« Mourir en combattant sied mieux au soldat qu’être libre dans la fuite. »
– Cervantès
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Louis Detry (1896-1918), sergent au 24e régiment d'Infanterie de la 6e D. I. française, mort au champ d'honneur pour la France, Croix de Guerre française, cité à l'Ordre de l'Armée, ° Bonnétable (Sarthe-F.) 6 juin 1896, † Sissonne (Aisne-F.) 28 octobre 1918.
Enfant unique de Joseph Detry (1867-1947) et de Alphonsine Barbé (1876-1897), Louis Detry voit le jour à Bonnétable dans la Sarthe en France le 6 juin 1896. Son enfance est bousculée car son père est assez fantasque et a quitté la Belgique, et son village natal de Vedrin [1] pour devenir valet de chambre du duc de la Rochefoucauld au château de Bonnétable. C’est là qu’il fait la connaissance et épouse en 1895 la mère de Louis, une Française née en ce lieu et qui est couturière de la duchesse. On sait que Sosthène de la Rochefoucauld (1825-1908), duc de Bisaccia, Grand d’Espagne de Ière classe, ambassadeur de France en Angleterre, député conservateur de la Sarthe, bailli Grand-Croix de l’Ordre de Malte etc est connu pour son goût des fêtes fastueuses. Il est aussi proche de la Belgique par son remariage à Beloeil le 8 juillet 1862 avec la Princesse de Ligne. La fonction de Joseph Detry, qui peut paraître subalterne en tant que telle, revêt néanmoins un certain prestige à être au service d’un tel personnage.
Louis a un peu plus d’un an lorsque sa mère décède à l’âge de vingt-et-un an. Son père demeure au service du duc jusqu’au décès de ce dernier en 1908, et c’est à Namur où il revient en alternance avec Paris où il réside un temps, qu’il se remarie en 1909 avec sa cousine germaine Joséphine Hennuy (1867-1923), veuve depuis peu, fille de Joseph Hennuy, industriel à Namur et de Adèle Detry. Joseph est alors qualifié de rentier, et après son deuxième mariage, se remarie une dernière fois en 1935, avant de s’éteindre à Namur en 1947. Il ne retient de ses trois mariages que Louis Detry, mort pour la France lors de la Première guerre Mondiale.
Décédé dans les derniers jours de la Grande Guerre [2], Louis Detry laisse un père éploré qui, le 10 avril 1919, fait paraître dans le journal namurois « Vers l'Avenir » l'annonce suivante : « Monsieur et Madame Joseph Detry-Hennuy, 23 rue Lucien Namèche à Namur nous prient d'annoncer la mort de leur cher et regretté fils [3], Monsieur Louis-Alphonse Detry, né à Bonnétable (Sarthe) le 6 juin 1896, sous-officier au 24e régiment d'infanterie de la 6e D. I. françaises, décoré de la Croix de Guerre, cité à maintes reprises à l'ordre du jour de l'Armée pour sa bravoure et sa conduite héroïque, glorieusement tué à l'ennemi devant Sissonne le 28 octobre 1918 lors de l'offensive de la Victoire. Un service solennel à sa mémoire aura lieu le lundi 14 avril à 10h en l'église Saint-Joseph » [4].
Quelques mois plus tard, le dimanche 28 septembre, des fêtes patriotiques sont organisées, non sans grandeur, dans l'église Saint-Joseph à Namur ; les solennités se déroulent sous une pluie battante mais « préparées avec le plus grand soin se sont accomplies à la perfection ». La matinée commémore les victimes et l'après-midi et le soir, le retour festif des combattants de la paroisse. A 10H30, l'église est comble pour le service funèbre chanté des victimes. Le choeur est drapé de noir et un grand catafalque surmonté du drapeau national est dressé en son centre afin de permettre aux familles de victimes d'être installées autour. Un général anglais a fait le déplacement de même que le Gouverneur-baron de Gaiffier et le baron Fallon, commissaire d'arrondissement honoraire. A l'entrée du choeur, des jeunes filles vêtues de blanc portant des ailes d'anges, présentent des banderoles marquées en lettres d'or aux noms des combattants morts au champ d'honneur. Monseigneur Heylen, évêque de Namur, et trois chanoines prennent alors place dans le choeur où le curé de la paroisse rappelle dans le plus grand recueillement la bravoure de ceux qui ont permis au pays d'être libre.
A l'issue de cette cérémonie, une stèle commémorative portant les noms des trente combattants défunts, dont Louis Detry, et encastrée dans la façade de l'église, est dévoilée, au nombreux public présent et « Monseigneur Heylen bénit la pierre alors que le baron de Gaiffier magnifie les combattants à la mémoire desquels le monument est dressé. L'honorable Gouverneur rappelle les noms du commandant van Zuylen, du commandant Vrithoff, du médecin militaire Félix Bastin et des braves tombés durant les derniers mois de la grande mêlée : Georges Attout, Louis Detry (...). A l’annonce de leurs vaillants défunts, les familles sanglotent… Le baron de Gaiffier termine en disant que la pierre commémorative transmettra au respect et à la reconnaissance des générations futures les noms des fiers enfants de la paroisse Saint-Joseph morts pour la Belgique. Une société de musique qui a pris place à gauche du porche, fait alors entendre une marche funèbre puis la Marseillaise et la Brabançonne » .
Un siècle plus tard, la volonté du baron de Gaiffier de transmettre le souvenir de ces héros, est toujours bien accomplie, et il est heureux que les générations actuelles puissent réaliser les sacrifices humains de leurs prédécesseurs. Louis Detry repose sous une Croix individuelle au cimetière national mixte de Pontavert où sont inhumés en tombe individuelle 6.694 Français, et 1364 en ossuaire. 63 Britanniques et 54 Russes reposent aussi en ce lieu . Son nom figure en outre sur le monument aux morts de Bonnétable, cette petite ville française où il vit le jour et dont sa mère était originaire. La France et la Belgique conservent ainsi de lui le souvenir de sa bravoure. Son nom en tant que victime des hostilités figure sur le Monument au Morts de Bonnétable.
L'église Saint-Joseph rue de Fer à Namur sur la façade de laquelle est apposée une plaque commémorative où figure notamment le nom de Louis Detry
Plaque commémorative sur la façade de l'église Saint-Joseph à Namur en hommage à Louis Detry, mort pour la France
[1] Par sa mère, Mme Louis Detry née Pauline Dubois (1840-1933) (ex matre Cartiaux), Joseph Detry descend des Delchambre, de Vedrin, très ancienne famille locale de censiers mais aussi de propriétaires des mines de plomb du lieu (Le livre d’honneur de l’industrie française, Paris, mars 1820, p. 462) qui connut des avatars divers au cours des siècles. P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, p. 790 ; P.-E. Detry, La famille Degueldre jadis de Gueldre. Ascendance lignagère et politique d’alliances d’une famille du comté de Namur, Namur, 2018, p. 81.
[2] L. Nardon, La Mémoire de Sissonne, 1993 ; L'Union, 25 octobre 2011.
[3] En réalité fils et beau-fils.
[4] Vers l'Avenir, 10, 12 avril 1919.
P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp. 790-792.