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Avocat au Barreau de Namur : un maître en droit trop tôt ravi

Robert Detry

Robert DETRY, candidat avec Grande Distinction en Philosophie et Lettres préparatoires au droit et au notariat des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, docteur en droit avec Grande Distinction de l'Université de Liège, licencié en Sciences économiques et fiscales avec Distinction de l'Université de Liège, avocat au Barreau de Namur, juge suppléant au Tribunal de Première Instance de cette ville né à Saint-Servais le 15 mars 1933, décédé à Namur le 14 juillet 1979, épouse à Namur le 13 juillet 1963 Edmée SCOYER, assistante sociale de l'École sociale de Namur, diplômée en Secrétariat, née à Namur le 29 juin 1940, fille de Robert, comptable, et de Marie-Thérèse Debry.

Un noyau familial industriel et inventif

Fils de Gaston Detry, négociant en houille à Namur et combattant 1940-1945, et de Gabrielle Trousse, Robert Detry est par sa grand-mère maternelle Henriette dite Emilie Hanrez issu de cette importante famille industrielle fondatrice des Ateliers Hanrez à Monceau-sur-Sambre, qui deviennent en 1861 la Société en commandite par actions Hanrez et Cie. L’un de ses plus dignes représentants, Prosper (1842-1920), ingénieur civil mécanicien de l'Université de Liège où il sort premier de sa promotion, industriel, associé gérant de la Société Solvay à laquelle il donne une expansion étrangère, est conseiller communal libéral de Saint-Gilles-lez-Bruxelles, conseiller provincial du Brabant, sénateur de l'arrondissement de Nivelles et assiste à la prestation de serment du Roi Albert Ier en 1909. Il est notamment l’inventeur d'un système dit Système Hanrez (générateur inexplosible à tubes d'eau), auteur de publications, président de l'Association libérale et Union constitutionnelle de Bruxelles, président du Cercle des Installations maritimes de Bruxelles, conférencier, journaliste politique pour La Réforme et Le Ralliement etc.

Une carrière pleine d'espoir arrachée à la vie

Doué pour les études universitaires qu’il commence brillamment par des candidatures en Philosophie et Lettres à Namur, Robert Detry décroche son diplôme de docteur en droit avec Grande Distinction ainsi qu’une licence en Sciences économiques et fiscales avec Distinction de l'Université de Liège. Mais luttant contre la maladie, sa vie est brève et il est emporté quadragénaire alors qu’une carrière brillante s’ouvrait encore à lui. C’est son cousin éloigné, André Detry (1920-1981), lui aussi avocat au Barreau de Namur où il est deux fois bâtonnier qu’incombe la mission de faire son éloge funèbre : « Le Barreau de Namur est en deuil, et notre tristesse fut profonde d’apprendre que, dans la soirée du 14 juillet, Robert Detry nous avait quittés après une lutte épuisante, mais hélas inégale, contre celle que nous devons tous un jour rencontrer. Eprouvé par de longues et cruelles souffrances, il les supporta avec une énergie peu commune et il vient de s’en aller sereinement, au terme d’une vie courte mais noble, toute empreinte te de travail et de dignité. Nous sommes rassemblés pour honorer une dernière fois l’un de nos Confrères dont la qualité première a été, en toutes circonstances, d’être un homme de devoir et d’action. Robert ne pouvait point d’ailleurs mener une vie terne ou banale parce que, par ses qualités foncières, il était de ceux qui, avec conscience entière et une droiture exemplaire, se consacrent à fond aux tâches qu’ils entreprennent. Il m’a été donné le privilège de le côtoyer et, cruelle ironie du sort résultant à la fois de ce nom que nous partagions et d’une activité professionnelle que nous exercions en ordre principal devant le Tribunal de commerce, ce qui se traduisait par des correspondances que l’on recevait en lieu et place de l’autre, combien de fois l’ai-je entendu dire : « André, il faudra bien que l’un d’entre nous se décide à changer de nom… ».

Je le revois, arrivant au Palais, calme et souriant, dominant par son imposante stature, la majorité de nos Confrères, affable à l’égard de chacun et soucieux de ne déplaire à personne ; c’était là le type de la distinction toute naturelle et sans recherche… élégance souveraine de l’esprit, des pensées, des sentiments, reflet d’une âme dans laquelle rien de vil n’avait accès. Brillant étudiant, sorti avec grande distinction docteur en droit de l’Université de Liège, titulaire d’un diplôme de licencié en sciences économiques et fiscales, il entre au Barreau en septembre 1956 ; ancien stagiaire du regretté Bâtonnier Devos décédé tragiquement et peu après du Bâtonnier Henry, ses connaissances l’orientèrent très rapidement vers la branche commerciale où il se révéla un avocat de haute qualité, remarqué d’ailleurs par les Magistrats consulaires puisque très souvent, il fut appelé à remplir des mandats de justice dans l’exercice des fonctions de curateurs, liquidateur et commissaire-répartiteur. À la barre, il s’exprimait sur un ton modéré, tenace dans son argumentation mais toujours avec une parfaite courtoisie, pénétré de cette idée juste que la déférence, déférence pour le Tribunal, déférence pour l’adversaire, que la persuasion et la conviction jointes à une étude sérieuse des dossiers, constituaient la meilleure rhétorique.

