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Directeur général des Finances, chef de cabinet, président des conseils d’Administration de la Loterie Nationale et de la banque du Crédit agricole : un grand commis d'État

Jacques Detry

Jacques DETRY, directeur général au service de la Coordination fiscale du Ministère des Finances, chef de cabinet des Ministres des Finances Henrion, De Clercq, Hatry et Grootjans et du Ministre régional wallon de l'Agriculture Ducarme, président du Conseil d'administration de la Loterie Nationale, membre du Comité de direction et président du Conseil d'administration de l'Institut national de Crédit agricole, président du Conseil d'administration de la S.A. Agratour, administrateur de la S. A. Covignac, membre du Conseil supérieur des Finances, professeur à l'École Supérieure des Sciences Fiscales de l'ICHEC, membre du groupe de travail « Réformes de la Fiscalité et de la Parafiscalité », membre directeur de la Commission interdépartementale chargée de la Réforme de la fiscalité des personnes physiques (1982), membre du « Centre Houben », délégué du Ministère des Finances au sein du Comité consultatif des transports de personnes par route, membre du Comité des Finances des Fêtes du Roi Baudouin 1990-1991, membre du Comité de coordination de la Fondation Roi Baudouin, président-fondateur des Amis du Musée Rops, membre des Amis de l'Hôtel de Groesbeeck-de Croix, Prix Blondeau 2005 de la Ville de Namur, membre fondateur puis président d'honneur de Namur-la-Gaillarde, membre du V.I.P. Club d'Europalia Autriche [1], membre du Centre d'étude des Institutions politiques, membre d'honneur de la Ligue Cardiologique belge, membre du Comité d'honneur de la Foire agricole de Wallonie, président de « Rénovation namuroise, » membre d'honneur du Club Rotary de Bruxelles Est, membre de la Ligue du Sacré-Cœur, membre des jurys de qualification des élèves de l'École hôtelière provinciale de Namur, membre de Probus Namur, maître de conférences et auteur d'articles relatifs à la fiscalité et aux contributions directes [2], membre de la National Geographic Society, Résistant armé, secrétaire de la Fraternelle Refuge C40 de l'Armée secrète (section de Wépion), candidat aux élections communales à Namur en 1970 sur la liste « Rénovation namuroise », grand officier de l’Ordre de Léopold II, officier de l’Ordre de Léopold, grand officier de 2e classe de la République autrichienne, croix civique de 1ère classe, médaille de la Résistance, médaille commémorative de la guerre 1940-1945, né au White Cottage à Wépion le 25 février 1924, décédé à Namur le 9 septembre 2006, y épouse le 21 septembre 1949 Andrée DEGUELDRE [3], correspondante en langues allemande, flamande et anglaise, toutes trois avec la Plus Grande Distinction de l'École pratique de commerce de Namur (1941-1944), chef de Service pour la SA Luxol commercialisant les huiles américaines Pennzoil à Namur (1946-1949), présidente de l'Oeuvre Nationale de l'Enfance de La Plante, membre honoraire de la Ligue des Familles, médaille d'argent de l’Ordre de Léopold II, titulaire du Bambino d'Or, née à Namur le 3 avril 1923, y décédée le 27 août 2017, fille d'Edgard, géomètre-expert, dessinateur en architecture pour l'Administration des Ponts et Chaussées, volontaire de guerre et prisonnier de guerre 1914-1918, Résistant armé 1940-1945, membre de la Fédération nationale des militaires mutilés et invalides de guerre, membre de la Fédération nationale des Combattants 1914-1918, membre du Front de l'Indépendance, escrimeur amateur, officier de l’Ordre de Léopold, croix de guerre avec lion en argent, croix du Feu avec sept chevrons de front, médaille de la Victoire, médaille de la Résistance, médaille commémorative des guerres 1914-1918 et 1940-1945, et d'Anna Wieldschietz, secouriste ambulancière 1914-1918.

Une enfance simple et heureuse

Jacques Detry voit le jour au sein d’une famille nombreuse, à Wépion le 25 février 1924. Trois des cinq enfants sont nés sous des conditions climatiques effroyables : Maurice lors du terrible hiver 1917, André et Francine lors des mémorables inondations de 1920 et 1926. Comme ses frères, Jacques est inscrit en primaires au Collège Notre-Dame de la Paix, collège jésuite de Namur où son père a lui-même fait ses études. Cette époque est marquée par diverses fêtes qui laissent au jeune enfant un souvenir bien présent sa vie entière. Celle du Centenaire de la Belgique en 1930 pour laquelle son frère André figure un marié de 1830 dans le cortège anniversaire mis en place, et une fête vénitienne sur la Meuse à laquelle il assiste avec son ami Edgard de Cartier depuis les fenêtres de la Villa des Radiguès idéalement située au confluent de la Sambre et de la Meuse, et dont le fils, Charles, est un condisciple de classe de Jacques.

L’année suivante, en 1931, le jeune collégien assiste aux cérémonies données en grandes pompes pour le centenaire du Collège où il est étudiant. Les festivités sont à la hauteur de l’établissement auquel l’enseignement des Pères jésuites confère un prestige national, voire international. Le Roi Albert Ier est présent et Jacques conserve sa vie durant la médaille commémorative frappée à cette occasion. Gravée à son nom, elle est l’œuvre du sculpteur namurois Jules Jourdain. Proche de Christian de Posch qui deviendra maître des Cérémonies de la Cour et que Jacques retrouvera alors plus tard dans cette fonction, il est souvent accueilli à la Villa des Saules que les parents de son ami occupent à Wépion. Alors qu’il s’y trouve, en 1934, il a la joie d'être invité par Christian et son père, le colonel de Posch, à Francorchamps où, dans les tribunes, ils assistent à un Grand Prix. Commandant le 2ème régiment des Chasseurs à cheval, et organisant à Spa un régiment motorisé, le colonel de Posch a réservé à Christian et Jacques cette surprise dont le point d’orgue est, à l’issue de l’épreuve, un tour du circuit avec Vibrion, second au classement, emmenés par sa Bugatti. Moment magique pour des enfants de 10 et 11 ans. La même année encore, Jacques est aux côtés de son père et René-François Detry, à l’ascension à Hour de Max Cosyns et ce rassemblement de scientifiques et de personnalités diverses, ne manque pas d’impressionner le jeune enfant qui bénéficie, compte tenu des liens familiaux, d’une place de choix. Mais la vie à Wépion est faite de plaisirs simples où le fleuve joue un rôle capital. Barques de plaisance et natation sur la Meuse sont des joies quotidiennes en été à peine perturbées par la horde de bruxellois venus passer la belle saison dans des villas du lieu, de Profondeville, Godinne et Lustin. Enfant de chœur, Jacques effectue sa Communion solennelle à l’église du Vierly à Wépion le 9 juin 1935, et est confirmé l’année suivante à Dave par Monseigneur Cawet, évêque coadjuteur de Monseigneur Heylen. C’est aussi l’année de l’Exposition internationale de Bruxelles dont il sort émerveillé.

Trois frères Detry dans la Résistance

Suivent alors des années un peu chahutées car la crise économique est là, la situation politique est difficile et Edgar, le père de Jacques, connaît les désenchantements politiques et les promesses non tenues. En 1938 survient un événement qui change la destinée scolaire de Jacques. Son frère André, victime d’une injustice au Collège, n’accepte pas la situation et conteste avec véhémence l’attitude d’un professeur. La rébellion en ces lieux n’est guère de mise et le renvoi est décidé par la direction. Edgar tente bien d’arranger les choses auprès du recteur, Eugène Thibaut, qui est un ami d’enfance et son ancien condisciple de ce même collège, mais rien n’y fait. L’autorité est l’autorité et elle ne peut être contestée. Les décisions toutes faites n’ont jamais eu l’heur de plaire dans la famille et puisque que c’est un fils de la tribu que l’on renvoie, ce sont deux qui partent… Jacques suit donc, malgré lui, le mouvement et se trouve dès lors inscrit à l’Athénée royal de sa ville, installé, comme l’on sait, dans ce qui fut autrefois le Collège des Jésuites. La fiche scolaire conservée dans les archives du collège mentionne que « Jacques a quitté le collège sans motif »…

Le jeune étudiant est toutefois très heureux par la suite à l’Athénée, y faisant d'ailleurs une année spéciale mathématiques qui fait alors la réputation de l'établissement. Il garde aussi un souvenir très fort de son professeur de français, Max Defleur, docteur en philosophie et lettres et écrivain, et fondateur avec Jean de Lathuy, petit-fils de Léon Detry, bourgmestre de Gembloux de la revue Les Lettres mosanes dont l'enseignement de la littérature le marque à tout jamais. En 1939, à l’initiative de René-François Detry, Jacques assiste à Liège à la Grande saison de l’Eau que la Loterie Coloniale qu’il préside, soutient financièrement. L’adolescent de quinze ans est conduit dans Liège par le chauffeur du président Detry et loge chez sa tante, Clotilde Detry. Il est impressionné par les prouesses techniques proposées à ce grand rassemblement technologique voué à l’eau et, nageur accompli, il est émerveillé par les démonstrations faites par des athlètes confirmés dans des piscines quasi olympiques avec de magnifiques plongeoirs exposés à la vue. L’hiver 1939-1940 est particulièrement rude et la Meuse est pratiquement prise sur toute sa largeur. L’occasion rêvée pour beaucoup de patiner. Mais, sur un mode moins léger, la Belgique est bientôt sur pied de paix renforcée et de manière inattendue, le vendredi 10 mai 1940, la guerre s’étend à tout le pays. Comme tous les jeunes, André Detry et Jacques Detry sont appelés à rejoindre Quiévrain, mais leur séjour en France ne dure en réalité que quelques semaines, et au mois d’août, ils sont de retour à Wépion. Jacques a réussi à échapper au travail obligatoire grâce à de fausses radiographies attestant de tuberculose, aimablement fournies par le docteur Ronvaux. Ce dernier sauve, par ce moyen, de nombreux jeunes de ce destin peu enviable, et le Prix Blondeau 1947 de la Ville de Namur qui lui est décerné, l'assure de la reconnaissance publique de ses concitoyens.

