« On ne naît pas femme, on le devient. »
– Simone de Beauvoir
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Blanche DETRY, directrice de l'École Professionnelle Maurice Van Meenen à Saint-Gilles [1], membre du Jury de l'Association sténographique unitaire de Belgique, présidente de la Section féminine de l'Association libérale de Saint-Gilles [2], conférencière, candidate libérale aux élections communales de Saint-Gilles (Bruxelles) en 1946, née à Dour le 28 octobre 1878, décédée à Namur le 17 octobre 1966, sans alliance.
Régente, mais nous ignorons de quelle école, Blanche Detry est dotée d'un caractère fort comme sa soeur Alice, collaboratrice des expositions universelles et sa cousine germaine Olga Detry, directrice d'école. Convaincue de l'importance que revêt l'enseignement officiel, elle y donne le meilleur d'elle-même et défend la cause des jeunes filles dont l'éducation est encore parfois très restrictive. Libérale progressiste, elle est engagée dans la section féminine de l'Association libérale de Saint-Gilles, commune où elle dirige l'École professionnelle pour jeunes filles dite École Professionnelle Maurice Van Meenen. Ce dernier, échevin de l'Instruction publique à Saint-Gilles joue un rôle considérable dans le développement de l'enseignement dans sa commune et engage son successeur à le suivre dans cette voie. [3] Les distributions de Prix de l'École Professionnelle Maurice Van Meenen conjuguées avec celles du Lycée pour jeunes filles et de l'Athénée Royal de Saint-Gilles où ses neveux André et Jean Detry sont étudiants, sont l'occasion pour Blanche Detry de montrer la qualité de l'établissement qu'elle dirige de mains de maître. De 1934 à 1936, la presse est enthousiaste sur l'organisation et la qualité de ces manifestations.
En effet, tantôt l'événement est qualifié de « cérémonie brillante à laquelle assiste M. Diderich, bourgmestre de la commune et où la partie artistique fort bien venue, fort bien réglée, fort bien donnée, fut charmante. Les élèves de l'Athénée se montrèrent excellents gymnastes et les jeunes filles du Lycée, danseuses exquises », tantôt « on a applaudi un programme de choeurs exécutés par les élèves du Lycée et qui réunissait les noms de Schumann, Gretschaminoff, Stravinsky et Pierné (...). La « Boîte à joujoux », de Debussy, fut interprétée dans des costumes ravissants par les élèves de l'École professionnelle ». L'année 1936 n'est pas en reste et le journaliste qui suit l'événement évoque « l'innombrable public accouru qui entendit, entre autres réalisations, parfaites, des choeurs ». [4] Membre du Jury de l'Association sténographique unitaire de Belgique, elle est chaque année présente à la remise, en grandes pompes, des diplômes au Palais des Académies à Bruxelles. Elle est en outre conférencière, notamment pour la « Fédération postscolaire de Saint-Gilles », où en 1936, elle aborde comme sujet : « Que faire de nos enfants : l'enseignement technique pour jeunes filles, l'école professionnelle, les ateliers d'apprentissage, de coupe et de confection », conférence qu'elle a déjà donnée antérieurement au Parvis Saint-Gilles. [5]
Entretemps a lieu en janvier 1933 l'assemblée générale de la Section féminine de l'Association libérale de Bruxelles au cours de laquelle Blanche Detry est élue dans le comité. Au cours de cette séance, Mademoiselle Paule Lamy [6], avocat à la Cour d'Appel donne une conférence sur « Ce qui manque à la femme au point de vue juridique ». Deux ans plus tard, en février 1935, lors de l'assemblée générale annuelle alors par Madame Fernand Maurice, il est procédé à l'élection du comité de l'Association pour l'année. Celui est constitué comme suit : Madame Cambier-Craps, conseillère communale, comme présidente, Mme Bilande et Mademoiselle M. Hanrez [7], vice-présidentes, Mme M. Dormal comme secrétaire, et comme membres : Mesdemoiselles Crohain et Detry, Mesdames Dirckx, Delvaux, P. Duchaine, A. Henoumont, P. Maurice, Martin-Washer et Verkoyen. Il est ensuite précisé « qu'au cours de cette séance, Mademoiselle M. Merkx a fait une très intéressante causerie sur « L'avenir des Jeunes filles » qui a obtenu le plus vif succès ». [8] Directrice honoraire d'école en 1946 mais toujours très investie dans le combat libéral, elle est sollicitée pour figurer sur les listes des élections communales à Saint-Gilles. Elle occupe la place 23 et y côtoie Louis Choffray, ingénieur, Paul Lauwers et Paul Bernier, avocats, Mesdames Verkoyen née Jansen et Bréart née Henoumont, femmes d'oeuvres, Jean Hannecart, médecin et se prépare aux élections communales de juin. [9]
