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Un Belge à New York : les voyages forment la jeunesse

André Detry

André DETRY, licencié en Sciences commerciales de l'Institut Supérieur de Commerce de l'État à Anvers (I. S. C. E A), diplômé de la » Business School of New York University » et de l'École d'ergologie de l'Institut des Hautes Études de Belgique à Bruxelles, cadre pour l'Union commerciale des glaceries belges qui le délègue à la « Scottish Glass Distributing and Co à Glasgow »(Écosse) (1924 à 1927) puis au siège de New York en tant qu'adjoint de l'agent principal des États-Unis, avec un passage comme gérant de l'agence de San Francisco (1927 à 1933), puis adjoint à la direction (département Glaces et Verres) des « Anciens Etablissements E. Laport and Co » à Casablanca (Maroc) (1933 à 1937), chef du service de la Recherche du Marché-Sales Promotion et Propagande pour la S. A. « Watson Belge » à Bruxelles et ensuite fondé de pouvoir, directeur des Ressources humaines et enfin attaché à la Direction générale de la S. A. « International Business Machines Corporation of Belgium » (IBM) (à partir de 1937), secrétaire adjoint de la classe 26 de l'Exposition internationale de l'Eau à Liège en 1939, secrétaire permanent de la Chambre syndicale des Agents généraux de la Mécanographie belge et de l'Union mécanographique belge, lieutenant de réserve au 4ème Corps des Transports, membre adhérent du Secours d'hiver (1941), bénévole au service de la Croix Rouge de Belgique, chevalier de l’Ordre de Léopold, chevalier de l’Ordre de la Couronne, né à Auvelais le 26 novembre 1903, décédé à Uccle le 18 août 1990, épouse à Saint-Gilles le 3 mai 1939 Anne (petite-fille du comte pontifical) van STEENBERGHE, chef de service à la Croix Rouge de Belgique, née à Halle le 6 juillet 1910, décédée à Woluwe-Saint-Lambert le 22 septembre 1979, fille de Pierre, ingénieur agronome, professeur à l'Université de Dublin, assassiné par les Allemands en août 1914, et de Berthe Ledresseur.

Des parents attentifs à son éducation

Fils de Valère Detry (1873-1953) et de Olga Frère, le père d’André est particulièrement attentif à son éducation. Les tantes de l’enfant, Alice Detry (1872-1943), brillante et dont on sait le rôle joué par elle dans l'organisation d'Expositions universelles, et Blanche Detry (1878-1966), directrice d'école au caractère trempé, apportent aussi leur collaboration. Diplômé avec fruit de l'Athénée de Saint-Gilles en 1921, on connaît, par les attestations officielles délivrées par l'établissement, le programme scolaire complet d'André. Il s'agit non seulement de la maîtrise de la langue française mais de trois langues étrangères (flamand, allemand et anglais), de l'histoire et de la géographie notamment de la Belgique, de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie notamment analytique et descriptive, de la trigonométrie rectiligne et sphérique et du dessin.

Si son frère Jean Detry (1907-1944), dans la tradition familiale, est ingénieur, André poursuit une licence en sciences commerciales à l'Institut Supérieur de Commerce de l'État à Anvers, et en conquiert là aussi les lauriers. Longtemps, il est membre des anciens élèves de cette école supérieure. Après un service militaire dans la cavalerie, aux Chasseurs à cheval, il poursuit ses études à la « Business School of New York University », ce qui le rend à la fois apte à aborder le monde des affaires, et en fait un parfait bilingue anglais-français. En novembre 1924, il est engagé à l'Union commerciale des glaceries belges à Bruxelles qui regroupe de nombreuses glaceries dont l'ancienne glacerie d'Auvelais où son père fut actif et son grand-oncle Jules Detry (1846-1919), anciennement directeur gérant. André Detry reste en cette ville jusqu'en mai 1927 avec toutefois un stage de six mois, à la « Scottish Glass Distributing and Co » à Glasgow en Écosse. En mai 1927, il est envoyé au siège de New York en tant qu'adjoint de l'agent principal des États-Unis où il reste jusqu'en janvier 1933, avec un passage comme gérant de l'agence de San Francisco.

