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Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur : au service de la diplomatie

Marie Detry

Marie DETRY, attachée au service de la valise diplomatique du Ministère des Affaires étrangères à Paris, Chevalier de l’Ordre de la Légion d'honneur, médaille d'argent des Affaires étrangères, née à Hussigny (France) le 7 août 1886, décédée à Paris (7e arrondissement) le 7 décembre 1968, épouse à Paris (9e arrondissement) le 20 février 1917 Albert LEGER, lapidaire et négociant joaillier à Paris, né à Lajoux (Jura-France) le 28 mars 1877, mort pour la France en 1918.

L'exil pour survivre

Ce rameau de la famille Detry auquel appartient Marie connaît au cours des temps bien des vicissitudes. Si son grand-père est encore cultivateur à Champion, son père, Pierre-Jérôme Detry qui épouse une Pirlot, appartenant à une vieille famille terrienne de Vedrin, se retrouve sans ressources. À l'image de fermiers qui deviennent cultivateurs puis journaliers selon des circonstances économiques, familiales ou de santé, plusieurs membres de cette branche de la famille Detry, contribuent à l'extraction du fer ou du plomb à Vedrin que les familles Fastré ou Delchambre, auxquelles ils sont alliés ou descendants, exploitent. C’est le cas du père de Marie. Mais l'exploitation de la mine de fer de Vedrin connaît bien des avatars, et est régulièrement inondée malgré divers procédés mis en place notamment par l'abbé Rase, curé de Frizet, inventeur en 1786 d'une nouvelle pompe, parent de Mme Edgar Detry et également de plusieurs autres membres de la famille Detry.

Définitivement fermée en 1879, bien qu'un bref essai de la rétablir se fasse en 1938, la mine de Vedrin crée un vrai manque à gagner dans la région. Fortes toutefois de leur savoir-faire, plusieurs familles du nord de Namur, dont les Delchambre, les Milaire, les Pirlot et ce rameau Detry, décident de s'installer en Meurthe-et-Moselle, à Husigny-Godbrange, fusion de deux villages ne comportant pas plus de 100 maisons ensemble au début du XIXe siècle, et où une mine de fer est exploitée dès 1878, un an avant la fermeture de celle de Vedrin. Devenu un des centres de mines de fer de Lorraine, où elles sont exploitées durant un siècle, Hussigny fait l'objet d'une forte immigration italienne qui désigne ce lieu comme la Basse Italie. Pierre-Jérôme Detry, né à Champion, expatrié à Hussigny y épouse Thérèse Pirlot, née à Vedrin, dans une famille avec laquelle les mariages sont multiples, dernier témoignage d'une époque où les anciennes familles du cru n'envisagent que des alliances entre elles à l'image du vieil adage : Marie-toi devant ta porte, avec quelqu'un de ta sorte. Ils y mènent une triste et laborieuse existence qui n’est pas simplifiée par la charge de dix enfants, nés entre 1883 et 1904, année qui emporte à 44 ans la mère de famille. Quant à Pierre-Jérôme Detry, il s’éteint à Homécourt où un emploi sidérurgique l’a attiré, en 1911, à l’âge de 52 ans. C'est une vie d'exil, de grande difficulté matérielle qu'ils connaissent mais au cours de laquelle ils transmettent à leurs enfants, force et courage, cela même qui anime leurs ancêtres, permettant à cette descendance, dès la génération suivante, de rebondir.

Veuve de guerre et Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur

Marie Detry, troisième des dix enfants, nait donc à Hussigny le 7 août 1886, et épouse à Paris en 1917, Albert Léger, lapidaire et joaillier en cette ville. Leur mariage se fait en présence d'Émile-Hubert Travailleur, 64 ans, architecte à Montreuil, de Georges de Saint-Paul, 42 ans, négociant, d'André Echard, 28 ans, architecte, et de Victor Jansen, 38 ans, sergent du Génie, tous trois à Paris. Un an plus tard, elle est veuve, et sans enfant. Courageuse et entreprenante, elle postule pour un emploi au Ministère des Affaires étrangères à Paris où elle est engagée, et y accomplit une carrière de près d'un demi-siècle au cours de laquelle tous louent ses compétences et talents.

Alors qu'il est envisagé de lui remettre la Légion d'honneur pour les services rendus dans l'accomplissement de sa mission, une enquête d'usage est faite et sous le titre de Détails sur les services extraordinaires rendus par le candidat, il est rappelé qu'elle est entrée au Ministère des Affaires étrangères en 1918, après avoir perdu son mari décédé des suites de ses blessures de guerre. Son signalement précise que Madame Léger a toujours fait preuve, dans cette tâche délicate, de la plus parfaite probité, mettant au service de ses fonctions des qualités d'initiative, de tact et de dévouement. Dans ses fonctions, Madame Léger est en rapport journalier avec les chefs de poste et les ambassadeurs qui se sont toujours loués du soin qu'elle apporte à son travail.

Elle déclare le 30 avril 1960, à l'occasion de la réception qui se prépare, avoir choisi M. Antoine Taddéi, conseiller des Affaires étrangères attaché au Quai d'Orsay, officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur comme parrain. Sans postérité, elle s'attache à son neveu, Pierre Detry (1931-1997), qui exerce comme elle une fonction au sein de la Valise diplomatique du ministère des Affaires étrangères à Paris. Elle s'éteint en 1968 à l'âge de 82 ans, sans jamais s'être remariée car elle vit dans la dévotion envers son mari mort pour la France. Elle est inhumée dans un caveau de famille au cimetière parisien de Pantin qui, ouvert en 1886 sur une superficie de plus de 100 hectares, est le plus grand lieu de sépulture de Paris, situé extra muros en Seine-Saint-Denis, et où reposent de nombreux artistes et philosophes. De ses neuf frères et sœurs, dont plusieurs meurent sans alliance, seul son frère Ernest-Pierre Detry (1904-1948), qui meurt des suites du bombardement de Paris ainsi que son épouse, compte une descendance du nom de son fils Lucien Detry (1933-2012), pupille de la Nation.

Galerie de photos et de documents


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try. Cinq siècles d'histoire, Namur, 2015, p. 397.


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