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Agriculteur et vice-président de la Commission provinciale d'Agriculture pour le Hainaut, propriétaire de la brasserie et malterie « du Marais » à Saint-Amand-lez-Fleurus, échevin libéral de cette commune et conseiller provincial libéral pour le Hainaut

Jean-Baptiste Detry

Jean-Baptiste dit parfois Jean DETRY et DETRY-DELLIER, ingénieur des Arts et Manufactures de l'Université de Liège (1865) [1], agriculteur, propriétaire de la brasserie et de la malterie « du Marais » à Saint-Amand-lez-Fleurus, produisant notamment la « Double Detry » [2], et qui obtient diverses mentions à des expositions universelles [3], propriétaire et échevin libéral à Saint-Amand [4], conseiller provincial libéral du Hainaut (1888-1898), représentant de la Province pour l'arrondissement de Charleroi d'une commission spéciale relative à l'assurance du bétail, vice-président de la Commission provinciale d'Agriculture [5], président du Comice agricole de Fleurus, membre du Conseil supérieur de l'Industrie et du Commerce [6], membre de la Société d'Agriculture du Hainaut, président de la Commission pour l'amélioration de la race bovine pour l'arrondissement de Charleroi, membre d'un Comité de réflexion visant à instaurer une Association des Brasseurs de l'arrondissement de Charleroi [7], actionnaire-fondateur en 1872 de la SA « Sucrerie de Fleurus » [8], membre du Comité de l'Association libérale du canton de Gosselies, membre du Comité des cantons de Fontaine-l'Evêque et Seneffe et du canton de Châtelet-Gosselies du Comité de patronage des habitations ouvrières et des institutions de prévoyance [9], membre du jury des machines et produits agricoles à l'Exposition de Charleroi en 1895 [10], membre de la Société paléontologique et archéologique de l'arrondissement judiciaire de Charleroi à partir de 1879 [11], distingué au Concours agricole de Tervuren en 1889, juré régulier pour la Cour d'Assises du Hainaut, mention à l’Exposition de Paris en 1878, médaille à l’Exposition de Bruxelles en 1880, médaille d’argent pour la fabrication de bière à fermentation haute (brune, blanche et grisette) à l’Exposition Universelle d’Anvers en 1894, médaille d’or à l’Exposition universelle d’Amsterdam en 1895 (jury des bières et des maltes), membre du Comité cantonal de l’Association libérale du canton de Gosselies (1884), membre du Cercle des brasseurs de l’Arrondissement de Charleroi, membre du Congrès international d’Agriculture (1895), juré d’assises à diverses reprises (1889, 1900), né à Saint-Amand-lez-Fleurus le 24 juin 1842, y décédé le 22 octobre 1923, y épouse le 21 janvier 1867 (sa cousine) Sylvie DELLIER, née à Saint-Amand-lez-Fleurus le 12 novembre 1849, y décédée le 6 janvier 1938 [12], fille d'Hubert, fermier propriétaire, brasseur et propriétaire d'un moulin à vent au lieu-dit « Champ de l'arbre » à Saint-Amand, et de Marie-Thérèse Godfrin.

Ingénieur, brasseur, échevin

Jean-Baptiste Detry, septième de onze enfants, est un pur produit des terres agricoles de Saint-Amand ; il y est né, s’y est marié, y a vécu et y est décédé. Agriculteur comme son père, investi comme lui dans sa commune et dans sa province, il est un véritable terrien. Si son père, Maximilien Detry a déjà la réputation d’être un agronome réputé, sa grand-mère maternelle, Madame Pierre Stalon née Marie-Claire Mondez, est la fille de Jean-Baptiste Mondez (1747-1823), fermier-propriétaire dès 1798 de l’ancienne ferme d’Affligem dite de l’Encloître ou » Cour Mondez » à Frasnes-lez-Gosselies, agronome, maire du lieu, chevalier de la Légion d’honneur, médaille d’or de la Société d’Agriculture de la Seine en 1812, et auteur d’une publication en 1810 sur les normes agricoles qu’il prône. [13] Il révolutionne l’agriculture notamment en préconisant l’usage des engrais et en mettant fin de la sorte à l’assolement triennal par diverses méthodes qu’il applique dès 1774. Jean-Baptiste Detry a donc une solide hérédité en la matière et son mariage en 1867 avec Sylvie Dellier, descendante comme lui de la famille de Becquevort [14], confirme cet environnement terrien.