Jacques reprend alors ses études gréco-latines à l’Athénée tout en jouant au Club local de hockey sur gazon. Ne pouvant rester inactif face aux événements du moment, dès le 1er juillet 1941, il s’engage, comme ses deux frères, chacun à l’insu de l’autre, dans la Résistance. Entre-temps, son frère Maurice Detry, chef de section dans l’Armée Secrète, qui a terminé ses études universitaires, fait fonction de secrétaire communal à Wépion, et délivre de nombreuses fausses cartes d’identité et actes de décès aux membres de la Résistance. Jacques y est pour sa part actif dans la presse clandestine distribuant notamment La Libre Belgique, mais aussi dans la réception des armes parachutées par les Anglais et dans la protection des juifs. Après une année de mathématiques spéciales à l'Athénée royal de Namur à l'issue de ses humanités, il est impératif que Jacques dispose d'une « couverture » pour ses activités de résistance. Il passe dès lors un examen d'entrée au Secrétariat permanent de recrutement du personnel de l'État le 30 avril 1943. Il le réussit et dès le 1er juillet de cette année-là, entre à la direction des Contributions de Namur, alors qu'un an plus tard son frère André s'installe comme avocat dans la demeure familiale. Jacques et André qui sont membres depuis leur tendre enfance de la troupe théâtrale du Patronage Saint-Antoine à Wépion y donnent régulièrement des représentations. André, qui est aussi très actif au sein de la troupe du Collège puis des Facultés Notre-Dame de la Paix, est plus sollicité que Jacques que l'on retrouve toutefois photographié en scène, le 14 mars 1943, dans le drame en trois actes et prologue du Reliquaire de l'enfant adoptif.

La renaissance de l'après-guerre

Lors de l'avancée von Rundstedt dans les Ardennes en décembre 1944, Jacques, tout comme son chef de peloton dans l'Armée Secrète, reçoit un petit cercueil avec la mention « nous serons là à nouveau très bientôt ». Charmant message émanant à coup sûr de quelques collaborateurs encore non identifiés. Prêts tous deux à se mettre à l'abri au cas où l'armée allemande franchirait la Meuse, ils doivent à Irvin Cohen, un avocat américain bras droit du général Bradley, qu'Edgar connaît, d'avoir été informés au jour le jour de l'évolution de la situation jusqu'à ce que l'ennemi soit totalement neutralisé. La guerre terminée et ses séquelles adoucies, Jacques s'inscrit à l'Université libre de Bruxelles en Sciences politiques et administratives, tout en continuant à travailler le jour. Il y a notamment comme professeur d'histoire, Paul Bonenfant, gendre d'Elvire Detry. Il y suit régulièrement les cours et alors qu'il lui reste deux examens à présenter, est souffrant, fatigué par un travail le jour et des études le soir. Il ne poursuit malheureusement pas. L’année 1947 lui voit attribuer la médaille de la Résistance par arrêté du Régent en date du 2 juin 1947, et est aussi celle où le jeune fonctionnaire rencontre à une soirée de charité, celle qui devient son épouse, Andrée Degueldre. Ils se fiancent le 5 juin 1949 et se marient le 21 septembre de la même année. Fille unique, Andrée a bénéficié d'une enfance choyée, entre un père, namurois, très aimant bien qu'exigeant, et une mère, arlonaise d'origine luxembourgeoise, quelque peu rigide. À une scolarité classique, s'ajoute pour Andrée des cours de solfège et de piano, et ce dès l'âge de sept ans. Dispensées à domicile par la terrible Mademoiselle Thiry, les leçons sont incontournables jusqu'à la fin des études secondaires de la jeune fille, et c'est une pièce de monnaie placée sur la main en jouant qui détermine, selon qu'elle tombe ou pas, si le jeu est correct... Les partitions conservées révèlent encore cette école d'endurance : L'école de la vélocité ou L'art de délier les doigts.

Élève à l'École moyenne de Namur, placée sous la direction de Mesdames Quéritet puis Lombet et sous la tutelle religieuse de l'abbé Baix puis de l'abbé Toussaint, Andrée partage la cour de récréation avec une foule d'enfants puis de jeunes filles au rang desquelles : Suzanne Charlier, descendante des Detry [4], Sylvia Douxchamps, Christiane de Francquen, Cécile Grafé, Monique Materne, Francine Bister, Jeanne Bovesse, Nelly de Moriamé ou Louise-Marie Danhaive. Même si dès la sixième latine, il convient d'enseigner à une jeune fille les rudiments des tâches ménagères, les cours sont bien sérieux et il suffit de plonger dans les livres scolaires conservés pour s'en persuader. Tout au long de ses humanités gréco-latines, les classiques sont évidemment de rigueur tels Les Fables de La Fontaine dès 1935, Tite-Live en troisième, Horace ou Le Cid, de Corneille, Britannicus ou Iphigénie, de Racine, l'oeuvre complète de Molière, Apologie de Socrate, par Platon, Jocelyn, de Lamartine, Paul et Virginie. Certaines lectures s'accompagnent de commentaires révélant cette période trouble de l'adolescence. Tel dans la marge du Misanthrope : « Je suis quelquefois aussi un peu misanthrope mais cela passe lentement et peu à peu. Je me replonge dans une philosophie plus légère et me remets à aimer le genre humain ».

Le livre de poésie offert à Andrée pour son application à l'école, le 1er janvier 1936, révèle l'amitié qui unit ces condisciples de classe. Très liée avec la famille Danhaive qui compte des liens familiaux avec les Degueldre, Andrée est proche de Louise-Marie, connue alors sous le prénom de Marie-Louise Danhaive (1923-1978), poète dès l'âge de six ans.., romancière, auteur théâtral, journaliste, correspondante au Pourquoi Pas?, Résistante, qui laisse aussi au sein de ce carnet, ses impressions poétiques qu'elle dédie, en cette année 1937 à « À ma chère petite Andrée, une amie qui l'aime beaucoup » :

Songe nocturne,
Envahissante et noire la nuit couvre la terre
Avec la grâce des nymphes qui s'élèvent dans les cieux
… vers un paradis entouré de mystères
Où vibrent déjà les appels langoureux.
Tous semblent revêtus d'une parure mystique,
D'une nuit rêvée dans la belle île Cythère
Avec le son d'une harpe et les vers méliques
Qui ne pourraient durer qu'un bonheur éphémère.
Il me semble déjà voir un lac à la lueur argentée
Des étoiles qui remplissent les cieux…
Une lueur ardente comme le feu de Prométhée
Qui par son étrange clarté rend le cadre mystérieux.
Je vois aussi, se balancer sur l'eau, de grands cygnes
Qui lèvent de temps à autre leurs ailes miraculeuses
Avec une expression confiante et bénigne
Vers l'onde à la plainte grondeuse.
Et dans la vaste nuit fascinante
J'entends le chant de Terpsichore
Qui monte avec la grâce d'une fleur odorante
Tandis qu'au loin se meurt, le son d'une mandore.

L'auteur a alors quatorze ans, et déjà l'étoffe d'une vraie poétesse blessée dans son coeur deux ans plus tôt par la mort de son père, historien namurois bien connu. Dès 1938, son recueil Heures brèves, dont un exemplaire figure dans la bibliothèque d'Andrée, connaît un certain succès. Pendant la guerre, Andrée effectue des études de correspondante en langues étrangères, en néerlandais, en allemand et en anglais, qu'elle réussit brillamment. Afin de ne pas rester inactive, elle assure à partir de 1943 le secrétariat médical du docteur van Landschoot, chirurgien namurois réputé. Les hostilités terminées, un avenir a priori plus serein, s'ouvre pour Jacques et Andrée. Cette dernière accepte, en mars 1946, le secrétariat commercial de la Firme américaine Pennzoil représentée à Namur. Elle y occupe une fonction jusqu'à son mariage puis se consacre aux siens.

Secrétaire de la Fraternelle de l'Armée Secrète de Wépion

Avec leur ami Jacques de Wasseige, les frères Maurice, André et Jacques Detry, figurent sur la Liste des hommes désirant s'affilier à la Fraternelle de l'Armée secrète, sous la présidence du baron de Giey à Falaën. Jacques, qui assure le secrétariat de la Fraternelle de Wépion, assiste à Sainte-Gudule à Bruxelles en présence de la Reine Elisabeth, à un grand rassemblement en hommage aux résistants. Son amitié avec le fils du général Pire, chef de l'Armée Secrète, lui permet d'y occuper une place de choix dans la tribune d'honneur.

