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Diplômé de l'École normale de Huy, instituteur puis instituteur en chef à Dison (1868-1879), directeur de l'École primaire communale de Chênée de 1879 à 1913, commune où un Prix DETRY est créé en 1914

Alexandre Detry

Alexandre DETRY, diplômé de l'École normale de Huy, instituteur puis instituteur en chef à Dison (1868-1879), directeur de l'École primaire communale de Chênée de 1879 à 1913, commune où un Prix DETRY est créé en 1914, expert à l'Administration centrale de l'Enseignement primaire au Ministère des Sciences et des Arts, membre des jurys pour les examens cantonaux pour le canton scolaire de Liège dès 1880, membre et secrétaire des jurys institués dans l'arrondissement judiciaire de Liège (Fléron) pour les examens de capacité électorale, collaborateur dans le Groupe Enseignement et Education de l'Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles en 1910, membre de l'Association des Libéraux du canton de Fléron pour laquelle il réalise des conférences de propagande libérale, méd. d'argent de l'Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles en 1910, membre de la Société libérale de Chênée, Croix civique de Première classe [1], médaille commémorative du Règne de S. M Léopold II, né à Warisoulx le 14 février 1849, décédé à Chênée le 6 juillet 1914, épouse en 1) à Dison le 18 avril 1876 Julie KLINKENBERG, née à Dison le 31 mars 1852, y décédée le 20 avril 1879, fille de Nicolas-J., négociant à Dison, et de Marie-Marguerite Demaireux, épouse en 2) à Chênée le 10 septembre 1884 Marie-Lucie COURTOIS, née à Chênée le 13 décembre 1860, y décédée le 22 novembre 1927, fille de Jacques, maître de carrières à Chênée, et de Marie-Thérèse Noirfalise.

Une enfance namuroise

Fils de François Detry (1810-1895), négociant à Warisoulx et de Joséphine Lorphèvre (1817-1911), négociante en vins, liqueurs et denrées coloniales à Gembloux et propriétaire de maisons « dans la campagne d’Enée » [2], Alexandre Detry est par sa mère issu là aussi d’anciennes familles du Namurois et de Warisoulx en particulier où les Lorphèvre donnent des échevins et officiers de l'État civil adjoint au maire, notamment en 1820. L’oncle de Joséphine, Jean-Henry Lorphèvre, décédé en 1831 y est receveur et échevin, et a de son épouse, Marie-Thèrèse Thirionnet, notamment deux filles, Marie-Barbe Lorphèvre qui épouse à Warisoulx le 23 décembre 1823 Antoine Nihoul (1795-1880), médecin en ce lieu dont une rue porte le nom sous celui de « rue du médecin », bourgmestre de cette commune, et Victoire Lorphèvre qui épouse à Warisoulx le 18 mars 1830 François-Henry Annache, né en 1806, officier de santé, médecin à Spy en 1836.

Une famille nombreuse

De l’union de François Detry et Joséphine Lorphèvre naissent huit enfants, dont Alexandre et ses frères Auguste Detry (1854-1922), fermier à Warisoulx puis à Villers-la-Ville et à Basse Heuval et enfin fermier de la ferme du château de Blérancourt (Aisne-F.) où il s’exile et comporte une descendance, et Charles-Désiré Detry (1840-1905), fermier à Warisoulx puis fermier de la ferme du château à Boninne dès 1889, lieutenant adjudant major-major de la Garde civique (7e bataillon) de la Province de Namur, qui épouse à Boninne le 14 octobre 1885 Céline Botte (1849-1935), fermière à la Ferme du château à Boninne suite à son veuvage avant de la transmettre en 1925 à son fils Arthur Detry, descendante par sa mère, Marie-Thérèse Burton, des plus anciennes familles lignagères du Comté de Namur comme la branche de Charles Detry (1816-1887), secrétaire communal à Hingeon et Andrée Degueldre épouse de Jacques Detry (1924-2006) [3].

