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Maire de Saint-Amand pendant plus de quarante ans et fidèle à l'abbaye de Malonne

Mme Jean-François DETRY née Marie-Rose TIRIFAHY (1762-1825)
Mme Jean-François DETRY née Marie-Rose TIRIFAHY (1762-1825)

Jean-François de TRY (DETRY), propriétaire dès le 2 mai 1798 de la ferme de l'abbaye de Malonne à Saint-Amand [1], maire de ce lieu pendant plus de quarante ans, propriétaire dès le 20 mars 1802 de la ferme (ancienne cure) située derrière l'église de Saint-Amand dite aujourd'hui « ferme Delvaux » ainsi que de houblonnières, propriétaire à Fleurus, bienfaiteur du Bureau de Bienfaisance de Saint-Amand par la création d'une rente annuelle, y baptisé le 6 novembre 1751, y décédé à la ferme de l'abbaye de Malonne le 23 décembre 1830, épouse en 1) à Saint-Amand le 1er mars 1804 Marie-Josèphe T(h)irifahy, baptisée à Saint-Amand le 22 avril 1774, y décédée le 29 mai 1812, fille de François-J.-Guillaume, propriétaire, et de Marie-Catherine Crespin, épouse en 2) à Saint-Amand le 15 juillet 1813 Marie-Rose T(h)irifahy, baptisée à Saint-Amand le 4 août 1762, y décédée le 15 novembre 1825, soeur de la précédente.

La terre comme une évidence

Fils de Jean-Martin de Try (1705-1781), fermier à Bouge-lez-Namur où il est bourgeois de la Ville le 13 octobre 1745 puis censier de la ferme de l’abbaye de Malonne à Saint-Amand-lez-Fleurus où il est inhumé dans l’église, et de Ida Jacquet (1709-1776), appartenant par sa mère née Rose de Noville à une importante et fort ancienne famille de la Hesbaye liégeoise ayant donné de nombreux religieux, [2] Jean-François de Try est confirmé le 12 juin 1761 par Paul-Godefroid, comte de Berlo, évêque de Namur. On ignore tout de sa scolarité si ce n'est qu'il est lettré, et se lance, adulte, à la suite de son père dans l'agriculture. Il compte huit frères et sœurs parmi lesquels Marie-Rose de Try (1733-1809) épouse de Jean-Baptiste Franceschini, ancêtre d’une lignée de notaires à Fosses-la-Ville et d’une branche Mercier à Braine-l’Alleud, Marie-Antoinette de Try (1735-1816) épouse de Lambert Lauvaux et ancêtre d’une très large descendance dans les familles Debouche, Dandoy, Bouvier, de Brabant, Petit (Upigny), Jean-Nicolas de Try (1737-1792), chanoine de l’abbaye de Bonne-Espérance à Estinnes sous le nom de Robert DETRY, puis vice-curé de Mont-Sainte-Geneviève, ou Jacques-François de TRY (1749-1795), diplômé en Philosophie et Art de l'Université Catholique de Louvain en 1769, fermier expérimentant en 1785 les semences de tabac de Virginie, censier avec Jean-François, de la Cense de l'abbaye de Malonne à Saint-Amand, puis en 1789 de la Ferme de Fleurjoux (Pavé de Lambussart) à Fleurus.

Estimation de la cense de Malonne acquise par Jean-François Detry
Estimation de la cense de Malonne acquise par Jean-François Detry