Échevin de la commune de Saint-Amand, Jean-Baptiste s'investit dans la commune comme avant lui son père et son grand-père. Attaché à sa région, il encourage l'exploitation des ressources locales et à ce titre, est actionnaire-fondateur en 1872 de la société de la Sucrerie de Fleurus. Créée sous l'impulsion du banquier Lebeau, cette entreprise a pour but la fabrication, le raffinage et la vente du sucre ; elle se veut ambitieuse avec un capital social d'un million de francs représenté par deux mille actions au porteur de cinq cents francs chacune. L'usine est construite deux ans plus tard sur un peu moins de cinq hectares et il est prévu de produire environ 18 millions de kg de betteraves qui doivent donner 900.000 kg de sucre. Les espoirs ne sont jamais atteints et en 1896, la société est mise en liquidation. [15] A titre privé, Jean-Baptiste est propriétaire de champs de betteraves, où il est victime d'un vol et dépose plainte. [16]

Conseiller provincial

Mais son intérêt pour sa région est plus large que son village et il se lance dans la politique provinciale. Membre du Comité de l'Association libérale du canton de Gosselies dès avant 1880, il est un des acteurs principaux du développement libéral du canton. Lors d'une séance à laquelle il est présent en avril 1880, le bureau signale que « plus de 150 électeurs venus de toutes les parties du canton assistaient à la séance. Un vent de bon augure souffle pour le parti libéral ; on sent que tout le monde est désireux d'apporter son concours au succès des élections provinciales (...). M. Chaudron, bourgmestre et conseiller provincial à Frasnes-lez-Gosselies, M. Jean-Baptiste Detry, conseiller communal à Saint-Amand, M. Antoine Guyot, négociant à Gosselies, obtiennent l'unanimité des suffrages et sont proclamés candidats pour l'élection du 24 mai prochain ». [17]

Dans les annonces dans la presse qui suivent il est tantôt précisé que « Monsieur Detry est un ingénieur civil à Saint-Amand et un cultivateur dont les connaissances sont très appréciées, ou encore que l'agriculteur trouvera en lui un ferme et digne soutien » et « qu'avec Edouard Chaudron, notaire et M. Guyot-Pigeolet, négociant et conseiller communal, ces trois candidats sauront défendre énergiquement nos libertés menacées par les tendances de plus en plus ultramontaines et réactionnaires de nos adversaires politiques. Le canton de Gosselies est le dernier rempart des catholiques pour les affaires provinciales. Les mérites de ces candidats sont parfaitement et honorablement connus ».

Jean-Baptiste et les deux autres candidats libéraux précisent aussi « divers projets de chemin de fer destinés à relier plusieurs communes de notre canton jusqu'ici privé des bienfaits d'une voie ferrée sont soumis à ce moment à l'examen des autorités compétentes. Nos efforts les plus fermes et les plus énergiques tendront à leur réalisation prochaine ». [18] A plus d'une reprise, il est juré d'Assises, en 1877 avec le baron Léopold Lefebvre, propriétaire à Tournai, le baron Louis Sirault, rentier à Nimy, le comte d'Auxy de Launois, propriétaire à Mons, Félix de Cartier, propriétaire à Marchienne-au-Pont ou le comte Arthur du Val de Beaulieu, propriétaire à Havré ; en 1884 avec Émile Degand, notaire, Charles Delloye, banquier, tous deux à Mons, et Léon du Bus, agent de la Société générale à Tournai, mais encore en 1889, en 1900, en 1905 et en 1910. [19]

Libéral progressiste

Elu conseiller en 1888 avec près de 1500 voix [20], il est encore en fonctions en 1897 et est mentionné comme conseiller provincial sortant le 1er mardi de juillet 1898. Pour les élections de 1894, il atteint le chiffre record de 7502 voix soit « le plus favorisé des libéraux » écrit la presse. [21] Il n'est pas réélu en 1898. Jean-Baptiste Detry fait partie de la 2ème commission où il s'occupe des travaux. Notamment en 1889 l'agrandissement des salles du Conseil provincial mais aussi par la suite des travaux nécessaires au Palais de justice de Charleroi. En 1890, il prend part à une requête auprès des chambres législatives pour que la responsabilité des communes soient dégagées dans le cadre des dégâts faits aux établissement industriels en 1886 par les grévistes. [22] En 1891, il vote pour le suffrage universel [23] et prend part au rapport sur le projet de division en deux cantons de Charleroi et la création d'une justice de Paix à Jumet. La même année, il est membre d'une commission spéciale chargée d'étudier l'organisation de l'assurance du bétail et est désigné comme représentant de son arrondissement. Il partage les mêmes vues que son frère aîné, Philippe-Léopold Detry (1831-1922), représentant libéral du canton de Gosselies pour la question du suffrage universel au « Congrès progressiste » de 1887.

