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Kinésithérapeute, psychomotricienne, administrateur du Centre culturel d'Uccle : une vie vouée à l’art

Françoise Detry par André Willequet
Françoise Detry par André Willequet

Françoise DETRY, kinésithérapeute, psychomotricienne, administrateur du Centre culturel d'Uccle, née à Uccle le 20 octobre 1937, décédée à Uccle le 9 avril 2023, épouse en 1) à Bruxelles le 11 septembre 1957 (mariage dissous) Jean-Pierre LAUVAUX, docteur en médecine de l’Université libre de Bruxelles (ULB), diabétologue, agrégé de l'Enseignement supérieur en science médicale, médecin honoraire des hôpitaux universitaires et professeur à l'École d'infirmières de l'ULB, administrateur de l'Association belge du Diabète, membre de la R :. L :. Prométhée (G.O.B) à l’Orient de Bruxelles , né à Uccle le 29 juillet 1935, décédé tragiquement dans l’incendie de sa maison à Enines (Orp-Jauche) le 5 mars 2020, fils de Ferdinand, licencié en sciences économiques et financières de l’Université libre de Bruxelles, cadre au service économique de la Sofina, et de Julienne Van Hove, épouse en 2) à Uccle le 24 mars 1979 André WILLEQUET, diplômé de l'École de La Cambre à Bruxelles, second Grand Prix de Rome 1947, lauréat du Premier Prix Louis Schmidt de sculpture (1951-1952), lauréat du Prix de sculpture de la commune d'Uccle, boursier du British Coucil à Londres, sculpteur, directeur de l'école de bijouterie de la ville de Bruxelles, professeur à l'École des Arts et Métiers d'Etterbeek, membre de la Classe des Beaux-Arts de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique où un Prix André WILLEQUET de sculpture est créé en 2005, chevalier de l’Ordre de Léopold II, né à Etterbeek le 3 janvier 1921, décédé à Uccle où une drève porte son nom le 1er juillet 1998, fils de Léo, chimiste, cadre pour la Société Shell, et de Marguerite Meyer.

De 2003 à sa mort en 2023, Françoise Detry forme ensuite un couple extrêmement soudé par l’amour et la passion pour l’art avec Michel Van Lierde, licencié en droit de l’Université catholique de Louvain (UCL), licencié spécial en droit économique de l’UCL, licencié spécial en droit européen de l’UCL, juriste international chez Paribas (1980-1982) à Bruxelles, Anvers et Paris, secrétaire général adjoint de la Fédération européenne des Sociétés financières (Eurofinas), de la Fédération européenne des Sociétés de Leasing (Leaseurope) et de Factoring (Europafactoring) à Bruxelles, officier de réserve démobilisé au 2e régiment de carabiniers-cyclistes Siegen, collectionneur d’art, auteur de publication, né à Bruxelles le 5 octobre 1953. Dans le récit qui suivra des voyages et visites d’expositions qui pendant vingt ans marquent la vie culturelle de ce couple fait pour se rencontrer, on ne peut que relever la tendresse qui les unit, l’apport artistique et philosophique de l’un à l’autre, la richesse d’un couple pour qui, l’art sous toutes ses formes, est source et souffle de vie.

Une enfance marquée par la mort de son père

Fille de Jean Detry, ingénieur commercial et directeur, à l’avenir prometteur, à la Commission bancaire, et de Renée Smal, Françoise Detry est l’ainée de trois enfants et compte une sœur Martine et un frère Daniel. Alors que l’anniversaire de ses sept ans se profile à l’horizon, Françoise est terrassée par la mort de son père emporté en pleine force de l’âge et en pleine guerre, à l’âge de trente-sept ans, le 13 octobre 1944. Il a effectué la campagne des dix-huit jours et a contracté en septembre une encéphalite dont il semble guéri, quand un mois plus tard, une embolie pulmonaire l’emporte à la consternation générale. Bien que son épouse ait été éduquée en simple maîtresse de maison dans des institutions pour jeunes filles, elle ne se laisse pas abattre malgré son chagrin.

De son ascendance maternelle Demany, cette jeune veuve de vingt-neuf ans a ce côté inventif de cette famille d’ingénieurs, mais encore d’architectes bien connus dans le pays et la région liégeoise, en particulier. Le talent de créatrice et la force de caractère de Mme Jean Detry lui permettent alors d'ouvrir, en dehors des conventions bourgeoises rigides de l’époque, une boutique de mode pour enfants rue Darwin à Bruxelles, connue sous le nom de « Bob et Bobette ». Généreuse, respectueuse et ouverte aux idées des autres, elle a également une passion pour les animaux qu'elle transmet notamment à sa fille, Martine Detry, cavalière émérite. Le 21 octobre 1954, elle épouse en secondes noces à Bruxelles, Joseph van Dyck (1905-1981), avocat au Barreau de Bruxelles. Très attachée à sa famille, elle s'éteint à l'âge de 91 ans à Uccle après avoir connu le chagrin d'être une seconde fois veuve, mais en laissant à ses enfants et à sa fille Françoise notamment, un exemple de sursaut et de courage face aux événements de la vie.

Jeune mariée

Françoise Detry est à l’aube de ses vingt ans lorsqu’elle épouse à Bruxelles le 11 septembre 1957 Jean-Pierre Lauvaux, docteur en médecine de l’Université libre de Bruxelles, diabétologue, agrégé de l'Enseignement supérieur en science médicale et médecin des hôpitaux universitaires de l’ULB. Jean-Pierre Lauvaux appartient à une ancienne famille de brasseurs de Couvin et il est probable que des origines lointaines le rattache aux Lauvaux eux-mêmes apparentés à la famille Detry (voir les descendances féminines, celle de Madame Lambert Lauvaux née Marie-Antoinette Detry). Si le couple a deux filles, Marianne (° 1959) et Annick (° 1961) Lauvaux, le mariage est dissous et, à Uccle le 24 mars 1979, Françoise épouse André Willequet, diplômé de l'École de La Cambre à Bruxelles, sculpteur et futur académicien dont une drève d’Uccle porte le nom, et lui-même père de deux enfants. André est le frère de Jacques Willequet (1914-1990), docteur en histoire de l’Université libre de Bruxelles, et historien bien connu.

Un artiste complet, membre de l'Académie Royale de Belgique

André Willequet étudie la sculpture monumentale à l’ENSAAD-La Cambre dans l’atelier d’Oscar Jespers. Il obtient le Second Grand Prix de Rome en 1947 ; il voyage en France où il rencontre H. Laurens, C. Brancusi, O. Zadkine. Boursier du British Council en 1951, il passe un an à Londres au Royal College of Arts et rencontre Henri Moore qui devient un ami, et Eipstein. André travaille l'argile et la cire, taille le bois et la pierre et façonne le métal. Ses œuvres d’abord figuratives évoluent vers l’abstraction lyrique et figurent dans les collections des principaux musées d’art de Belgique, Bruxelles, Anvers, Liège, Ostende, Verviers, ainsi que dans plusieurs collections privées. Parmi ses principales réalisations monumentales, retenons sept sculptures en bronze pour le labyrinthe du Cantique des Cantiques du Musée van Buuren à Uccle et La joyeuse entrée, à l’aéroport de Bruxelles National. C'est à André que l'on confie la réalisation des grilles monumentales du Musée d'art moderne de Bruxelles, conçu par l'architecte namurois Roger Bastin, celui-là même à qui Germaine Faider, conservatrice du musée de Mariemont et fille d’Elvire Detry confie la reconstruction, après l'incendie, du musée pour lequel, André Willequet réalise d'ailleurs, des poignées de porte.