Après avoir été fermier pour l'abbaye de Malonne et servi d'intermédiaire pour ces religieux en achetant en leur nom la cense de l'Au-delà de l'eau à Mehaigne occupée par sa sœur Lauvaux née Marie-Antoinette de Try, il acquiert la ferme dite de Malonne à Saint-Amand, qu'il occupe et que ses parents déjà occupaient. On sait qu'en 1795, trois ans avant la vente des biens nationaux dont la ferme de Saint-Amand fait partie, l'abbé de Malonne chargé de la comptabilité de l'abbaye signale le 27 décembre « avoir reçu du sieur Detry, censier à Saint-Amand, le rendage échu à la Saint-André soit 568 florins ». Lors de la vente de la ferme, la description suivante en est faite : « L’an VI de la république française, une et indivisible, le 14 floréal, en vertu de la commission à moi délivrée par l’administration centrale du département de Jemappes, en date du 1 floréal an V, Jean Louis Derkenne, expert demeurant à Mons, me suis transporté en la commune de Gosselies à 5 heures du matin chez le citoyen Moriamé, commissaire du directoire exécutif près de l’administration municipale de Gosselies qui m’a accompagné sur les biens et héritages ci-après désignés, et aussi en présence du citoyen Jean François Detry, fermier ou occupeur dudit bien provenant de l'ex abbaye de Malonne où après avoir examiné l’état des bâtiments, les matières de leurs construction, la longueur, largeur et hauteur des dits bâtiments, leur emplacement et distribution, leur clôture et leur accès et mesuré les terrains qui en dépendent et après avoir reconnu que ledit bien consiste, savoir : la cense dite la cense de Malonne avec 21 boniers (sic) et quart tant de terres que prés en 17 lots. Primo la cense dite la cense de Malonne, consistant en une maison de ferme, composée d’une cuisine, une grande chambre et deux cabinets, deux caves, le tout surmonté de trois greniers, une écurie, joignant la dite maison, deux étables de vaches, deux écuries à poulain, quatre bergeries, six rangs de cochons, une grange avec six masses, un puits vis-à-vis de ladite maison ; le tout en briques et pierres, couverts en pailles et exigeant des réparations, un jardin légumier derrière la dite maison joint une boulangerie surmontée d’un grenier et couvert en pailles, un abreuvoir y joignant, de même qu’une prairie en partie à plantées d’arbres à fruits ; le tout entourés de haies et contient un bornier et demi ou environ, y compris l’assise de tous les dits bâtiments, cours, jardin et prairie, tenant du levant au grand chemin du midi au citoyen Dumont, du couchant et du nord au citoyen François Detry ».

Ensuite, diverses terres touchant aux principaux propriétaires du lieu que sont les Crespin, les T(h)irifahy ou Lavandhomme, pour environ 21 hectares. L'expert déclare ensuite : « Suis d’avis que ledit bien valoir en 1790 en revenu annuel la somme de 800 livres brutes, et sans déduction des impositions (...). Lequel revenu brute multiplié par 20 d’après la loi du 16 brumaire an V, donne en capital la somme de 16.000 livres. Dans le cours de mon opération, le citoyen Jean-François Detry, fermier, m’a représenté son bail, duquel il parait que ce bien ci-dessus a été affermé en 1790 pour 9 années qui ont commencé à la Saint André 1794 et finira le même jour 1803, moyennant la somme de 300 florins Brabant par chaque année. (...) Lequel bail a été passé devant le notaire Minet, résident à Fleurus, devant les citoyens Lambert Stassin, et Jacques Joseph Tirifahy, témoins, en date du 8 novembre 1794 ». La séance d’adjudication définitive a lieu le 3 prairial de l'an VI et précise « (...) Nous avons ouvert les enchères sur la somme de 12.000 fr, montant des trois quarts de l’estimation. En conséquence, nous avons fait allumer un premier feu pendant la durée duquel il a été offert 12.000 fr par le citoyen Pluviers et 301.000 francs par le citoyen Hermes Gautier de la commune de Mons. Il a été allumé un second feu pendant lequel il a été offert 320.000 fr par le citoyen Gautier précité. Il a été allumé un troisième feu lequel s’étant éteint sans qu’aucune offre ait été faite, l’administrateur a adjugé au citoyen Gautier comme dernier enchérisseur, pour lui ou command, le bien désigné au présent procès-verbal pour le prix et la somme de 320.000 fr, charges et conditions présentes prescrites par les lois et portée au présent procès verbal que le dit citoyen Gautier a déclaré bien connaître et a signé avec nous, le même jour, mois et an que dessus ». Au même moment l'acquéreur déclare qu'il fait élection de command au profit de Jean-François Detry qui, occupant les lieux, a sans doute préféré ne pas se montrer intéressé afin de ne pas faire grimper le prix.

La cense de Malonne entre dans la famille Detry pour de longues décennies et Jean-François achète encore régulièrement des terres à Saint-Amand, ce qui le place parmi les principaux propriétaires du lieu. Premier magistrat de la commune sous l'Ancien régime, il se partage entre la vie d'agriculteur puis celle de maire pendant le premier tiers du XIXe siècle. Il connaît les occupations militaires de sa bourgade en des périodes troublées, faites de divers régimes politiques, de réquisitions, de logement de soldats, d'épidémies, de misères en tous genres. On trouve dans les archives familiales des feuillets intitulés « Mémoire de convois faits en 1813 et 1814 par ordre de Monsieur Detry pour aller chercher des rations à Fleurus pour Saint-Amand », et il est permis de supposer le rôle essentiel qu'il joue dans sa commune en ces années. Il doit faire face aux troupes napoléoniennes en cette région proche des plus sanglants combats. Seule une miniature le représentant était connue dans la famille mais elle a disparu dans une succession. Nous ignorons donc quels sont ses traits mais savons qu'il vivait en notable de son village, chrétien pratiquant, soucieux de donner de l'instruction à ses enfants, et la miniature représentant sa première épouse, atteste du rang qu'ils occupent dans la société de leur temps.