Il était intimement convaincu que le Barreau est une école du don de soi et que l’Avocat n’a pas le droit de ne pas donner sa pleine et entière mesure, non seulement parce que l’intérêt du client le commande, mais aussi parce que l’honneur de l’Ordre exige que chacun de ses membres consacre son temps, ses forces et son intelligence, à se perfectionner au service de sa profession. Toujours disponible, animé de « servir autrui », il a exercé pendant de nombreuses années les fonctions de Juge suppléant au Tribunal de Première Instance de Namur, où, avec la même affabilité et la même patience qu’il s’appliquait à respecter lors de ses discussions avec ses Confrères, il écoutait les justiciables avant que de se faire une opinion, un jugement… Robert, tu nous quittes à un moment où tu avais encore tant à donner de toi-même, tant de tâches à accomplir auprès de ta famille, mais que les tiens qui sont aujourd’hui dans la peine et l’affliction, soient convaincus que dans notre Barreau, tu jouissais de la parfaite estime de tes Confrères, ayant conquis l’unanime sympathie de tous par la franchise, la droiture, la cordialité de ton accueil et la rectitude de ton jugement (...). Je sais que les mots sont impuissants à calmer la douleur, mais je suis convaincu que l’Espérance est source de consolation et lénifie la souffrance ». Robert Detry eut deux filles dont l’une, Laurence (1966-2007), elle aussi enlevée prématurément à l’affection des siens avait embrassé la voie du droit comme avocate au Barreau de Bruxelles et professeur de droit.

Quand le droit est dans la famille

Si Jacqueline Detry, l’unique sœur de Robert qui ne compte pas de frère, est, elle, licenciée en histoire de l’Université de Liège, agrégée et professeur qui collabore aux Documents d'archives relatifs au Namurois, dossier pédagogique destiné à l'enseignement de l'histoire, elle épouse Roger STOKART (1932-2021), condisciple dans ses études de droit de Robert Detry. Candidat, comme lui, avec Grande Distinction en Philosophie et Lettres préparatoires au droit et au notariat des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, Roger Stokart est docteur en droit de l'Université de Liège où il accomplit encore une licence en Sciences administratives avec Distinction. Il est ensuite avocat au Barreau de Namur puis juge au Tribunal de 1ère Instance de Namur, conseiller et président de Cour d'Assises à Namur, juge au Tribunal de Commerce, président de Chambre à la Cour d'appel de Liège, membre du comté de rédaction de la Revue générale de droit, membre du collège de recrutement des magistrats [1] etc. Paul Bribosia, président du Tribunal de Première Instance de Namur et grand-oncle de Nathalie della Faille de Leverghem épouse de Philippe-Edgar Detry a rappelé dans un Mémoire publié, la personnalité de Roger Stokart époux de Jacqueline Detry : « Le Juge Roger Stokart, ce sphinx aimable, plein de qualités et juriste excellent, parvenait à démêler avec bonheur l'écheveau des procédures les plus compliquées. Magistrat particulièrement pondéré, quelque peu mystérieux, au civil comme au pénal, il évoluait avec une aisance parfaite. J'eus le grand plaisir d'assister à Liège à sa prestation de serment en qualité de Conseiller à la Cour d'Appel où, bien évidemment, il sera dans son élément...de juriste impénitent avant de planer un jour qui sait...dans l'olympe de la Cour suprême. C'est la grâce que je lui souhaite de tout cœur » [2]. Roger Stokart et Jacqueline Detry ont deux enfants dont une fille, Sandrine Stokart, qui perpétue la tradition du droit comme avocate au Barreau de Namur, professeur de droit (sections agents immobiliers et chefs d’entreprise) etc.

Galerie de photos et de documents


[1] Aux côtés d'Alain Squilbeck (° 1949), licencié en droit, licencié en criminologie, licencié spécial en droit européen, licencié en Philosophie et Lettres, de l’Université Libre de Bruxelles, candidat en Philologie et Histoire orientales, avocat à la Cour d'appel de Bruxelles puis vice- président du Tribunal du Travail de cette ville, chargé de cours de droit et de philosophie en divers lieux dont la Haute École Paul-Henri Spaak, châtelain de Loo Bosch à Zelem, arrière-petit-fils de Charles Squilbeck et d’Elisa Detry. P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 102-103.

[2] P. Bribosia, Mémoires de cinquante années d'histoire d'un Palais de Justice, Namur, 1988, pp. 41-42, 45, 75-77, 130-131, 94, 96, 105.


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’Histoire, Namur, 2015, pp. 378-380 ; Vers l'Avenir, 21 juillet 1947 ; Le Soir, 15 juillet 1952, 30 juillet 1953, 27 juillet, 1er novembre 1955 ; Revue générale de droit, janvier 1978, avril 1979 (verbo Stokart) ; Robert Detry figure à l'extrême-droite, au milieu, sur la photo du Barreau de Namur en 1973 reproduite dans P. Bribosia, Mémoire de cinquante années d'histoire d'un Palais de justice, Mettet, 1988, p. 116 ; Tableau de l'Ordre des Avocats près le Tribunal de Première Instance de Namur, année judiciaire 1957-1958 ; Ministère de l'Education nationale et de la Culture française, Bruxelles, 1980. Le Guetteur wallon, Namur, 1981, p. 143 (Jacqueline Detry) ; Sénat de Belgique, session extraordinaire de 1991-1992, 14 mai 1992, p. 2 ; M. Vanderweckene, « La Cour d’appel de Liège et le dommage corporel » in Revue générale des assurances et des responsabilités, 1997 ; La Dernière Heure, 22 janvier 2014 (verbo Stokart).


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