Mais en 1929, l'économie américaine s’est effondrée, et les journées des 24 et 29 octobre sont à la Bourse de New York encore dans tous les esprits. Plus rien n'est pareil après cette Grande dépression dont on sait les conséquences qu'elle a jusqu'en Europe. On peut imaginer le choc pour cet homme jeune, rempli d'espérance face à une économie qui se voulait prometteuse. Il reste toutefois aux États-Unis quatre années encore jusqu'en 1933 et lorsqu'il quitte « de son plein gré » ses fonctions, le certificat précise « qu'il s'agit d'un élément de tout premier ordre et qu'il a rempli ses fonctions avec beaucoup de zèle et d'efficacité ». Il poursuit dans le même secteur et part pour Casablanca au Maroc comme adjoint à la Direction en charge du département Glaces et Verres, des « Anciens établissements Émile Laport and Co », dont le siège social est à Liège et la présidence de la société assurée par Paul Hanquet. Son contrat conclu le 30 mars 1933 prévoit « qu'il est chargé d'une mission d'études générales dans les pays de l'Afrique du Nord avec l'objectif de rechercher de quelle façon et dans quelle mesure les opérations d'exportation et de représentation de Laport pourraient y être étendues ». De retour en Belgique en février 1937, il entre en mai comme chef du service de la Recherche de Marché pour la S. A. « Watson Belge » à Bruxelles et devient alors fondé de pouvoir auprès de la S. A. « International Business Machines corporation of Belgium » plus connue sous le nom de IBM dont la maison mère est à New York et la centrale européenne à Genève. Spécialisée dans les « machines à écrire et électro-comptables, et dans les horloges de contrôle », la société signale à André que ses offres de services « que nous avons appréciées plus que nous ne saurions dire » ont retenu toute son attention. Engagé en effet à l'essai pour trois mois à partir de juin 1937, André Detry est responsable du service commercial de la division « Horo-contrôle » portant notamment sur tout l'appareillage muni d'horlogerie électrique pour lequel des formations en Belgique et à l'étranger sont contractuellement prévues.

La construction d'un foyer

Le 3 mai 1939, il épouse Anne van Steenberghe, médaille de la Reconnaissance belge, chef de service à la Croix Rouge de Belgique, fille d'un brillant ingénieur, professeur à l'Université de Dublin, assassiné par les officiers allemands le 25 août 1914 au sein-même de sa villa dans laquelle des chambres sont réquisitionnées. Leurs témoins de mariage sont Jean Detry, frère du marié, alors secrétaire de la Commission bancaire, et Jacques van Steenberghe, chef de service à la Brufina, frère de la mariée. Deux semaines plus tard, André est délégué par IBM à l'inauguration de l'Exposition internationale de l'eau à Liège dont il est secrétaire adjoint de la classe 26, et où se déroule un tirage de la Loterie Coloniale présidé par son lointain cousin, René-François Detry (1881-1945). Cet événement qui s'inscrit dans le prologue d'une époque troublée, connaît pourtant un grand succès avec un million de visiteurs sur trois mois et des organes de presse qui n'hésitent pas à la comparer aux prestigieuses expositions de Moscou et New York qui ont lieu cette année-là aussi. André assume aussi les fonctions de secrétaire permanent de la Chambre syndicale des Agents généraux de la Mécanographie belge et de l'Union mécanographique belge. Mais bientôt survient la guerre. Anne Detry qui se dévoue pour la Croix Rouge jusqu'à la naissance de son fils Pierre en 1944, est évidemment aux premières loges des secours apportés à la population belge en cette période douloureuse. Sensible au désarroi de ses compatriotes, il est alors membre adhérent du Secours d'hiver et attaché au service de la Croix Rouge de Belgique. Il suit en outre, au cours de l'année académique 1941-1942, une formation à l'École d'ergologie de l'Institut des Hautes Études de Belgique, rue de la Concorde 65 à Bruxelles ; sa quête philosophique ne cesse donc pas et on imagine, après le traumatisme vécu aux États-Unis et la Seconde guerre Mondiale qui fait rage, combien tenter de confronter l'expérience des études et d'une profession avec l'évolution du monde en marche, a tout son sens. En date du 8 octobre 1947, la médaille de la Reconnaissance belge est attribuée par arrêté du Régent aux personnes qui se sont dévouées par une participation active et désintéressée à des œuvres de guerre et ont rendu des services patriotiques pendant la période de 1940-1945. Anne, l’épouse d’André est de la sorte distinguée.

André Detry poursuit jusqu'à sa fin de carrière une activité professionnelle chez IBM. Fondé de pouvoir puis directeur des Ressources humaines, il termine comme attaché à la Direction générale. Lorsque, atteint par la limite d'âge, il quitte la société, le discours prononcé rappelle « la part importante que vous avez prise dans la fondation et le développement de notre société ». Avec les cadeaux d'usage, son personnel évoque : « En nous quittant, Monsieur, vous laissez derrière vous, bien plus que des regrets, bien mieux que des souvenirs. Des élèves, qui par vous, furent tous éduqués à choisir la rigueur, non la facilité, et qui vous remercient d'avoir donné la marque indélébile que laisse l'honnêteté ». Des notions où l'empreinte de Valère Detry durant toute la scolarité de son fils n'est certes pas étrangère. André Detry et Anne van Steenberghe ont deux enfants qui demeurent célibataires, Pierre Detry (° 1944), ingénieur commercial avec distinction de l’Université de Louvain, informaticien et gestionnaire pour des compagnies industrielles, sous-lieutenant de réserve (transports), et Monique Detry (° 1945), professeur et auteur de publications.

Galerie de photos et de documents


P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, Namur, 2015, pp. 114-120 ; Moniteur belge, 19 octobre 1947, p. 9763.


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