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Docteur en médecine UCL, médecin pour l’aide médicale aux missions pour la compagnie du chemin de fer du bas-Congo au Kantanga

Octave Detry

Octave Detry, docteur en médecine, chirurgie et accouchements de l’Université catholique de Louvain, diplômé médecin colonial à l’École de Médecine Tropicale de Bruxelles, médecin-chef de service des Hôpitaux au Congo belge, lieutenant médecin de réserve au Corps médical et aux centres de recrutement de l’Armée belge (XVe CRAB) en 1940, chevalier de l’Ordre de la Couronne, chevalier de l’Ordre de Léopold, né à Baulers le 21 décembre 1898, et mort à Etterbeek le 12 octobre 1985, époux de Marie-Gabrielle van Hagendoren, née à Hoegaarden le 20 février 1906, décédée à Schaerbeek le 2 novembre 1989.

Une éducation attentive

Octave Detry a 29 ans lorsque son père, Justin (1857-1928), ingénieur des Arts et Manufactures, du Génie civil et des Mines de l’Université catholique de Louvain, directeur de service à la Société nationale des Chemins de Fer belges, décède. Sa mère, Adeline Gérard (1860-1926) est décédée deux ans plus tôt mais a été attentive à l’éducation de ses cinq enfants. Fille du bourgmestre de Warisoulx, elle est issue d’ancêtres qui essaiment dans le Namurois notamment dans les familles de Savoye, Bivort, Manderbach, Wasseige, Fallon etc mais elle compte encore une ascendance Dautrebande qui donne un avocat au Grand Conseil de Namur et bourgmestre de Huy, et un brasseur à Namur, maître de forges à Moulins et seigneur de Senenne, Grange et Anhée. Elle est également issue de la famille de Becquevort qui compte plusieurs alliances avec la famille Detry dans laquelle elle entre par son mariage.

La mère d’Octave a le bonheur avant de mourir de voir son fils diplômé médecin, malgré une année redoublée. Octave n’a pas remporté de grade, a réussi « avec satisfaction » et ses examens qui au regard des thèmes évoqués plus tard dans son dossier colonial, ne manquent toutefois pas de diversité et de difficulté d’études : la pathologie et la thérapeutique générales, les éléments de pharmacologie et la pharmaco-dynamique, l’anatomie pathologique, l’hygiène publique et privée et en outre deux épreuves pratiques consistant en démonstrations macroscopiques et microscopiques d’anatomie ainsi qu’un examen sur les éléments de bactériologie et une épreuve pratique de clinique propédeutique. Elles ont été suivies des matières portant sur la pathologie médicale et la thérapeutique spéciale des maladies internes y compris les maladies mentales, la pathologie chirurgicale générale et spéciale ; de plus, il a satisfait sur les matières suivantes : la théorie des accouchements, la médecine légale, l’ophtalmologie, la gynécologie, la clinique médicale, la clinique chirurgicale, la théorie et la pratique des opérations chirurgicales, la clinique ophtalmologique, la clinique obstétricale, la clinique gynécologique, la clinique des maladies infantiles, la clinique oto-rhino-laryngologique, la clinique dermatologique, la clinique syphiligraphique, la stomatologie, avec en outre une épreuve pratique consistant en démonstrations d’anatomie des régions. C’est le Père Ladeuze qui le 17 octobre 1924 atteste de son cursus.

L’École de médecine Tropicale de Bruxelles

En 1926 et 1927, le docteur Detry suit les cours de l’École de médecine Tropicale de Bruxelles en vue d’obtenir le diplôme de médecin colonial. Son directeur Alphonse Broden (1875-1929), fondateur de la Société Belge de Médecine Tropicale dont un mémorial est inauguré en 1937 en présence du cousin de Octave Detry, René-François Detry, directeur général des Colonies et président-fondateur de la Loterie Coloniale [1], atteste sa réussite et rappelle lui aussi les diverses disciplines suivies : l’hygiène coloniale, l’hématologie et la pathologie exotique, l’entomologie médicale, la technique microscopique, la bactériologie, l’helminthologie, la protozoologie pathogène de l’homme et des animaux domestiques et la clinique des maladies des pays chauds.