Les premiers pas d'un fiscaliste

Jacques poursuit sa carrière administrative. D'abord attaché à la contribution foncière, il se consacre, à partir du 1er juillet 1945, à l'impôt sur le revenu qui, sa vie professionnelle durant, reste son champ premier d'action. Il donne des conférences sur le sujet et sur les principes fondamentaux du droit fiscal ainsi que sur le précompte immobilier. C'est le cas de ses interventions à l'Académie des Sciences Comptables et Commerciales de Namur. Considérant qu'un avenir professionnel plus enviable lui est réservé à l'Administration centrale à Bruxelles, il y est muté en 1956 et des voies nouvelles s'ouvrent de ce fait à lui.

Hors frontières

Mandaté en 1962 par l'administration pour établir un maximum de conventions pour les transports internationaux, Jacques effectue en douze ans, jusqu'en 1974, environ 40 missions avec le plus souvent un accord à la clé. Il voyage dans l'Europe entière et même au-delà. Cela le mène à Paris, Bonn, Belgrade, Florence, Prague, Copenhague, Madrid, Bucarest, La Haye, Luxembourg, Londres, Sofia, Vienne, Athènes, Berne, Lisbonne, Stockholm, Berlin-Est mais aussi Moscou, Tel Aviv et Jérusalem. Cette année-là, il assiste Willy De Clercq, alors député et porte-parole libéral à la Chambre, pour apporter des arguments de poids à l'opposition qu'il soutient contre la réforme fiscale du ministre Dequae et son cumul des revenus. En avril 1963, il représente la Belgique au Comité européen des Ministres des Transports et en juin de la même année, il est au quartier-général de l'OTAN à Bonn pour régler les modalités de l'installation du Quartier dans la zone occupée par les Belges.

Essai de politique communale namuroise par complaisance

Dès 1965, Jacques est appelé à rejoindre le cabinet ministériel composé par Robert Henrion, ministre des Finances, dont la famille occupe à Wépion la Villa « La Hutte » comme maison de campagne, mais il décline l'offre. En février 1967, c'est au Comité économique international qu'il prend part et contribue ensuite à l'installation du SHAPE à Casteau en Belgique, en réglant la problématique de construction de logements destinés aux Américains. En vue des élections communales de 1970, Jacques, sans aucune ambition d'être élu, décide de pousser comme dernier candidat de la liste Rénovation namuroise, dissidente du Parti catholique, emmenée par l'avocat et ami de la famille Fernand Pieltain. La victoire est au rendez-vous. Fernand Pieltain est élu bourgmestre et quatre autres candidats de la liste le sont également. Jacques assure, quant à lui, la présidence du parti tout au long du mandat du bourgmestre. Un cheval de bataille de cette liste est la sauvegarde du quartier du Grognon au confluent, berceau de la ville dont la démolition est amorcée depuis des années et qui hélas aboutit en 1970.

A partir de 1973, il donne des cours de fiscalité à l'École supérieure des sciences fiscales (ICHEC) à Bruxelles. Pédagogue, il aime le contact avec un public motivé, impliqué dans la formation choisie. Le 14 août 1974, il postule comme conseiller au service de la coordination fiscale et évoque dans sa lettre de motivation que depuis plus de quatorze ans, il participe activement à la préparation des textes légaux et réglementaires relatifs aux taxes assimilées aux impôts sur les revenus et qu'il a été, à de nombreuses reprises, désigné non seulement pour défendre les projets établis devant le Conseil d'État, mais encore pour assister le ministre des Finances lors des discussions des projets aux Parlement, commissions et séances publiques. Il ajoute son expérience au sein de réunions et de groupes de travail ou d'experts chargés, pour la CEE, de la préparation des directives dans le cadre d'une politique commune des transports et d'une législation harmonisée ; il rappelle avoir conclu de nombreux accords en vue d'éviter la double imposition de véhicules affectés au transport routier international de voyageurs et de marchandises, ainsi que la part active prise au sein de commissions interministérielles chargées de régler les problèmes consécutifs à l'installation dans notre pays de divers organismes internationaux. Depuis 1970, il s'est en outre familiarisé avec le monde agricole, car il s'est spécialisé dans les barèmes agricoles pour la taxation forfaitaire. Ami du professeur vétérinaire André Hennau, qui lance le PMU en vue de générer des ressources pour l'élevage et la rénovation des hippodromes, Jacques s'initie également au monde des paris et des jeux et leur régime de taxation, et entretient des relations suivies et amicales avec Jacques Nellens, administrateur délégué des casinos de Knokke, Chaudfontaine et Dinant.

À la date du 5 juillet 1977, un bilan est fait de l'activité du service de la coordination fiscale où il est rappelé qu'il s'est attelé à quatre tâches : la réforme de l'impôt des personnes physiques, la simplification des formalités de l'enregistrement, la répression pénale de la fraude fiscale et la péréquation cadastrale et ses implications en matière d'impôts sur les revenus. En outre, dès 1975, le service réalise un projet de refonte complète du titre II du Code des impôts sur les revenus. En dehors de ces missions bien définies, le département a été appelé à collaborer à des aménagements fiscaux en vue de favoriser les investissements complémentaires, l'aménagement du tarif de l'impôt des personnes physiques pour les petits et moyens revenus, la modification du système des versements anticipés et de la taxe sur les appareils automatiques de divertissement, les mesures à prendre en matière d'impôt liées à la fusion des communes et la mise en place du « volontariat fiscal ». Dans ce contexte, Jacques a pris part à des groupes de travail liés à la réforme des charges de la Sécurité sociale, à l'étude des structures et du fonctionnement de l'Enregistrement et du Cadastre et au sein de l'Institut national du Logement en vue d'une étude critique de la fiscalité en matière immobilière.

Des réformes fiscales

À cette époque, Jacques est aussi sollicité pour la rédaction d'articles pour le Bulletin des contributions ou les Annales de droit de Louvain et donne des conférences qui ont pour thème « les taxes assimilées aux impôts sur les revenus », « le précompte immobilier », « les aspects fiscaux de la loi-programme », « la détermination du revenu cadastral », « la fraude fiscale, législation récente, pratiques administratives », « la péréquation cadastrale », etc. Il est aussi un collaborateur régulier de l'Almanach du contribuable et fait en outre partie de plusieurs comités visant à une réforme de la fiscalité. Il débat de ces sujets en divers lieux, dont la Faculté universitaire catholique de Mons et la Fondation universitaire à Bruxelles, où il est l'invité, le 30 août 1979, d'Henri Lévy-Morelle, président de la section belgo-luxembourgeoise de l'Association internationale de droit financier et fiscal, ou encore, en novembre, de l'Union professionnelle des conseils fiscaux de la Province de Liège. C'est que Jacques a beaucoup contribué à la loi du 19 juillet 1979 sur la péréquation générale des revenus cadastraux et à ses multiples impacts fiscaux, et ses avis sont sollicités et écoutés.

De lourdes responsabilités

Au début des années 1980, sa carrière s'emballe. Il accepte en effet cette fois-ci la proposition de Robert Henrion de rejoindre son cabinet en tant que chef de cabinet adjoint des Finances (mai à octobre 1980). Il est aussi, à cette époque, désigné comme membre du Comité de coordination de la Fondation Roi Baudouin qui vise à établir le Livre blanc pour la protection du patrimoine culturel immobilier. Il reste ensuite en place comme chef de cabinet des ministres Paul Hatry, Frans Grootjans et Willy De Clercq (décembre 1981 à novembre 1985). Dès 1982, il est administrateur à la Loterie Nationale, marchant dans les pas de René-François Detry, président-fondateur en 1934 de cette vénérable institution. Jacques en est successivement vice-président puis président et précise, aux côtés du directeur général, dans le rapport annuel 1985 de l'institution : « Dès sa création, la Loterie Nationale s'est vue tout d'abord assigner des buts humanitaires. Par la suite, sous la haute autorité de M. Le ministre des Finances, son aide a été étendue à des institutions ou à des organismes développant des activités jugées d'utilité publique à caractère tantôt social ou culturel, sportif ou scientifique. La réalisation de ces objectifs a été rendue possible grâce notamment, à la participation fidèle de la clientèle et du travail assidu et dévoué de près de 13.000 collaborateurs professionnels et indépendants qui constituent les différents réseaux de vente. Les efforts de tous ceux-ci étant coordonnés par l'ensemble du personnel employé au siège central ».

