« Tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout. »
– Nicolas Machiavel
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Fils de Guillaume de Try (1712-1785), censier-propriétaire à Bouge, bourgeois de Namur le 27 mai 1741, bourgeois de Bouge en 1760, qui intervient les 19 juillet 1757 et 15 mars 1759, alors veuf, dans des partages de terres de sa belle-famille à Lathuy et sous Longueville, et de Marie-Joseph Gillart(d), décédée en 1755, Guillaume de Try (Detry) junior, censier-propriétaire de la cense Guillaume de Try (Detry) à Bouge comportant environ 30 hectares, anciennement Cense Bertrand, exploitant de la Cense de la Forêt dite aussi » Maison du Sieur Vléminck », de la Cense de la dame Sarton, des terres du Chapitre de Sclayn et d'une closière dite « Le Grand Cortil » appartenant au baron d'Obin sur le territoire de Bouge, échevin et mayeur de la Haute et foncière Cour de Bouge (au moins de 1774 à 1793) puis maire de ce lieu au moins de 1793 à 1796 [1], membre des Représentants provisoires du Peuple Souverain du Pays de Namur (pour Bouge en 1792), collecteur des impôts, propriétaire à Boninne, bourgeois de Namur le 8 avril 1786, baptisé à Bouge (Saint-Michel-Namur) le 15 septembre 1753, y décédé le 7 novembre 1825. Sans alliance.
Frère de l’abbé Nicolas de Try (Detry) (1751-1815), curé de Boninne et auteur d’une fondation destinée à l’éducation des enfants pauvres, et de Marie-Catherine de Try (Detry) (1749-1817), mère du Président du Tribunal de Première Instance de Namur, Guillaume Detry est, par ses diverses fonctions, amené à intervenir régulièrement dans la vie du village de Bouge. A partir de la mise en engagère de la seigneurie de Bouge en 1755 et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, la commune est administrée par un échevinage comportant un mayeur, désigné par le seigneur dont il est proche, des échevins et un greffier. Le seigneur désigne notamment Guillaume Detry comme mayeur en 1790.
Les archives des communes d'Ancien Régime, pour Bouge, en conservent de nombreuses traces et quelques documents se trouvent dans les archives familiales. En 1779, alors qu'il est échevin, il est décidé que « chaque bourgeois de Namur résident à Bouge aiant (sic) acquis ledit droit avant l'aliénation de la Seigneurie dudit Bouge, et ceux aiant (sic) acquit ledit droit de bourgeoisie de Bouge après ladite aliénation, paieront prestement es mains de l'officier dudit lieu, les droits de bourgeoisie de Bouge, soit 4 sols un liard ». C'est Guillaume Detry et Louis-Joseph Ravet qui représentent les 28 juin et 14 décembre 1784 la communauté de Bouge devant le notaire Dethy à Namur pour régler un litige. Selon les honoraires perçus par Guillaume Detry en 1788 pour avoir dressé une partie de l'assiette du village de Bouge, il est loin devant les échevins qui le secondent dans cette tâche. Seul le greffier perçoit des honoraires semblables, légèrement inférieurs. La situation est pareille deux ans plus tard. Les archives communales conservent les relevés précis des dépenses engagées par Guillaume Detry dans son rôle de mayeur, sommes qui lui sont tantôt remboursées pour la publication de placards, pour la formation des rôles pour la réparation des chemins, pour le suivi donné à une ordonnance du Conseil provincial de Namur, etc.
Le 4 mars 1790, Madame de Cauwer née Pasquet déclare « avoir reçu de Monsieur de Try quarante-huit florins neuf sous pour entier payement des honoraires dus à l'avocat de Cauwer par la Communauté de Bouges (sic) ». En 1791, Guillaume s'adresse aux mayeur et échevins de la ville de Namur pour leur faire part du fait que les habitants de Bouge ont utilisé toutes leurs provisions de bois pour « fournir nuit et jour le feu et la lumière aux 120 hommes au service de Sa Majesté », ce qui constitue une charge bien trop lourde pour eux. L'année suivante c'est la réfection des chemins qui grève la cassette communale. La fonction de premier magistrat qu'il occupe évoque des situations de toutes natures. Ainsi en 1792, Guillaume Detry rédige-t-il un Mémoire relatif à l'admission à l'hôpital Saint-Jacques d'un pauvre malheureux qui errait dans la commune. Le document fait état également de frais rencontrés par les uns et les autres dont lui-même : « payé audit maïeur pour s'être rendu les 2, 3 et 4 janvier 1792 de Bouge à Namur une fois chaque jour et y demeuré pendant plus de trois heures chaque jour pour aller trouver différentes personnes pour pouvoir faire admettre ledit pauvre au grand hôpital ainsi qu'on est parvenu » ; à cela s'ajoute : « payez par ledit Maïeur Detry pour logement dudit pauvre, pour sa nourriture et pour ceux qui l'ont porté audit hôpital ».
