« Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre. »
– Antoine Loisel
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Thomas DETRY, négociant, rentier et propriétaire de la ferme de l'abbaye de Malonne à Saint-Amand, propriétaire de chevaux de course, juré pour les Assises du Hainaut en 1843 et 1864, né à Saint-Amand le 29 avril 1810, y décédé le 21 avril 1884, épouse en 1) à Saint-Amand le 15 juin 1831 Ermeline DEHUT, né à Saint-Amand le 20 février 1811, y décédé le 3 mars 1857, fille de François-Joseph et de Claire Waterlot, épouse en 2) à Saint-Amand le 27 octobre 1869 Célina dite Aline BOUFFIOU(L)X, née à Saint-Amand le 9 mai 1850, décédée après 1900, fille de Joseph, cultivateur, propriétaire d'une fabrique de tabac, échevin de Saint-Amand, et de Pauline (de) Brigode.
Thomas Detry vit dans une réelle aisance, malgré sa nombreuse famille composée de neuf enfants nés de deux lits, et est indiscutablement un fermier propriétaire respecté dans sa commune. Agriculteur dans la ferme familiale, il est aussi propriétaire de chevaux de course qui concourent notamment aux courses de Spa, et ce dès 1845. Il est aussi désigné à plusieurs reprises comme juré pour la Cour d'Assises du Hainaut. Il vend du bétail et des récoltes en 1869 : « 11 beaux chevaux et poulains et 31 bêtes à cornes de première qualité » ainsi que « 9 hectares 29 ares 66 centiares d'avoine et 1 hectare 77 ares, 41 centiares de pommes de terre croissant sur Saint-Amand et Fleurus », ou « 17 hectares 80 ares de froment et seigle, croissant sur Saint-Amand, avec pailles ».
Et quand ses biens ou ses animaux sont en danger, c'est la nature profonde du paysan qu'il est, qui se réveille et il n'hésite pas. La presse nous le rappelle au travers d'un incident : « Un incendie a éclaté mercredi soir dans les dépendances d'une des plus belles fermes de nos environs, celle de M. Thomas Detry, à Saint-Amand. Une partie des écuries et de la grange ont été gravement endommagées. On a sauvé tout le bétail ; mais un fâcheux accident a marqué le sauvetage de la dernière pièce. Un veau restait dans une étable dont le dessus était déjà tout embrasé ; personne n'osait essayer de délivrer la pauvre bête. M. Detry, apprenant cela, entre résolument, délie l'animal, le pousse dehors, mais au moment où le courageux fermier voulait sortir lui-même, une masse de bois, tombant de haut, l'atteignit à la tête et lui fit une grave blessure. Nous sommes heureux d'apprendre que les jours de M. Detry, ne sont pourtant pas en danger ». Thomas Detry, par ses affaires agricoles et ses chevaux de course, brasse des sommes d'argent non négligeables, et c'est avec un certain émoi que l'on apprend à Saint-Amand en décembre 1869, qu'un important vol a été effectué à la ferme familiale. L'Echo du Parlement relate que de nombreux cambriolages ont alors lieu dans la région de Charleroi et « qu'il ne se passe guère de jour où la Police n'ait à constater quelques méfaits à Roux, Gosselies, Marcinelle. (...) Il en est de même à Fleurus et dans les environs. Des tentatives ont été faites en plusieurs endroits, et il n'est bruit dans toutes les communes que du vol important commis dimanche dernier chez Monsieur Thomas Detry de Saint-Amand, où on a enlevé une somme de 60 à 65.000 francs en billets de banque. La police se livre à diverses recherches pour découvrir les auteurs e ce méfait, et on ne désespère pas de mettre bientôt la main sur les coupables ».
Le journal Le Bien public précise pour sa part « qu'on a enlevé d'un secrétaire une somme de soixante mille francs ; mais qu'une somme de deux mille francs en or et argent qui se trouvait dans ce secrétaire n'a pas été emportée, les voleurs ayant sans doute été dérangés dans leur opération », et quant au Journal de Charleroi, il parle « d'une somme considérable ». Une dizaine de jours plus tard, il est toutefois signalé dans la même presse qu'une partie de la somme volée aurait été retrouvée, roulée dans du papier journal, dans la cave-même de la demeure.... Il ne semble pas que le solde soit jamais retrouvé.
Il meurt en 1884 à l'âge de septante-trois ans, entouré de la considération de tous ceux qui le connaissent et de l'amour de sa famille qui rappelle que « la plus douce consolation qu'il emporte dans la tombe, c'est la conscience d'avoir été un époux sans reproche, un père tendre et dévoué et de laisser en héritage des principes solides et des vertus chrétiennes ». Mais les mots ne révèlent pas toujours les sentiments et les difficultés familiales sont quotidiennes car le second mariage de Thomas Detry n'a pas été accepté par les aînés des enfants, et encore moins la naissance de trois enfants issus de sa seconde union. Dans son testament olographe rédigé trois semaines avant sa mort et déposé au rang des minutes de Maître Léon Misonne, notaire à Fleurus, le 29 avril 1884, il prend les dispositions suivantes : « je déclare laisser par préciput et hors part aux enfants du second lit, à chacun, la somme de vingt mille francs, somme égale à celle que j'ai donnée à mes enfants du premier lit à titre d'avant-part ».
Le 10 mai un inventaire est réalisé par les notaires Misonne et Soupart, de Fleurus, et le document précise « que les enfants du premier lit n'entendent point reconnaître ni le testament ni avoir reçus les vingt mille francs y portés ; Célina Bouffioulx fait à nouveau toutes réserves de ses droits et de ceux de ses enfants mineurs ». Ces difficultés relationnelles conditionnent les rapports futurs entre les rameaux de cette branche, qui très vite deviennent inexistants. La descendance de Thomas Detry compte encore des porteurs du nom dont un jeune Thomas Detry portant le même prénom, par ailleurs familial, que lui. Six ans après son décès, en 1890, les Annales de médecine vétérinaire rappellent encore un cas d’école vécu par Thomas : « Monsieur Thomas Detry, de Saint-Amand achète pour son fils une jument de quatre ans, de race normande. L’ayant en sa possession environ un mois et désirant en obtenir un poulain, on fait saillir cette jument par un entier de même race. Trois jours après la saillie, elle expulse un fœtus qui, à en juger par son développement pouvait avoir six mois de vie intra utérine. La mère n’a été indisposée que quelques jours ».
P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, Namur, 2015, pp. 229-237 (avec bibliographie) ; Annales de médecine vétérinaire, volume 39, 1890, p. 190.