« La défense ! C'est la première raison d'être de l'État. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même. »
– Charles de Gaulle
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Fernand DETRY, ingénieur brasseur de l'École supérieure de Brasserie de l'Université Catholique de Louvain, brasseur pour la « Brasserie du Marais », entreprise familiale puis employé pour la Maison des drapiers à Bruxelles, combattant 1914-1918, président de la section des Anciens Combattants 1914-1918 de Saint-Amand-lez-Fleurus, y né le 20 mai 1879, y décédé le 14 septembre 1941, épouse à Houtain-le-Val le 11 mai 1907 Julia Forêt [1], y née le 27 septembre 1882, décédée à Ixelles le 23 septembre 1962, fille de Constant, meunier et fermier, et de Juliette Lerminiaux.
Sixième des dix enfants de Jean-Baptiste Detry, ingénieur, brasseur et conseiller provincial du Hainaut et de Sylvie Dellier dont la famille est à la base de la fondation de la brasserie, Fernand Detry nait et meurt à Saint-Amand-lez-Fleurus, où sa famille est très représentée. Né au sein de la ferme familiale et de la « Brasserie du Marais », propriété de son père, Fernand est imprégné de cette vie champêtre. Il reçoit une solide formation d’ingénieur brasseur auprès de l'École supérieure de Brasserie de l'Université catholique de Louvain. Fondée en 1878 à l'initiative de la Société scientifique de Bruxelles, l'École supérieure d'agriculture de Louvain, est rattachée dès 1892 sous forme d'Institut agronomique, à la Faculté des sciences de l'Université. Son programme comprend trois années d'études conduisant au titre d'ingénieur agricole. En 1887, l'Institut s'adjoint une École supérieure de brasserie.
Ingénieur brasseur actif dans la brasserie familiale avec son frère ainé, Hector Detry (1873-1959), Fernand connaît à la fois la difficulté partagée par tant d'autres, d'accomplir son devoir durant les hostilités de la Première guerre Mondiale, mais assiste aussi impuissant à la ruine de l’entreprise familiale, la « Brasserie du Marais » à Saint-Amand-lez-Fleurus dont les Allemands saisissent les cuves en cuivre et démantèlent le fonctionnement en 1916. Même si elle se relève de la guerre, la brasserie qui est aussi victime d’un incendie est en cessation d’activité en 1922 et fermée en 1925. Hector Detry devient alors représentant de distillerie chez Dumont de Chassart, avec lesquels il partage des cousins en commun [2], et Fernand, est alors employé pour la Maison des drapiers à Bruxelles.
Patriote convaincu, Fernand Detry assume lorsque la paix est revenue, les fonctions de président de la section locale de Saint-Amand des Anciens Combattants et est actif sur ce plan. En octobre 1921, il est à Ligny lors de l'inauguration d'un Monument aux morts et la presse relève que « les drapeaux entourent le monument tandis que Monsieur Detry, président de la section des combattants de Saint-Amand, dépose une magnifique gerbe au pied du monument ». Un an plus tard, c'est au cimetière de Saint-Amand qu'il rend hommage à un ancien combattant décédé rappelant : « il y a huit jours à peine, notre camarade assistait plein de gaieté et d'entrain à la fête organisée en vue de l'érection d'un monument aux glorieux morts pour la Patrie. Comme toujours, il s'était dévoué sans compter pour le succès de cette réjouissance. Qui aurait pensé, Dimanche, qu'aujourd'hui, il reposerait inerte et glacé, dans cette froide bière et que sa dépouille serait confiée à la terre ? Ô ironie de la destinée (...) ».
En novembre 1922, une importante manifestation est organisée à Saint-Amand pour fêter le quatrième anniversaire de l'armistice mais Fernand qui y a largement contribué, ne peut finalement être présent à la suite d’un deuil. En juillet 1923 à l'occasion de la Fête nationale, une cérémonie à laquelle participent les garçons de l'école communale a lieu en hommage à quatre héros locaux pour lesquels un mémorial a été inauguré. Fernand Detry leur rend un vibrant hommage et « au cours de la réunion qui succède à la cérémonie, propose d'adresser un télégramme au Roi en témoignage d'indéfectible attachement. Suite à quoi un bal superbe clôtura cette fête patriotique ». En octobre de la même année, c'est un monument aux morts à Saint-Amand qui est inauguré, « mémorial sobre et élégant, digne de tous les éloges » commente la presse qui signale « que M. Detry a prononcé un discours patriotique qu'il ne nous est malheureusement pas possible de reproduire en entier mais dont voici quelques passages impressionnants : c'est pour rendre un hommage solennel à tous ceux de ses enfants qui se sont sacrifiés que notre commune a décidé d'ériger ce monument commémoratif qui perpétue leur souvenir, leur bravoure et le triomphe final auquel ils ont largement contribué. Cette commémoration vient à son heure pour rappeler le dévouement de nos soldats.
N'est-il pas vrai que pour certains, le bruit du canon est déjà bien loin et qu'une légère ombre de l'oubli se projette déjà sur l'auréole de gloire de ceux qui ont perdu ou exposé leur vie pour leurs compatriotes. Souviens-toi de la guerre et de ses horreurs, sois sans haine pour nos ennemis vaincus, mais sois belge d'abord. Fais en sorte que ce sacrifice de ces glorieux morts ne soit pas vain. Ces braves qui dorment de leur sommeil éternel, ne te réclament que cela et sous peine de forfaiture, tu ne peux leur refuser. Sois attentif à ce qui se passe au-delà du Rhin et souviens-toi que ces expressions, le droit, l'honneur ne se traduisent pas en langue allemande. Peuple de Saint-Amand, montre-toi d'une fierté respectueuse en présentant ce mémorial sur lequel sont inscrits les noms de tes plus chers enfants, de cette élite qui a fourni le sang le plus pur et le plus généreux pour la défense de notre sol (...) ».