Un maître d’école, gloire locale

Alexandre est admis comme élève instituteur par arrêté ministériel du 29 septembre 1865 à l’Ecole normale de Huy où il est diplômé. Il devient ensuite à l’image du héros de La Gloire de mon père, de ces maîtres d'école, instruit, entreprenant et fier de transmettre un savoir. Libéral convaincu, il accorde à l'enseignement de l'État le meilleur de lui-même et sa réputation est grande, tant à Dison où il a la douleur de perdre sa première épouse après trois ans de mariage qu'ensuite à Chênée où il occupe, pendant plusieurs décennies, les fonctions de directeur de l'École communale. Il figure dès 1880 dans le jury pour l'examen cantonal pour le canton scolaire de Liège. Il y motive évidemment ses élèves à briller et dès l'année suivante la presse signale que « notre école communale de Chênée s'est encore distinguée d'une manière brillante au concours cantonal de cette année. Parmi les 78 concurrents du canton scolaire, cette école en présentait à elle seule 28. Sur ce nombre, 25 élèves conquièrent des diplômes de capacité. Chênée remporte les dix premières places sauf la 5e. Huit élèves obtiennent plus de 8/10 des points. Ce succès, qui produit dans notre commune une juste et légitime sensation, fait honneur au personnel enseignant de nos écoles primaires et particulièrement à M. A. Detry, instituteur en chef ». L'année suivante, ce sont vingt-sept élèves qu'il présente et tous obtiennent le certificat.

En 1886, les résultats sont encore meilleurs avec des élèves qui obtiennent les 9/10e et La Meuse relève que « quoique habitué aux succès de M. Detry, nous devons avouer qu'il s'est surpassé cette année, en présentant au concours un aussi grand nombre de jeunes gens. C'est là surtout son mérite ; il n'est pas, en effet, de ces maîtres qui « chauffent » quelques élèves en vue du concours, au détriment de la classe, comme cela se pratique fréquemment dans les écoles libres ». Les succès se poursuivent les années qui suivent et en 1887, « une petite fête de famille a eu lieu dimanche dernier aux écoles communales de Chênée où se trouvaient réunis les lauréats des concours cantonaux pour remettre à M. Detry, instituteur en chef, une magnifique glace comme témoignage de reconnaissance des brillants résultats obtenus et en récompense du zèle et du dévouement dont il a fait preuve. Un joli bouquet a aussi été remis à Madame Detry ».

En 1889, des statistiques paraissent dans les journaux et Chênée s'enorgueillit d'avoir remporté depuis 1881, 133 certificats cantonaux, ce qui est un grand succès alors qu'en 1890, il est noté que « Monsieur Detry, par son talent et son dévouement a placé nos écoles au premier rang de canton et de la province ». En effet l'année suivante, ce sont 100% de réussite que l'on enregistre à Chênée. Regrettant vivement qu’à la suite de la loi scolaire de 1884 sur l'enseignement primaire, les concours cantonaux pour écoles de filles soient supprimés, la commune de Chênée sur proposition d'Alexandre Detry prend l'initiative d'organiser des concours spéciaux entre les communes disposées à profiter de cette idée excellente. Il est ainsi rappelé en 1893 « que ces concours ont lieu chaque année entre les écoles communales de Chênée, Angleur, Vaux-sous-Chèvremont, Embourg, Chaudfontaine et Forêt. L'école des Filles de Chênée présentait quinze élèves et onze d'entre elles ont obtenu leur certificat de capacité ».

Des cours de capacité électorale

Entre-temps, Alexandre Detry s'est remarié en 1884 et est désigné cette année-là au sein du jury institué dans l'arrondissement judiciaire de Liège, pour Fléron, lors des examens de capacité électorale qui y sont organisés. On sait qu'à cette époque, le vote censitaire, basé sur l'impôt payé sur la propriété, est le sésame qui donne droit au vote, avec tous les problèmes de « capacité électorale » d'ordres divers qui en découlent. Il siège aux côtés de Charles de Macar, conseiller provincial à Lincé et du notaire Hault, de Soumagne. Les années suivantes c'est avec le même notaire et le juge de Paix Hamoir qu'il assume cette charge, puis avec Charles de Coune, avocat à Liège. C'est qu'Alexandre a décidé de mettre sur pied des cours spéciaux de capacité électorale qui « depuis le fonctionnement de la loi électorale actuelle, ont permis à près de cent cinquante jeunes gens d'acquérir les connaissances requises et de recevoir le diplôme d'électeurs communaux et provinciaux ». Alexandre Detry est membre de la Société libérale de Chênée qui lors de sa réunion de janvier 1888, rappelle que ce dernier dispense deux fois par semaine les cours électoraux, et engage « les membres à prier leurs amis, non encore électeurs, à s'y inscrire ».