Jean-Baptiste est souvent absent mais toujours présent quand il s'agit de voter une proposition. Il lui arrive aussi de déposer une proposition, notamment avec Paul Pastur le 12 juillet 1895, en vue d'établir un impôt proportionnel et progressif au profit de la Province et à charge des habitants sur les capitaux et rentes et les créances hypothécaires leur appartenant et dépassant la valeur des 2000 francs. On le constate, Jean-Baptiste est progressiste dans ses opinions. Tout au long de ses dix années de présence au sein du Conseil provincial, il prend part notamment aux votes suivants : en 1889, un subside est voté pour former des moniteurs de gymnastique pour le Hainaut, alors que la même année il est favorable à la suppression des barrières et la création d'un fonds provincial pour mettre fin au système des péages dans la province. En 1891, il encourage la vaccination pour tous, et est un fervent défenseur de la mise en place du suffrage universel et de l'enseignement gratuit, laïc et obligatoire. Le 21 juillet 1893, il vote contre la proposition Hulin consistant à réduire de moitié la contribution foncière des propriétés non bâties, à accorder de plus fortes réductions de transport pour les produits de l'agriculture et à octroyer des remises aux petits cultivateurs dont les récoltes sont nulles, ce qui est surprenant quand on sait ses préoccupations sociales.

En 1894, Jean-Baptiste est, en tant que membre du Cercle des brasseurs de l’Arrondissement de Charleroi, membre du Congrès International de chimie appliquée qui se tient à Anvers avec ses confrères, MM. Delbruyère, Meurice et Hanoteau. Il fait partie de la section de chimie biologique qui est placée sous la présidence du professeur Delbruck, de Berlin. Les congressistes viennent du monde entier : Autriche-Hongrie, Bolivie, Bulgarie, Chine, Egypte, France, Grèce, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Roumanie, Russie etc. Par Arrêté Royal du 27 mars 1894, Jean Detry, brasseur et Conseiller provincial à Saint-Amand et Octave Cavenaille, secrétaire communal à Farciennes, sont nommés membres du Comité de patronage des Habitations ouvrières des cantons de Châtelet et de Gosselies en remplacement de Monsieur Louis Cornil, décédé et de M. Zacharie Clercx, démissionnaire.

L'enseignement officiel : une priorité

Bien que de tradition catholique, il est un fervent défenseur de la liberté de pensée, et le 11 juillet 1895, il vote en faveur de la proposition de la 1ère commission tendant à protester contre le projet de loi Schollaert qui favorise l'enseignement catholique au détriment de l'enseignement officiel. Sa position tranchée à ce sujet est diversement appréciée, au sein même de sa famille... Le 14 juillet 1895, il signale à la presse le vol, dans une de ses prairies clôturées à Saint-Amand, d'un beau cheval blanc de trois ans et demi, alezan, valant 150 francs. [24] En mai 1896, il est celui auprès de qui les soumissions doivent être rentrées pour les travaux d'entretien des chemins [25], et le 26 juillet il se montre favorable à une taxe sur les voitures et sur les chasses réservées. Un an plus tard, il se déclare positif quant à l'idée de salarier les conseillers prud'hommes sur base de 2000 francs au moins par an. En 1897, il est particulièrement actif et participe à la proposition de la première commission tendant à allouer un crédit de 20.000 francs aux communes disposées à distribuer des vêtements et chaussures aux élèves indigents des écoles communales ainsi qu'un crédit de 2000 francs alloué aux communes qui patronneront l'oeuvre de la soupe scolaire et des vêtements dans les écoles communales. La lutte contre la pauvreté, passe à ses yeux par l'éducation qui est pour lui la seule solution pour sortir de ce fléau, préoccupation qui reste jusqu'à ses derniers jours, un élément prioritaire de son engagement. Délégué du Comité des Habitations ouvrières et des Institutions de Prévoyance, la dignité des classes humbles est pour lui un combat de tous les moments.

Terrien, je suis, terrien, je demeure

Chaque homme politique réagit sans doute en fonction de ce qu'il est, de ce qui le touche, le sensibilise particulièrement. Jean-Baptiste Detry n'échappe pas à la règle et c'est tantôt l’agriculteur qui vote contre la suppression des arbres bordant les routes provinciales, ou l'ingénieur qui est opposé à la proposition de Paul Pastur visant, le 29 juillet 1897, à réduire le crédit de l'École des Mines de Mons. [26] Industriel en tant que brasseur, intellectuel comme ingénieur, Jean-Baptiste n'en reste pas moins le digne héritier d'une longue lignée d'exploitants agricoles, et le sort des fermiers reste à ses yeux une priorité dans ses intérêts. Président du Comice agricole de Fleurus et vice-président de la Commission provinciale d'agriculture et membre de la Société d'Agriculture du Hainaut, il est attentif tout au long de son existence à la problématique du monde rural, assurant notamment une fonction au sein des commissions d'expertise du bétail pour l'arrondissement de Charleroi, en vue de l'amélioration de la race bovine. Un an avant sa mort, en mars 1922, il préside encore devant une importante assemblée en compagnie de son parent, Gabriel Dumont de Chassart, le syndicat d’élevage bovin où le professeur Frateur, spécialiste en zootechnie, qui vient disserter sur les nouvelles méthodes d’élevage bovin. [27] Erudit, Jean-Baptiste s'intéresse aussi aux arts et à la littérature et est membre de la Société Paléontologique et Archéologique de l'arrondissement de Charleroi.