En avril 1948, la presse relate sous le titre « Chez les dames libérales de Saint-Gilles » que « la section féminine a organisé dimanche après-midi dans un établissement de la commune un goûter-concert au profit de ses oeuvres d'entraide. Cette réunion familiale a obtenu le plus grand succès, fut très animée et des plus fructueuses. Il convient d'en féliciter la présidente, Mademoiselle Blanche Detry et ses dévouées collaboratrices ». L'année suivante, c'est une séance d'information qui est organisée et l'on sait par un journaliste qui en relate le déroulement « qu'elle a obtenu un très gros succès ». La présence de Mesdames Ciselet [10] et Saccazyn [11] ainsi que celle de Monsieur Charles Janssens ne sont pas étrangères à cette réussite. Il est vrai que le contenu n'est pas anodin et que malgré les décennies écoulées, les problèmes abordés semblent bien actuels. On apprend en effet « qu'après que Mademoiselle Detry, présidente de la section eut salué les personnalités, Madame Ciselet a dit les raisons pour lesquelles les femmes doivent s'occuper de politique. Actuellement toutes les questions de la vie dépendent de la politique. Abordant le point de vue juridique, Madame Ciselet met en relief tous ce que les libéraux ont fait pour l'émancipation de la femme, tandis que le P. S. C. n'a réclamé le vote des femmes que dans le seul but électoral. Il faut le 26 juin choisir entre les deux tendances : dirigisme, nationalisations et inquisitions fiscales ou voter libéral et assurer le respect de la liberté, la compression des dépenses publiques et la réduction de 25% des impôts directs.
Monsieur Charles Janssens à son tour fit le procès du Gouvernement P. S. B.-P. S. C. Si Monsieur Spaak [12] joue un rôle éminent en politique internationale, il n'en est pas de même sur le plan intérieur et Monsieur Janssens de citer toutes les erreurs commises par le Gouvernement. Les libéraux n'ont aucune responsabilité dans les catastrophes qui se sont accumulées. Le Gouvernement doit payer ses fautes, aussi le 26 juin sera le jour de la victoire pour le Parti libéral. Une autre intellectuelle du moment, écrivain fécond, Elisabeth Saccazyn della Santa, entre alors en piste et établit un parallèle entre les doctrines socialistes et libérales. L'une qui soumet l'individu à l'État, tandis que l'autre met l'État à la disposition de l'individu. Elle dit pourquoi les femmes libérales se sont ralliées dans la Question royale à la proposition de M. Devèze. Cette proposition les P. S. C. et les P. S. B. l'ont rejetée alors qu'elle seule pouvait amener l'apaisement. Abordant la question scolaire, Madame Saccazyn cite des écrits de l'abbé Gothem qui déclare que l'École des pouvoirs publics doit être confessionnelle. Les libéraux sont tolérants et ne veulent pas la guerre scolaire mais les femmes ont pour devoir de défendre l'École officielle accessible à tous ». « (...)Après avoir stigmatisé l'attitude gouvernementale vis-à-vis du commerce et de l'industrie, Madame Saccazyn rend hommage à la Section féminine libérale de Saint-Gilles, et particulièrement à sa dévouée présidente, Mademoiselle Blanche Detry. Elle termine en clamant toute se foi dans le triomphe des idées libérales et dans le succès libéral du 26 juin prochain ». [13]
Sur le plan familial, elle vit à Saint-Gilles, au 17 de la rue du Mont-Blanc dans une demeure bourgeoise qui lui appartient. Sa soeur Nelly y réside aussi et plus tard ses soeur et frère Valérie et Lucien Detry. Agée de quatre-vingt-un ans, elle fait encore mention dans » L'Annuaire du Commerce et de l'Industrie de Bruxelles » en 1959 de sa qualité de « régente » [14], ce qui n'est pas sans signification vis-à-vis d'une profession, voire d'une vocation, qui s'est largement confondue avec son existence même. Retirée depuis longtemps de la vie professionnelle et de son engagement politique, Blanche Detry, digne descendante de cette lignée libérale progressiste, est entourée à la fin de sa vie par l'attention permanente de sa petite-nièce, Laure Detry, petite-fille de son frère Valère, et elle s'éteint à Namur, ville où Laure séjourne alors, à l'âge fort respectable de près de 88 ans.
