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Directeur à la Commission bancaire

Jean Detry

Jean DETRY, ingénieur commercial Solvay (Université Libre de Bruxelles), cadre à la Brufina à Bruxelles puis directeur du département Distribution et Emission à la Commission bancaire, auteur d'articles à caractère fiscal et bancaire, membre du comité de l'Union des Anciens Étudiants de l'Université Libre de Bruxelles, maréchal des Logis (milicien de 1928) affecté au dépôt d'artillerie de Diest et rappelable sous les armes en 1939, né à Auvelais le 22 avril 1907, décédé à Bruxelles le 13 octobre 1944, épouse à Ixelles le 4 juin 1936 Renée Smal, née à Ixelles le 4 février 1915, décédée à Uccle le 4 septembre 2006, fille de Constantin, agent de change, et de Simone Demany [1]. Fils de Valère Detry, et de Olga Frère appartenant à une ancienne famille de Gilly qui compte notamment une descendance dans une branche de la famille Houtart représentée par le généalogiste bien connu Jean-François Houtart, Jean Detry nait à Auvelais où son père est adjoint à la direction des Glaces d’Auvelais que dirige son propre oncle, Jules Detry.

L’union de deux familles bourgeoises

Après ses études secondaires effectuées à l'athénée de Saint-Gilles comme son frère André Detry, Jean accomplit avec succès ses études d'ingénieur commercial Solvay à l'Université Libre de Bruxelles. D'abord cadre à la Brufina, il entre en 1936 comme secrétaire de la toute jeune Commission bancaire créée un an plus tôt ; fiancé le 4 février avec Renée Smal, il se marie le 4 juin au cours d'un déjeuner qui se donne chez ses beaux-parents, avenue Maurice à Ixelles. Quelques jours auparavant, le 27 mai, Jean Detry écrit à son frère André alors à Casablanca et dans l'impossibilité de rejoindre la Belgique « afin que tu puisses mieux nous suivre dans cette fameuse journée du 4 juin, nous t'envoyons les invitations auxquelles nous aurions été si heureux de te voir répondre ». Le futur marié précise encore « nous partons ensuite au lac d'Annecy d'où nous t'enverrons nos premières impressions sur la vie conjugale. Nous emménageons au 60 rue Edmond Picard, et gâtés comme nous sommes, nous aurons un home où il fait bon vivre et dormir » [2].

De son côté la jeune mariée a passé les sept premières années de son enfance auprès de son grand-père maternel, Ernest Demany, ingénieur des mines, et de sa grand-mère. La maison est joyeuse et retentit de l'animation créée par ses jeunes oncle et tante et par un esprit de liberté et de créativité contrastant avec le milieu plutôt conformiste de la famille Smal. Elle effectue ses études primaires aux Dames de Saint-André, et secondaires à l'Institut des Demoiselles de Decker [3]. Enfin, elle s'initie à la mode et à la création à l'Institut Bischoffsheim. La Revue trimestrielle de l’Institut belge de droit comparé parue en 1937 relève la parution d’une étude par « M. Jean Detry, secrétaire de la Commission bancaire, qui passe en revue le régime des valeurs mobilières et expose avec bonheur l’état actuel de la législation et de la réglementation en matière de valeurs mobilières, principalement en ce qui concerne les émissions nouvelles ». En 1938, Jean Detry publie chez Bruylant « Le régime des valeurs mobilières en Belgique », et en février 1939 « Le régime légal des banques » dans la Revue mensuelle « Documents d'économie et de politique ».

Entre-temps, le 12 décembre 1938, il figure parmi les personnalités, dont son cousin Maurice Frère, petit-fils d'Elisa Detry, qui sont reçues à l'inauguration de la nouvelle « Salle des Banquiers » à la Bourse de Bruxelles. Le Président de la Bourse « caractérise en une allocution de circonstance, les rapports excellents qui unissent le marché boursier au monde de la banque et s'est félicité de l'occasion qu'offre l'inauguration d'aujourd'hui de les attester. Il a émis le voeu que la circonstance actuelle incitera nombre des invités présents à continuer à fréquenter régulièrement le Palais de la Bourse » [4].

La campagne des 18 jours

Jean Detry a la joie d'être trois fois père, notamment en 1937 et 1938 à un an d'intervalle, mais dès l'année suivante, les circonstances le rendent mobilisable. La Commission bancaire s'adresse au Commandant Spies, du Service de Mobilisation de la Nation, en lui demandant « de veiller à ce qu'un sursis de durée indéterminée soit accordé à Monsieur Jean Detry, sa présence étant indispensable au bon fonctionnement de la Commission bancaire » [5]. En novembre 1939, l'Union des Anciens Étudiants de l'Université Libre de Bruxelles renouvelle, le jour traditionnel de la Saint-Verhaegen, son comité dans lequel figure Jean [6]. Mais la guerre est là et malgré la demande expresse de la Commission bancaire, Jean Detry effectue la campagne des 18 jours, du 10 au 28 mai 1940.