Élu membre de la Classe des Beaux-Arts de l’Académie Royale de Belgique en 1985, il y fait plusieurs communications. Il participe aussi à plusieurs symposia de taille de pierre, en Autriche, France, Grèce et Belgique. Ses amitiés avec Henry Moore, Serge Goyens de Heusch ou Philippe Roberts-Jones, ouvrent des horizons artistiques divers et riches en émotions à André Willequet qui par ailleurs voyage beaucoup. Il prend notamment part au Symposium Europaïscher Bildhauwer en 1959, à L'international Symposium on Marble Sculpture à Thasos en Grèce en 1992, et est invité au Mexique où il expose au musée de l'Université de Mexico en 1973. En 1989, André Willequet remporte le second prix du concours de sculpture pour l'aménagement d'une place à Luxembourg avec une statue à l'effigie de la Grand Duchesse Charlotte. Outre son œuvre de dessinateur et de sculpteur, il a un don pour l’écriture, la poésie, les réflexions sur l’art et sur la vie qui ont été publiés [1]. En octobre 1997, le Roi Albert II et la Reine Paola invitent des artistes au Palais Royal à Bruxelles pour une réception. La Reine offre à André un tronc coupé dans le parc de Laeken. De ce morceau de tilleul, le sculpteur achève, le 30 juin 1998 à la veille de sa mort..., la Parole secrète, oeuvre hautement symbolique s'il en est, dans ce contexte. Il meurt à Uccle le 1er juillet 1998 et en 2000 un hommage lui est rendu lors de la Ve Biennale de sculpture à Schaerbeek ayant pour thème De la pierre au bois à travers la francophonie. Huit ans plus tard Françoise Detry offre à la Ville de Liège un plâtre exécuté par André intitulé Alpha et Omega, treize cuivres, en 2009 à la Bibliothèque Royale de Belgique à Bruxelles, et en 2012, une oeuvre pour la vente publique d'art organisée pour L'Essentiel à Ohain, lieu de vie pour infirmes moteurs cérébraux et autistes, projet soutenu par la Fondation Roi Baudouin. Françoise n’a de cesse après la mort d’André de valoriser son œuvre.

Une renaissance malgré le souvenir présent d’André

Et puis en 2003, timidement, une relation se noue avec Michel Van Lierde, juriste mais plus encore amateur et collectionneur d’art, et ce sont vingt ans d’un exceptionnel partage affectif et artistique qui s’ouvrent pour ces deux passionnés. La mort en 2023 de Françoise y met un terme, brutal que rien n’a permis de prévoir et qui rend Michel Van Lierde désemparé. Sous forme d’un très bel hommage qu’il lui consacre sous le titre tout en simplicité de Françoise et Michel par chemins 2003-2023, l’auteur évoque avec tendresse et pudeur ces deux décennies marquées par leur rencontre, leurs voyages, leurs partages, leur amour de l’un pour l’autre et celui de l’un et l’autre pour l’art. « Nos voyages ou simples déplacements ont toujours été conçus et organisés selon des marqueurs qui nous ont si intimement unis. Ils ont eu pour noms : les arts plastiques, avec une place singulière pour la peinture et la sculpture, mais aussi l’architecture, ce milieu privilégié d’épanouissement de la spiritualité ». Tout au long de cinquante pages, on découvre ces lieux et œuvres qui presque toujours ont suscité émerveillement, trouble et dialogue car comme le dit Michel : « l’architecture et l’art en général convoquent la pensée, la réflexion et l’émotion. Et bien sûr l’échange d’idées pour lequel nous n’étions jamais en reste. Quels qu’étaient nos choix de pensée, athéisme pour Françoise, agnosticisme à tendance croyante pour moi, la symbolique, l’iconographie, les figures présentes dans les sanctuaires que nous avons visités furent autant de tremplins ou de socles pour nos fructueux échanges. (...) Economes de propos, ponctuant d’un geste d’admiration ou dans un regard, nous conjuguions le tempo du ressenti apollinien ou plus dionysiaque. Cette mémoire écrite matérialisera longtemps la réalité fugace d’avoir été « là » et ensemble... ».

Toute la beauté du monde

Que dire en effet de ces terres, ces lieux visités, ces artistes rencontrés ? Ils sont si nombreux tout au long de ces vingt années que l’on ne sait comment en dresser une trame sans en faire un inventaire et néanmoins s’épancher assez pour montrer ce qui a uni, non devant Dieu mais devant l’Art, ces deux êtres que le beau transporte. Le Lot-et-Garonne avec le château de Beynac, l’abbaye et le cloître Saint-Pierre de Moissac, Sarlat, Cahors, Caylus et Rocamadour. Et puis viennent Paris et Pierre Soulages, les Expressionnistes au musée Marmottan et Isadora Duncan au musée Bourdelle. Dans le pays, il y a Gand et l’Agneau mystique, Leuven et l’église Saint-Pierre écrin pour la Cène de Dirk Bouts, le Grand béguinage de Bruges où la famille Detry a donné deux religieuses, Denise Dendal, fille d’Alice Detry et Anne-Marie Gailly, petite-fille de Marie-Françoise Detry, le Grand Hornu à l’époque de Laurent Busine que Françoise connaît bien et qui y est séduite par la rétrospective de l’artiste de l’Arte Povera, Giuseppe Penone. Forte de son expérience antérieure, Françoise organise une visite de l’abbaye de Thoronet (1157), la plus ancienne des trois abbayes cisterciennes du Midi avec Silvacane et Sénanque. Et puis il y a Saint-Omer, Cap Blanc Nez, Cap Gris Nez, le Touquet, le Tréport, l’abbaye de de Valloires, Abbeville, Amiens.

En 2012, ils sont à Lyon, Wuppertal, Londres et Paris. « Que dire de l’impressionnante Place Bellecour et les divers musées des arts décoratifs et des tissus qui la voisinent ? » Picasso et Gauguin les charment au musée des Beaux-Arts. A Londres, ils ressentent la ville, visitent des quartiers, des églises, la Shard Tower de 310 m de haut conçue par Renzo Piano, mais aussi à St Martin in the Fields, un concert de Haendel, Purcell, Bach, Vivaldi et Mozart. Et puis c’est South Kensington avec Buckingham, le Royal Albert Hall etc. Evidement passage par la Tate Britain, puis la Somerset House disposant d’une collection extraordinaire de dessins avant de visiter à la Barbican Galery « une exposition à thème familier pour nous : Bauhaus : Art as life ». Et puis de nouveau Paris avec le Centre Pompidou et Orsay. L’année suivante, le Vaucluse, Amsterdam et Lens sont notamment au programme. Sénanque fait partie des visites : « un immense moment de spiritualité partagé en ce sanctuaire lové au creux de la vallée ». « Nous visitons Bonnieux, montée escarpée du chemin, et rencontrons le talentueux céramiste Timothée Humbert. Françoise est impressionnée par un trio majestueux de cèdres antiques au sommet de la promenade ; nous y reviendrons comme en pèlerinage avec une vue plongeante sur la vallée du Lubéron ». Ils sont encore à Ménerbes, là où se situe la maison de Picasso et de Dora Maar, et une autre ayant appartenu à Nicolas de Staël. « A l’Isle-sur-la-Sorgue, achat par Michel d’un tableau de Bernard Languin, un membre peu connu local de la Jeune Peinture Française ».

Plus tard, Saint-Rémy de Provence, Cavaillon, les Baux de Provence, avant de terminer l’année à Paris avec le musée Jacquemart-André et Eugène Boudin, « ce poétique chantre d’Honfleur que nous apprécions tous deux », l’exposition Tamara de Lempika, « cette femme qui osait… Françoise trouve le personnage intéressant pour cette raison déjà ». Et puis viennent le musée Nissim de Camondo et le parc Monceau : « enchantement assuré ». « Finalement l’exposition sur l’op art nous passionne. Françoise est aux anges devant ce florilège de croisements du courant constructiviste et du cinétisme ». Le Rijksmuseum d’Amsterdam en fin d’année avec l’âge d’or de la peinture hollandaise : « Rembrandt, Vermeer, Jan Steen et Frans Hals. Autant de génies des tons et demi-tons ombrés ». En 2014, retour à Paris, Félix Vallotton au Grand Palais, le Palais de Chaillot avec une exposition sur l’art déco. Différentes pérégrinations jusqu’à Ambleteuse et son fort Vauban, et Ecalles, petite bourgade » où se trouve la maison ayant appartenu à une vieille amie, peintre de qualité, Monique Perceval. Le séjour se termine au Normandy à Wissant.

En 2015, l’année est riche de découvertes. D’abord visite à ‘s Hertogenbosch au Noordbrabants Museum, puis départ pour Vallauris avec diverses visites, d’atelier de céramiques d’art notamment, puis le musée Grimaldi à Antibes, avec une exposition temporaire du peintre-sculpteur néo-réaliste Bernard Pagès. Viennent Juan les Pins et Golfe Juan puis visite au musée d’Art Concret, constructivisme radical, de Mouans-Sartous : œuvres de Marcelle Cahn, Gottfried Honegger, Bernard Aubertin, John Mc Cracken, Adrian Schiess, Bernard Venet, Max Bill, Sonia Delaunay : « que du bonheur partagé, une fois de plus ». Mougins ensuite avec la visite d’une ripisylve, formation boisée sauvage en bordure d’un étang, et Biot avec le musée Fernand Léger, « un des artistes-fétiche de Françoise : son constructivisme tubiste ainsi que ses idées progressistes et sociales l’ont évidemment conquise depuis longtemps ». A Nice, le musée des Beaux-Arts est un hommage à Jules Chéret, affichiste local de la fin du XIXe siècle, avec lequel Félicien Rops eut des contacts. Le séjour se termine avec la visite de la Chapelle Matisse. La fin d’année est marquée par la visite du musée Kröller-Müller « dont l’architecte principal est notre Henri Van de Velde national. Notre attention est retenue en extérieur par les sculptures de la britannique Barbara Hepworth et de la franco-hongroise Marta Pan ».