Des distributions de Prix très suivies

Moment choisi, la distribution de Prix connaît un succès d'affluence. En 1887, on relève que la « salle est bondée et que M. Detry a prononcé un discours très sensé et fort applaudi traitant du rôle des parents et des maîtres qui est d'éloigner de l'enfant le vice le plus dangereux et le plus difficile à extirper : la paresse. Il appelle les parents à une surveillance incessante. L'amour maternel est souvent trompé et beaucoup de prétextes servent à voiler la paresse de l'élève ». La fréquentation des écoles communales grimpe en flèche grâce à la qualité de l'enseignement qui y est dispensé et le notaire Deliège ainsi que M. Picard, de l'Oeuvre du Denier des Ecoles libérales de Liège, décident d'allouer une somme de deux cent-cinquante francs aux élèves les plus méritants sous forme de livrets de la Caisse d'Epargne. La séance se clôture par La Brabançonne. Lors de la distribution des Prix de 1889, c'est avec comme sujet « Le choix d'un état » qu'Alexandre anime l'événement. Il critique, « non sans raison le dédain que l'on semble attacher aux professions manuelles.

Tout le monde veut faire de ses enfants des ingénieurs, avocats, pharmaciens etc. Il y a encombrement de professions libérales et maints jeunes gens qui auraient pu devenir d'excellents artisans et reprendre les affaires paternelles, végètent, bombardés d'un parchemin qui ne leur rapporte que des déceptions. Il faut réagir contre cette tendance si funeste à tous les points de vue. » « Très applaudi, cet excellent speech » commente le journaliste. La séance est alors agrémentée de morceaux musicaux joués par le « Cercle symphonique de Chênée » et différents choeurs. En 1890, lors de la remise des Prix, c'est une cantate chantée par... 800 élèves qui ouvre la séance et « provoque les plus vifs applaudissements ». Alexandre Detry prononce ensuite son discours d'usage qui porte cette année-là sur « La nécessité et les avantages du travail ». Le « clou de la fête » est la présence des vingt-quatre lauréats du concours d'adultes qui profitant de l'événement sont représentés par M. Heptia « qui se fait leur interprète pour témoigner à M. Detry leur reconnaissance des bons soins qu'il leur a prodigués. Ces paroles sont ratifiées par l'assemblée entière et c'est au son de La Brabançonne au milieu des ovations du public, que l'on remet au héros de la fête, un magnifique bouquet ». En 1893, il est précisé « qu'au concours entre les écoles d'adultes de la Belgique, M. Detry a présenté 20 élèves qui tous ont obtenu le certificat de capacité ».

C'est aussi cette année là que se donne la fête annuelle, la 20e alors, au profit du « Denier des Ecoles ». Alexandre Detry est un des organisateurs et c'est à la Vieille-Barrière qu'elle se déroule au profit des enfants pauvres fréquentant les écoles communales de Chênée. La presse signale que » deux mots suffiraient, au besoin, pour résumer cette séance : auditoire extraordinairement nombreux, d'où recette maximum, et grand succès pour tous les éléments qui en composaient l'attrayant programme ». C'est que les moyens ont été rassemblés pour proposer un programme de qualité avec « une great attraction qui résidait dans le quatuor Roméo et Juliette et l'Intermezzo de Cavaleria Rustanica, oeuvres d'une grande ampleur de style, dont l'exécution brillante, a valu d'unanimes applaudissements avec rappels ».

Visite du Gouverneur de la Province

Nous sommes en 1894 et à l'occasion du Concours agricole de Chênée, le gouverneur Pety de Thozée est présent et se dit « très heureux de s'assurer de visu de la prospérité de la commune. Arrivé à l'école communale, rue du Bourdon, les enfants massés sous le préau saluent la présence du gouverneur d'une vigoureuse Brabançonne. Les locaux sont visités entièrement et M. Pety de Thozée félicite l'instituteur en chef, M. Detry, pour la bonne tenue et les beaux résultats de cette école ». Sensible comme descendant et frère d'agriculteur à la problématique de cette profession, Alexandre prête ses classes communales le dimanche pour permettre à M. De Gheselle, ingénieur agronome et chimiste de donner des cours d'agriculture où il aborde des sujets spécifiques comme « De la crise agricole. Ses remèdes ». Une coupure de presse, non identifiée, et montrant la classe de deuxième année primaire de l'école communale de la rue Bourdon à Chênée, en 1898, précise que l'on y voit « M. Detry, directeur d'école et pédagogue de grande valeur ».

