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Agent de change à Gilly, président du Cercle des Jeunes gens de ce lieu, membre de la Garde civique, amateur horticole

Georges Detry

Georges DETRY, agent de change à Gilly, président du Cercle des Jeunes Gens de Gilly, membre de la Garde civique de ce lieu, amateur d'horticulture et membre du Cercle Horticole de Gilly et organisateur en 1916 du Concours de charité de qui s'y déroule, y né le 24 avril 1882, y décédé le 5 juin 1918, épouse à Saint-Josse-ten-Noode le 15 juin 1912 Emilie Clercx [1], membre de l'Oeuvre des vêtements à Gilly, y née le 6 janvier 1885, fille d'Émile, négociant en bois, membre du Syndicat des marchands de bois du bassin de Charleroi, membre du Cercle libéral de Gilly et du Congrès progressiste (canton de Charleroi) en 1886, et de Marie (-Joséphine) Frère [2]. Sans desc.

Une jeunesse marquée par le deuil de sa sœur

Georges Detry compte à sa naissance un frère ainé, Marcel Detry (1879-1972), de deux ans son ainé et une sœur de deux ans sa cadette. Son enfance est bercée par la douceur d’une mère très attentive et d’un père fougueux mais adorant ses enfants. Si son frère Marcel est davantage en phase avec son père dont il embrasse la même carrière médicale, Georges est très marqué par la mort, « administrée des Saints Sacrements », de sa sœur Paula à l’âge de onze ans, emportée par le croup. Leur mère ne se remet jamais de ce décès et c’est en deuil perpétuel qu’elle se présente à eux. Et cela même si le souvenir pieux de sa fille reprend la parole de saint Ambroise » les anges ne sont pas créés pour la terre, leur demeure est au Ciel » et que « Dieu l’avait choisie, elle était prédestinée... Il l’avait douée des plus heureuses qualités de l’intelligence et du cœur » [3]. Georges vient d’avoir treize ans et souffre pour ses parents, et son père en particulier qui, médecin combattant toutes les douleurs, n’a pu sauver sa propre fille. [4]

Que jeunesse se passe...

Malgré cette tristesse, Georges Detry a le caractère festif de son père, Louis-Philippe. Bons mets et breuvages sont pour lui un plaisir terrestre et il ne manque aucune occasion de faire la fête. Il est d’ailleurs président du Cercle des Jeunes gens de Gilly et membre de la Garde civique, toutes occasions qui lui sont procurées de donner de l’éclat à son quotidien. C’est en célibataire profitant de la vie qu’il passe ses jeunes années d’adulte, rêvant à l’âme sœur qu’il rencontre à l’aube de ses trente ans faisant alors sienne la pensée de Voltaire « L’amour est une étoffe tissée par la nature et brodée par l’imagination ». L’élue de son cœur ne lui est pas inconnue, loin de là. La famille Clercx à laquelle elle appartient, est amie,... ou pas, selon les branches, des Detry à Gilly. Libérale, très progressiste, athée, Emilie Clercx, dont la mère, une Frère, appartient à une famille incontournable du lieu, est par son père très investie dans la charité, répulsive à toute implication religieuse. La jeune fille a un peu moins de trois ans que Georges Detry et leur mariage est prévu le 15 juin 1912. Si l’union est acceptée par les deux familles, la mère de Georges est peu en phase avec le côté philosophiquement sectaire de la famille Clercx. C’est que le père de la jeune fille, « Emile Clercx fils » [5], est le fils d’Emile Clercx senior, lui aussi marchand de bois, candidat libéral aux élections communales de ce lieu à plusieurs reprises [6], conseiller communal libéral et membre des Comités scolaires de Gilly et qui lors de son décès à Gilly en 1903 fait l’objet de « funérailles civiles » bien qu’elles se déroulent « au milieu d’un grand nombre de notabilités industrielles ». A l’occasion de son enterrement, « la famille de Monsieur Emile Clercx fait don de 500 pains aux pauvres secourus par le bureau de bienfaisance » de Gilly. [7]