En 2016, c’est Marseille qui est à l’ordre du jour : « nous découvrons La Vieille Charité, un lieu d’accueil des gueux ou indigents au XVIIe siècle. Le vide de l’espace et ses volumes séduisent le regard dans un édifice tout en arrondi. Il s’y dégagerait une atmosphère surréaliste ? Nous avons pensé à Giorgio de Chirico ». Visite de tout ce qui compte dans la cité portuaire. « Quant au Pharo avec sa vue sublime sur la ville, palais commandé par Napoléon III pour Eugénie, il est devenu Centre de congrès. Un épatant alignement de sculptures monumentales de Bernard Venet est installé juste en face. Tout différent : le Fort Saint-Victor, doublé d’une abbaye du VIème siècle, comporte des murs de 3,25 m d’épaisseur ! Nous y remarquons une surprenante collection de... sarcophages. Excursion ensuite dans notre petit train rappelant celui de l’Expo ’58 de Bruxelles. Dans cet esprit, nous trempons notre Madeleine de Proust dans un café de cette époque situé à La Cité Radieuse de Corbusier (1947-1952). Cette cité-jardin verticale sur pilotis inclut non moins de 337 appartements de 23 types avec une terrasse géante sur le toit et moult équipements collectifs de loisirs et services. Il s'y tient une petite exposition d’un dénommé Robert Perniaux (1906-1973), un architecte, céramiste et peintre belge ayant vécu à la Cité et ami du célèbre concepteur-bâtisseur franco-suisse ».

Et puis il y a le musée Cantini : « Ah, le musée Cantini ! Un bijou…. S'il abrite toujours bien la bande de l'Estaque, Cézanne et Braque, Derain, Dufy, Friesz, quelle belle surprise d'y avoir trouvé un petit Rothko de la première heure et un Kupka combinant musicalité et constructivisme. Nous remarquons un beau Jacques Villon, assez cézannien. Le musée recèle aussi Fernand Léger, l'Ecole de Nice, le Groupe Supports-Surfaces et BMPT, Buren, Mosset, Parmentier, Toroni, un groupe d’artistes prétendant ne dispenser ni message ni émotion dans leurs créations ». Plus tard dans l’année, à Paris, au musée d’art moderne, nous découvrions l’œuvre moderniste et simplificatrice du trait pour son époque de l’allemande Paula Modersohn-Becker (1876-1907) prématurément décédée à 31 ans lors d’un accouchement. Un personnage qui ne nous laisse pas indifférents. Modersohn-Becker suivait chronologiquement une autre artiste femme remarquable. La résistante de 1914-1918 : Käthe Kollwitz. Modersohn-Becker vécut à Paris et découvrit Cézanne en 1899. Elle fut une proche de Rainer Maria Rilke avec qui elle travailla. Au musée de l’Orangerie, la Collection Paul Guillaume met en avant Modigliani, Cézanne, Derain, Gauguin, Matisse, Soutine et Utrillo pour les plus célèbres. Le rôle de Guillaume Apollinaire, esprit du temps, y est mis en évidence. Nous revoyons le Musée Picasso et une expo temporaire de Miguel Barcelo.

Au cours de l’année 2017, c’est à nouveau la visite de Paris, mais aussi du Pas-de- Calais, de Bordeaux et du Pays Basque : « nous commençons notre année avec un séjour parisien dont le programme prévoie de (re)voir Raoul Ubac à la galerie Maeght. L’austérité, voire la rigueur dégagée par cette œuvre ne cesse de nous inspirer. Au même titre que celle d’Henri Michaux [2], pour ses signes sobres et porteurs de sens, que nous avions vue au Centre Wallonie-Bruxelles. Au Louvre, quelques œuvres de Johannes Vermeer nous rafraichissent les souvenirs de 2013. Au musée Marmottan, nous visitons une expo Camille Pissarro, vrai pionnier de l’impressionnisme, admirateur de Corot, compagnon de Daubigny puis de Monet. En juin, retour pour nous à Wissant, son église et la statue de Ste Wilgeforte et sa légende tragi-comique. Nous circulons dans cette région familière : Calais et son musée des Beaux-Arts où nous retrouvons Bourdelle, Maillol, Carpeaux et Rodin notamment ; pour les plus récents : Lipchitz, Arp et Zadkine. Nous faisons notre pèlerinage aux Caps Blanc Nez et Gris Nez et sur le retour, découvrons Cassel, son mont et sa Grand-Place médiévale tracée toute en longueur. En septembre, nous mettons le cap sur Bordeaux, où nous visitons le quartier Saint-Pierre, un des plus anciens, et la place du Parlement, la plus italienne pour la richesse des ornements de ses façades, baies et riches bandeaux. Nous logons près de la Cathédrale Saint-André, gothique, consacrée en 1096 et parachevée au XIVème siècle. Tympan ouvragé, vitrail en rosace à la façade… La Mairie est logée au palais de Rohan, place Pey-Berland, du nom de la tour du même nom et de style gothique. Au musée des Beaux-Arts, nous remarquons Pierre Lacour, un artiste bordelais, comme l’étaient André Lhote et Albert Marquet. Il y a aussi Kokoschka, Alechinsky et Picasso. Nous parcourons le quartier des Chartrons, les quais élégamment réaménagés… » et Françoise et Michel poursuivent par plusieurs visites diverses.

Les découvertes se poursuivent avec un périple en pays landais et basque : « un aperçu de diverses cités : Saint-Jean-de-Luz, son port sardinier et ses bateaux colorés ; l’église Saint Jean-Baptiste, ses retables monumentaux du chœur, ses balustres et galeries en bois réservées aux hommes seuls (!), ses lambris en forme de voûte rappelant la coque d’un navire ». Ensuite Ciboure, Bayonne, Biarritz et ses jardins, » et son élégant Casino art-déco. Nous longeons le superbe musée de la Mer, également art-déco. Quelques sublimes sculptures comme la ferme basque de Jorge Oteiza et l’arbre-main de Magdalena Abakanowicz restent dans les mémoires… Espelette et sa maison du Piment, Cambo-les-Bains et la villa Arnaga d’Edmond Rostand, ses trompe l’œil de marbre, ses riches documents et souvenirs, son parc magnifique parsemé d’essences exotiques multiples. A Itxassou, nous sommes sous le charme de l’église Saint-Fructueux aux retables baroques. A Arcangues c’est une petite église typique basque du XVIe siècle qui capte notre regard ». (...) « Passage à Alzuza, proche de Pampelune, à la maison-musée de Jorge Oteiza (1908-2003), un artiste clé de l’histoire de la sculpture moderne. Expérimentateur du géométrisme asymétrique et de la métaphysique, il est réputé dans son pays être le sculpteur du vide. Nous étions conquis ». Vient alors le musée des Beaux-Arts de Bilbao.

2018 : Paris, Bretagne du Nord, Normandie, Rodez

« Nous débutons l’année avec une visite au Centre Pompidou. Il s’agit d’une rétrospective du sculpteur César. Visite inaugurale pour nous de l’Espace Vuitton lequel représente un échantillon des collections du Moma prêtées pour la durée de travaux de réfection. Chez Maeght, une mémorable exposition de Jean Bazaine enrichie d’un film biographique. (...) « Nicolas de Staël est présent chez Applicat-Prazan, tout comme Henri Michaux, Millares, Hartung et Soulages. Que de maîtres et de grands millésimes ! En juin, nous nous dirigeons vers Dol-de-Bretagne, petite cité en face du Mont-Saint-Michel. Sur le chemin, visite de l’abbatiale gothique Saint-Omer, sa dentelle extraordinaire de tourelles et gargouilles, ses puissants arcs-boutants. Etape à Rouen. Découverte de l’Aître Saint-Maclou, ancien cimetière de pestiférés du XVIe siècle composé de maisons à pans de bois, autour d’un carré d’arbres. Nous sommes impressionnés par les vitraux et l’escalier à vis de l’église gothique du même nom. De même pour son Gros Horloge au milieu de maisons à colombages. Le Vieux Marché est d’allure résolument moderne ; le lieu précis où Jeanne d’Arc fut suppliciée est signalé. Au musée des Beaux-Arts, œuvres de Sisley, Monet, Pissarro, Corot, Daubigny et Dupré, Modigliani, Jacques Duchamp-Villon et Raymond Duchamp-Villon, Bissière, Vieira da Silva, Ubac et l’un des artistes favoris de Françoise, Gustave Caillebotte, avec son œuvre célèbre : au café. Nous nous installons devant la célébrissime cathédrale ayant inspiré Monet. Nous longeons la maison natale de Pierre Corneille, massive et notable pour ses beaux lambris de bois.