En mars 1905, Alexandre est mandé comme conférencier à Melen, de même que MM. Lequarré et Noirfalise, par l'Association des Libéraux du canton de Fléron, dont il est membre, dans le cadre d'une séance de propagande libérale. En décembre de la même année, il est à l'inauguration de la nouvelle maison communale construite à proximité du pont de Chênée. Porteur de message, le fronton de l'édifice est marqué des mots suivants qui épousent parfaitement la philosophie d'Alexandre Detry : « tous les pouvoirs émanent de la nation, ceux-ci par-contre ne pouvant s'affirmer que par la volonté d'instruire, d'éclairer les hommes pour qu'ils puissent connaître leurs devoirs, et partout, plus utilement, user de leurs droits ».

En 1907, Alexandre Detry est un de ceux à qui l'on confie la mise en place des festivités données pour marquer le départ d'Émile Merget, brillant inspecteur cantonal du ressort de Chênée pendant dix ans, qui prend ses fonctions à Houffalize. Plus de deux cents instituteurs et institutrices lui rendent hommage au salon du Grand hôtel central à Liège, et Alexandre est chargé du discours de circonstance. La presse signale « que la salle est bondée et une fois le silence rétabli, M. Detry, directeur de l'école communale de Chênée, dans un discours bien pensé et très élégamment écrit, retrace la carrière administrative de M. Merget, qui s'est toujours montré un conseiller sage, un défenseur énergique et tenace, un maître érudit aux directions sûres et solides. Il lui remet également un riche album artistiquement décoré portant la signature de tous les membres du corps enseignant du ressort de Chênée et dans lequel sont transcrits les discours (...). Les chaudes paroles de M. Detry, qui traduisaient si bien les sentiments de l'Assemblée furent accueillis par d'interminables acclamations. (...) Puis entre en scène la pétillante Mme veuve Clicquot et l'on vide force coupes ».

C'est aussi au cours de cette année 1907 qu'a lieu à Chênée une grande fête de la mutualité. Elle réunit plus de 100 sociétés de secours mutuels de la Province à l'occasion de l'inauguration du drapeau de la Société La Renaissance. Cette manifestation d'une grande ampleur est organisée par le Comité de Chênée Attractions et la presse locale est enthousiaste pour évoquer que « tous les drapeaux de ces sociétés étalés en demi-cercle, encadraient les enfants de la Société de retraite scolaire des écoles communales de garçons de Chênée, qui exécutèrent une cantate en l'honneur de la Mutualité. Monsieur Detry parla ensuite de l'Oeuvre de secours mutuels et des Mutualités de retraite. Discours applaudi par un public nombreux. Des bonbonnières ornées de rubans aux couleurs nationales, nous étions le 21 juillet, et notre anniversaire national était fêté à Chênée, récompensèrent tous les jeunes garçons. Journée alors suivie de concerts en divers endroits ».

Expert de l'enseignement

Comme pédagogue Alexandre Detry est apprécié au point que sa maîtrise de l'enseignement dépasse largement les frontières de son champ d'action d'éducation et il est sollicité pour faire partie du Groupe Enseignement et Education de l'Exposition universelle et internationale de Bruxelles en 1910 où il obtient d'ailleurs une médaille d'argent à titre de reconnaissance pour les services rendus. Il rejoint là sa lointaine cousine Alice Detry qui porte le même prénom que sa fille, et c'est une fort belle reconnaissance pour lui que d'être consulté en ce cadre et considéré comme un « expert de l'Enseignement ». En 1911, c'est à l'inauguration d'une fontaine avec buste de Joseph Foidart, deuxième bourgmestre de Bressoux, qu'il assiste.