En 1910, les organisateurs de l'Exposition de Charleroi souhaitent laisser une grande place à l'agriculture et pour ce faire le conseil d'administration de la Société de l'Exposition s'entoure « de plusieurs personnalités particulièrement compétentes en la matière dont Jean Detry, président du Comice agricole de Fleurus » [28], en quoi il succède là à Maximilien, son père, ancien président d'honneur. Une semaine plus tard, il est aux funérailles de M. Dogniaux à Roux et la presse signale que « M. Detry s'est aperçu à la sortie de l'église que sa montre ainsi qu'une chaîne en or, objets d'une valeur de 500 francs, lui avaient été soustraits ». [29] Dans la suite logique de ses activités, il est présent au banquet qui se donne au « Faisan doré » en l'honneur du Concours des chevaux reproducteurs, et auquel assiste le Ministre des Finances ; il est aux côtés de MM. Soupart, Dewandre, Gendebien, de Paul de Barchifontaine, de Dorlodot et du chevalier Henderick et la presse évoque « le toast humoristique de M. Detry ». [30]

En juillet, c'est au Concours d'aviculture qu'il assiste et qui se donne dans la grande halle centrale de Charleroi. En tant que président du Comice agricole, Jean-Baptiste Detry est parmi les invités de marque et la presse rappelle que « M. Detry rend hommage ensuite à M. Pétrus et aux organisateurs du concours. Rappelant le mot d'Henry IV, il espère qu'un jour chaque ménage pourra le dimanche mettre « la poule au pot ». De son côté au nom des journalistes présents, M. Georges des Essarts répond et remercie vivement de l'accueil qui a été fait à la presse. Très spirituellement, il parle des canards, pas de ceux de la presse, et des lapins, pas ceux que l'on pose ». La partie académique se termine là aussi par un banquet au » Faisan doré » où « le menu et les vins étaient exquis et faisaient honneur à la réputation du restaurant qui s'était réellement surpassé ». [31]

En juillet 1911, Jean-Baptiste Detry figure parmi les invités, au toujours même « Faisan doré » à Charleroi, du comte Werner de Merode, président d'honneur de l'Exposition. Dans un autre coin du restaurant relate la presse » nous reconnaissons M. Beernaert déjeunant avec MM.de Lantsheere, ministre de la Justice, et M. Borel, consul général de Suisse, beau-frère d'Auguste Beernaert ». À l'heure du Savoy qui vient couronner tous les régals gastronomiques au « Faisan doré », M. Werner de Merode prend la parole. Il porte la santé selon la tradition, dit-il, du chef de l'État : au Roi, Messieurs, et à la Reine, la gracieuse souveraine qui a conquis une si grande place dans sa nouvelle patrie. Applaudissements. On joue la Brabançonne (...) ». C'est que Jean-Baptiste Detry est président adjoint du Comité organisateur des concours agricoles lancés dans le cadre de l'Exposition, mais dont ceux prévus pour les espèces bovine, ovine, porcine et caprine sont annulés à la suite d’une épidémie de fièvre aphteuse. A l'occasion de ce déjeuner, hommage est rendu à ceux qui ont permis la réalisation de l'Exposition de Charleroi et notamment à Léon Gendebien, commissaire général du Gouvernement. « (...) Les résultats que nous avons sous les yeux démontrent une fois de plus combien notre devise nationale, « L'Union fait la force », est vraie et combien grands seraient les effets de son application plus fréquente (...). Ne serait-il pas hautement désirable de voir dans ce pays, si laborieux et scientifiquement progressif, une union plus intime s'établir entre des concitoyens qui se connaissant mieux s'apprécieraient davantage (...) ». Ces paroles pourraient être écrites aujourd'hui. Mais entretemps, la guerre survient et bouscule bien des situations. [32]

Un vieux couple uni

Le 21 janvier 1917, Jean-Baptiste et Sylvie Detry fêtent leurs cinquante ans de mariage et à cette occasion un livret illustré de photos est édité [33] et évoque avec tendresse l'affection des leurs, car tous deux sont avant tout parents d'une famille nombreuse, dix enfants, à laquelle ils sont extrêmement attachés et pour laquelle ils ont veillé, tant pour les filles que pour les fils, à donner une instruction intellectuelle :