Nous quittons Rouen en passant par Pont-l’Evêque, Cabourg, un salut à Marcel Proust !, et ses villas patriciennes. Nous faisons intentionnellement un passage par Saint-Lunaire, une petite station balnéaire fin de siècle que connut notre ami Philippe Roberts-Jones enfant. Arrivée à Dol-de-Bretagne. Nous visitons le Mont- Saint-Michel, promu par Childebert en 710. Visite de Saint-Malo, ville de Jacques Cartier et Surcouf puis nous rejoignons la vieille ville fortifiée de Dinan, puis Dinard. Un autre jour, visite de Tréguier, d’où est issu Ernest Renan, ce pourfendeur du dogme catholique et expert de la civilisation judéo-chrétienne. Une personnalité qui sourit à Françoise. La statue de l’homme de lettres voisine (provocation ?) la cathédrale locale de Saint-Tugdual nantie d’un beau clocher roman (tour d’Hastings). Nous quittons et logeons ensuite à Paimpol. A partir de là, nous nous dirigeons vers Lamballe. A Ploubazlanec, nous visitons le cimetière bordé des croix des veuves de marins comme son très poignant mur des disparus et l’admirable chapelle des Naufragés, ainsi baptisée par Pierre Loti. Nous faisons ensuite la traversée vers l’île de Bréhat ; la chapelle Saint-Michel est au sommet d’interminables chemins serpentant en escaliers. Deux heures de promenade. La vue est épatante. Nous quittons Paimpol pour Honfleur. Sur place, nous faisons la visite du musée Eugène Boudin : œuvres de Lucien Coutaud, Eugène Isabey, Stanislas Lépine, Johan Berthold Jongkind, Claude Monet, Alexandre Dubourg… Nous enchaînons avec un circuit en bateau passant sous le pont de Normandie. Le soir, nous dînons en face de la maison d’Alphonse Allais. Plus tard, entre Honfleur et Trouville, nous adresserons un salut au pont des Belges de la Brigade Piron, libérateurs de la Normandie.

En septembre, nous mettons le cap sur Rodez en Aveyron, son musée Soulages et l’exposition momentanée Gutaï signifiant corps-instrument, un groupe d’artistes japonais hyper-expressionnistes du milieu des années cinquante mené par Jiro Yoshihara. La cathédrale gothique Notre-Dame de Rodez (1277) présente une série de vitraux de 2010, créés par l’artiste Stéphane Belzère. Particulièrement graphiques, colorés et primesautiers, Françoise les remarque tout particulièrement, puis nous visitons le prestigieux Hôtel de Séguret, XVIIIe. Nous sommes ensuite à l’Abbatiale romane Sainte-Foy de Conques, étape du Pèlerinage de Compostelle. Son tympan du XIIe siècle représentant le Jugement dernier est célèbre avec ses 124 personnages, comme son trésor (Sainte-Foy recouverte d’or et de pierreries) ». Bien d’autres lieux suivent avant un retour au Touquet comme en 2011 puis en mai, « nous nous retrouvons à Paris. Visite de l’exposition Nabis au musée du Luxembourg. Nous avons une pensée pour mes parents, amateurs de cette Ecole… Le Luxembourg est un parc que Françoise affectionne tout particulièrement : ses plantations et alignements arborés dégagent, tout en douceur, un subtil jeu d’ombres et lumières. Traversant Montparnasse, nous nous rendons à pied à la Concorde, aux Champs-Elysées, à l’avenue Matignon pour rejoindre la Fondation Vuitton. Elle présente une exposition partielle de la Collection Courtauld. Une vieille connaissance !  Nous rendons visite ensuite à Hélène Greiner, la galeriste correspondante de Françoise pour l’œuvre d’André Willequet ». En juin, nous sommes invités par une amie à séjourner chez elle à Pianottoli, au sud de la Corse. L’attrait du lieu résulte essentiellement de sa nature sauvage. Ensuite Porto Vecchio, station balnéaire huppée présentant une ancienne place-forte et des rues en pente abritant de belles boutiques ; de somptueux yachts et un port de plaisance complètent le tableau. Françoise craque pour une somptueuse robe couleur fuchsia ! Nous visitons Sartène-la-médiévale, la plus corse des villes corses selon Prosper Mérimée. Elle a été construite par les Génois ».

L'Alsace

« L’Alsace nous attendait en novembre et au musée d’Art Moderne, nous admirons la petite Déméter en marbre de Jean Arp, natif de Strasbourg. Comment ne pas l’associer au petit torse en pierre d’André Willequet ? Les œuvres élémentaires et épurées de Giuseppe Penone séduisent naturellement Françoise. Pour ma part, je retiens plutôt Signac, Gontcharova et Kandinsky. La synesthésie de Kupka rallie nos suffrages. Nous sommes sensibles au charme du quartier de la petite France, à ses maisons au bord de l’eau… Il s’y trouve le barrage Vauban ou pont-casemate d’où l’on jouit d’une vue imprenable sur la Commanderie Saint-Jean. Au Palais de Rohan, nous visitons le musée des Arts décoratifs. L’on y retient : l’Ecole de Sienne (Duccio, Simone Martini, Lorenzetti…), l’Ecole de Florence (Cimabue, Giotto, Masaccio, Lippi), mais aussi Memling, Grimmer, Patenier, Quentin Metsys et un Bruxellois proche mais inconnu de nous : Lucas Gassel, une découverte : mort à Bruxelles en 1570. D’autres coups de cœur sont : Corot, Canaletto ou Van Dijck. Quel ensemble ! Cap ensuite vers un village du vin : Riquewihr et son château du XVIe siècle. A Colmar nous visitons le musée Unterlinden situé dans un ancien cloître du XIIIe siècle. Il expose les primitifs rhénans dont Holbein, Cranach et Martin Schongauer dont nous retenons les gravures sur cuivre en 24 panneaux. Le célèbre retable d’Issenheim de Mathias Grünewald impressionne fortement avec ses panneaux aux personnages de traits expressifs en couleurs audacieuses. Le musée d’Art moderne tout voisin est particulièrement riche. L’on s’émerveille devant Prassinos, Dubuffet, Loubchansky, Poliakoff, Atlan, Mathieu, Goetz, Geer van Velde, de Stael, Singier, Manessier, Bissière…. Nous découvrons le peintre Bernard Saby (1925-1975), un proche d’Henri Michaux, amateur de musique sérielle.

L’année du covid, une année particulière : Knokke et les Ardennes

« Le 5 mars, Jean-Pierre Lauvaux, père des enfants de Françoise, décède dans le tragique incendie de sa maison à Enines. Françoise a un profond attachement pour cette maison qu’elle a occupée avec son ex-mari bien des années ». Le 6 mai, c’est le père de Michel Van Lierde qui décède. « Au mois d’août, nous effectuons un séjour à Knokke. C’est en sa galerie que Maurice Verbaet présente le film d’Yvon Lammens consacré à André Willequet. Indiscutablement, un moment d’émotion pour les amis, amateurs, collectionneurs installés parmi sculptures et dessins. En 2021 doit se commémorer l’anniversaire des 100 ans de la naissance du sculpteur. Françoise a déjà reçu quelques assurances à cet égard ; les musées royaux doivent en être partie prenante. Tout le monde le sait : Françoise assure sans faille depuis de longues années la mise à jour des documents et archives. Elle assure sa vie durant, la visibilité de l’œuvre sur la scène artistique…. En septembre, séjour dans les Ardennes.

Champagne, Bourgogne et Rome

Si Rome n’avait pas l’orthographe qu’elle a, le titre pourrait paraître un trio alcoolisé. Cette terrible année 2020 écoulée, malgré les séquelles qu’elle laisse pour longtemps encore, s’ouvre 2021, une année censée être décisive pour la commémoration du centenaire du sculpteur André Willequet. Ayant en main un dépliant avec la programmation à venir, il apparaît toutefois que rien n’est prévu en ce sens… : « Françoise, discrète et réservée, pratique le never explain, never complain. Mais, je l’affirme en son for intérieur, elle éprouve une profonde tristesse. Comme Ulysse, nous avons décidé de faire un vrai beau voyage. Destination : la Champagne et la Bourgogne.