Malade dans les années qui suivent, il donne sa démission par courrier du 27 août 1913. « Le président, au nom du conseil communal de Chênée exprime les regrets que lui cause cette détermination provoquée par l'état de santé de M. Detry ». Sa démission en vue d'être admis à la retraite est acceptée et prend effet au 1er octobre 1913. Un successeur doit lui être trouvé et il est rappelé que le directeur d'école « dispose d'un logement de fonction contigu et qu'il ne peut exercer aucun commerce soit par lui-même, soit par personne interposée ». Particulièrement apprécié de ses élèves, Alexandre Detry fait l'objet, lors de sa mise à la retraite d'une cérémonie accompagnée, d'une part d'une souscription publique visant à lui offrir un objet d'art, mais aussi de la remise d'un livre d'or, en maroquin rouge relié chez Thonard-Voncken à Liège, marqué sur la plat supérieur « 1879-1913. Livre d'or offert à Monsieur Alexandre DETRY, Directeur de l'École Primaire communale de Chênée à l'occasion de sa retraite. Hommage de reconnaissance de ses anciens élèves, Chênée, le 15 juin 1914 ». Ce livre qui lui est remis lors d'une cérémonie trois semaines avant son décès, qui précède très peu la déclaration de Guerre, est composé de quarante-neuf pages comportant chacune huit cartes de visite d'anciens élèves, entretemps, actifs dans la vie professionnelle, soit environ 400 élèves...

La presse mentionne son décès en relevant que « Monsieur Detry qui était âgé de 65 ans était entré à Chênée en 1879 après avoir rempli les fonctions d'instituteur dans la commune de Dison. Toujours sur la brèche, ne ressentant jamais la fatigue, le défunt avait su s'attirer de nombreuses et solides sympathies. Tous les élèves qui ont passé par sa classe, et ils sont légion, conserveront de lui un souvenir ému et mérité. Sous des dehors parfois sévères pour ses élèves, M. Detry cachait une grande bonté d'âme. Ses élèves étaient l'unique objet de ses préoccupations. En faire des hommes, tel fut le souci de sa longue carrière. Aussi les succès remportés aux concours ne se comptaient plus. C'est le 20 novembre 1912 qu'il ressentit les premières atteintes du mal qui devait l'emporter. Il y a quelques jours seulement qu'un Comité spécial a pu lui remettre un album reprenant les noms de tous ses élèves, marque de vive reconnaissance. On sait que ce Comité vient de fonder aussi le Prix Detry qui sera délivré à l'élève le plus méritant des écoles communales. Cette fondation perpétuelle gravera ainsi à jamais, dans l'esprit des Chénéens, le nom d'un homme qui mit toute sa vie dans le bonheur des enfants, le nom d'un travailleur dévoué et d'un bienfaiteur de notre jeunesse studieuse ». Son engagement libéral prononcé lui donne, à son décès, les honneurs notamment du journal bruxellois libéral Le petit bleu du matin. En sa mémoire son épouse fait un don au Bureau de bienfaisance de Chênée. De ses deux mariages, Alexandre Detry retient du premier, un fils, Oscar, et du second, deux filles, Alice et Mariette.

Un fils, porteur de son nom

Le fils d’Alexandre et de Julie Klinkenberg, Oscar DETRY (1876-1952) devient inspecteur principal à la Société des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille Montagne à Angleur, et épouse à Angleur le 4 septembre 1906 Juliette Chalant (1884-1958), fille d’entrepreneur, et membre du Conseil de Fabrique de l'Eglise d'Angleur, très pieuse contrairement à Oscar.

À l'occasion de sa mise à la retraite à la Société de la Vieille Montagne, après une carrière d'un demi-siècle, Oscar Detry fait l'objet de nombreuses marques de sympathie et la Direction générale, tant au travers d'une cérémonie, que de courriers qui lui sont adressés, tient à souligner « combien des carrières comme la vôtre sont rares, constituant le plus bel exemple pour les jeunes et contribuant à créer et à maintenir l'esprit de la Maison qui est une des plus belles richesses de la Société ». Des attentions particulières lui sont réservées par Paul de Bellefroid, chef de service commercial avec lequel il entretient d'excellentes relations.

