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Candidat vétérinaire de l’Université de Liège, agriculteur et rentier, libéral et membre du Comité scolaire de Wagnelée

Philippe-Léopold Detry

Philippe-Léopold DETRY, propriétaire de la cense du Monceau à Saint-Amand, rentier, membre de l'Association libérale du canton de Gosselies, membre du comité scolaire du canton de Gosselies, représentant du canton de Gosselies pour la question du suffrage universel au « Congrès progressiste » de 1887 où il vote en faveur du suffrage universel, né à Saint-Amand le 26 septembre 1831, y décédé le 7 novembre 1922, y épouse le 22 janvier 1866 sa cousine germaine Marie-Bernardine-Joséphine HOUTAIN, née à Saint-Amand le 18 mars 1833, y décédée le 26 novembre 1897, fille de Jean-Joseph, propriétaire de la cense du Monceau à Saint-Amand, membre du Bureau de bienfaisance de ce lieu, et de Marie-Catherine Detry.

Un émissaire libéral

Ainé au sein d’une fratrie de onze enfants, Léopold Detry est le fils de Maximilien, conseiller provincial du Hainaut et bourgmestre de Saint-Amand-lez-Fleurus, et de Philippine Stalon. Il épouse en 1866 sa cousine germaine, Joséphine Houtain, fille de Marie-Catherine Detry, sœur de Maximilien. Trois enfants comblent leur union mais ils ont hélas la grande peine d'en perdre deux, un fils et une fille, à moins d'un an. Leur seule fille qui survit, Emma, a vingt ans lorsque sa mère décède, le 26 novembre 1897. Son souvenir mortuaire s'accompagne d'une recommandation à cette dernière : « Ma fille, honorez ma mémoire par le respect que vous porterez à votre père ; que la paix où je suis entrée apaise en vous le regret que vous avez de ma mort ». Joséphine, malgré les engagements politiques de Léopold reçoit bien des funérailles religieuses.

Libéral convaincu, Léopold est un membre actif de l'Association libérale du canton de Gosselies, s'occupant tantôt de problèmes scolaires ou du suffrage universel qui lui tiennent à coeur. Comme son frère Jean-Baptiste Detry, conseiller provincial du Hainaut, il se veut progressiste. En campagne pour le parti libéral, il est envoyé comme émissaire en divers lieux où le parti progresse. Ainsi à Wagnelée où la presse signale « la caractéristique de la campagne actuelle est la pénétration de la propagande libérale dans des régions où, jadis, on n'aurait pu réunir six auditeurs, au sein de populations qui sont encore en partie sous la domination du prêtre ou du seigneur... L'attention prêtée à la parole des conférenciers que pilotaient deux correspondants dévoués de l'association, MM. Debatty [1] et Detry, les applaudissements qui ont souligné certaines de leurs déclarations, prouvent à toute évidence que les campagnes sont secouées d'un frisson d'affranchissement, qu'elles savent porter une appréciation juste sur leur situation morale et matérielle et que le temps n'est pas éloigné, où ballottées de désillusions en désillusions, elles retireront complètement leur confiance aux dirigeants du parti clérical ».

En 1897 ont lieu les funérailles de son ami Jean-Chrysostome Debatty, propriétaire et éleveur à Wagnelée, membre de l'Association libérale de Charleroi, dont le fils Jules devient en 1903 le gendre de Léopold Detry. La presse relate que les cordons du poêle sont notamment tenus par Léopold Detry et par son cousin Joseph Lefebvre, ancien bourgmestre libéral de Fleurus, et descendant d'Apolone de Try. Des discours sont alors prononcés et il est évoqué que « partisan des idées libérales, M. Debatty aimait la liberté pour elle-même et parce qu'il y trouvait la source de la vraie égalité entre les hommes. Mais il chérissait, au-dessus de tout, une liberté inscrite en caractères sanglants dans les annales de l'humanité : la liberté de conscience ». Sa veuve poursuit ses activités d'élevage et obtient un même Prix de 50 francs et une médaille de bronze que les Dumont de Chassart, avec une pouliche de deux ans répondant, elle, au nom de « Ketty » au Concours de chevaux reproducteurs présidé par le chevalier Hynderick de Theulegoet à l'Exposition de Charleroi en 1911 [2].

Léopold, excommunié...