Comme chef de cabinet, commence alors pour lui une vie trépidante qui laisse peu de place aux loisirs mais qui, passionnante, lui permet de révéler ses grandes capacités. Membre dès cette année-là de la commission interdépartementale chargée de la réforme de la fiscalité des personnes physiques, il y retrouve comme président un ami de longue date : Jacques van Ypersele de Strihou, alors chef de cabinet du Premier ministre et ensuite, pour de longues années, chef de cabinet du Roi. À plusieurs reprises à cette époque, il prend part à des déjeuners de travail avec Jean Gol et Albert Frère afin de tenter de trouver des solutions à la crise de Cockerill-Sambre, au travers d'incitants fiscaux notamment. La nomination de Jacques comme chef de cabinet des Finances lui vaut de nombreuses félicitations. Beaucoup se réjouissent de voir en lui un spécialiste de la matière comme Ignace Claeys Boüuaert, grand-oncle de Nathalie della Faille de Leverghem épouse de Philippe-Edgar Detry qui se plaît à le souligner : « il est capital de voir dans cette importante fonction quelqu'un qui connaît la matière fiscale ! ». De Gaston Coppée, secrétaire-général honoraire, il reçoit ces mots : « c'est là un témoignage supplémentaire de votre compétence dont vous avez fait preuve dans les diverses fonctions antérieures que vous avez assumées au sein du département des Finances. Je vous souhaite bonne réussite dans vos fonctions dont je peux mesurer toute l'importance dans la conjoncture actuelle ».

Sa vie professionnelle est alors un contre-la-montre où ses fonctions, déjà absorbantes et multiples, se combinent avec une représentation quasi journalière : déjeuners réguliers à la Banque Nationale, réceptions dans la plupart des ambassades, inaugurations et vernissages divers, concerts, séminaires liés à la finance et à la fiscalité, déjeuners de travail chez le ministre des Affaires extérieures au Palais d'Egmont et avec de grands chefs d'entreprise ainsi qu'à la Commission bancaire [5], à l'Institut de réescompte et de garantie, chez le Premier ministre ou encore à des conférences régulières au Cercle royal Gaulois et au Cercle international Château Sainte-Anne. Il suit avec intérêt aussi les activités de la Fondation Paul-Henri Spaak, de Fabrimétal et de la Fébiac. Les expositions au Palais des Beaux-Arts ou à l'Académie Royale ont aussi ses faveurs.

Une présence aux côtés de la famille royale

Jacques a été éduqué dans l'esprit dynastique et c'est donc pour lui un honneur que d'avoir, dans le cadre de ses fonctions diverses, l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises le Roi Baudouin ou le Prince Albert : le 19 novembre 1982, il est à la résidence de l'Ambassadeur du Mexique à une réception donnée en l'honneur du Prince Albert avec lequel il est, le 17 janvier 1985, au Salon du Véhicule utilitaire au Heysel. Entre-temps Jacques assiste aux remises des Prix Artois Baillet Latour 1983 et Prix de la Recherche scientifique médicale 1984, tous deux au Palais des Académies, en présence de la Reine Fabiola. Les 30 octobre 1985 et 2 décembre 1986, il est aux côtés du Roi Baudouin, les deux fois au Palais des Congrès à Bruxelles, à l'occasion, d'une part, du cinquantième anniversaire de la Commission bancaire , et d'autre part, des cinquante ans de l'Association Belge des Banques. Les 75 ans du Carnegie Hero Fund sont une nouvelle occasion pour lui d'être aux côtés du Roi Baudouin, le 25 octobre 1986 lors d'une réception à la Salle Pacheco à Bruxelles ; quelques mois plus tard, le 29 avril 1987, on le retrouve aux côtés du Prince Albert lors de la séance académique suivie d'une réception au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, en l'honneur de l'Année du Commerce extérieur, sujet cher au Prince.

Membre du Comité de coordination de la Fondation Roi Baudouin, Jacques Detry est aussi un précieux soutien financier lors de la préparation, sur trois ans, des anniversaires royaux pour lesquels, outre une photo du Roi et de la Reine avec leurs marques de reconnaissance, il reçoit le livre de Paul et Anne van Ypersele de Strihou consacré au château de Laeken, Un château au siècle des Lumières avec cette dédicace : « Hommage de la Fondation Roi Baudouin à Monsieur Jacques Detry, membre du Comité des Finances pour la célébration du 60e anniversaire de S. M. Le Roi et des 40 ans de Son Règne en témoignage de gratitude pour sa précieuse collaboration 1989-1991 ». Les courriers reçus à cette époque par Jacques Detry précisent « Nous savons les efforts importants que, sous diverses formes, vous avez consentis en hommage au Souverain, pour participer à la réussite de cette campagne exceptionnelle. Au moment où elle se termine, nous tenions à vous remercier une fois encore et à vous répéter que ce fut un privilège de pouvoir bénéficier de votre précieux appui ».Entre-temps, Jacques qui entretient une relation privilégiée avec le Prince Albert dans le cadre du Fonds à son nom créé pour la formation de spécialistes en commerce extérieur, mais plus encore par sa présidence de la Croix Rouge, Le rencontre plusieurs fois au Belvédère, échange avec Lui des courriers, et assiste le 9 février 1989, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, aux 125 ans de la Croix Rouge de Belgique, cérémonie rehaussée de la présence du Roi et de la Reine et du Prince Albert et de la Princesse Paola.

Le 13 février 1990, il est présent au sommet européen de la Semaine Internationale de l'Agriculture au Palais 5 du Heysel avec le Prince Albert, et le 18 octobre 1990 à Ses côtés au vernissage de l'exposition Dynastie et Culture à la CGER à Bruxelles. L'année se clôture le 15 décembre 1990, par une cérémonie en l'honneur de la Reine Fabiola sous le nom de Hommage à la Reine. 30 ans d'écoute qui se déroule dans les Palais du Heysel à Bruxelles et à laquelle Jacques Detry assiste également. Enfin, le 20 juin 1991, il est au concert donné au Palais des Beaux-Arts suivi d'une réception au Palais Royal, concerts d'automne ou de Noël annuels donnés le plus souvent au château de Laeken ou au Palais de Bruxelles et dont il est fidèle. Il est aussi presque toujours présent au Te Deum, et porte un intérêt réel aux activités du Fonds Léopold III pour l'Exploration et la Conservation de la Nature.

Un ancrage familial à la Loterie Nationale

La désignation de Jacques à la Loterie Nationale lui permet de prendre conscience que la province de Namur est la région oubliée par l'institution dans la politique de mécénat de l'entreprise. Il s'attelle alors à rectifier le tir et des partenariats sont établis avec le Théâtre, la Maison de la Poésie, le Comité central des fêtes de Wallonie, le Centre de chant choral, les Perce-neige, le Festival de l'été mosan et plus tard, le Musée Rops, auquel Jacques consacre toute son énergie. Mais outre cet ancrage local, de grands dossiers lui tiennent particulièrement à cœur : Europalia, l'Oeuvre belge du cancer, portée à bout de bras par son ami Pierre Descamps, la Ligue cardiologique belge, dont il est fait ultérieurement membre d'honneur pour son implication, le Palais des Beaux- Arts, la Monnaie, les festivals de Wallonie et de Flandre. La période au cours de laquelle Jacques s'investit à la Loterie Nationale est porteuse. En 1978, lors du lancement du Lotto, l'institution compte moins de 200 employés. En 1984, 450, et l'installation depuis peu dans la tour de l'ancien hôtel Westbury, construit sur l'emplacement de l'hôtel d'Ursel, à proximité de la Grand-place, contribue au prestige de l'institution dont le chiffre d'affaires de passe de 1982 à 1987 de 18,21 milliards de francs belges à 24,68 milliards, ce qui entraîne une progression annuelle du bénéfice net d'environ 6 milliards de francs belges chaque année. Les nouveaux produits se succèdent : le Sweepstake, destiné aux passionnés de pronostics hippiques, en 1982, le Presto en 1983, qui est toujours un succès de nos jours, le Joker en 1985. En 1984, la Loterie nationale fête avec faste ses 50 ans : prix spéciaux, tirage au Cirque royal, représentation de Dionysos par Béjart en ce lieu, concert au Palais d'Egmont, exposition, timbre spécial, médaille commémorative en or, etc.

Fin des années 1980, la Loterie nationale institutionnalise aussi ses contacts avec les loteries publiques étrangères, au travers d'associations, l'une européenne, l'autre internationale. Des tirages européens ont lieu, comme celui collectif de Madrid en 1988, et un tirage mondial à Séville en 1992 regroupant quatorze pays de tous les continents, hormis l'Océanie. Le chiffre d'affaires ne cesse de croître et ne s'est quasi jamais démenti depuis lors. En mai 1982, Jacques est désigné comme membre du Comité d'Étude des institutions politiques qui vient d'être créé, et il y est aux côtés de Robert Henrion, Arthur Gilson et Pierre Harmel. Le 7 mars 1983, il est à l'Académie Royale de Médecine au Palais des Académies, pour assister à la remise du Prix Assubel 1983. Le 1er février 1984, il est nommé directeur-général du service de la coordination fiscale. Mais ses fonctions de chef de cabinet l'absorbent toujours plus : rentrées académiques, colloques à la Febiac, à l'Union belge des entreprises, à la Royale belge, à Assubel, inauguration du musée de la Numismatique à la Banque nationale.