Oscar, pour sa part, souhaite répondre à ces marques d'attachement rappelant « toute ma vie a été consacrée à la Vieille Montagne et si vous voulez bien reconnaître quelque mérite à cette longue carrière, mon activité n'a été que le témoignage naturel de mon désir de me montrer digne de la confiance qui m'a été faite, de ma fierté d'appartenir à une Société d'aussi haute renommée et de la reconnaissance que je lui dois de m'avoir toujours récompensé dans mes efforts ». Alice Detry, la soeur d'Oscar, ne laisse pas passer l'événement sans manifester à son frère, au travers d'un télégramme l'affection mais aussi l'admiration qu'elle lui porte : » De tout coeur m'associe à la fierté que doit ressentir Oscar jetant un regard ému sur le demi-siècle de noble travail qu'il a fourni jusqu'ici à la Société Vieille Montagne. À mes félicitations pour cette tâche accomplie sans repos avec les ressources de ses vastes connaissances une large part revient à Juliette. Qu'ils soient tous deux à l'honneur, heureux de s'être toujours appuyés l'un sur l'autre et que santé, joies de famille et satisfactions de toutes sortes marquent, par eux et leurs enfants, cette date et les temps qui vont suivre ». Leur fils unique, René DETRY (1909-1969), Premier Prix de l'École Saint-Luc à Liège en 1925, diplômé du Clark's College à Londres, négociant en huiles puis employé à la Vieille Montagne à Angleur n’aura pas de descendance de son épouse Marguerite Giet (1913-1998), et quant à leurs filles, Germaine (1910-1989) épouse de Joseph Aimont (1908-1988), cadet de marine marchande, négociant en gros, prisonnier de guerre, et Julia (1913-1969) épouse du colonel d’artillerie Laurent Vanderhaeghen (1898-1984), prisonnier politique lors de la Première guerre Mondiale et prisonnier de guerre 1940-1945, seule Germaine leur donnera une descendance.

Deux filles nées du second mariage d’Alexandre Detry investies dans l’Enseignement comme leur père

Sa fille Alice Detry (1885-1974), diplômée de l'École normale d'institutrices de l'État à Liège, professeur de français et directrice de l'école communale de la rue des Grands-Prés à Chênée à partir de 1932, est aussi une pédagogue reconnue comme son père. Dans les années qui suivent, elle est régulièrement associée à la remise du « Prix DETRY ». En 1921, un journaliste signale que l'Administration communale de Chênée voulant marquer toute sa sympathie à « l'Oeuvre des colonies scolaires » « a décidé d'y participer et profitera de la circonstance pour remettre les diplômes au lauréat du Prix Detry, aux élèves de 6e année d'Études, aux élèves de l'École Industrielle et de l'École ménagère. Des affiches sont apposées sur les murs de la commune invitant la population à cette belle manifestation ». En 1926, c'est « la foule des grands jours qui assiste à la Distribution des Prix et des Diplômes aux élèves des écoles communales », cérémonie au cours de laquelle « le Prix Detry a été décerné cette année à l'élève Englebert ».

En 1931, Alice Detry qui s'est imposée comme digne successeur de son père et jouit d'une notoriété égale à la sienne, est chargée par l'Administration communale à l'occasion « d'une fête communale appelée à avoir un très grand succès » à donner une causerie qui a pour but « d'entretenir les parents des devoirs qui leur incombent au point de vue de l'éducation des enfants ». L'année suivante, une nouvelle fois le « Prix Detry » est décerné lors de la distribution des Prix « au cours d'une belle cérémonie qui laissera le meilleur souvenir et qui ne manquera pas de contribuer au bon renom de notre enseignement communal ». Sa seconde épouse lui survit treize années et décède à Chênée le 22 novembre 1927. Son annonce de décès signale que les « obsèques suivies de l'inhumation dans le caveau de la famille seront célébrées vendredi 25 courant à 10 heures en l'église de Chênée ». Elle rejoint sous ce mausolée son époux. De cette dernière outre Alice Detry, Alexandre a également une autre fille, Mariette Detry (1890-1969), institutrice primaire, directrice de l'École ménagère de Chênée, épouse de Pierre HEUSKIN (1877-1955), fondé de pouvoir et directeur commercial à la SA Minière et Métallurgique de Rodange (Grand-Duché de Luxembourg), dont descendance.