[1] Le Soir, 15 juillet 1933, 15 février 1936. Blanche Detry reçoit en 1931 une distinction honorifique relatée dans la presse, mais non précisée. Le Soir, 17 octobre 1931.
[2] Le Soir, 3 février 1934, 4 février 1935 ; La Dernière Heure, 4 février 1935.
[3] Le Soir, 3 février 1934, 4 février 1935 ; La Dernière Heure, 4 février 1935.
[4] R. Robbrecht, Maurice Van Meenen, ses amis et son temps, Bruxelles, 1994 ; Dictionnaire historique de la Laïcité en Belgique sous la direction de P. Defosse, 2005, p. 283.
[5] La Dernière Heure, 13 juillet 1934, 14 juillet 1935, 14 juillet 1936.
[6] L'Indépendance belge, 10 mars 1934 ; Le Soir, 27 juin 1934, 2 juillet 1935, 4 mars, 29 juin 1936.
[7] Paule Lamy (1892-1967), première femme belge inscrite au Barreau le 8 mai 1922. Elle est active à la Fédération des femmes universitaires. Dictionnaire des femmes belges, XIXe et XXe siècles, Bruxelles, 2006, p. 37 ; Travaux de la Faculté de droit de Namur, Namur 2014, p. 33.
[8] Cousine de Mme Gaston Detry née Gabrielle Trousse (ex matre Hanrez). Ses carnets de voyage ont fait l'objet d'une publication. P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., p. 377.
[9] L'Indépendance belge, 17 janvier 1933 ; La Dernière Heure, 4 février 1935.
[10] La Dernière Heure, 8, 10 novembre 1946.
[11] Georgette Ciselet (1900-1983), docteur en droit ULB, avocate à la Cour d'Appel de Bruxelles, membre du Conseil d'État, présidente de la Fédération Nationale des Femmes libérales (de 1945 à 1963), sénatrice est une femme marquante de sa génération. Féministe, elle est en relation d'amitié avec Louise De Craene née van Duuren, cousine de Mme René-François Detry née Hélène van Dooren. P. Van Molle, Le Parlement belge, Gand, 1969 ; Dictionnaire des femmes belges, XIXe et XXe siècles, Bruxelles, 2006, p. 103.
[12] Elisabeth Saccazyn della Santa, auteur de publications notamment pour la Revue belge de philologie et d'histoire.
[13] Par sa grand-mère paternelle, Madame Maximilien Detry née Philippine Stalon, Blanche Detry est la cousine de Mme Paul-Henri Spaak née Marguerite Malevez (1899-1964). P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., p. 377.
[14] La Dernière Heure, 20, 21 avril 1948, 16 juin 1949.
[15] Annuaire du Commerce et de l'Industrie de Belgique, Bruxelles et sa banlieue, t. 1, Bruxelles, 1959, p. 1012.
P.-E. Detry, La famille namuroise Detry autrefois de Try, op. cit., pp. 108-111.