Des rencontres passionnantes

De manière récurrente, Jacques rencontre des représentants des principales banques et sociétés de bourse du pays, de la Fédération royale des notaires de Belgique, et expose en divers lieux les avantages des nouvelles dispositions légales sous le titre « Votre entreprise est concernée par la loi De Clercq ». Entre- temps, le 26 octobre 1982, il rencontre Jimmy Carter, ancien président des États- Unis, et Simone Veil, à laquelle sa vie durant, il voue une très vive admiration. Parmi les conférences auxquelles il assiste, il est fidèle à celles du Parc Savoy, qui lui permettent de vivre des moments privilégiés à la rencontre d'Albert du Roy de Blicquy, directeur et rédacteur à l'Expansion, Patrick Poivre d'Arvor, alors rédacteur en chef de TF1, Alain Peyrefitte, ancien Garde des Sceaux et académicien, Michèle Barzach, ancienne ministre, Jean Piat, membre de la Comédie française, ou Valéry Giscard d'Estaing, qui lui dédicace, le 29 mars 1988, son livre Le pouvoir et la vie, ou encore Jean-Claude Brialy. Jacques est aussi en relation suivie avec certains magistrats et des avocats, fiscaux notamment, du Barreau de Bruxelles. Gaston Putzeys et J.-Léo Goovaerts sont de ceux-là qui lui dédicacent d'ailleurs leur ouvrage Relations juridiques entre époux publié en 1982 en soulignant « À Jacques Detry, avec lequel il est toujours si agréable de collaborer ».

Le 19 décembre, il est à l'École Supérieure des Sciences Fiscales de l'Ichec pour présenter les mesures contenues dans la loi budgétaire 1984. La revue de cette école supérieure en fait état dans son journal trimestriel : « soucieux de nous présenter chaque fois un « right man » de l'actualité fiscale, le professeur Eloy avait invité le 19 décembre dernier M. Jacques Detry, chef de cabinet du ministre des Finances, à nous entretenir des mesures fiscales contenues dans la loi budgétaire 1984. Fort de l'expérience acquise par 40 ans d'administration fiscale et 25 années de fréquentation des commissions parlementaires, l'orateur traça d'abord l'évolution de la politique financière pratiquée jusqu'en 1981, et dans laquelle on peut déplorer deux caractéristiques : le souci de préserver uniquement le présent au détriment de l'avenir de la trésorerie de l'État, et la propension à faire supporter par les entreprises les conséquences de la récession économique, notamment après la crise pétrolière ; il en est résulté le délabrement de nos finances publiques et la chute de nos exportations. Pour redresser cette situation, un premier train de mesures permit au gouvernement actuel d'établir une base solide de départ pour une reprise de l'économie : dévaluation de février 1982, freinage de l'index, réduction des charges des entreprises et surtout, les dispositions des arrêtés-royaux n° 15 et 150, favorisant les investissements nouveaux, qui se chiffrèrent à 300 milliards de francs ; on vit la balance commerciale s'améliorer et 70.000 emplois purent être créés en 1982. Pour M. Detry, deux objectifs doivent demeurer en point de mire : « détricoter » la loi fiscale de 1962, afin de tempérer les effets de la globalisation, d'où l'instauration des précomptes libératoires, mobiliers et immobiliers, et indexer les barèmes fiscaux. La réforme doit toutefois être prudente car, sous peine de perdre sa crédibilité, le gouvernement doit poursuivre l'absorption du solde budgétaire de 500 milliards et, à cet égard, un objectif raisonnable est d'en revenir à moins de 9% du RNB. Par ailleurs, nos gouvernements doivent tenir compte de la situation économique internationale, aussi la fiscalité en demeurera-t-elle encore alarmante, malgré, d'autre part, la réduction des dépenses de l'État, lesquelles ne paraissent plus guère compressibles. De même, la réforme générale de notre système fiscal, tant souhaitée pourtant, ne peut être envisagée actuellement.

Passant en revue les diverses dispositions, au nombre de 24, de la loi budgétaire 1984, l'orateur insiste particulièrement sur le précompte mobilier libératoire, dont le taux a été relevé en vue de briser la distorsion entre les revenus de capitaux à risque et ceux des autres placements, sur le crédit d'impôt TVA et le autres aménagements de cette taxe, sur la cotisation spéciale complémentaire que l'on peut éviter en réinvestissant, sur le précompte immobilier libératoire qui s'applique à toutes les nouvelles habitations, même si elles sont données en location. A propos de la sécurité fiscale, M. Detry reconnut qu'elle sera modeste, car une amnistie totale, semblable à celle de 1944, ne saurait se concevoir ; elle pourra cependant inciter les PME et les familles à investir leurs ressources personnelles dans leur entreprise. Interrogé sur l'impact des réformes projetées, M. Detry fit remarquer que les recettes budgétaires de 1982 ainsi que celles de 1983 avaient été correctement évaluées par l'administration, ce qui garantit le sérieux des prévisions actuelles. Des commentaires élogieux sur les résultats acquis ont d'ailleurs été publiés de diverses parts, tel le rapport du FMI. Répondant à une question relative à une réduction globale des impôts à espérer dans un certain avenir, l'orateur se dit convaincu que la fiscalité pourra être allégée dans deux ans. L'exposé très complet de M. Detry intéressa pleinement l'auditoire, fidèle à nos déjeuners-débats, et le conférencier apparut lui-même crédible et sécurisant, comme la politique qu'il détaillait. En le remerciant pour ses précieux éclaircissements, notre directeur se déclara fier d'avoir pu compter M. Detry parmi les professeurs de l'École supérieure des sciences fiscales ».

Le 28 décembre, Willy De Clercq, ministre des Finances, quitte son poste pour prendre ses fonctions de commissaire à la CEE. Un déjeuner est offert à cette occasion et le discours que Jacques prononce est vivement ovationné. Il est articulé autour de l'inscription sur le buste de Molière à l'Académie française, de cette pensée : « rien ne manque à sa gloire, il manquera à la nôtre »! Jacques conserve ses fonctions de chef de cabinet auprès de Franz Grootjans, qui succède à Willy De Clercq. Le 2 mars 1984, il prend part à un vol de présentation du premier biréacteur Airbus A 310/200 de la Sabena, et le 3 décembre 1984, Jacques intervient lors de la journée fiscale organisée pour ses affiliés par la Fédération des Industries chimiques de Belgique dont l'administrateur délégué le remercie chaleureusement par écrit. Le 9 mai 1985, il représente le ministre à la signature d'un emprunt de l'État belge auprès de nombreuses banques belges et étrangères, pour un montant de 400 millions de dollars. Le prêt courre jusqu'en 2000 et se révèle fort intéressant à terme car la valeur du franc belge face au dollar a influencé très favorablement le remboursement. Le 10 juin, il est à la Fédération des Industries chimiques de Belgique pour écouter Paul Washer dans une conférence sur « Et si Reagan était Président des États-Unis d'Europe ? ». Jacques encourage aussi cette année-là la réalisation d'un film sur l'artiste Léonor Fini, que la Loterie nationale soutient financièrement. En mai, il passe une journée sur le bateau F 911 Westdiep, sur l'Escaut, en compagnie de l'aide de camp du Prince Albert, le vice-amiral Schlim avec lequel il entretient des relations amicales.

En décembre 1985, il lui est demandé d'épauler, comme chef de cabinet, un jeune ministre, Daniel Ducarme, désigné comme ministre de la Région wallonne pour l'Agriculture, l'Environnement, la Forêt et la Chasse. C'est donc pour lui un nouveau challenge. Il quitte les finances et assume cette fonction jusqu'en avril 1987. Il garde toutefois une présence active au sein du monde de la finance car il est à la fois désigné comme membre du Conseil supérieur des Finances, la plus haute instance en la matière, et le 6 février 1986, président de l'Institut national de crédit agricole (INCA). Cette banque a de nombreux défis à relever et la présidence de Jacques nécessite stratégie et implication. Entre fin 1987 et fin 1991, l'effectif global en matière de ressources humaines est monté de 890 à 1003, et le nombre de transactions informatisées est passé d'environ 250.000 en 1987 à 3.200.000 en 1991. Membre du comité d'honneur de la Foire agricole de Wallonie, il y prend la parole à plusieurs reprises. Il y souligne les grands axes de la politique menée par la Région wallonne pour faire face aux menaces qui pèsent sur les entreprises agricoles familiales. Il annonce, entre autres, la mise en place imminente du Conseil supérieur pour l'Agriculture, ainsi que la relance du projet de développement intégré avec une importante enveloppe pour les cinq prochaines années. Il souligne aussi la mise en place des primes à l'installation des jeunes. Le 22 mai 1986, il est l'invité de son ami, le député-bourgmestre de Ciney, Charles Cornet d'Elzius, pour un débat sur l'agriculture au Théâtre royal de Namur. Il est également un habitué de la Faculté des sciences agronomiques de l'État à Gembloux, où il expose aux étudiants les challenges en matière agricole. L'Union wallonne des entreprises l'accueille aussi à plusieurs reprises pour des interventions mais il est encore présent à des événements comme des floralies, le salon « l'informatique à la ferme » ou les journées du Fonds européen d'orientation et de garantie agricoles. En décembre, il est présent au cinquantième anniversaire de l'Association belge des banques.1986 est encore l'année de remise des Prix quinquennaux du Fonds National de la Recherche Scientifique, et il tient vivement à y assister, de même qu'à une projection particulière de l'émission Le Jardin extraordinaire, proposée, pour l'année de l'Environnement, dans le cadre du chalet Robinson.