Agent de change reconnu à Gilly et amateur horticole

Agent de change installé chaussée de Fleurus, 44, à Gilly, [8] Georges Detry est actif dans les milieux d'affaires ; il a en portefeuille les actions classiques de sociétés belges et étrangères de l'époque et sa mort précoce en 1918 lui évite le krach de 1929 dont on connaît l'ampleur. Amateur comme son père d'horticulture, Georges Detry possède une collection de dahlias cactus qui fait son orgueil. Il les présente lors de salons sur le sujet et c'est le cas en 1905 à l'occasion d'une exposition horticole à Gilly où ils sont admirés. [9] Dans son activité professionnelle, il publie assez régulièrement des annonces relatives à des assemblées générales d'actionnaires, voire des liquidations de sociétés, et son adresse est, dans certains cas, renseignée comme siège social de sociétés. C'est le cas en 1909 pour la S. A. des Ateliers de constructions de Gorlowska (Donetz) ou la S. A. des Ateliers de constructions mécaniques de Soumy. [10]

Sa clientèle est assez fortunée mais elle est aussi composée de porteurs très modestes auxquels la chance sourit parfois. C'est le cas en septembre 1909, où la presse annonce sous le titre accrocheur de « La veine d'un mineur » qu'un lot de 100.000 francs a été gagné à Taillis-Pré : « M. Georges Detry, agent de change à Gilly, recevait avant-hier la visite d'un de ses clients, Alphonse Wauthion, houilleur et habitant Taillis-Pré, qui venait le prier de bien vouloir vérifier les numéros de « ses » actions. Wauthion, complètement illettré, n'eut pu faire cette vérification lui-même et M. Detry s'empressa de lui donner satisfaction. C'est ainsi que l'agent de change constata qu'une obligation portant le n° 23, 253-3 de la ville de Bruxelles, 1902, était sortie remboursable par 100.000 francs, le 15 février 1908... Il fit part de l'heureuse nouvelle à Wauthion qui, on le conçoit aisément, fut un moment à se remettre de son émotion, et qui, pour avoir tous ses apaisements, et sur les conseils de Monsieur Detry, fila dare-dare annoncer la bonne aubaine aux siens et alla quérir l'obligation favorisée pour obtenir, sans doute possible, confirmation de sa chance... Le brave homme à qui surprise si agréable vient d'être faite, est âgé de 45 ans et père de trois enfants. Courageux, économe, Wauthion était propriétaire de la maison qu'il habite, rue de la Remise, à Taillis-Pré, et quoique peinant dur, il trouvait encore le moyen de mettre quelque chose de côté, pour les mauvais jours. On voit que son épargne ne fut pas mal placée. L'heureux gagnant n'a pas de projet encore, mais comme il descend dans la fosse depuis sa plus tendre enfance, il déclare qu'à partir de ce jour, il va se la couler plus douce. Qui donc lui donnerait tort ». [11]

Libéral et « charitable par le plaisir »

Naturellement introduit par sa famille dans les sphères libérales dont il est un membre convaincu, cela lui donne l'occasion d'entretenir sa clientèle, mais il n'a pas que des amis car son engagement philosophique, même s’il est plus modéré que dans sa belle-famille, n'est pas du goût de tous. Alors qu'il est interpellé par Henri Gobbe [12], directeur-éditeur du journal catholique « Le Pays wallon », qui lui reproche d'organiser, avec son cercle des Jeunes Gens, des fêtes à l'époque de Noël et de détourner les jeunes de leurs occupations chrétiennes, il publie dans « La Gazette de Charleroi » la réponse cinglante envoyée au journal « Le Pays wallon » : « Monsieur le Directeur, J'estime que je suis suffisamment désigné dans l'article que vous avez publié le 23 courant dans la rubrique « Modernisme » dans lequel vous attaquez le Cercle des Jeunes Gens dont je suis le président, pour vous demander, et au besoin vous requérir, d'insérer ma réponse.