« Nous nous trouvons réunis en ce jour afin de célébrer une date mémorable pour vous et pour votre chère famille : il y a en effet exactement aujourd'hui cinquante ans que vous fîtes votre entrée dans la vie conjugale. Depuis plusieurs années déjà, nous caressions le doux espoir de fêter, avec tout l'éclat qu'il mérite, le grand jour de votre jubilé. Hélas. Les événements ne se prêtent guère à de pompeuses réjouissances. Mais si la cérémonie actuelle est modeste par son allure tout intime, combien n'est-elle pas grandiose par la noblesse de son but et par l'élévation des sentiments affectueux de ceux qui y participent. Nous sommes loin d'ignorer que ce concert de tendresses soulève en vous un tourbillon d'émotions extrêmes. Je le dis bien vite, car il est inutile de vouloir le dissimuler, les vides que l'horrible guerre a créées parmi nous sont nombreux et retentissent bien lourdement sur votre bonheur. Quatre de vos enfants et une petite-fille, que vous chérissez sans avoir la joie de la connaître, sont retenus à l'étranger.

Nous comprenons la grande affliction et l'angoisse que vous causent, ainsi qu'à nos deux chères soeurs, depuis deux années et demie, ces cruels exils ; nous nous rendons bien compte aussi que ne saurions les apprécier, car on a beau être soeur ou frère, il faut être père ou mère, il faut aussi être épouse pour pouvoir juger de toute l'étendue de cette adversité. Nous n'ignorons pas non plus la peine profonde qu'éprouvent en ce moment nos chers exilés, qui ne peuvent être avec nous que de coeur, mais qui le sont sûrement. Et cependant, chers Parents, nous n'avons pas hésité à organiser cette petite manifestation tout intime, et, en cela, nous avions de bonnes raisons. D'abord, parce que ce grand chagrin, vous le portez en permanence, et qu'en ce jour, vous l'eussiez ressenti bien plus fortement ; aussi, nous sommes-nous empressés d'être là, près de vous, pour en prendre la plus large part possible. En outre, parce que vous avez fait preuve d'une telle résignation et d'un tel courage, qu'il nous a plu de choisir cette occasion solennelle de vous dire bien haut et bien sincèrement combien est grande l'admiration que nous inspire un tel stoïcisme. Parce qu'enfin, nous tenions à vous réconforter en vous donnant l'assurance que le terme de cette longue absence de vos chers enfants n'est plus bien éloigné. Je le dis sincèrement ; ayez confiance, vos enfants affectionnés ne tarderont pas à revenir parmi vous, plus aimants encore et mieux trempés aussi pour affronter les vicissitudes de la vie. Ceci du reste n'est qu'une petite fête provisoire, qui souligne la date. Bientôt, votre chère famille, au grand complet, oubliant les souffrances passées, se pressera auprès de vous, pour commémorer avec tout l'éclat voulu, votre jubilé et le retour de nos chers absents. Permettez-nous maintenant de vous demander une petite trêve à votre douleur et d'être avec nous en pleine allégresse à l'occasion d’un aussi heureux événement que celui de vos noces d'or.

Songez donc à l'explosion de bonheur que cela peut produire dans une famille dont l'affection filiale est illimitée et inaltérable et reportez vos pensées sur cette belle existence commune d'une durée d'un demi-siècle. Sans doute, comme beaucoup, vous êtes entrés dans l'hyménée avec de bien douces espérances, mais, comme bien peu, vous avez pu rendre cette union aussi heureuse que féconde. N'avez-vous pas le suprême bonheur d'avoir donné le jour à une nombreuse famille et de l'avoir élevée dans la voie de la dignité. Par son tendre attachement pour vous, par sa modestie et ses grands mérites, par la noblesse de ses sentiments et la distinction dans son éducation, ne fait-elle pas l'admiration, ouvertement proclamée, de tous ceux qui ont le sens du bien ?

Certes, ce n'est pas sans grands tracas peut-être et sans inquiétude que vous êtes arrivés à ce résultat enviable. Mais aujourd'hui, vous pouvez goûter avec délices les fruits de votre long labeur ; vous pouvez contempler avec autant de joie que de fierté cette belle famille, à laquelle vous ne cessez de prodiguer votre tendresse, même jusque dans sa descendance. Il faut croire aussi que ce trésor d'affection que vous possédez est inépuisable, car vous en faites largement bénéficier ceux qui, par alliance, ont eu l'inappréciable bonheur de vous posséder comme parents. Que dire de la valeur des biens matériels lorsqu'on l'oppose à celle de ce patrimoine moral, tout d'attachement, de si profonde affection et de si grande solidarité ? Les premiers sont périssables et souvent source de détestables discordes ; celui-ci est immuable et défie toutes les fatalités. Voilà pourquoi, pour cette belle union et pour avoir transmis à vos nombreux enfants vos précieuses qualités de coeur et de l'esprit, vous avez droit à l'admiration de tous et aux félicitations les plus chaleureuses.

