Retour sur l'index des notices


Bachelier en théologie de l’Université catholique de Louvain, curé d’Emines, puis de Boninne, constructeur à ses frais du presbytère de ce lieu, auteur d’une fondation à son nom portant création d’une école pour les pauvres

Tonsure de Nicolas Detry (d'Etry) en 1772, curé de Boninne et constructeur du presbytère
Tonsure de Nicolas Detry (d'Etry) en 1772, curé de Boninne et constructeur du presbytère

Nicolas de TRY (DETRY), bachelier en théologie de l'Université catholique de Louvain, tonsure et ordres mineurs le 19 décembre 1772 [1], sous-diaconat le 18 décembre 1773, diaconat le 17 décembre 1774, prêtrise le 23 septembre 1775, curé d'Emines, puis de Boninne, constructeur à ses frais du presbytère [2], auteur d'une fondation à son nom portant création d’une école pour les pauvres, baptisé à Bouge (Saint-Michel-Namur) le 31 juillet 1751, décédé à Boninne le 11 octobre 1815.

Nicolas de Try (Detry), sa fiche signalétique à l’Evêché mentionne même d’Etry, est baptisé à Bouge où il nait, le 31 juillet 1751. Il est le fils de Guillaume de Try, (1712-1785) censier-propriétaire en ce lieu, bourgeois de Namur le 27 mai 1741, bourgeois de Bouge en 1760 où il est membre de la patrouille bourgeoise en 1772, et de Marie-Josèphe Gillart, baptisée dans la paroisse Saint-Michel à Namur le 1er novembre 1755. Il est le sixième de leurs huit enfants : cinq fils et trois filles.

Un prêtre érudit sensible à l’éducation

Diplômé en théologie de l’Université catholique de Louvain, Nicolas Detry est un prêtre érudit très sensible à l’éducation. Il est nommé curé d'Emines en 1780, cinq ans après sa prêtrise et nous ignorons quel est son ministère entre-temps. Il baptise alors certains membres de la famille qui font appel à lui [3], et quatre ans plus tard le 15 juin 1784, il prend possession de la cure de Boninne, village où il probable que sont les origines les plus anciennes de la famille. C'est en effet à la Saint-Jean 1784 que Nicolas devient curé de ce lieu en vertu de la collation du sieur Barbaix, seigneur dudit lieu, collateur alternativement avec le Chapitre de la Collégiale Notre-Dame à Namur. Le curé Detry laisse dans les souvenirs de la paroisse de nombreuses notes où il raconte notamment la période troublée de la Révolution française. Le presbytère qu'il occupe est vendu par la République en l'an 1798 pour 14.000 livres à l'avocat Delvigne. Mais en 1804 l'abbé Detry le rachète en vue de le transmettre à ses successeurs. Il s'agit d'une cure qui en même temps fait office de ferme à laquelle sont rattachés quinze bonniers de terres soit plus moins quatorze hectares.

Prêtre réfractaire

Les terres, elles, avaient été acquises lors de la vente des biens nationaux par son frère Guillaume Detry, fermier et maire de Bouge sous le Régime français et par sa soeur Marie-Antoinette Detry, dans le but de les lui restituer [4]. La demeure est considérée comme importante dans le village figurant en 1807 d'après le Cadastre français comme une des quatre habitations de Boninne recouvertes d'ardoises et bâties de pierres. C'est son frère Guillaume qui est chargé d'estimer le tout lors de la vente en 1798, et qui est locataire par ailleurs de certaines terres dans le village. Prêtre réfractaire comme le chanoine Jean-François de Try, l'abbé Detry doit souvent se cacher et est par conséquent sans traitement, vivant de ses rentes personnelles.

Il est très lié à ses frères et sœurs et notamment à sa sœur Marie-Catherine de Try (1749-1817) épouse de Pierre Bouché, qui a pour fils François Bouché (1794-1874), président du Tribunal de Première Instance de Namur, conseiller provincial catholique, membre-fondateur de l’Institut Saint-Louis à Namur, bienfaiteur du Cercle catholique etc, qui compte une très large descendance de son épouse Caroline Buiron, notamment dans les baron et comte Capelle, les barons Mélot, la famille Petit à Upigny, dont beaucoup s’engagent à défendre les valeurs chrétiennes.

La fondation de l’abbé Detry et la création d’une école pour les pauvres

Le 7 août 1815, Nicolas Detry rédige son testament devant le notaire Gislain à Namur : « Je laisse ma maison de cure et tous les terrains y attenant, jardin, prairies, pachis, à la commune de Boninne, pour l'usage de mes successeurs qui devront payer vingt setiers d'épeautre de rente affectée sur le pachis, et chanter mon anniversaire. Je laisse tous mes enclos et terres labourables à la Fabrique de l'Eglise de Boninne, avec obligation de faire célébrer une messe par quinzaine, affectée sur lesdites terres et de faire bâtir une école et de payer douze écus par an au Maître pour enseigner gratis les plus pauvres de la paroisse d'après l'avis du curé, et même plus s'il est nécessaire.

La récolte pendante lors de ma mort et le rendage y correspondant, appartiendront à mes héritiers, mais les honoraires de ladite messe seront à charge de ma fabrique à dater de la Saint-Jean précédent mon décès ». Un arrêté royal en date du 4 avril 1816 autorise ladite fabrique à accepter cette libéralité et l'acte de délivrance du legs est passé le 15 avril 1816 devant le notaire Paul Gislain, à Namur. La Fondation du Curé Nicolas Detry l'est par arrêté royal du 30 mai 1866, publié au Moniteur le 17 juin 1866. Dans Diocèse de Namur, Paroisses et édifices du culte, 1808-2002, paru en 2003, l'auteur, le chanoine Gennart précise : « Aliéné après 1789, le presbytère actuel est la maison de cure léguée à la commune par le Curé Detry » [5].

Galerie de photos et de documents


[1] Son nom est rectifié ensuite. Archives de l'Evêché à Namur.

[2] Belle bâtisse de deux niveaux de quatre travées de fenêtres bombées à clé, initialement à traverses située rue de l'église, 4. Le Patrimoine monumental de la Belgique, Arrondissement de Namur, Sprimont, 1998, t. 5/1, p. 86.

[3] Notamment Jean-François Detry, fils de Jean-François et de Marie-Françoise Laduron le 10 avril 1783.

[4] Achat les 28 avril et 16 juin 1798 par procès-verbal du Département de Sambre-et-Meuse des terres de la cure. Six bonniers par Marie-Antoinette Detry et neuf bonniers par Guillaume Detry. AEN, Archives des Domaines, liasse 147, actes 731 et 873.

[5] AEN, Notaire Gillain à Namur, acte enregistré le 25 octobre 1816 ; P. Verhaegen, Paroisse Saint Lambert à Boninne 1245-1995, Boninne, 1995 où il est largement question du Révérend curé Detry. P. Verhaegen, Boninne. Essai de Géographie locale et évolution de l'habitat, Boninne, 1990, p. 84.


J.-S.-G. Nypels, Pasinomie, Bruxelles, 1866, p. 180 ; Fondations de Bourses d'Études. Premier rapport triennal, présenté par le Ministre de la Justice, Bruxelles, 1870, p. 100 ; Vers l'Avenir, 27 novembre 1934 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp. 267-268 ; Notice sur le village d’Emines, Province de Namur par le curé de la Paroisse, Namur, 1882, p. 36 ; Circulaires, instructions et autres actes émanés du Ministère de la Justice ou relatifs à ce département, volume 3, 1867, pp. 452-453.


Retour sur l'index des notices