Notre Cercle n'a aucune couleur politique. Sa devise est « Charité par le plaisir ». C'est pourquoi nous avons organisé différentes fêtes et bals dans le double but d'arriver à pouvoir soulager la grande misère tout en procurant à nos membres des divertissements variés. C'est ainsi que nous pourrons distribuer très prochainement une somme de trois mille huit cent nonante et un francs. Ce montant montre combien est déplacée la façon ironique avec laquelle vous parlez du but de notre Cercle et de l'organisation de nos fêtes. Quant au bal que nous donnons la veille de Noël et dont la réussite est absolument assurée, il ne peut aucunement empêcher en rien que ce soit, les jeunes gens catholiques de remplir, à l'occasion de la Fête de Noël, les devoirs que leur imposent leurs convictions. Au surplus, bien des sociétés catholiques organisent à pareils jours de semblables réjouissances avec ou sans arbres de Noël. La Religion n'a donc rien à voir dans toute cette affaire.

L’insulte n’est que l’argument de ceux qui n’en ont pas...

La cause réelle de l'article visé réside uniquement dans la rage que ressentent certains jeunes gens de constater que le bal de Noël va être pour nous un véritable succès et pour tous une soirée mémorable : ce sera donc en pure perte qu'ils auront travaillé dans l'ombre et employé les moyens les plus inqualifiables pour nous faire arriver à un fiasco. Ce qui caractérise leur article « Modernisme », c'est précisément leur jalousie et leur impuissance. J'espère que la leçon leur profitera. En ce qui concerne les aménités dont votre ou vos correspondants émaillent leur prose, je les dédaigne bien qu'ils me qualifient aimablement et charitablement de « forte en g... ». L'insulte n'est que l'argument de ceux qui n'en ont pas... Quant aux conseils qu'ils donnent aux familles catholiques d'empêcher leurs jeunes gens de me fréquenter, il ne m'appartient pas de les relever. Qu'il me suffise de dire que ceux-là qui ont déclaré que « la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux » sont seuls à même de les concevoir et de les colporter : ces familles sauront apprécier leur désagrément diabolique à sa juste « non-valeur ». Entre-temps, veuillez agréer, etc. ». [13]

La préparation de 450 colis

Emilie, l’épouse de Georges, est pour sa part investie dans « l'Oeuvre des Vêtements » à Gilly et en décembre 1912, elle assure la distribution de 450 colis ; en janvier 1913, ce sont 450 chemises qui sont offertes, sur base des bénéfices engrangés par des fêtes enfantines organisées pour la cause par les dames du Vestiaire sous la direction de Mme Albert Gillieaux. La presse précise que « grâce au dévouement de ces dames, aux oboles des membres de la Société et des personnes charitables qui ont visité ces membres, le Cercle de Bienfaisance de Gilly a pu et pourra vêtir encore quantité de petiots ; comme cela il apporte un peu de joie dans les familles nécessiteuses et met les enfants dénudés en état de fréquenter l'école pendant les froides journées de l'hiver. Certes, il reste encore de petits malheureux à secourir : ils seront bientôt satisfaits ». [14]

Un an plus tard la famille est ébranlée par la mort de Louis-Philippe Detry, père de Georges, en avril 1914 alors que la guerre est aux portes de la Belgique. En 1916, toujours soucieux de soulager la misère régnante, Georges Detry est un des organisateurs du concours de Charité de Gilly. Il se déroule sur plusieurs jours et offre notamment diverses compétitions sportives. La presse signale alors que « Les collectes ainsi que la remise des Prix ont été faites par le camarade Georges Detry qui sait toujours se dévouer en pareille circonstance ». [15] Personne n'imagine alors que deux ans plus tard, Georges est emporté par une maladie de coeur à l'âge de 36 ans. Le couple n’a pas eu la joie d’avoir une descendance.