Le procès-verbal de la séance du 26 décembre 1792 (dite aussi an 1er de la Liberté Belgique...) des Représentants provisoires du Peuple Souverain du Pays de Namur mentionne que le citoyen Guillaume-Joseph Detry, proposé par la commune de Bouge, « a été admis de suite à prêter le Serment civique et à siéger dans l'Assemblée ». Il est ensuite décrété de faire faire 500 matelas pour les Troupes, y compris 140 déjà décrétés précédemment, et de charger le citoyen Louis Haut de la commission sous la direction et surveillance du Comité des subsistances et des secours. Les citoyens Dupré et Mathieu sont envoyés vers le citoyen Lieutenant Général Harville pour s'entendre avec lui à propos du recrutement à opérer en cette province pour l'Armée Belgique. Les citoyens Wodon de Sorinnes [2] et Petitjean l'aîné, nommés commissaires, sont chargés de vérifier les comptes des héritiers du citoyen Limelette, chargé en son temps de l'administration des chaussées appartenant à la Ville. Les citoyens Devaux père, et Michaux, faiseur de passées, sont chargés d'estimer les fournitures proposées pour les hôpitaux militaires par le citoyen Baré, tanneur.
Les arbres le long de la chaussée de Luxembourg étant frauduleusement coupés, ce point est renvoyé vers le Comité chargé de la Police. L'avocat Wasseige et l'ardoisier Laloux, font rapport de la mission dont ils ont été chargés à savoir quelle était la source de faux assignats qui circulaient. La conclusion est qu'il s'agit d'assignats écoulés par un émigré français. Le citoyen Fallon est pour sa part chargé d'écrire aux officiers municipaux de Dinant afin de les freiner dans la fourniture de fourrages et avoines qu'ils imposent aux censiers des bailliages de Bouvignes et Montaigle qui s'en plaignent. D'autres points qui sont débattus sous la présidence du citoyen de Posson, sont évoqués, voire ajournés, comme celui, délicat, de décider si les justices seigneuriales pourront continuer à gérer en attendant que chaque commune ait nommé ses officiers municipaux.
Le 12 juillet 1793 Guillaume établi un « Compte rendu par Guillaume-Joseph Detry, Mayeur du village de Bouge et ceux de ladite communauté » par lequel il fait état des impôts perçus. Mais il s'agit aussi de l'état des dépenses faites pour la communauté telles « Quittance de l'arpenteur Massart sans datte, qu'il a reçu dudit Detry une fois deux pistolles à compte de ses salairs (sic) pour s'être rendu audit Coquelet et formé ledit plan, et une fois sept florins pour restance(sic) » mais aussi la quittance de ce qui a été payé à l'avocat Decauwer pour « honorairs par luy mérités pour avoir occuppé pour ceux de laditte communauté contre le métier des tailleurs de pierres à Namur ». Différents frais sont encore payés au greffier, au conseiller procureur général Grosse. Des rentes dues sont également payées et font l'objet de reçus annexés tels « que le 4 avril 1789 reçu de Monsieur Detry de Bouges septante-quatre florins pour huit canons d'une rente de neuf florins, cinq sols que nous doit la communauté au 15 juillet, échus les ans 1781, 1782, 1783, 1784, 1785, 1786, 1787 et dix-sept cent quatre-vingt-huit. L'épouse Gaine née Paubon ».
À titre personnel Guillaume est aussi redevable de rentes sur des biens dont il est propriétaire et s'en acquitte comme en 1793 où « Monsieur Detry paye douze stiers d'épeautre à l'échéance de la Saint-André ». Entre-temps, les comptes de la communauté de Bouge doivent être dressés en mars 1789 et il est permis de juger du poids social et effectif des uns et des autres au travers d'un préambule dressé le 3 mars à cet effet : « Par-devant nous les Maïeur et Echevins de la Haute et Foncière Cour de Bouge soussignés, comparurent Antoinette Massart au nom de la dame relicte du Sieur de Pasquet d'Acoz aiant quatre voix, Guillaume-Joseph Detry, propriétaire d'une cense audit lieu et tenant à ferme la cense ditte « Au foret » au nom du Sieur Vleminck, possesseur d'icelle, tenant aussi à ferme les terres du Chapitre de Sclayn aiant pour soy et pour ledit sieur Vleminck deux voix », soit quatre au total quand « les commis des petits manans » disposent d'une voix.