Le 22 avril, Jacques est à la Fondation Paul-Henri Spaak dont le président est Etienne Davignon, pour assister à la conférence de Sir Henry Plumb, Président du Parlement européen venu parler, au Palais des Académies, de Future Development of the European Community. En juillet 1987, il reçoit un représentant de la société Scientific Games, d'Atlanta aux USA, afin d'envisager une collaboration avec la Loterie Nationale, et le 26 août, Jacques est à la Fondation Ligne à Beloeil, à laquelle il manifeste tout son intérêt avant de s'envoler, en septembre, au VIIIe congrès mondial de crédit agricole, à Istanbul. Il est enfin, en cette année, en Suisse, pour le cinquantenaire de la Loterie de la Suisse romande, et prend part, le 23 novembre, à la conférence de J. Mertens de Wilmars, ancien président de la Cour de Justice des Communautés Européennes sur « Le rôle de la Cour de Justice dans le processus d'intégration européenne ». Le 27 novembre, c'est un déjeuner de presse qu'il donne avec Michel Didisheim, administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin, afin d'évoquer cinq années de collaboration de sauvegarde du patrimoine architectural entre la Loterie Nationale et la Fondation Roi Baudouin.

La fondation des Amis du Musée Rops

Malgré ses activités nombreuses, Jacques, profondément attaché à Namur, est en relation suivie avec Charles Poswick, président du Conseil régional wallon ; il décide de fonder en cette ville, le 1er avril 1988 l'asbl Les Amis du Musée Rops, dont il devient le président. Le but est de promouvoir, développer et enrichir le musée Félicien Rops et orienter des activités dans les secteurs suivants : favoriser l'enrichissement des collections en acquérant des œuvres et en incitant à des mises en dépôt, sensibiliser le public au patrimoine en organisant des stages internationaux de gravure pour adultes, des conférences et spectacles, et en participant à divers événements locaux, nationaux voire internationaux de sensibilisation à la culture, collaborer à la vie du musée Rops par la participation et par l'organisation d'expositions temporaires, l'édition d'ouvrages et de documents mis en vente à la boutique et par le prêt d’œuvres lors de manifestations d'importance organisées dans le pays et à l'étranger et enfin, favoriser la recherche scientifique dans des aspects encore méconnus de l’œuvre de Félicien Rops. Le 12 mai de cette année-là, c'est à la procession du Saint sang à Bruges qu'il assiste avec intérêt. Outre des achats réguliers comme Les deux amies dès 1988, des ouvrages illustrés par Rops, des héliogravures et eaux fortes, un dessin à la plume en 1996 ou une tapisserie dite « à la tortue fleurie », l'ASBL organise des stages internationaux de gravure qui connaissent un grand succès. Des conférences ont également lieu, données notamment par Hélène Védrine, docteur ès lettres de l'Université de Paris-IV Sorbonne, ou d'Oliver Salazar-Ferrer, philosophe français et arrière-petit-fils de Jean d'Ardenne, ami de Rops. Mais encore la mise en place de spectacles, la participation dès 1994 aux journées du patrimoine et une collaboration active et matérielle à des expositions à succès : Pantazis, Chagall, Kokoschka, Autour des épaves de Charles Baudelaire, Morren, etc. Désireuse de marquer le centenaire de la mort de Rops en 1998, l'ASBL organise un concours international de gravure suivi d'une exposition des meilleures œuvres au musée, exposition ensuite présentée au Japon. 270 artistes de 42 pays y participent. Jacques remet en outre un prix à l'occasion d'une descente de la Haute Meuse en aviron, organisée à cette occasion et qui lui rappelle les liens qu'avait Rops avec la famille de sa grand-mère maternelle, les Devaux à Namur.

Une retraite active

Mais tout a une fin, et le 1er mars 1989, Jacques est admis à la retraite. Différentes manifestations sont organisées à cette occasion par son service, et le département en général. A l'occasion du déjeuner qui lui est offert, divers discours sont prononcés. Son adjoint se plaît à évoquer le personnage avant même de parler de son œuvre : « Un homme, cher Jacques, c'est d'abord un terroir. Namur, « escale de la navigation », marché, endroit de séjour et de villégiature, et le namurois, « terre douce, forte et belle », t'ont incontestablement transmis le goût de l'urbanité, le souci des contacts humains et les devoirs de la persévérance. À qui en douterait, les dernières promotions dont nous saluons en toi le maître d'oeuvre, en administrent magistralement la preuve. Un homme, cher Jacques, c'est aussi une lignée. Les de Try n'ont pas hésité à négliger la particule pour prendre et ne plus quitter rang au sein de la bonne bourgeoisie. De tes ancêtres, militaires, industriels, administratifs ou juristes, tu cultives donc cet art, pourtant difficile, de toujours s'entourer de gens de valeur, de prolonger la discussion avant de décider et de trancher au final à l'aide d'indications réduites.Un homme, cher Jacques, c'est encore une formation. La tienne, le nierais-tu, est essentiellement l'oeuvre des Jésuites, ces éminences noires que l'on accuse parfois de ne pas être à la page,... faute de s'apercevoir qu'ils en sont déjà au chapitre suivant. À l'adolescent calme, de bonne humeur sinon d'humeur égale, les bons pères apporteront, outre une solide culture, ces vertus diplomatiques de l'ironie et de la maîtrise de soi. Si l'on peut faire semblant d'être grave, cher Jacques, on ne peut faire semblant d'avoir de l'esprit. A leurs élèves présentant quelques dispositions, les Jésuites, dès lors, inculquent volontiers que le mot d'esprit traduit un réflexe d'une extrême vivacité, qu'il se formule en peu de mots, qu'il exprime, neuf fois sur dix, une riposte. En précisant que le bon mot constitue une chose sacrée que l'on a pas le droit de garder pour soi, ils enseignent, somme toute, que redouter l'ironie, c'est craindre la raison. Leurs leçons de maîtrise de soi devaient également porter d'excellents fruits. Chaque collègue peut en témoigner ici. Devant l'adversité, ton visage reste souverainement de marbre.

Un homme, cher Jacques, c'est enfin un destin. Le tien, cher ami, atteint des dimensions peu communes. Il se place très tôt, sous le signe du... bombardement. Dès mai 1940, tu en subis un premier dans la région de Mons. Sa violence, qui s'inscrit en contradiction de ton caractère, suscite ta révolte. Oubliant réserve, enseignements, prudence, avec cette pointe d'inconscience dont tu conviens parfois, tu te révèles alors un parfait aventurier. Tour à tour menteur (sur ton état de santé), voleur (de tampons... ), faussaire, trafiquant (d'armes), incendiaire (de train, du haut de la passerelle reliant Namur et Bomel), rien ne te rebute, ni du reste tes frères Maurice et André, dans ce combat incertain, obscur, glorieux, pour lequel « les trois frères firent partie de l'Armée secrète, ignorant chacun que les deux autres en étaient ». Révélation à soi-même ? Toujours est-il que, la paix revenue, tu poursuis ton élan au sein du... ministère des Finances. D'autres bombardements t'y attendent (...) ».

Le vicomte van de Voorde, secrétaire-général des Finances, rappelle quant à lui « je crois pouvoir dire sans me tromper que peu d'épaules au ministère des Finances ont porté tant de charges. Vous n'avez eu de cesse dans vos fonctions de servir l'intérêt général et défendre le renom de l'administration et de notre département ». Philippe Maystadt, alors ministre des Finances, est lui aussi élogieux dans un courrier du 2 mars 1989 : « au moment où vous quittez l'administration à laquelle vous avez consacré près d'un demi-siècle de travail, permettez-moi de vous remercier des longs et éminents services que vous avez rendus à l'État (...). En effet, dans vos hautes fonctions, vous avez fait preuve d'une compétence exceptionnelle, d'un dévouement inlassable, d'une activité efficiente et de très grandes qualités de chef et d'organisateur. Ce sont les mêmes qualités qui ont caractérisé votre action comme chef de cabinet (...) ».

Président de la banque du Crédit agricole

Si son activité au sein de l'administration se termine, atteinte par la limite d'âge, Jacques n'en reste pas moins actif. Le 9 février 1989, il assiste au Palais des Beaux-Arts aux Festivités des 125 ans de la Croix Rouge de Belgique. L'année de sa mise à la retraite, il réalise un voyage au Brésil, à l'initiative de la Confédération internationale du Crédit agricole, car un arrêté spécifique lui a permis de continuer à exercer son mandat, d'abord jusqu'en 1991, ensuite jusqu'en février 1992. Le 25 juin 1989, alors qu'il est en Champagne pour deux jours avec le Crédit agricole, il déjeune dans les vendangeoirs de la Maison Lanson. Jacques est aussi président d'Agratour, une agence de voyages aux mains de la banque. De 1989 à 1991, il est aussi, on l'a vu, actif au sein du Comité des finances pour la célébration du 60e anniversaire de Sa Majesté le Roi Baudouin et des 40 ans de Son règne. Ayant hérité d'une banque au pied du mur, Jacques réussit à surmonter les obstacles tout en conservant au sein de l'entreprise une qualité de vie et de respect des compétences des uns et des autres.