Première étape : Reims et sa cathédrale. Que de merveilles qui les éblouissent : « des lignes particulièrement élancées, ses deux tours n’en finissaient pas de toucher le ciel. (...) Nombre de pilastres sont rehaussés de décorations florales ; l’on y voit une horloge astronomique, des vitraux de Chagall auxquels Françoise est sensible pour leur bleu céleste, l’exacte couleur de ses yeux… Parmi d’autres vitraux, elle me fait remarquer de sublimes grisailles, elles sont l’œuvre de Brigitte Simon, une spécialiste du métier présente aussi à Nantes, une ville que nous n’aurons pas vue ensemble. Nous visitons la Chapelle Foujita (1886-1968), la Villa Demoiselle et nous ne manquons pas l’Arc romain du Triomphe de Mars et poursuivons notre déambulation au gré de rues où le bâti alterne art déco et art nouveau. Nous découvrons la basilique Saint-Remi, entamée en 1007, avec ses 126 m de long, son tombeau de saint Remi derrière l’autel. Nous sommes pris par une exceptionnelle pénombre dans la nef et le transept romans, quasi exempts de jours. Françoise connait déjà l’abbaye cistercienne de Pontigny. Elle matérialise l’un des archétypes de la sobriété romane. Ses lignes sont épurées, totalement dénuées du moindre décor ! Nous franchissons d’abord une majestueuse allée de tilleuls. Dans l’abbaye, les murs sont d’une blancheur immaculée. L’émotion nous rapproche spontanément. Nous rejoignons Vézelay, étape importante du pèlerinage de St Jacques de Compostelle, un aspect des choses retenant toujours l’attention de Françoise.

Nous visitions le musée de l’Amateur et critique d’art Christian Zervos (1889-1970). Il se trouve dans la maison-résidence de l’homme de lettres Romain Rolland, décédé en 1944. De 1925 à 1965, Zervos a publié les Cahiers d’art et assuré la promotion de l’art moderne. Dans son musée trône une importante fresque de Fernand Léger, un des chouchous de Françoise. Nous sommes aussi émerveillés devant les pièces de Picasso, Giacometti, Miro, Calder, Gonzalez, Laurens, Kandinsky, de Staël, Poliakoff, Hajdu… Une découverte pour nous : la sculptrice américaine expressionniste abstraite Mary Callery (1903-1977) auteure d’enchevêtrements sculptés de formes végétaliennes ou animalières. Retour à Vézelay ensuite. Nous y vivons en partage l’une de nos émotions les plus intenses… C’est la mémorable visite de la basilique Sainte Marie-Madeleine, toute blanche et romane, datant du XIIe siècle. Elle est dotée d’un tympan extraordinairement ouvragé ; une vaste esplanade autorise sur elle un regard enveloppant et en recul. Un narthex se présente à nous. Il s’articule autour d’une colonne exceptionnellement puissante et sculptée en son entièreté. Fascination. Dans la nef, les arcades sont bicolores : noir-blanc. A l’extérieur, et sous le coup, nous parcourons le romantique chemin de ronde, son jardin, ses murets en pierre, sa roseraie et un choix délicat de fleurs rouges, jaunes et bleues. Il existe d’inoubliables photos de Françoise dans ce jardin. En soirée, nous assistons aux vêpres… chantées ! Le lendemain nous partons pour le château de Bussy-Rabutin à Bussy-le-Grand.

Bâti à l’origine au XIVe siècle, c’est en 1602 que François de Rabutin lui donne une nouvelle vie. Cousin de Mme de Sévigné, ce fringant gentilhomme a écrit l’Histoire amoureuse des Gaules couvrant les histoires galantes de la Cour de Louis XIV. Embastillé puis relaxé, il s’est replié sur sa propriété et y installa par bravade une galerie de portraits des maîtresses du Roi et aussi des personnages célèbres du temps. Structuré en parfait quadrilatère et quatre grosses tours, le domaine compte un labyrinthe, nombre de bosquets et des plans de verdure au tracé sophistiqué. Françoise s’y trouve tellement bien ! Nous nous rendons par après à l’Abbaye cistercienne de Fontenay datant de 1118. Nous nous disons : Ici, le temps s’arrête. Cap ensuite sur le Château d’Ancy-le-Franc manière Renaissance à l’italienne millésimé 1550. Son architecte est le même que celui de Fontainebleau : Sebastiano Serlio. Mme de Sévigné venait y converser avec Mme Louvois. A Montreal, nous découvrons sa collégiale, transition roman-gothique avec ses murs en épaisses fortifications. Des colonnes portent des signes identifiant les tailleurs de pierres. Les colonnes culminent en feuilles d’acanthe. Ce fut la cité de la Reine Brunehaut.

Nous nous dirigeons ensuite vers Bazoches, un château ayant appartenu à Vauban. Initié au XIIe siècle, il est modifié profondément par son propriétaire ; il est bordé d’un remarquable parc arboré. Dans les salles, les murs sont couverts d’arbres généalogiques complexes : 1000 écussons en céramique !. Le 18 juin, nous assistons, recueillis, à Sainte-Madeleine aux traversées baroques chantées, une œuvre de Kaspar Förster (1616-1673). Etape suivante : Dijon, la ville aux cent clochers. La Cathédrale Sainte Bénigne a des tours aux tuiles lambrissées et colorées, puis nous nous rendons au musée des Beaux-Arts avec ses deux ailes majestueuses. Des œuvres de nos Maîtres y figurent : Nicolas de Staël, Bissière, Geer Van Velde, Manessier, Bertholle, Vieira da Silva, Arpad Szenes, Marcoussis, Simone Boisecq (en sculpture, cette révélation récente pour nous), Delaunay, Picasso… Ensuite remarqué l’Hôtel de Vogüe, Renaissance italienne, et les rues Verrerie et des Forges, et leurs maisons des XVe et XVIe siècles. Enchantement, une fois de plus.

Nous visitons Semur-en-Auxois, une cité médiévale. Le lendemain, c’est la visite de Notre-Dame de Dijon avec ses multiples gargouilles rehaussant une construction aux allures assez cubique d’aspect. Il s’y trouve une cloche Jacquemart ramenée de Courtrai par Philippe le Hardi en 1382. Nous nous rendons aux Hospices de Beaune le jour du solstice. Nous quittons Dijon pour Tournus, et logeons dans un ancien relais de poste dénommé Le Sauvage ; notre chambre donne sur l’abbatiale Saint-Philibert de style roman primitif. Une fois de plus, nous restons cois devant l’imposant narthex, ses énormes piliers ronds. La nef est blanche, lumineuse et dépouillée. Le grand orgue est comme en suspension. Dans le déambulatoire, des céramiques représentent les signes du zodiaque et les moissons. Françoise les observe chacune en détail… à l’image de cette pensée de Matisse : Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir...

Direction Cluny. Son abbaye est mère de plus de 1000 monastères ! Nous poursuivons la route vers Troyes où nous logeons aux Comtes de Champagne. Françoise choisit de visiter prioritairement la Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière, ouvragée sur sa façade en damiers champenois rehaussés de briques et colombages. Les Compagnons du Devoir ont érigé cet extraordinaire musée d’outils de façonnage à main. Je suis sidéré de sa connaissance détaillée et pratique de tant d’outils dont j’ignore jusqu’à l’existence ! Puis visite de la basilique Saint-Urbain, gothique du XIIIe siècle ; elle aussi présente un tympan ouvragé et c’est le grand nombre de tourelles comme portées vers le ciel qui nous frappe. La cathédrale Saint-Pierre et Paul est du XVIe siècle, alors que l’église Sainte Madeleine du XIIIe siècle est la plus ancienne de la ville. A côté de l’église, sur un ancien cimetière, le Jardin des Innocents présente une collection de végétaux verts et blancs suaves que Françoise commente en connaisseuse… Nous quittons Troyes pour Laon, en Picardie.

En août, nous séjournons à la Côte belge et sommes à Ostende pour son Mu-zee où nous voyons une belle rétrospective Léon Spilliaert, et Knokke où nous y admirons Hans Hartung chez Van Hoegaarden. Nous sommes en plein bonheur chez Maurice Verbaet lequel présente une expo solo d’André Willequet. De grands arcs typiques de Bernard Venet sont présents chez Pieters. Sous la guidance de Françoise, je découvre Nieuport, inconnue de moi jusqu’alors, son port, ses abords verdoyants. Puis, nos pas nous mènent de sentier en sentier entre les jolies villas de Saint-Idesbald. Nous saluons André Delvaux et son musée. Françoise est attachée aux vestiges de l’Abbaye des Dunes de Coxyde fondée en 1107 par les Bénédictins. Dans la pratique, c’est le musée et les reconstitutions via images et maquettes qui donnent quelque peu une idée de ce que fut l’édifice autrefois. A savoir, une majestueuse abbaye accompagnée d’un cloître, de nombreuses salles, dont celle du Chapitre, le réfectoire des convers, et même des terrains de jeux destinés aux moines. Nous nous prenons à imaginer ce que fut la vie des moines en ces lieux aujourd’hui quasi-totalement pleins de vide ; mais ce sont ces restes auxquels la parole est donnée… et cette dimension, Françoise la chérit comme chacun sait.