Lieutenant médecin de réserve au 4e Corps médical en 1926, il est dès le mois de mars 1927, jusqu’en octobre 1928 puis de septembre 1929 à mars 1931, médecin au service de l’aide médicale aux Missions et à la Compagnie du Chemin de fer du Bas-Congo-Kantanga. Dans son édition du 5 mars 1927, le journal « Vers l’Avenir » relève que « parmi les partants pour le Congo à bord du Thysville, le 5 mars, se trouve Monsieur le docteur Detry, de Spy, engagé à l’initiative de « l’Aide médicale aux Missions » par la Mission du Kwango (Pères Jésuites). Il desservira les services médicaux et sanitaires de cette Mission ». En 1927, ce sont les journaux « La Libre Belgique et « Le Vingtième siècle » qui en mai évoque le rôle rempli par les Missions : « Dans la région de Kisantu, l’examen antitrypanosomique de toute la population a été fait comme les années précédentes. Dans la région de Lemfu, il a été fait par le docteur Detry attaché à la Mission du Kwango, assisté par les Missionnaires ».

Ensuite d’avril 1931 à novembre 1934, Octave Detry exerce en Belgique. Marié à Marie-Gabrielle dite Gaby van Hagendoren, fille d’un brasseur, distillateur et propriétaire d’Hoegaarden dont la famille donne à cette ville des échevins dès le XVIIe siècle, il embarque depuis Anvers avec elle, comme médecin de 2e classe hors cadre en novembre 1934. Il est ensuite désigné pour le Service de l’Assistance Médicale Indigène (SAMI) du territoire de Kibuye (Rwanda) en janvier 1935 où il remplace un médecin en congé en Europe.

Une tempérance irréprochable

C’est sous le vocable d’une « tempérance irréprochable » qu’Oscar Detry est décrit par le docteur Fontana, « notes biographiques » visées par Eugène Jungers (1888-1958) [2] alors gouverneur du Ruanda-Urundi de 1932 à 1946, dans un rapport le concernant dressé le 22 septembre 1936. Il y est mentionné que son activité et ses aptitudes sont « grandes », que sa conduite générale et sa santé sont » très bonnes », que son autorité morale sur les blancs et les indigènes est « grande », et qu’il est « un jeune médecin dévoué et actif qui a assuré le service de l’assistance médicale indigène d’un secteur particulièrement difficile dans des conditions d’inconfort notable. Plein de bonne volonté, s’y est montré très méritant ». Il est toutefois précisé, mais n’est-ce pas normal à 37 ans après seulement dix ans d’expérience, que « son habilité professionnelle est en progrès ». D’autres rapports précisent qu’il dispose d’un jugement « sain », que son éducation est « très bonne » mais aussi que son caractère « droit » est « impulsif et inégal ».

En 1937, il est désigné pour diriger et organiser l’hôpital de Ngozi et inspecter les dispensaires du nord-est de l’Urundi. Entre 1935 et 1938, Octave Detry et Gaby van Hagendoren ont trois enfants, Monique (1935-2021) née à Astrida (Rwanda-Urundi), artiste céramiste à laquelle une notice est consacrée, Alphonse (1937-2022), né à Hoegaarden, qui sera commandant au régiment Para-commando puis major aux troupes du service médical à Cologne, qui avec son épouse Marie-Thérèse Thiry assure à cette branche une descendance du nom, et Chantal (1938-1990), née à Ngozi (Burundi) alors que son père y dirige l’organisation hospitalière et l’inspection des dispensaires dans le Nord Urundi (Ngozi et Muhinga). Chantal Detry, comme sa sœur Monique, demeurera célibataire.

Le kiswahili : dialecte qui favorise le contact entre le docteur Detry et ses patients

Le docteur Detry effectue plusieurs termes en Afrique avant et après la guerre et le 7 février 1940, il est rapatrié avec le comte de Hemricourt de Grunne, capitaine de la Force publique « pour raison de santé » par le paquebot Léopoldville » qui quitte Banana. Mobilisé le 10 mai, il est au Centre hospitalier de Middelkerke comme lieutenant médecin de réserve au Corps médical et aux centres de recrutement de l’Armée belge (XVe CRAB) puis part en France, au cantonnement de Saint-Chaptes, dans le Gard. Il est démobilisé le 17 août et dans un formulaire concernant les officiers de réserve qu’il remplit depuis Hoegaarden où il se trouve dans sa belle-famille, il signale que tout renseignement complémentaire le concernant peut être demandé au capitaine-commandant de réserve Guy de Pierpont, avocat à la Cour d’appel de Liège, qui fut chargé du commandement d’un sous-secteur du CRAB.