C'est cela que l'on souhaite épingler à son actif lorsque, le 30 novembre 1989, devant un parterre brillant du monde des affaires, il reçoit, à la Monnaie, le trophée national Securex qui récompense chaque année une entreprise pour les efforts accomplis dans le domaine de la gestion des ressources humaines. Un secteur auquel il attache beaucoup d'importance. Le baron Charlent, président du Groupe Securex et le vicomte Davignon, président de la Société générale de Belgique, remettent à Jacques ce Prix. Le 29 mars 1984, il assiste à Orléans à l'initiative de l'ASBL « l'entreprise de demain », à un colloque sur le thème « réconcilier l'homme et son travail ». Le 31 janvier 1991, Jacques est désigné président d'honneur de Namur-la-Gaillarde, dont il est membre fondateur depuis 1985. L'association, qui a pour but la promotion nationale et internationale du patrimoine namurois, y compris l'organisation de toute manifestation à caractère culturel, social ou autre susceptible de concourir à cette fin, souhaite ainsi reconnaître son inlassable dévouement à la cause poursuivie. Lorsque le président du Crédit agricole quitte la banque en 1992, c'est serein et avec le sentiment du devoir accompli. « La mission du Crédit agricole est loin d'avoir perdu de son intérêt. Le banquier privilégié du monde rural ne peut ignorer les préoccupations et les inquiétudes de l'ensemble du secteur agricole, résultant des débats sur la PAC. L'échéance européenne de 1993 exigeait une réforme des structures de notre institution. C'est aujourd'hui chose faite et, je vous le dis très sincèrement, je m'en réjouis. Grâce aux efforts déployés, le Crédit agricole garde et accentue son autonomie de gestion et sa base financière est assainie », exprime-t-il dans son discours d'adieu.

Le crépuscule d'une vie

Fin 2000, Jacques, malgré l'insistance de ses collaborateurs à poursuivre, décide de quitter la présidence des Amis du musée Rops. Il choisit son successeur, Ludovic de Lamine de Bex qui, hélas, décède peu après. Un hommage est rendu à Jacques dans les salons du gouverneur de la Province de Namur, le 12 décembre 2000. Son successeur tient à rappeler le dévouement de celui qui permit au musée Rops de jouir d'une place enviable. Une édition de luxe des Cent légers croquis de Rops, reliée plein cuir et armoriée, lui est offerte à cette occasion. En réplique, le héros du jour rappelle « qu'à l'approche d'une fin de carrière de plus de 45 ans consacrée à la fiscalité, aux finances publiques et au secteur des jeux et du monde bancaire, il lui était agréable de se préoccuper dorénavant davantage d'activités axées sur la culture. J'ai donc tenté, et réussi je pense, à convaincre de l'intérêt que représente Rops, un artiste si longtemps frappé d'ostracisme ». Jacques est à cette époque introduit dans le club Probus de Namur ; fondé en Angleterre et émanation d'un Rotary club, le club ne recrute que des personnalités à la retraite ou en passe de l'être, et qui ont pendant leur vie professionnelle exercé de hautes responsabilités de manager, de dirigeant d'entreprise, dans des professions libérales, la magistrature, les activités économiques ou politiques de haut niveau. Il y retrouve amis ou parents : Jules André, Jean Delahaut frère de la baronne Delahaut descendants tous deux des Detry, Philippe Dulière, Florent Henry, Philippe Lefebvre, Michel Toussaint, Paul et Etienne Woitrin, Louis Borsu ou Francis Bauchau.

Les années passent et en 2004, à l'occasion de ses 80 ans, sa famille désire lui rendre un hommage au travers d'un Liber amicorum rassemblant des interventions d'amis ou de relations ayant émaillé sa longue et diversifiée carrière professionnelle. Nombreux sont ceux qui répondent à l'appel et qui, au-delà des mots convenus, soulignent des faits, des points, des traits de caractère témoignant d'une connaissance de la personne. D'abord, certains dont il fut un collaborateur. Paul Hatry précise « c'est grave à des hommes de la trempe de Jacques Detry que bien des réformes furent possibles et qu'est due en grande partie la réussite de l'exercice d'une fonction ministérielle difficile ». Et Willy De Clercq de rajouter : « Jacques Detry, un homme probe qui fit une carrière exemplaire et pleinement réussie au service de notre pays ». Ensuite vient le ministre des Finances alors en fonction, Didier Reynders, que Jacques a connu dès son plus jeune âge politique : « lorsqu'on évoque la personnalité de M. Detry, c'est l'image d'un sourire qui vient immédiatement à l'esprit. Celle aussi d'un regard plein d'humour qui paraît s'amuser sans cesse de certains clins d'yeux que nous lance la vie (...). Durant toute sa carrière, Jacques Detry n'a cessé de souligner la nécessité de réduire la pression fiscale, nettement trop élevée, frappant les citoyens de notre pays (...). Je suis convaincu qu'il n'aurait pas été possible de faire adopter la réforme fiscale de 2001 si des personnes comme Jacques Detry n'avaient pas, avec patience et ténacité, joué un rôle de précurseur, préparant les esprits à rompre avec l'esprit de rage taxatoire dont notre pays a trop longtemps souffert ».

Mais les témoignages ne s'arrêtent pas là. Des personnalités diverses se manifestent. Mark Eyskens, ancien premier ministre, souligne : « Jacques Detry fut un homme multidisciplinaire mais aussi multidiscipliné de par sa haute conception des responsabilités qu'il a assumées. Jacques Detry se conjugue au pluriel. Pour lui, la communauté des hommes est un « nous » et non pas la projection, voire l'instrument, de la promotion du « moi ». Ce grand commis de l'État a prouvé, tout au long d'une carrière dense et intense, que servir les autres par son savoir, par son sens du devoir, par le verbe didactique, par la réflexion créative, par le dévouement, reste possible dans une société emprunte de plus en plus d'individualisme exacerbé et de scepticisme post-moderne. Monsieur Detry est un exemple pour les générations à venir et je garde de son savoir-faire professionnel et humain un souvenir indélébile et édifiant pour tous ceux qui ont eu le bonheur de le rencontrer et de travailler avec lui ». François-Xavier de Donnea, alors ministre-président de la région de Bruxelles-Capitale, relève : « (...) Jacques Detry a une capacité remarquable d'aller à l'essentiel lorsqu'il participe à des réunions ou les préside. Affable, convivial, n'élevant jamais la voix tout en étant précis dans l'expression de sa pensée, il jouait à la perfection le rôle d'éminence grise des ministres et le chef respecté de l'administration ». Pour Pierre Hazette, ministre de l'Enseignement secondaire et de l'Enseignement spécial, Jacques est « curieux de tout, généreux, sensible, ayant vécu sa vie comme un grand frisson d'intelligence et de liberté. Jacques a toujours brûlé d'un intense feu intérieur. Il était économe de ses mots ; il savait ceux-ci trompeurs, susceptibles de vous prendre ou piéger. Mais il connaissait la complicité du secret, les rêves porteurs d'espoir et la pudeur des émotions vraies ».

La plupart des personnalités que Jacques rencontre sur sa route ne parle pas un autre langage. Albert Frère y voit « une grande compétence professionnelle et un engagement sans faille au service de la collectivité nationale », Grégoire Brouhns, chef de cabinet du ministre du Budget et du Plan, « l'image d'un officier britannique de l'armée des Indes car pour avoir mené une telle carrière, il lui a fallu du flegme, de la compétence, de la persévérance et du sens de l'État », Paul De Keersmaeker salue « la haute tenue de l'homme » et Patrick De Pauw « un interlocuteur sans cesse à l'écoute, faisant preuve d'une grande ouverture d'esprit mais très respectueux des devoirs de sa charge ». Enfin, Arthur Bodson, recteur honoraire de l'Université de Liège, évoque « le souvenir d'un homme particulièrement sensible à l'importance, à la fois stratégique et philanthropique, de la Recherche scientifique fondamentale ou appliquée », alors que Jean Barzin, sénateur honoraire, souligne « alliant l'autorité naturelle due à un physique à la Grégory Peck à un précieux savoir-faire, il fut un digne représentant de Namur aux fonctions de chef de cabinet de ministres prestigieux ».