Emporté en pleine force de l’âge

Il contracte en septembre 1944 une encéphalite dont il semble, à l'hôpital, guérir, quand une embolie pulmonaire l'emporte soudainement le 13 octobre, à la consternation générale, en pleine guerre et à l'âge de 37 ans. Il est alors directeur à la Commission bancaire, et Maurice Frère, qui en est le président de 1938 à 1944, rappelle lors du Conseil d'administration du 24 octobre que « Monsieur Detry exerçait depuis 1936, la direction du Département « Distribution et Emission ». Il tenait beaucoup à ces fonctions qu’il exerçait avec enthousiasme. À une conscience élevée du devoir et de l’intérêt commun, il joignait une grande force de caractère et voyait dans sa tâche bien plus que celle d’un conseiller ou d’un contrôleur. Il était toujours soucieux des prescriptions légales à concilier avec les nécessités de la vie pratique et ces grandes qualités l’avaient fait apprécier par tous ceux qui entrèrent en contact avec lui. Sa disparition entraîne pour la Commission un vide difficile à combler » [7].

Une descendance du nom

La tristesse des siens est immense, et son épouse s'attache alors avec courage et intelligence à l'éducation de ses trois jeunes enfants, âgés de 2 à 7 ans : Françoise, Martine (née en 1942), cavalière émérite, ensuite propriétaire de chevaux et d’une sellerie à son nom, et Daniel Detry, futur docteur en chimie de l’Université Libre de Bruxelles, chercheur, inventeur d’un « Procédé pour la réalisation de canalisations en matière thermoplastique » qui a fait l’objet d’un brevet déposé par la SA Solvay and Cie le 14 janvier 1980, et musicien amateur [8].

Le talent de créatrice de Mme Jean Detry lui permet, alors veuve, d'ouvrir une boutique de mode pour enfants rue Darwin à Bruxelles, connue sous le nom de « Bob et Bobette ». Généreuse, respectueuse et ouverte aux idées des autres, elle a également une passion pour les animaux qu'elle transmet notamment à sa fille, Martine Detry. Le 21 octobre 1954, elle épouse en secondes noces à Bruxelles, Joseph van Dyck (1905-1981), avocat au Barreau de Bruxelles. Très attachée à sa famille, elle s'éteint à l'âge de 91 ans à Uccle après avoir connu le chagrin d'être une seconde fois veuve.

Galerie de photos et de documents


[1] Demany : famille liégeoise d'architectes et ingénieurs. Le grand-père de Simone Demany, Laurent Demany (1827-1898) X Barbe Califice, conseiller communal de Liège est architecte en cette ville, remanie les bâtiments de la société littéraire en 1862 et dirige la restauration de l'église du Saint-Sacrement en 1866 et du château de Seraing-le-château en 1869. Il construit en 1876 l'église paroissiale Saint-Remy mais ses chantiers majeurs sont la construction du conservatoire royal de musique de Liège en 1887 et la transformation de l'Université de cette ville en 1890 ; il repose au cimetière de Robertmont. Il est e.a. le père de : 1° Paul Demany (1859-1912), architecte de l'hôtel de ville de Clermont-sur-Berwinne (1888), de l'hôtel Lhonneux à Liège (1893), de la reconstruction à l'identique de la chapelle des Soeurs Augustines de Bavière mais surtout du Pont de Fragnée, de 1901 à 1904, construit pour l'Exposition universelle de Liège de 1905 et décoré par le sculpteur Victor Rousseau. Paul Demany, dont la fortune est estimée à deux millions de francs à sa mort en 1912, est retrouvé mort dans des circonstances étranges dans sa villa des Fougères à Bray-Dunes (Le Journal,7 décembre 1912). 2° Ernest Demany (1864-1949), ingénieur, directeur de l'administration des Télégraphes et Téléphones à Bruxelles époux de Elise Antoine, parents de Simone Demany X Constantin Smal. Le Patrimoine monumental de la Belgique (Huy), Liège, 1992, p. 826 ; Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, Liège, 2004, p. 154 ; M. Conradt, Histoire des Théâtres de Liège, 1850-1975, s.l., 2005, p. 47 ; Le Soir, 15 février 1992 ; La Dernière Heure, 9 mai 2001 ; Les Cahiers de l'urbanisme, septembre 1999, p. 101 ; Inventaire du Patrimoine immobilier culturel, 2014 ; La Chronique, oct.-déc.2014, p. 331 ; Vers l'Avenir, 4 juin 2011, 12 décembre 2014.

[2] Archives de Feue Madame André Willequet née Françoise Detry (1937-2023), sa fille.

[3] E. De Keyser, « Au fil des jours, Marie-Louise Haumont », in Textyles, n°9, 1992, p.143.

[4] L'Indépendance belge, 13 décembre 1938.

[5] AGR, Fonds Commission bancaire, financière et des assurances, dossiers numéros 145 et 7677. L'Echo de la Bourse, 8 janvier, 14 septembre 1941.

[6] La Dernière Heure, 21 novembre 1939.

[7] AGR, Fonds Commission bancaire, financière et des assurances, op. cit.

[8] Par son mariage avec Anne Brulé, licenciée en philologie romane de l’Université Libre de Bruxelles, Daniel Detry compte trois fils, Didier, Martin et Jean Detry, qui assurent à cette lignée une descendance du nom.


T. Giddey, Formation et spécificités historiques de la Commission bancaire (1935-1975), 26 janvier 2021, p. 46 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, op. cit., pp. 121-126 ; Revue trimestrielle de l’Institut belge de droit comparé, Bruxelles, 1937, p. 139.


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