Actif tout au long de sa vie, les mérites de Léopold sont reconnus et lors de ses funérailles, la presse souligne : « samedi ont été célébrées au milieu d'une grande affluence de monde, les funérailles de M. Léopold Detry, de Saint-Amand (Hainaut). Nous remarquons dans l'assistance, outre la famille du défunt, très nombreuse, des personnalités les plus en vue, notamment dans le domaine politique. L'Association libérale d'arrondissement était représentée et avait envoyé son drapeau. M. Léopold Detry, libéral de vieille souche, avait été, pendant de longues années, correspondant de l'Association libérale de Charleroi pour Saint-Amand. Adversaire irréductible des idées confessionnelles, il avait pris part à la politique militante à l'époque où la guerre scolaire avait pris un caractère de réelle acuité. Doué d'un esprit pénétrant et lucide qu'il conserva jusqu'à son dernier souffle, M. Detry savait adroitement manier l'ironie, et l'on se plaît à citer à ce sujet quelques savoureuses anecdotes. »

M. A. Roty, conseiller communal libéral à Fleurus, a prononcé le discours suivant : « Mesdames, Messieurs, M. Buisset, empêché me prie de le représenter en cette triste circonstance et d'apporter au nom de l'Association libérale d'arrondissement, un souvenir ému à la mémoire de ce fervent, de ce parfait, de ce vieux libéral qu'était Léopold Detry. Sa vie est un exemple ; le grand nombre d'années qu'il passa ici-bas m'autorise à dire qu'il fut un précurseur de ces idées de droit, de justice, de tolérance, de progrès, si chères au parti libéral. Victime lui-même de l'intolérance, excommunié à une époque à laquelle ces sortes de sanctions avaient encore, aux yeux des masses, une importance capitale, la fermeté de ses convictions et la largesse de son esprit lui firent dédaigner l'anathème que l'observantisme lançait à la raison. C'est cette raison qui, sa vie durant, lui dicta sa ligne de conduite. Il fit le bien pour l'amour du bien lui-même et non avec l'espérance fallacieuse d'une récompense future. Son principe était : « consulte la raison, elle est ton juge ». La sérénité de celle-ci auréola toute sa longue existence. Il nous quitte aujourd'hui mais nous ne l'oublierons pas ; son passage ici-bas mérite que l'on s'en souvienne. Sa mémoire restera dans nos coeurs. C'est avec cette certitude que j'apporte à la famille éplorée les condoléances les plus sincères de l'Association libérale de l'arrondissement et que je dis à M. Detry le suprême adieu. Qu'il repose en paix ».

Un hommage unanime

Ses funérailles sont en effet, au contraire de celles de son épouse, purement civiles. Son souvenir est encore rappelé lors de l'Assemblée générale statutaire de l'Association Libérale d'Arrondissement, le 4 mars 1923, au cours de laquelle sa mémoire est évoquée dans « l’Hommage aux disparus », en ces termes : « M. Léopold Detry, de Saint-Amand, un de nos membres les plus vénérables qui sur un terrain particulièrement difficile a lutté pendant plus d’un demi-siècle pour nos principes de progrès et de liberté. Mort nonagénaire, il s’intéressait encore autant et plus que beaucoup de jeunes, au parti qui fut l’admirateur de sa belle et féconde carrière ». Né au balbutiement de la Belgique, il connaît les révolutions industrielles et sociales du XIXe siècle, vit intensément, malgré son grand âge, les affres de la Première guerre Mondiale, et s'éteint dans sa nonante- deuxième année après avoir vécu la douleur de perdre son épouse et deux enfants.

Galerie de photos et de documents


[1] Son gendre, Jules Debatty (1870-1965), fermier, meunier, délégué de l’Association libérale de Charleroi pour le canton de Gosselies, époux d'Emma Detry.

[2] Le Journal de Charleroi, 18 juillet 1897 ; Livre d'or de l'Exposition de Charleroi, 1911, t. I, p. 484.


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 103-105 ; Archives de M. Pierre Detry à Bruxelles ; Gazette de Charleroi, 20 mars 1880, 19 juin 1887, 28 novembre 1897, 15 mars 1904, 9, 13 novembre 1922, 6 mars 1923 ; Moniteur belge, 18 mars 1880, p. 1036 ; Le Journal de Charleroi, 28 novembre 1897, 9 novembre 1922 ; La Gazette de Charleroi, 13 novembre 1922 (son hommage funèbre).


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