Galerie de photos et de documents


[1] Clercx : famille de médecins, d'industriels et notaires remontant à Jean Clercx, bourgmestre de Hoesselt en 1587. A cette famille appartient Achille Clercx (1852-1939), notaire à Gilly, président de la Chambre des notaires de l'arrondissement de Charleroi, président des conseils d'administration de la Société des Hauts Fourneaux de Thy-le-Château, et de la Société des Ateliers Hanrez, vice-président de la Société des charbonnages du Nord de Gilly, membre du Conseil de gérance de la Banque de Bruxelles à Charleroi, grand ami de Louis-Philippe Detry, père de Georges. Il épouse Léonie Cador, et est le père de Camille Clercx (1890-1959), notaire à Gilly, président de la Chambre des notaires de l'arrondissement de Charleroi, pilote d'aviation, qui épouse à Fontaine l'Evêque le 20 septembre 1913 (mariage dissous) Simone de Kemmeter (1894-1981), fille de Paul, éc., ingénieur, directeur d'usine, et de sa cousine Marie Lambert (de Roisin), tous deux cousins de Gabrielle Henrard épouse de Edgar Detry (1886-1967). P.-E. Detry, Essaimage d'une famille namuroise, Bruxelles, 1987, p. 119.

[2] Frere : Cette famille, prépondérante de Gilly, remonte à Martin Frère, bourgmestre de Gilly en 1635, y décédé le 2 mars 1676 qui est le bisaïeul de Corneil Frère, bourgmestre de Gilly où il est baptisé le 24 février 1709 et le trisaïeul de François-Joseph Frère (1747-1825), brasseur et lui aussi bourgmestre de Gilly. Cette famille est notamment fondatrice et actionnaire de la banque de Gilly. La belle-mère de Georges Detry, Marie-Joséphine Frère est la tante d’Olga Frère épouse de Valère Detry (1873-1953) . À cette famille appartient Madame Henri Houtart née Joséphine-Désirée Frère (1864-1931), arrière-grand-mère de Jean-François Houtart, généalogiste bien connu, qui partage les mêmes ancêtres que Philippe-Edgar Detry. H. Douxchamps, « Les quarante familles belges les plus anciennes subsistantes : Houtart », in Le Parchemin, 2001, p. 258 ; J.-F. Houtart, Anciennes familles de Belgique, Bruxelles, 2008, p. 45 ; P.-E. Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre. Ascendance lignagère et politique d’alliances d’une famille du comté de Namur, Namur, 2018.

[3] Archives de la famille Detry.

[4] Les articles de presse qui paraissent font état des funérailles « de Mademoiselle Paula Detry, fille de l’honorable docteur et major de la Garde civique de Gilly qui auront lieu demain lundi à 10h ». La Gazette de Charleroi, 29, 30 juin 1895.

[5] Emile Clercx fils est très investi dans tout ce qui touche au bien-être des plus démunis et transmet cette vocation à sa fille Emilie. Il est notamment bienfaiteur pour l’achèvement et l’ameublement des nouveaux locaux destinés à l’Orphelinat de Charleroi (Journal de Charleroi, 2 août 1896), de « l’Asile de nuit et Bouchée de pain » (La Gazette de Charleroi, 10 décembre 1894), ou du Grand Concours de chant de Charleroi (La Gazette de Charleroi, 17 février 1894). On verra encore à son sujet : Le Journal de Charleroi, 25 mars 1930.

[6] Journal de Charleroi, 18 mars 1870 ; La Gazette de Charleroi, 23 octobre 1878, 19 août 1880.

[7] La Gazette de Charleroi, 24, 26 septembre 1903. Sur son épouse, voir La Gazette de Charleroi, 21 février 1931.

[8] Guide téléphonique de Charleroy, janvier 1913, p. 51 ; son n° de téléphone est le 1431, raccordé au réseau de Châtelineau.

[9] La Gazette de Charleroi, 28 septembre 1905.

[10] Ibidem, 19, 29 novembre, 17, 27 décembre 1908, 28 mars, 25 juin, 6, 10 septembre 1909. Le Courrier de l'Escaut, 19, 29 novembre 1911 ; Le Journal de Charleroi, 17 décembre 1908.

[11] La Gazette de Charleroi, 8 septembre 1909.

[12] Cousin de Gabrielle Henrard épouse de Edgar Detry (1886-1967).

[13] La Gazette de Charleroi, extrait non daté conservé dans les archives de la famille Detry.

[14] Ibidem, 27 décembre 1912.

[15] La Région de Charleroi, 7 septembre 1916.


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