En automne : la ville éternelle

Au mois d’octobre, nous partons à Rome et notre hôtel estt situé à moins de 50 mètres de la Fontaine de Trevi. La richesse exceptionnelle de ce qui nous est donné de voir mérite les lignes qui suivent. Le voyage d’une vie ? Visite en bus d’abord : la basilique Sainte Marie Majeure du XVIIIème siècle présente des colonnades tout en puissance. Nous traversons la via Cavour et le quartier Monti et visitons ensuite l’église Saint-Pierre aux Liens. Le Moïse de Michel-Ange s’y trouve, comme les tombeaux des sculpteurs Bernin, père et fils. Durant le tour, nous longeons l’imposant Colisée, l’Arc de Constantin, le mont Palatin, le Cirque Maxime, le Marché aux Bœufs, le Jardin des Orangers, le Théâtre de Marcellus… Nous frôlons la Cité du Vatican. Arrivée à la Piazza del Popolo puis à la Porta Flaminia. On aperçoit le Palais Borghèse et les Murs d’Aurélien. Nous visitons ensuite le musée d’Arte Anticha au Palazzo Barberini : Filippo Lippi, Quentin Metsys, Hans Holbein, Greco, Tiziano, Tintoretto, Simon Vouet et le Caravage y sont représentés. Nous décidons d’approfondir systématiquement divers sites : la Piazza Colonna, la Piazza di Pietra, la Piazza Sant Ignacio de Loyola d’allure rococo et ses fresques en trompe l’œil. Sommes ensuite à la Piazza della Rotonda où se trouve le Panthéon créé par Agrippa repris par Hadrien. L’on y voit son oculus de 8,7 m de diamètre et ses gigantesques portes en bronze de 20 tonnes chacune. A la Piazza Navona, nous admirons la sculpture-fontaine du Bernin, un obélisque dit en creux avec en face le sanctuaire de Sant’Agnese in Agone et ses murs externes concaves. Nous atteignons ensuite l’église Saint-Louis des Français et sa façade Renaissance. Arrivée au très animé et pittoresque Campo dei Fiori. Au passage, nous admirons encore la Piazza di Spagna et l’église de la Trinité des Monts voulue à l’origine par Louis XII ! La Trinité des Monts recèle une formidable Déposition de la croix de Volterra d’après Michel-Ange. Nous sommes très impressionnés.

A la Villa Borghèse, les œuvres de Gian-Lorenzo Bernini incarnent pleinement le style baroque. Non loin, la Galeria Nazionale d’Art moderne nous ouvre le regard sur un florilège d’artistes que nous aimons et/ou connaissons bien : Pollock, Burri, Arp, Consagra, Fautrier, Archipenko, Pistoletto, Tapies, Moore, Capogrossi, Hartung, Germaine Richier et Vedova. Quel choix ! La soirée du 10 octobre est et reste un moment hors du temps... Vient ensuite le Colisée construit par Titus avec ses 50.000 spectateurs, son réseau de souterrains, ses machineries sophistiquées pour l’époque, montant et abaissant scènes et plateaux porteurs. L’Arc de Constantin voisin, symbolisant sa victoire sur Maxence. Nous nous rendons au mont Palatin, site de la fondation de Rome par Romulus et Remus. S’y trouvent les palais de Tibère, Caligula, Domitien et Néron entre autres. Autant de remarquables villae. Nous visitons la maison de Livie et celle d’Auguste, celle de Flavie, le stade dédié à la pratique de divers sports et aussi le terrain propre au manège. Nous traversons les jardins Farnèse au milieu des orangers pour accéder au célébrissime Forum Romain. Le lendemain nous prenons la direction du Théâtre de Marcellus accueillant 15.000 personnes, et à proximité le portique du Temple d’Octavie. A la Piazza Mattei, l’adorable fontaine delle Tortughe de della Porta. Passage ensuite par le Palais proprement dit, Mattei di Giove, caché dans une cour intérieure. Quel charme ! On y trouve promenoir, colonnades, personnages allégoriques insérés littéralement dans une végétation luxuriante. Françoise est subjuguée par ce petit lieu aussi discret que classieux !

Après avoir traversé le quartier juif, nous atteignons le quartier Trastevere. Il s’y trouve une basilique Santa Maria du XIIe siècle. Ensemble nous pensons à Ravenne. Nous gravissons la montée, accentuée, du Janicule pour rejoindre la monumentale effigie équestre de Garibaldi. Une vue panoramique épatante sur toute la ville s’offre à nos yeux. Pour des raisons symbolistes Françoise a une singulière admiration pour Janus, ce dieu à face double. Un côté de son visage est tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir. Pour elle, il est le résumé des commencements et des fins. Janus est le dieu abstrait du Temps. Que dire de la notion complémentaire de passage ? Ce concept que Françoise me commente maintes fois après l’avoir étudié à travers l’histoire et la philosophie. La dimension que ce propos revêt aujourd’hui est saisissante ! Pour notre dernier jour, nous empruntons la longue Via del Corso et rejoignons la Piazza del Popolo. Elle est en forme d’ellipse avec en son centre un obélisque inattendu. Il s’agit de celui de Ramsès II et est …surmonté d’une croix ! A gauche et à droite de la place, des groupes de personnages sculptés évoquant l’un, un groupe d’admirateurs du dieu Neptune, de l’autre la louve de Rome. Nous visitons Santa Maria del Popolo. S’y trouve une admirable miniature sculptée par le Bernin placée sur un autel dans une chapelle attenante au chœur. Il y a des tableaux de Caravaggio pour le banquier Chigi, comme d’émouvantes scènes de personnages par Pinturrichio (XVème s).

Retour à Bruxelles et hommage à André Willequet

De retour à Bruxelles, nous terminons l’année avec la projection aux Midis de Rhode-Saint-Genèse du magnifique film d’Yvon Lammens consacré à André Willequet. L’occasion d’y retrouver nombre d’amis et amateurs de l’œuvre. C’est l’occasion de parler à nouveau, à l’horizon … 2022 de la rétrospective de l’artiste tant promise par certains, qu’attendue par d’autres… Une jolie satisfaction du même ordre survient en février lors de la présentation d’extraits de la Collection de Thomas Neirynck au musée Félix De Boeck à Drogenbos. Des sculptures d’André Willequet, dont un grand espace sont mises à l’honneur. Le même mois, nous partons pour les derniers jours de l’Exposition Expérience Goya (1746-1828) au Palais des Beaux-Arts de Lille. Françoise apprécie l’artiste de longue date ; ce maître de l’étrange était moderne à bien des égards dans le traitement réaliste de ses sujets. Le lendemain, nous rejoignons la Villa Cavrois (1929-1932), un chef d’œuvre en brique jaune pâle de l’architecte art-déco Robert Mallet-Stevens (1886-1945). Elle a été bâtie pour Paul Cavrois, un magnat du textile roubaisien et sa famille de sept enfants : 2800 m² et 60 m de long. L’édifice a tout pour sourire à Françoise : dépouillement des volumes, terrasses multiples et toits en décrochements, présence de verre, métal et acier dans les différents espaces d’habitation, espaces verdoyants… La villa, abandonnée en 1985 au décès de son épouse, est restaurée à partir de 2001 par une association de sauvegarde du patrimoine. Mobilier en matériaux nobles, authenticité des pièces rachetées année après année à travers le monde… Nous sommes séduits par ce travail d’authentique résurrection.

Nous nous dirigeons ensuite vers la chapelle Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus à Hem. Ses vitraux colorés d’Alfred Manessier sont enchanteurs. Elle matérialise l’art sacré du lendemain de la guerre. L’atmosphère de la chapelle ne serait-elle pas romane dans son esprit ? C’est ce qui nous touche ; recueillement et silence. De puissantes sculptures d’Eugène Dodeigne semblent faire la garde devant la chapelle… Nous terminons notre séjour non sans parcourir notre piétonnier du vieux Lille et saluons notre ami fidèle, le galeriste Antoine de le Rive. Il fut l’un des tout premiers à présenter André Willequet en France, avant même la regrettée Hélène Martel-Greiner. De retour à Bruxelles, je me rappelle une conférence donnée en mars aux Midis de Rhode par l’abbé Gabriel Ringlet. Evoquant la multiplicité des rites sous-tendant les croyances contemporaines, il nous frappe tous deux avec ses considérations liées à la spiritualité qu’il définit comme cette aptitude de créer une présence à soi activant le souffle. Il dit qu’il s’agit de faire de l’au-delà, avec de l’ici … Un vrai message !