Bon sang ne saurait mentir et si Alice Detry est la digne fille de son père, sa seconde fille, Mariette, n'est pas en reste. Elle aussi enseignante, elle prend part à un projet que l'on qualifierait aujourd'hui de « pilote », une École ménagère ambulante à Chênée pendant quelques mois. L'essai est concluant et pour la rentrée d'octobre 1913, des locaux accueillent cet établissement scolaire dont la direction est confiée à Mariette Detry. Tout ce qui touche à la Coupe, la Confection et aux Arts culinaires y sont enseignés. Des journées « portes ouvertes » sont organisées sous forme d'une exposition « arrangée avec un goût tout féminin ; cette jolie exposition agrémentée de plantes et de fleurs était d'un ravissant effet ». Le journaliste qui suit l'événement tient toutefois à préciser « que lors de la prochaine exposition, le sens pratique domine la joliesse et le but de cet utilitaire institution, si digne d'encouragement soit atteint. Nous engageons vivement les parents à envoyer leurs jeunes filles à l'école ménagère où les cours sont absolument gratuits et pour laquelle l'administration communale s'est imposée une charge aussi lourde que durable ». Toutefois à la suite de son mariage avec Pierre Heuskin qui occupe des fonctions professionnelles au Grand-Duché de Luxembourg, Mariette Detry abandonne l'enseignement et se consacre à l'éducation de sa fille Lucie, brillante universitaire qui devient avocate à la Cour d'appel de Liège puis chargée de cours à l'ULB [4].


[1] P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 408-416 ; La Meuse, 15 avril 1904 ; L'Indépendance belge, 16 avril 1904.

[2] Archives de l'État à Mons, Déclaration 57 de 1911 (Gembloux).

[3] P.-E. Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre. Ascendance lignagère et politique d’alliances d’une famille du Comté de Namur, Namur, 2018 (verbo le Burton).

[4] Docteur en droit de l'Université de Liège avec distinction, licenciée en Sciences sociales avec distinction et candidate en Criminologie avec grande distinction de la même université, Lucie Heuskin est avocate à la Cour d'appel de Liège de 1947 à 1959, puis chargé de cours à l'Université de Bruxelles, maître de Recherches à l'Institut de Sociologie, maître de Recherches et chargée de conférence et de cours à l'École de santé publique de la Faculté de médecine et de Pharmacie de l'ULB, chargée de cours à l'Institut d'enseignement supérieur Lucien Cooremans à Bruxelles, coordinateur de la Licence en Assistance Morale laïque à l'ULB, coordinateur adjoint des Licences interfacultaires en Travail social et en Sciences Hospitalières en horaire décalé à Charleroi, membre du Groupe d'Études et de Recherche sur la Santé publique et de divers groupes de Recherche liés aux milieux hospitaliers, psychologiques et psychiatriques, e.a. pour l'OMS, membre du Centre d'Études sociologiques de la Santé pour lequel elle réalise un inventaire des Institutions de santé mentale en Belgique, en collaboration avec la KUL, à la demande de la Fondation Reine Fabiola (cinq volumes publiés en 1972 et 1973), collaboratrice à la Revue belge de sécurité sociale, chargée de missions notamment en Colombie et au Zaïre, observateur du ministère des Affaires sociales au Comité directeur de l'OMS, coéditeur des publications des cycles de formation pour conseillers laïques, représentant effectif de l'Institut de Sociologie de l'ULB à la Commission de la Recherche scientifique, vice-présidente du Collège de l'École de santé publique en 1981 et 1982, Lucie Heuskin, auteur de diverses publications notamment pour la Revue de l'ULB, participe, en 1981 et 1982, à des émissions radio sur la contraception et l'avortement en Belgique et dans les pays du Marché commun. Elle est également membre du Club Soroptimist de Bruxelles-Sablon. Université libre de Bruxelles, dossier personnel de Lucie Heuskin ; voir une importante contribution en matière de soins de santé : L. Heuskin et L. Schouters-Decroly, L'assistance aux patients hospitalisés. Fondation des conseillers laïques. Laïcité et aide morale, ULB, 1981.

Galerie de photos et de documents


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 408-416 ; Moniteur belge, 2 octobre 1865, p. 4649.


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