. En 1951, il est désigné comme chargé de mission de l’Institut Universitaire des Territoires d’Outre-Mer d’Anvers ; il retourne au Congo, où il fait trois ascensions dans les monts de la Lune et réside plusieurs mois dans la grande forêt équatoriale. L'année suivante, il est désigné par le gouvernement belge pour diriger une grande expédition scientifique au Ruwenzori, au Congo belge.

Ses explorations le mènent encore en 1958 au Sikkim et au Népal et finalement en Éthiopie en 1961-1962, où il faillit perdre la vie dans la région du Nil Bleu. De 1951 à 1963, il suit pas moins de quinze cours donnés à l’Institut d’Anthropologie de l’Université de Genève.

Membre d’une foule d’associations culturelles, humanitaires ou sportives

Relever ici toutes les associations dont le chanoine Detry est membre, membre d’honneur ou bienfaiteur, relève du défi. Signalons-en seulement quelques-unes au rang desquelles : membre correspondant du Musée de l’Institut d’Ethnographie de Genève, membre d’honneur de la Société Royale de Géographie d’Anvers, correspondant du Musée du Congo belge à Tervueren, membre du Comité de gestion de Caritas catholica, délégué officiel des Evêques de Belgique auprès du Ministère du Ravitaillement, membre du Comité international de la Croix-Rouge, membre du Groupe de Vandoeuvres à Genève réunissant des experts de l’ONU, l’UNESCO, L’OMS, le BIT et le Comité international de la Croix-Rouge, membre d’honneur des clubs alpins belge et français, membre et juge d’épreuves du Cercle hippique de Gen ève qu’il dote du « Challenge Jules DETRY » etc.

Il meurt en 1980 et est inhumé au cimetière de Martigny dans la chapelle-caveau des Chanoines du Grand-Saint-Bernard.

Galerie de photos et de documents


Mission-Thibet, « Jules Detry », sur mission-thibet.org ; « 2008/1  », sur www.gsbernard.ch; « À la mémoire du chanoine Jules Detry  », sur mission-thibet.org ; Jules Detry, « Le Rouwenzori, monstre précambrien », Le Globe. Revue genevoise de géographie, vol. 92, n° 1, 1953, p. 23–24 ; « Chanoine Jules Détry, Grand-Saint-Bernard », 1954 ; « Chanoines au Tibet », rts.ch, 2016 ; « Chanoines au Tibet », rts.ch, 2013 ; Jules Detry, « Les Pygmées de la grande forêt équatoriale de l'Ituri », Le Globe. Revue genevoise de géographie, vol. 94, n° 1, 1954 ; Philippe-Edgar Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, Namur, 2015, pp. 161-188 ; Le Moustique, 5 juin 1934 (avec photo) ; H. Haag, Rien ne vaut l’honneur : l’Eglise belge de 1940 à 1945, Bruxelles,1946, p. 102 ; Terre d’Ons, 14 octobre 1950 ; Le Soir illustré, 10 décembre 1950 ; Pourquoi Pas, 15 décembre 1950 ; J. Herbert, Introduction à l’Asie, Albin Michel, 1960, pp. 231, 319 ; L. Lachenal, Carnets de vertige, 1977 (verbo Detry) ; M. Lengereau, Sécession « manquée » : recherche sur les rapports entre la France et le val d’Aoste 1943-1952 d’après les documents d’archive français inédits, 1984, p. 38 ; J. Rime, Le baptême de la montagne. Préalpes fribourgeoises et construction religieuse du territoire (XVIIe-XXe siècles), Neuchâtel, 2021, p. 443.


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