La Bretagne

En juin, nous nous dirigeons vers le sud de la Bretagne. La cathédrale de Chartres, en premier lieu. Plus de 1800 personnages de pierre occupent ses faces. Les deux flèches sont différentes, une romane, une gothique. Les vitraux sont célèbres, tons rouges et bleus intenses, rosaces gigantesques. Nous sommes éblouis par tant de magnificence mariée à la spiritualité ! Après Auray, une petite ville située entre Vannes et la presqu’île de Quiberon, nous enchaînons avec une croisière vers l’île aux Moines. Nous embarquons sur l’Angelus IV. De jolies maisons de caractère alternent avec les massifs d’hortensias. Nous faisons le tour de l’île par le sentier côtier….Nous nous égarons l mais retrouvons le bateau in extremis ! Une autre journée est consacrée à la découverte de la ville médiévale de Vannes et nous nous posons place Gambetta. Nous découvrons la vaste Cathédrale Saint-Pierre, gothique, que l’on dit la plus grande de Bretagne. Plus tard, nous nous dirigions vers Carnac connue pour ses célèbres cairns, monuments en pierre recouvrant une sépulture, et alignements de mégalithes. Nous longeons ensuite les côtes sauvages et sableuses de la presqu’île de Quiberon, traversant entre autres La Trinité sur Mer, cité balnéaire animée. Nous marquons une halte à la Chapelle de Saint-Guénolé et assistons à un Pardon, ses chants, ses jeux de bannières, son cortège et son rite du partage du far, une tarte au flan typique du Finistère. Nous atteignons Saint-Pierre de Quiberon, ses villas old fashioned de bord de mer. Sous un doux soleil, nous nous promenons longuement sur la plage et la digue, ramassant des coquillages.

Le lendemain, nous quittions Auray pour rejoindre vers l’ouest Concarneau, notre nouvelle ville-étape. En chemin, une pause nous retient près de Lorient, à la ville-citadelle fortifiée de Port-Louis, choisie par Louis XIII comme siège de la Compagnie des Indes. Remparts améliorés par Vauban, et un moment d’émotion : celui où nous nous recueillons au Mémorial pour les 69 Patriotes fusillés en juin 1944… Arrivés à Concarneau, nous ne tardons pas à nous diriger vers la Ville-close fortifiée par Vauban. Elle est reliée à la terre par un sculptural pont de pierre. Le Beffroi porte un cadran solaire et une girouette en forme de bateau. Au coucher du soleil, en promenade le long de la digue, nous apercevons une majestueuse croix ouvragée en bois et métal. Elle borde une chapelle élevée à la mémoire des marins sans logis. Un phare ancien est dressé là, tout voisin. Une mémorable découverte : le village de Locronan. Une bourgade médiévale absolument authentique. Elle fut prospère dès le XIVe siècle avec le succès de la toile à voile et du chanvre, spécialités du lieu du temps de la Compagnie des Indes. Des maisons patriciennes des XVe et XVIe siècles en granit sombre entourent l’église Saint-Ronan, du gothique flamboyant. L’on dit qu’Anne de Bretagne y vint en pèlerinage. Nous nous y arrêtons devant une poignante déploration ; la Chaire de Vérité est un chef d’œuvre bijou de bois sculpté.

Montant et descendant les pentes de rues sans âge, nous visitons l’intime chapelle de Bonne Nouvelle garnie de vitraux à la luminosité subtilement calibrée, signés d’Alfred Manessier. Nous atteignons ensuite le port sardinier de Douarnenez. Nous y visitons le musée dit la Maison de la Sardine narrant l’histoire de cette pêche spécialisée. Les femmes s’y sont historiquement illustrées dans un combat pour de meilleures conditions de travail. Au large du port, aurait existé la mythique cité d’Ys et son roi Gradlon. En ville, notre regard s’arrête sur un très étonnant clocher en partie cylindrique ; il appartient à la chapelle Sainte-Hélène. Nous nous promenons le long de la mer… Le jour suivant est l’occasion pour Françoise de savourer une vraie Madeleine de Proust. Il s’agit de redécouvrir le cadre sauvage de la jolie anse de Rospico abritant la maison des amis Van Halteren [3]. où elle a séjourné autrefois. Rochers et plages de sable fin y alternent au bord de mer. Au détour d’un bouquet de pins, elle en reconnait la forme et les caractéristiques.

Le nom sur la boîte aux lettres dissipe tout autre doute… Cap ensuite sur Pont-Aven. En chemin, du côté de Névez, nous comprenons ce que sont les mein zao. Ce sont des constructions dites en pierre debout. Leur forme particulière fait penser à la fois à des clôtures et aux éléments d’une habitation. A la suite de Paul Gauguin, la lumière de la région de Pont-Aven y attira nombre d’artistes dont Emile Bernard, Paul Sérusier ou Maurice Denis. Leurs œuvres sont réunies dans un musée. Nous roulons ensuite vers Quimperlé, la ville aux trois rivières : Ellé, Isole et Laïta. La cité est connue principalement pour son abbatiale romane Sainte-Croix dont les pilastres intérieurs se décomposent chacun en pas moins de quinze colonnettes. La rue Brémond d’Ars est bordée de maisons portant les noms de notables d’un autre temps. Les Halles sont ornées de tuiles vernissées. On dénomme Présidial, le Tribunal du lieu. Nous y admirons son exceptionnel escalier en pierre à balustre... L’étape suivante est Quimper. La Faïencerie de Quimper, la célèbre Maison HB, jouxte la cathédrale. La cathédrale Saint-Corentin est de style gothique flamboyant même si ses fondations sont romanes et évoquent une vocation à la fortification en leur base. Ses deux tours sont magnifiquement restaurées. Une claire lumière la baigne jusqu’au triforium. Sur les murs, à l’intérieur, la polychromie est encore bien présente. Au musée des Beaux-Arts nous retrouvions un beau choix de tableaux typiques de la Jeune Peinture Française : Le Moal, Bazaine, Manessier et Tal-Coat. L’Ecole de Pont-Aven est présente aussi, complétée d’Eugène Boudin et aussi de cet autre enfant du pays : Jean Deyrolles. Avant de quitter, nous admirons ensemble le lent coucher du soleil sur la façade ocre du musée. Après avoir laissé Concarneau, nous roulons en direction de l’un des plus beaux villages de France, recommandé par Françoise : Le Bec Hellouin. Bec signifie ruisseau ; Hellouin est le nom du fondateur de son abbaye fondée peu après l’an mille. Le village est conçu selon des alignements rigoureux de maisons, toutes à pans de bois et colombages façon normande.

En juillet de l’année, nous partons pour Paris visiter l’exposition Eugène Leroy au musée d’Art Moderne. Un artiste fascinant considéré souvent comme abstrait. En vérité, ses fonds sont toujours habités d’un sujet ou un objet comme enfoui dans la matière picturale. Nous découvrons aussi Toyen (1902-1980), une artiste peintre surréaliste tchèque inspirée par le rêve et l’érotisme. Elle préfigura même un certain lyrisme abstrait et fut proche d’André Breton et de Paul Eluard. Nous visitons aussi l’exposition dédiée à Maya Ruiz-Picasso (1935-2022), la fille de l’artiste et de Marie-Thérèse Walter. En bordure du parc Monceau, nous retrouvons l’aristocratique demeure-musée Nissim de Camondo, sa collection de meubles et objets d’art emblématiques du XVIIIe siècle. Une première : nous découvrons la Galerie Arnoux, rue Guénégaud, spécialisée dans l’art des années ’50. A suivre certainement.

En juillet 2022, nous n’avions pas encore visité l’exposition au LAAC (Lieu d’Art et d’Action Contemporaine) de Dunkerque. Y étaient exposées un choix des pièces de la collection de notre ami galeriste Maurice Verbaet. Nous décidons de nous y rendre. Outre les compositions d’André Willequet en bronze, Rochefort, en leurs versions blanche et noire, c’est certainement sa forêt de bois sculptés verticaux qui retient l’attention. En surplomb du hall d’entrée du musée, pas moins d’une quinzaine de ces sculptures y sont majestueusement déployées. Nous espérions y voir aussi la Grande Oreille, cette sculpture monumentale dont un premier exemplaire en bronze avait été la carte de visite de la Galerie Verbaet sur la digue de Knokke. Elle avait été déplacée au Scharpoord dans la cité durant l’année 2022. A la même période, nous apprenions que la programmation des Musée royaux des Beaux-Arts ne disait toujours mot par rapport à l’événement promis et attendu autour de l’œuvre d’André Willequet et son centenaire… Au-delà d’un nouveau et cruel sentiment de tristesse, Françoise en éprouve un vrai sentiment d’amertume. Pourquoi ? Le programme des Musées n’exclue nullement la sculpture comme discipline. Cependant, elle met à l’honneur une autre personnalité de la sculpture nationale : Jean-Pierre Ghysels, cadet de onze ans d’André Willequet.