Le journaliste présent insiste sur le fait que « ce discours sublime produit sur l'assistance la plus vive impression. Les passages les plus vibrants sont fréquemment entrecoupés d'applaudissements approbateurs ». La cérémonie se poursuit alors et « après une belle cantate exécutée par des jeunes filles de la commune, le cortège s'ébranle pour se diriger vers la place où aura lieu un concert donné par la musique du 2e Chasseurs de Charleroi (...). A ce moment la société de musique de Sombreffe exécute un pas redoublé auquel succède une vibrante Brabançonne. Aussitôt, les drapeaux s'inclinent devant le monument qui bientôt, au moment du crépuscule naissant, est subitement éclairé par les lucioles multicolores. Et le public s'attarde longuement pour méditer devant le monument qui sera désormais le symbole impérissable de la Justice et du Devoir ».
Quelques jours plus tard une fête intime est organisée pour ceux qui ont contribué à l'érection de ce monument, tous confondus, avec des remerciements particuliers pour le président Detry, et pour son cousin (par les Becquevort) Emmanuel Dumont de Chassart, président d'honneur « qui se montra d'une générosité chevaleresque ». Fernand Detry décède à l'âge de 62 ans lors d'une seconde guerre, en 1941 entouré de l'affection de son épouse et de sa fille unique, Claire. Ses funérailles ont lieu, selon ses volontés, dans l'intimité familiale. Néanmoins la presse s'empare de son décès et signale « L'émotion douloureuse provoquée par le décès de M. Fernand Detry, ancien combattant de 1914-1918 est loin d'être calmée. On ne peut oublier cette figure franche, loyale, cet homme modeste, probe et dévoué, emporté en quelques jours par une affection inexorable. Ni les soins attentifs de son épouse, de sa fille, et de son entourage, ni les lumières de la Faculté n'eurent raison du mal qui l'avait terrassé. Il s'en est allé par une radieuse matinée de septembre, emportant les regrets de tous ceux qui le connaissaient et qui lui avaient voué une inaltérable estime. Patriote convaincu, il avait vaillamment fait son devoir en 1914-1918. Et tous ses compagnons d'armes escortèrent sa dépouille mortelle bien que les funérailles fussent célébrées dans l'intimité. Deux discours particulièrement touchants prononcés l'un par M. Fernand Laurent au nom des Combattants de 1914-1918, l'autre par M. François Carlier, en qualité d'ami et d'infirmier bénévole, retracèrent brillamment et avec émotion, sa vie de famille vraiment exemplaire, ses qualités incontestables de mari, de père, de citoyen. De nombreuses gerbes de fleurs, offrandes sympathiques, atténuaient l'impression douloureuse de cette cérémonie funèbre. Après la solennité liturgique qui fut empreinte de tristesse, le corps du défunt fut dirigé vers la nécropole où le corps fut déposé dans le caveau de la famille ».
Fernand Detry et Julia Forêt n’ont qu’une fille, Claire Detry (1911-1989) qui dans la tradition progressiste familiale est diplômée comme agrégée de l'Enseignement secondaire inférieur en sciences, et professeur à l'Université du Travail à Charleroi. Elle épouse, tardivement, à Saint-Amand le 4 août 1953 Marcel Basecq (1900-1976), directeur à la Cour des Comptes à Bruxelles, père d’un premier mariage d’un fils, Jean Basecq (1937-1996), directeur général à l'Administration de la Trésorerie, commissaire du Gouvernement près l'Institut de Réescompte et de Garantie et le Fonds d'amortissement des emprunts du logement social, membre du Comité du Fonds des rentes. Claire Detry et Marcel Basecq n’ont quant à eux pas de descendance.
[1] FORET : famille de meuniers à Houtain-le-Val alliés aux fermiers Demanet eux-mêmes alliés aux Detry. Julia Forêt qui épouse Fernand Detry est la cousine germaine d'Hélène Forêt (1882 1963) qui épouse Eudore Houtain (1880-1975), fermier à la Ferme du Chêne à Saint-Amand, petit-fils de Mme Joseph Houtain née Marie-Catherine Detry (1804-1864), sœur de Maximilien Detry, bourgmestre de Saint-Amand et conseiller provincial du Hainaut. Mme Eudore Houtain née Hélène Forêt a pour frère René Forêt (1885-1935) époux de Marie Lejeune, qui est le père de Mme Alexandre Henin née Lucienne Forêt, le grand-père de Mme Antoine de la Roche née Jacqueline Henin, et l'arrière-grand-père de Stéphanie de la Roche épouse de Bernard Collette, décédé, fils de Pierre et de Brigitte Mourlon Beernaert, et cousin germain de Nathalie della Faille de Leverghem épouse de Philippe-Edgar Detry. Les Houtain sont toujours propriétaires de ce qui furent la ferme et la brasserie Detry.
[2] Par son arrière-grand-mère Marie-Claire Mondez, Fernand Detry est en effet parent des Philippe, famille à laquelle appartient Palmyre Philippe épouse de Léon Detry, bourgmestre de Gembloux mais aussi les Duvieusart dont Jean Duvieusart, avocat, Premier Ministre etc, et toute une branche Dumont de Chassart.
Annuaire de l'Université catholique de Louvain, Louvain, 1901, p. 213 ; La Gazette de Charleroi, 18 octobre 1921, 2 mai, 14 novembre 1922, 24 juillet, 1, 10 octobre 1923, 20, 24 septembre 1941 ; La Dernière Heure, 1er octobre 1923 ; Le Soir, 2 octobre 1923, 22 septembre 1941 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’Histoire, Namur, 2015, pp. 88, 146-148.