Et si maintenant nous portons nos regards sur vous, nous sommes ravis de votre verdeur, de votre bonne humeur et de votre solide santé. Eh quoi, chers Parents. Mais n'étaient là vos enfants et petits-enfants, nous vous prendrions volontiers pour de jeunes mariés… Nous admirons en vous cette douce sérénité, qui est le reflet d'une vie de profonde honnêteté, de droiture et de noblesse de sentiments. Comme il y a cinquante ans, vos coeurs battent à l'unisson dans ce décor de neige qui symbolise la pureté de vos âmes. Plus aujourd'hui qu'alors, vos coeurs ne sont-ils pas solidement unis ? N'ont-ils pas trouvé, dans les enfants et petit-enfants, cette soudure autogène indissoluble ? Puissiez-vous pendant de longues années encore jouir de cette excellente santé, de cette vie exempte d'infirmités, de cette jeunesse de caractère et de ce bonheur d'être unis. Nous formons pour cela les souhaits les plus ardents, afin que vos enfants puissent continuer à goûter cette douce existence du foyer maternel et ces retours au nid toujours plus désirés. Bien que nous soyons convaincus que cette journée mémorable restera à jamais gravée dans nos coeurs, nous avons tenu cependant à la consacrer par un souvenir. Veuillez accepter ce modeste pêle-mêle ; en l'ornant de la photographie de chacun de vos enfants et petits-enfants, nous vous le présentons comme le gage de notre profonde gratitude. Lorsque vous aurez bien voulu combler les vides du milieu par votre photographie, vous aurez formé le noyau de ce que nous considérerons dans l'avenir comme l'emblème de votre union impérissable ».

À cela s'ajoute une poésie qui leur est dédicacée par l'académicien Henri Liebrecht [34] :

Avoir fait, la main dans la main,
La route si longtemps suivie,
S'aimant hier comme demain,
Vivant l'un pour l'autre, la vie.
Dans l'allégresse et dans le deuil,
N'avoir eu qu'un coeur et qu'une âme,
Car l'Amour protégeait le seuil
Dont le foyer gardait la flamme.
Et sentant la même ferveur,
Malgré la main qui parfois tremble,
Après cinquante ans de bonheur.
N'être heureux que de vivre ensemble.

L'émotion est évidemment palpable dans l'assemblée car c'est un hommage vrai et sincère qui leur est rendu. Ces temps de guerre sont difficiles et malgré son grand-âge, Jean-Baptiste a encouragé, soutenu, encadré sa fille Jeanne qui se dévoue dans l'Oeuvre de la soupe populaire à Saint-Amand, fier d'avoir transmis aux siens des qualités de coeur qui font bien davantage que les vanités, la grandeur des êtres. Jean-Baptiste Detry s’éteint dans ce village qui l’a vu naître le 22 octobre 1923 à l’âge respectable de quatre-vingt-et-un ans, son épouse lui survivant près de quinze ans, et tant que l’autre, selon leurs dernières volontés, sont inhumés dans la stricte intimité familiale. [35]

Galerie de photos et de documents


[1] La Meuse, 10 septembre 1863, 29 août 1865 ; M. V. Dwelshauvers-Dery, Referendum des ingénieurs. Enquête sur l'Enseignement de la Mécanique, Liège, 1893, p. 134 ; Mémorial du cinquantenaire de l'Association des ingénieurs sortis de l'École de Liège, Liège, 1898, p. 165 ; Congrès international des mines, de la métallurgie, de la mécanique et de la géologie appliquées, 1905, p. 84. Il est souvent qualifié « d'ingénieur des Mines » e. a.. lors de son mariage.

[2] Jean-Baptiste reprend la brasserie Dellier appartenant à sa belle-famille. Les médailles remportées lors de certaines expositions universelles (voir note ci-après) permettent d'asseoir l'ancienneté de cette activité brassicole, car un ouvrage consacré aux brasseries belges signale par erreur un début d'activité en 1892. Il renseigne toutefois, ce qui est relativement exact, que la brasserie est en cessation d'activité en 1922, et fermée en 1925. En réalité, elle reste fermée à la suite de la saisie en 1916 des cuves en cuivre par l'armée allemande, et les lieux appartiennent aujourd'hui aux Houtain, descendants de Catherine Detry. Occupé par ses autres fonctions, Jean-Baptiste Detry confie la gestion de la brasserie à un directeur, M. Bousette (La Gazette de Charleroi, extrait de presse non daté). M. Friedrich, Brauerei-Verzeichnis Belgïën, Heidelberg, 1984, p. 23.