Si Charles Cornet d'Elzius, ancien ministre, exprime le désir « que la Belgique compte de nombreux hommes de sa qualité et de son talent », Jean-Pierre de Launoit souligne « un homme attachant et une personnalité extrêmement soucieuse du bien public », Jacques Nellens voit en lui « un interlocuteur d'exception, un être d'exception » et Eric van Weddingen, député fédéral, de conclure : « pour moi Jacques Detry, c'est bien plus qu'un excellent souvenir professionnel ; c'est une autre manière d'appréhender la fiscalité et de concevoir le bien public ». Et puis viennent les amis ou parents. André Hennau, professeur à l'Université de Liège, qui dit « avoir toujours admiré sa droiture et son dévouement à la chose publique » ; Christian de Posch se rappelle : « j'allais jouer à la villa de ses parents mais l'austérité de son père m'impressionnait et m'intimidait fortement (...). Nos amitiés d'enfance me laissent à jamais le souvenir du plaisir que nous avions d'être ensemble ». Pour Jacques Brassinne de la Buissière : « ceux qui ont eu le plaisir de le rencontrer, de travailler avec lui, ont tous été frappés par l'extrême amabilité et l'ouverture d'esprit de Jacques. Il est dans toute l'acception du XVIIIe siècle « un fort honnête homme » que l'on s'honore d'avoir pu rencontrer ». Pour Etienne Woitrin avec lequel il partage des ancêtres communs, « la tribu Detry, composée de Maurice, André, Jacques et leurs parents dans leur belle maison ornée d'un magnifique magnolia fait partie de mes souvenirs de jeunesse aux temps heureux d'avant-guerre où la Meuse séparait nos familles pendant notre séjour à Dave et en était en fait, d'autant plus le lien ». Pour Jean Godeaux, gouverneur honoraire de la Banque nationale de Belgique, ami de jeunesse d'André, le frère de Jacques, il a « en toutes occasions apprécié son intelligence et sa bienveillance, sa capacité à concilier, son sens de l'État et du bien commun ». On le voit, les avis à son sujet sont unanimes pour reconnaître des qualités et compétences diversifiées, exercées le plus souvent avec droiture, enthousiasme et discrétion, à l'image de ce qu'en écrit Herman De Croo, président de la Chambre des Représentants : « grand serviteur de l'État et de ses grandes organisations, appelé aux tâches difficiles où discrétion et dextérité politique et opérationnelle se conjuguent pour fort souvent laisser cueillir par d'autres les fleurs d'une réussite ».

La maladie au quotidien

Dans une très grande forme lors de ses 80 ans, Jacques commence peu de temps après à connaître des problèmes de santé. Les examens pratiqués apportent sans ménagement un verdict sans appel : il est condamné par un cancer. Deux années fort difficiles commencent alors pour lui et les siens. La ville de Namur, qui souhaite lui rendre hommage pour ses 80 ans écoulés, décide de lui attribuer le Prix Blondeau 2005. Créé en 1867 par cet avocat d'origine namuroise, il repose sur une fondation qui a pour but d'honorer les actes de courage, de dévouement et de grand civisme à l'initiative d'un Namurois d'une probité exemplaire. Initialement doté d'une médaille en or, de grand module, aux armes de la ville remises la première fois en 1873, le Prix Blondeau se matérialise depuis 1926 par une médaille d'argent, œuvre de deux artistes namurois, Désiré Hubin et Victor Demanet. Avec de très légères interruptions, voici près de 140 ans que le prix est décerné. De nombreux parents ou membres de familles alliées à Jacques le reçoivent avant lui. La cérémonie officielle de remise du Prix Blondeau à Jacques a lieu le 22 décembre 2005 en l'Hôtel de Ville. Le bourgmestre souligne, au cours d'un long discours, « votre parcours est étonnant, diversifié et surtout riche, très riche, au point qu'il m'a été difficile de sélectionner ce dont j'allais parler (...). Lorsque c'est possible, vos origines namuroises ont toujours guidé nos choix. Vous n'avez jamais hésité à encourager des projets ou des institutions, contribuant ainsi au rayonnement de notre ville. Votre nom est indissociable d'événements et endroits culturels qui font la richesse de notre belle cité (...). Aujourd'hui, cher Monsieur Detry, je vous dis donc merci d'avoir aimé Namur comme vous l'avez fait, d'avoir porté son image au-delà de nos frontières et d'avoir travaillé pour son essor culturel et social ».

Affaibli par la maladie, Jacques, qui de surcroît a fait quelques jours avant une chute sévère, n'en est pas moins ému par cette reconnaissance d'une ville qu'il aime profondément. Il a le courage encore dans les semaines qui suivent d'accorder à la radio universitaire du troisième âge, l'UTAN, un très long interview de près de 4 heures. C'est la seule trace orale que l'on garde de lui, imparfaite, parfois légèrement confuse et où la maladie inexorable fait son œuvre, aliénant petit à petit les souvenirs d'une vie si remplie. Avec fatalité, Jacques supporte cette terrible maladie et s'éteint à Namur le 9 septembre 2006. La messe de funérailles dans une église comble a lieu au Vierly à Wépion, là même où il a reçu le sacrement de baptême. L'office est concélébré par son cousin, l'abbé Alain Dequinze, qui rappelle dans son homélie « de nos familles, nous avons également reçu le sens de la fidélité courageuse. L'adolescent qui renseignait les services secrets à 16 ans ignorait les risques pris par ses frères. Il connaissait en revanche les exemples courageux des siens durant la guerre précédente. Les oncles et cousins Javaux, fusillés ou emprisonnés à Liège, par exemple ». La famille reçoit de très nombreuses, et souvent touchantes, marques de condoléances.

Le Prix Jacques Detry

À l'occasion des 90 ans de la naissance de Jacques, en 2014, et en collaboration avec le musée provincial Félicien Rops, un Prix Jacques Detry destiné à récompenser un jeune promotionnant d'une manière ou d'une autre l’œuvre de Rops a été lancé. Le Prix était constitué d'une aide financière et de la remise d'une médaille nominative à l'effigie de Jacques Detry, œuvre du sculpteur Paul Huybrechts, mais depuis lors sa remise a été suspendue faute de projets qualitatifs présentés. C’est la modestie qui indiscutablement a caractérisé plus que tout Jacques Detry, s'étant naturellement fait sienne la maxime de La Rochefoucauld : « Le vrai honnête homme ne se pique de rien ».

Galerie de photos et de documents


[1] En témoignage de reconnaissance pour son implication dans ce Festival, Jacques reçoit le 18 novembre 1987, dans le cadre de l'exposition brugeoise De Aufklärung in munt en médaille 1683-1794, une médaille d'argent, interprétation moderne du thaler des noces de Maximilien d'Autriche avec Marie de Bourgogne, spécialement frappée par la Monnaie du Tyrol pour Europalia Autriche 1987. Son fils Philippe-Edgar Detry est administrateur d’Europalia y représentant la Loterie Nationale.

[2] Auteur e.a. de Le précompte immobilier et le sort des revenus immobiliers dans la réforme, slnd ; « La taxe de circulation sur les véhicules automobiles face au développement du transport routier » in Bulletin des Contributions, 1970 ; Taxes assimilées aux impôts sur les revenus, Bruxelles, 1973 ; Taxes de circulation sur les véhicules automobiles ; Taxe sur les jeux et paris ; Taxe sur les appareils automatiques de divertissement, Bruxelles, 1973 ; Le précompte immobilier, Bruxelles, 1974 ; Détermination du revenu cadastral, Liège, 1979 ; « La fraude fiscale : législation récente, pratiques administratives », in Annales de droit de Louvain, tome XLI, 1981 ; Rapport (collectif) sur la fiscalité indirecte, slnd ; diverses collaborations pour l'Almanach du contribuable (plusieurs années) et pour le Livre blanc du patrimoine culturel immobilier, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, s. d. Egalement de nombreuses préfaces pour des catalogues d'expositions : Maurice Hagemans à Dinant (1987), Szymkowicz invite Landuyt à Mons (1988), Zapper à Mons (1988), etc.

[3] DEGUELDRE, olim GUELDRE (de) : ancienne famille du Namurois, Gesves notamment, comptant de nombreuses ascendances parmi les familles lignagères du Comté de Namur. Elle partage avec les Houtart les mêmes ascendants le Burton ce qui est également le cas avec les Bodart auxquels s’allie Charles Detry, secrétaire communal à Hingeon qui compte une large descendance notamment en Argentine. P.-E. Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre. Ascendance lignagère et politique d’alliances d’une famille du comté de Namur, Namur, 2018 ; Les Degueldre, vieille famille namuroise, in Vers l’Avenir, 24 septembre 2018 ; Il était une fois… la famille Degueldre, jadis de Gueldre, in Côté Jambes, périodique d’information du Syndicat d’Initiative de Jambes, numéro 102, 2018, p.14.

[4] P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’Histoire, Namur, 2015, pp. 487.

[5] Institution dont Jean Detry est, dès 1936, secrétaire puis directeur avant qu'une mort prématurée ne lui permette de poursuivre une carrière qui s'annonce brillante, et Maurice Frère, petit-fils d'Elisa Detry, président de 1938 à 1944.


Archives de la famille Detry à Namur ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 701-723 ; Loterie Nationale, Rapport annuel 1985 de l'institution, alors placée sous la présidence de Jacques Detry ; Rencontre namuroise : Jacques Detry, enregistrement du 11 février 2006, diffusé en deux parties, les 3 et 10 mai 2006 sur RUN ; Programme des manifestations à l'occasion de la célébration du soixantième anniversaire et des quarante années de règne de Sa Majesté le Roi Baudouin, Bruxelles, 1990, p.10 ; Crédit agricole, Rapport annuel, Bruxelles, 1991. Vers l'Avenir, 20 octobre 2014 ; Confluent, 24 octobre 2014, p. 4 ; www.museerops.be ; Bulletin semestriel d'information du Service de la Culture de la Province de Namur, octobre 2014, pp.18-19 ; Prix Jacques Detry 2025 sur www.province.namur.be ; Moniteur belge des 20 et 21 octobre 1947, p. 9802 ; Doing Business in Europe, volume 1, 1972, pp. 975-976 ; Lambert’s World of Trade, Finance and Economie Development, volume 2, 1984, p. 81.


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