Périple au pays

Partant de l’idée que nombre de régions de notre Pays méritent bien aussi le regard, nous décidons en automne 2022 de faire un séjour partagé entre quelques cités remarquables de Flandre occidentale. C’est à Ypres que nous choisissons de nous installer. Une ville quasiment détruite en son entier durant la Première guerre Mondiale. Tel fut par exemple le cas pour la Sint Maartenskathedraal, bâtie en 1230 de style gothique. Elle fut entièrement reconstruite en 1930. Voisin de l’élégante et vaste Halle aux Draps, l’on ne peut manquer le Beffroi à quatre tourelles, symbole de la prospérité des Drapiers vers 1200. Nous visitons donc l’extraordinaire musée des Flanders Fields logé dans la Halle aux Draps en question. Les différentes reconstitutions de situations de guerre avec force personnages, uniformes, objets d’époque, armes, films, décors et iconographie nous touchent et nous y passons l’après-midi entière. Le lendemain, nous nous trouvions sur le très impressionnant site de Tyne Cot, le plus grand cimetière militaire britannique de la région. 12.000 stèles et 35 000 noms de soldats disparus sont gravés dans la pierre… Silence et Respect.

Cette région est celle du Heuvelland : mont Kemmel, Zwartberg et autres monts des Flandres. Sur un des sommets, se détache une tour d’observation néo-gothique. Le vaste panorama donne sur un ossuaire français et aussi un insolite moulin dominant le Rodeberg. Nous ciblons d’autres cimetières qui furent le théâtre de terribles combats. A Poperinge, nous visitons la très harmonieuse Grand-Place, son église Sint Bertinus, originairement fondée en 1147. Nous tombons ensemble sous le charme de la Talbot’s House, un club historique de loisirs et de repos pour militaires britanniques dans la zone non occupée de la Belgique en 1914-1918. Puis, c’est la visite de Furnes. Nous y sommes séduits par le bâti style hispanique de la Grand-Place mêlant solennité et raffinement. Dans le parc autour de Sainte Walburge, nous admirons encore les sculptures expressionnistes et baroques du sculpteur local Willem Vermandere. Nous visitons par après la bourgade peu-connue de Lo-Reninge, remarquable pour son clocher « à crochets » du XIVe siècle. De retour à Ypres, nous assistons en soirée à la cérémonie du Last Post quotidien à la Porte de Menin. Il est célébré en souvenir des quelque 55.000 militaires de l’Empire britannique tombés dans la zone.

En fin d’année, nous visitions le Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers rénové de fraîche date. Nouveaux étages, cloisons efficaces, escaliers en décrochement, lumière zénithale optimale ravissent le regard et cassent les perspectives. Le musée compte le plus grand nombre d’œuvres du…bruxellois Rik Wouters et nous l’ignorions ! Bien sûr les plus grands artistes belges y sont présents : Anciens et Modernes. Je remarque particulièrement la qualité des travaux exposés d’Englebert Van Anderlecht, de Charles Drybergh et d’Antoine Mortier, des artistes abstraits expressionnistes. Françoise retient surtout les œuvres constructivistes des peintres Jo Delahaut et Gilbert Decock, au nombre de ses favoris.

Quand l’inattendu rencontre l’inacceptable

En février 2023, nous partons pour Paris avec quelques objectifs. L’exposition au Palais de Chaillot décrit les liens entre la France et les Etats-Unis pour l’Art Déco, ce style si cher à la sensibilité de Françoise. Dans cette relation intercontinentale, des architectes et décorateurs comme Jacques Carlu ou André Lurçat ont eu un rôle déterminant au milieu des années ’30. Des écoles françaises ont accueilli des créateurs américains ; ils ont essaimé aux Etats-Unis, tels William Van Alen ou Ralph Thomas Walker. L’exposition est magnifiquement soutenue par nombre d’exemples d’éléments de décoration. Qu’ils aient appartenu à des bateaux transatlantiques, orné des grand-magasins, des boutiques de luxe ou figuré au nombre d’objets utilitaires ou d’un stylisme pointu du mobilier de luxe. Une autre cible de nos visites est l’exposition Monet-Mitchell à la Fondation LVMH. Elle tend à prouver l’influence du maître français sur l’artiste américaine ». Deux mois plus tard, Françoise s’effondre dans les bras de Michel alors que rien ne le laisse prévoir. Le choc est terrible pour lui et la baie encore béante. Comme il l’exprime avec toute l’émotion qui le caractérise, il évoque dans les souvenirs dans lesquels nous avons ici largement puisés : « l’ineffable bleu céleste de ses yeux est désormais éteint. C’est avec ce regard sagace qu’elle m’aurait invité à corriger nombre d’imperfections dans ce texte ».

Musée Marthe Donas et Fondation Roi Baudouin

Alors qu’il a déjà réalisé un important don d’œuvres belges expressionnistes abstraites de ses collections au musée Marthe Donas à Ittre expliquant alors que « rien de tout ceci n’eût été possible sans Françoise Detry, ma compagne depuis plus de quinze ans, elle qui fut l’épouse du sculpteur André Willequet, disparu en 1998. Pour son œuvre, Françoise déploie avec constance et fidélité un travail rigoureux lui assurant pérennité et visibilité. Au quotidien, nous communions en quelque sorte dans ce domaine qui nous est cher : l’art mais plus largement la culture, cet espace où l’être humain a le moyen de donner et de recevoir le meilleur de lui-même ». Il rappelle aussi combien Marcel Daloze, Serge Goyens de Heusch, l’Abbé Van Camp, Philippe Roberts-Jones, mais aussi ses parents, René et China Van Lierde, couple formé par un officier de marine au long cours passionné de photographie et une citoyenne argentine volontiers pianiste, ont contribué à des titres divers à faire de lui le collectionneur passionné, amateur d’art et de philosophie qu’il est.

En 2024, Michel franchit un grand pas supplémentaire en faisant une donation à la Fondation Roi Baudouin de l’ensemble de son patrimoine artistique, avec réserve d’usufruit, soit environ mille pièces, peintures, sculptures et dessins majoritairement de l’expressionnisme abstrait. Il publie Filiations de l’Expressionnisme abstrait belge, paru aux Editions Asmodée Edern et dont Françoise est en filigrane de son écriture, avec en dédicace pour elle : sa présence habite chaque mot du présent ouvrage. Nature généreuse, Françoise et Michel n’ont cessé de partager leur amour de l’art avec qui voulait le recevoir. Elle, en faisant vivre la mémoire d’André Willequet, lui au travers de ces exceptionnels dons d’œuvres qui enrichissent tout un chacun qui les découvre, elle et lui par ces échanges, ces partages marqués par deux décennies vivifiantes de leur existence en commun.

Galerie de photos et de documents


[1] Eparses, Editions Didier Devillez, 2004.

[2] Pour rappel Henri Michaux partage les mêmes ancêtres Woitrin que Joséphine Baily épouse de Denis Detry.

[3] Famille notariale de Bruxelles.


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, pp. 122-124 ; P.-E. Vincent, « André Willequet » in Annuaire de l'Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 2003, pp. 85-99. Bozar LXXX, slnd, paru à l'occasion des 80 ans du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, pp. 496, 503, 506 ; Collectif d'auteurs sous la préface de Pierre de Maret, André Willequet, Gent, 2002 ; « Entretien avec Françoise Willequet-Detry sur l'oeuvre de son mari, André Willequet, sculpteur » in Eurasianfinance, 1er juin 2009 ; Procès-verbal de la séance du Conseil communal de la Ville de Liège du 22 décembre 2008, p. 18 ; Rapport annuel 2009 de la Bibliothèque royale de Belgique, p. 37; P. Roberts-Jones, De l’espace aux reflets : arts et lettres, 2004, p.433 ; Le docteur Lauvaux perd la vie dans un incendie, in Vers l’Avenir, 6 mars 2020 ; E. De Seyn, Dictionnaire biographique des sciences, des lettres et des arts en Belgique, nlnd, col. 302 (Demany) ; Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles, voir correspondances d'André Willequet.


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