[3] Notamment une première mention à Paris en 1878 (Exposition universelle de Paris 1878, Distribution solennelle des récompenses aux exposants et à leurs coopérateurs, Bruxelles, 1879,p. 106) et un certificat d'admission à Bruxelles en 1880 (Catalogue officiel général de l'Exposition universelle d'Anvers en 1894, Anvers, 1894,p. 173). Jean-Baptiste Detry, aux côtés de sa belle-mère soutient un procès qui se clôture en 1879 envers ses cousins, par sa grand-mère née Mondez, les Dumont de Chassart (P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, p. 88), pour pollution de l'eau du ruisseau qui sert à la fabrication de la bière (archives de M. Philippe Gerard). La brasserie Detry figure sur la liste des brasseurs répertoriés par les Allemands en 1914, sur base des tonnes de farine déclarées en 1913, vingt tonnes, ce qui la situe dans les brasseries locales de moyenne envergure. À titre de comparaison les Escouflaire à Jurbise en déclarent 24, les Springuel à Huy, 30, les Wodon en la même ville, 24, les Roisin à Fosses, 26, les Moriamé à Namur, 26 ou les Lathuy à Gembloux, 14. G. Van Grasdorff, Il était une fois les Brasseurs, Luxembourg, 1986, p. 187.

[4] Le Journal de Charleroi, 9 juillet 1872.

[5] Rapport de la Députation permanente du Hainaut, Conseil provincial 1898, p. 298.

[6] La Gazette du Brasseur, Revue industrielle, agricole et commerciale de la brasserie et de la malterie, 30 novembre 1890. Jean-Baptiste y siège aux côtés de MM. Beauduin, fabricant de sucre à Waremme, Dumon-de Menten, malteur à Bruges, Dupierreux (du Pierreux), brasseur à Namur, Meeûs, raffineur à Anvers, et de son lointain cousin (par les Detry) Zoude, ingénieur et industriel à Val-de-Poix (Libin) (voir descendances féminines) (P.-E Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 247) etc.

[7] La Gazette du Brasseur signale qu'une circulaire signée de différents brasseurs, dont Jean-Baptiste, mais aussi, de MM. Binard, Heyndrickx, Lannoy, Misonne, Parent-Derbaix ou de Negry, « convoque les brasseurs de l'arrondissement de Charleroi à une réunion qui aura lieu le 10 août 1891, à 3 heures, dans un salon de la Société civile et Militaire à Charleroi ». L'ordre du jour porte sur la nécessité ou non de fonder une Association des Brasseurs de l'arrondissement de Charleroi et sur la nomination d'un comité pour l'élaboration des statuts. La Gazette du brasseur, 9 août 1891.

[8] Les fondateurs sont notamment Ludolphe Delcorde, propriétaire, Désiré Clercx, directeur général de la S. A. des houillères unies du bassin de Charleroi et parent de Mme Georges Detry, Jules Audent, avocat et Nicolas Quenne, notaire à Charleroi, Louis-Xavier Busquin des Essarts, propriétaire à Ransart, Vital Losseau, fabricant de sucre, Auguste Gailly, cultivateur à Fleurus, Gustave Février, industriel à Sombreffe, Julien de Cartier d'Yves, propriétaire et bourgmestre d'Yves, Louis Quirini, propriétaire à Fleurus. Jean-Baptiste souscrit à la fondation quinze actions à 500 francs l'unité. Moniteur belge, 28 décembre 1872, pp. 3853-3856 ; P. Prevot, Un quartier méconnu de Fleurus : le Vieux Campinaire, 2011.

[9] La Gazette de Charleroi, 7 février 1898, 16 février 1910.

[10] Placée sous la présidence de Jules Audent, bourgmestre. La Gazette de Charleroi, 30 août 1895.

[11] Annales de la Société paléontologique et archéologique de l'arrondissement judiciaire de Charleroi, tomes X et XII, Mons, 1880 et 1883 (voir liste des membres).

[12] La Libre Belgique, 12 janvier 1938.

[13] J.-B. Mondez, Notes sur l'abolition des jachères et les avantages de la culture flamande, imprimerie Jevenois à Mons, 1810 (tiré à 2600 exemplaires). Bibliographie de l'Empire français ou Journal de l'Imprimerie et de la Librairie, 16 avril 1812, p.338 ; F. Delleaux, « Diffusion et application des méthodes culturales flamandes dans les anciens Pays-Bas méridionaux au XVIIIe siècle », in Revue historique, 2010, pp. 27-58.

[14] Sylvie Dellier en descend quant à elle par sa mère, née Marie-Thérèse Godfrin (1817-1889) (La Gazette de Charleroi, 3 février 1889) et Jean-Baptiste, par sa grand-mère paternelle, née Tirifahy. P.-E Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp. 82, 128.

[15] P. Prévot, Un quartier méconnu de Fleurus, op. cit.

[16] La Belgique judiciaire, part. IV, 1897,p. 1021.