Le 18 janvier 1793, la communauté des habitants de Bouge se réunit en assemblée aux fins de désigner leur maire sur instruction du lieutenant général de l'Armée française. Guillaume-Joseph Detry est déclaré maire, Charles-Joseph Demaret, greffier, et Philippe-Joseph Avé, procureur de la Commune. En 1796, une estimation des bestiaux des censes de Bouge est faite à la demande des autorités françaises. Le village en comporte six, dont la cense Detry, et au vu de la valeur du bétail de celle de Guillaume, estimé à 1000 florins, il est le deuxième en valeur suivant de près le premier estimé à 1.100 florins, et loin derrière le dernier, estimé 200 florins. Outre les terres de la cure de Boninne achetées pour son frère lors de la vente des biens nationaux, il acquiert également le 26 février 1798 le Bénéfice de Sainte-Marguerite à Bouge provenant du chapitre de Notre-Dame à Namur, et composé de six lots de terres à Bouge, à Coquelet notamment, mais aussi à Boninne, pour la somme de 42.000. En 1812, Guillaume Detry figure sur la liste des hauts imposés du département de Sambre-et-Meuse. Il décède sans alliance à Bouge le 7 novembre 1825 à l’âge de septante-deux ans, après avoir semble-t-il, navigué avec une certaine aisance entre les différents régimes politiques du moment.
Paiement de rente pour la Communauté de Bouge par Guillaume Detry (1753-1825), maire de Bouge à Madame Paubon née Gaine, en 1789
[1] En 1789, Léonard Orval, ouvrier forgeron à Heuvy se présente devant le Conseil provincial de Namur dans le cadre de son refus de payer une amende infligée par Guillaume Detry, mayeur de Bouge pour un délit de chasse en cette commune (AEN, Conseil provincial, n° 8021) ; dans son journal retraçant l'occupation française à Namur en 1792 et 1793, le baron de Stassart, président du Conseil provincial, signale : « Ordre au mayeur de Bouge, Detry, de livrer sur le champ des ouvriers pour couper dans le bois domanial le plus proche dix cordes de bois de chauffage pour le service du fort Coquelet et autres lieux, et à cet effet de livrer deux chariots ». Journal du Baron Jacques-Joseph-Augustin de Stassart, Namur, 1976 (voir texte à la date du 18 mars). Les AEN ne conservent aucunes archives communales pour Bouge, après 1796.
[2] Ancêtre de Nathalie della Faille de Leverghem épouse de Philippe-Edgar Detry. P.-E. Detry, « La dévolution aux Mourlon Beernaert de l'étude notariale Eliat à Bruxelles » in Le Parchemin, 1995, p. 70.
P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’Histoire, Namur, 2015, pp.268-272 ; AEN, Communes d'Ancien Régime, numéros 371, 474 ; Mémoire fait par les Maïeur de la Cour de Bouge Detry et par l'échevin d'icelle Cour Ravet au sujet des vaccations qu'ils ont emploiés pour un pauvre estroppié, 1792 ; Précis du Protocole aux Procès-verbaux des Séances des Représentans provisoires du Peuple Souverain du Pays de Namur, séance du 26 décembre 1792 ; Liste des individus portés sur la liste des plus imposés du département, arrêtée par Son Excellence le Ministre des Finances, le 2 juillet 1812, in Mémorial administratif du Département de Sambre-et-Meuse, n° 63, Namur, le 22 avril 1813, p. 118 ; AEN, Archives des Domaines, liasse 145. Voir Annales de la Société Archéologique de Namur, Biens nationaux, 1933, t. XL, pp. 295, 297 ; L. Larosse, Le village de Bouge aux temps passés in Le Guetteur wallon, Namur, 1984, pp. 26-28, 40-41, 56 ; Relevé des archives des greffes Scabinaux de Lathuy et d’Incourt dressé en 1996 et 1991 par Henry de Pinchart, article 31.