Une vie médicale dans la brousse

Commence ensuite sa carrière coloniale. Médecin des hôpitaux puis médecin-chef de service des Hôpitaux au Centre médical de Katanda, il exerce ses fonctions exclusivement en zones rurales. Parfois de retour en Belgique, il voyage tantôt sur le « Elisabethville », le « Léopoldville », ou le « Copacabana ». Le bulletin annuel de signalement le renseigne comme ayant de « bonnes puissances » de travail et d’initiative et un « très bon sens » de l’initiative. Il a une manière « déférente » de se comporter à l’égard de la hiérarchie et « bienveillante » vis-à-vis de ses inférieurs. Son autorité morale sur les indigènes est grande et il parle le dialecte indigène « Kiswahili » et a des rudiments de « Kinyaruanda », ce qui assoit son autorité lui qui est décrit comme « s’intéressant avec dévouement aux populations indigènes ».

En 1948, il assure « depuis 3 ans avec dévouement » le service médical du territoire et la prospection du Cercle de Tshofa (Lubao). L’année suivante, le médecin provincial, le docteur Dehemptinne rappelle son rôle dans une note précisant que « c’est un service purement de brousse qu’il a accompli avec beaucoup de dévouement aux prix de nombreux et inconfortables déplacements ». Le 22 décembre, il sollicite de se faire rejoindre ou accompagner par son épouse et ses enfants et « déclare à cette occasion savoir que la nature de ses fonctions en Afrique l’expose à faire des voyages pénibles et à devoir se contenter de logements de fortune et il prend l’engagement de ne pas se prévaloir de la présence de sa famille pour tâcher de se soustraire à l’exécution des ordres qui lui seront donnés ». Le Régent lui accorde par arrêté du 10 novembre 1949 avec effet au 1er janvier 1947 le grade de Médecin-chef de service des Hôpitaux, sur proposition de Pierre Wigny [3], Ministre des Colonies.

Chevalier de l’Ordre de la Couronne par arrêté du Prince régent du 8 avril 1945, il est nommé chevalier de l’Ordre de Léopold par arrêté royal du 23 mai 1951, et admis à la retraite anticipée le 10 novembre 1952 après avoir fait part d’un état de santé, une vue déficiente à la suite d’un problème congénital aggravé par sa vie en Afrique, qui ne lui permet plus l’exercice normal de sa profession. Il est toutefois pressenti comme » secrétaire provincial », poste qu’il refuse en s’adressant au Gouverneur de la Province du Kasaï le 28 janvier de cette année-là lui précisant « j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que je ne désire nullement être nommé au grade rappelé en marge, ne possédant en aucune façon les qualifications adéquates ». On reconnaît-là une modestie naturelle qui a caractérisé toute sa vie le docteur Octave Detry. Il avait en 1951 sollicité de pouvoir prolonger de quelques mois son service colonial « afin de ne pas interrompre les études de mes trois enfants au milieu de l’année scolaire, eux qui antérieurement ont subi un assez sérieux retard par suite des voyages inhérents à la carrière coloniale ». Il s’éteint octogénaire à Etterbeek le 12 octobre 1985 et son épouse lui survit quatre ans.

Galerie de photos et de documents


[1] Alphonse Broden et René-François Detry étaient de grands amis et les archives familiales conservent des échanges épistolaires entre eux. P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., pp. 589, 605.

[2] Sa petite-fille, Christiane Jungers, fille de Pierre (1920-1977) et de Simone van Lancker épouse François Mélot descendant par les Capelle, de Pierre Bouché (1761-1816), négociant à Namur, et de Marie-Catherine de Try (Detry). P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., p. 265.

[3] Le baron (Pierre) Wigny (1905-1986) épouse Juliette dite Lily Borboux (1903-1985) descendante par sa mère née Juliette de Brabant (1881-1942) de Mme Lambert Lauvaux née Antoinette de Try (Detry) (1735-1816). P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., pp.78-79.


Archives Générales du Royaume, Archives du Service du Personnel d’Afrique, dossier D25067 K4166 ; Le Vingtième siècle, 4 mai 1928 ; La Libre Belgique, 15 mai 1928 ; Vers l’Avenir, 9 février 1925, 5 mars 1927 ; J. Vandervelpen, Stamboom der Familie Van Hagendoren, 1962 ; A. Cornet, Action sanitaire et contrôle social au Rwanda (1920-1940) (verbo docteur Detry), Editions Karthala ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., pp. 518-519 ; Moniteur belge, 6 août 1875, p. 2248 (Justin Detry, père d’Octave) ; Vers l’Avenir, 3 mai 1927 ; Le Vingtième siècle, 5 avril 1928 ; La Libre Belgique, 15 mai 1928 ; Belgian Congo and the United States of America: Directory, 1943, p. 70.


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