[17] L'Echo du Parlement, 29 avril 1880.

[18] La Gazette de Charleroi, 2, 15, 17-18, 23-24, 26-27, 30 mai 1880.

[19] La Gazette de Charleroi, 10 mai 1884, 27 juin 1889, 29 avril 1900, 24 janvier 1910 ; Le Courrier de l'Escaut, 20 juillet 1877, 10 mai 1884, 27 mai 1905, 26 janvier 1910 ; Le Journal de Charleroi, 28 mai 1905, 10 mars 1914.

[20] La Gazette de Charleroi, 28-29 mai 1888 ; L'Indépendance belge, 28 mai 1888 ; Le Courrier de l'Escaut, 2, 29 mai 1888, 24 mai 1892, 10 avril 1894.

[21] Le Journal de Charleroi, 6 juin 1898. Des chiffres évoquent 7455 voix. Le Courrier de l'Escaut, 30 octobre 1894.

[22] La Gazette de Charleroi, 6 juillet 1890.

[23] Ibidem, 1er août 1891.

[24] Ibidem, 14 juillet 1895.

[25] Journal de Bruxelles, 29 avril 1880, 2, 28 mai 1888, 16, 17 mai 1892, 7 février 1898 ; La Gazette de Charleroi, 15, 17-18, 26 mai 1888, 5, 23 mai 1892, 23 mai 1895, 26 mai 1896, 9 janvier 1898, 14 mars 1900, 17 mars 1901, 9 mars 1903, 24 juillet 1904, 14 mars 1907, 7 novembre 1925.

[26] Mémoriaux administratifs de la Province de Hainaut, années 1888-1897 ; Almanachs de la Province de Hainaut, années 1888-1900. La Gazette de Charleroi, 14 mars 1900, 17 mars 1901, 9 mars 1903.

[27] Le Courrier de l'Escaut, 13 mars 1908 ; La Gazette de Charleroi, 11 mars 1922.

[28] La Gazette de Charleroi, 17 juin 1910.

[29] Ibidem, 28 juin 1910.

[30] La Gazette de Charleroi, 27 juin 1911.

[31] Ibidem, 16 juillet 1911.

[32] Le Journal de Charleroi, 1er août 1911 ; Le Livre d'or de l'Exposition de Charleroi, Liège, 1911, t. I,p. 472.

[33] Archives de la famille Detry, Noces d'or de M et Mme Jean Detry, Saint-Amand-lez-Fleurus, 21 janvier 1917, livret avec photographies du couple jubilaire, imprimé chez René Boivin, 31 avenue d'Orléans à Paris.

[34] Henri Liebrecht (1884-1955), poète, écrivain, secrétaire général du Musée du Livre, professeur à l'Académie royale des Beaux-Arts à Bruxelles, membre de l'Académie royale de langue et littérature françaises, vice-président de l'Association des Ecrivains belges de langue française, président du Comité national Verhaeren, membre d'honneur de la Société des Gens de Lettres de France, ami d'Alex Pasquier, descendant de Marie-Apolone de Try, et cousin de Jean-Baptiste Detry. C'est Alex Pasquier, président de l'Association des Écrivains belges de langue française qui prononce à son décès son éloge. Bulletin de l'Académie royale de langue et littérature françaises, t. XXXIII, 1955,p. 278.

[35] Le Soir, La Dernière Heure, La Nation belge, 28 octobre 1923 ; La Libre Belgique, Le Soir, La Gazette de Charleroi, 12 janvier 1938.


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp. 127-134 ; Le Courrier de l’Escaut, 20 juillet 1877, 10 mai 1884, 26 janvier 1910 ; Journal de Charleroi, 1er juin 1884, 10 juin 1889, 29 avril 1900, 28 mai 1905 ; Collectivité de la brasserie belge, Exposition universelle d’Anvers 1894, p. 37 ; Bulletin du Service de santé et d’Hygiène publique, Bruxelles, 1894, p. 69 ; Exposition Universelle d’Anvers 1894. Brasseries, matières premières, matériel et bières, Rapport de M. Victor Van Volsem, brasseur, vice-président de l’Association générale des Brasseurs belges, Malines, 1895, p. 55 ; Le Petit Journal du brasseur, 1895, volume 3, p. 466 ; Pasicrisie des cours et tribunaux de Belgique, Bruxelles, Ière partie, 1897, p. 134 (vol agricole au préjudice de Jean-Baptiste Detry). Voir aussi Fédération des associations libérales, assemblée générale du 24 novembre 1879, Bruxelles, 1880, pp. XXXVII et LXXII (Jean-Baptiste et Jules Detry) ; 3e Congrès international d’agriculture tenu à Bruxelles du 8 au 16 septembre 1895, Bruxelles, 1896, p. XX.


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