Veuf de sa première épouse après huit ans de mariage, il épouse à peine plus d'un an plus tard sa belle-soeur à laquelle il survit aussi s'éteignant à la ferme de l’abbaye de Malonne, la chose est attestée dans son acte de décès, en décembre 1830 dans la toute nouvelle Belgique indépendante. Les pierres tombales de Jean-François Detry et de sa première épouse, mère de ses enfants, encastrées dans la façade de l'église de Saint-Amand portent : « Ici repose Marie-Joseph Tirifahy (sic) épouse de Jean-François Detry, âgée de trente-huit ans, décédée le 29 mai 1812 . Requiescat in pace » et « Ici repose le corps de Jean-François Detry époux de Marie-Joseph Tirifahy (sic) désignée ci à côté, premier magistrat de cette commune pendant plus de 40 ans ; il est décédé le 23 décembre 1830 âgé de 80 ans administré des secours de la religion. Il a emporté par ses hauts désintéressement et justice les regrets les plus vifs de tous ses administrés. Que Dieu procure à son âme une paix éternelle ». Il est précisé dans le Recueil des Lois paru en 1832 que « par Arrêté royal du 27 août 1831, S. M. a autorisé le bureau de bienfaisance de Saint-Amand à accepter le legs d'une rente annuelle de quarante-sept florins fait par le sieur Jean-François Detry » [3]. Cela rappelle sa préoccupation permanente pour le bien-être de ses concitoyens.

Jean-François et Marie-Joseph de TRY (DETRY) ont une large descendance de leurs enfants, Mme Joseph Houtain née Marie-Catherine Detry (1804-1864), de Maximilien Detry (1806-1872), bourgmestre de Saint-Amand comme son père et conseiller provincial du Hainaut, et de Thomas Detry (1810-1884), agriculteur qui reprend la ferme de l’abbaye de Malonne. Quant à leur fille Marie-Charlotte Detry (1808-1881), en religion Sœur Vincent de Paul de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame à Namur, elle fut Première Supérieure de la Communauté à Anvers et sous-fondatrice puis Première Supérieure de la Communauté à Braine-le-Comte.

Galerie de photos et de documents


[1] La ferme passe en 1879 aux Losseau puis en 1919 aux cousins de cette branche Detry, les Dumont de Chassart qui la vendent en 1980. Elle est aujourd'hui divisée en plusieurs logements. E. et T. Dumont, Découverte du village de Saint-Amand, 10 septembre 1995, Journée du patrimoine.

[2] CRESPIN et ensuite CRISPIN : cette famille remonte à Jacques Crespin, décédé en 1710, collecteur des Tailles à Saint-Amand, y épouse le 12 mai 1662 Marie Jacquet (1633-1702), fille de Jean (1611-1684), bailli de Saint-Amand, et de Marie de Becquevort (1613-1690) (R. Goffin, Généalogie Becquevort, in Annales de la Société archéologique et folklorique de Nivelles et du Brabant wallon, t. XV ; G. Vanderick, Généalogie Becquevort. Ascendance et descendance de Thomas Becquevort et Louise Biot, 1475-2012, Charleroi, 2012, pp. 40-41), fille de Thomas et de Louise Biot. Marie-Catherine Crespin (1738-1836) × François T(h)irifays (1733-1779), est la fille de Jean-François (1705-1797) et de Marie-Jeanne Dehoux, la petite-fille de Godefroid (1666-1736), collecteur de la dîme à Saint-Amand, et de Juliana Deschamps, et l'arrière-petite-fille de Jacques Crespin, repris ci-dessus et de Marie Jacquet, constituant eux-mêmes les ancêtres de Marie-Caroline Crispin épouse de Thomas Detry lui-même arrière-grand-père de Sylvain Detry, de Louis Riquette époux de Jeanne Detry, fille de Jean-Baptiste Detry et de Jean-Joseph Houtain époux de Marie-Catherine Detry, gendre de Jean-François de Try, objet de la présente notice.

[3] Bulletin officiel des Lois et Arrêtés royaux de la Belgique, Bruxelles, 1831 p. 755 ; Recueil des Lois et Arrêtés royaux de la Belgique, t. 4, Bruxelles, 1832, p. 211.


P.-E. Detry, La famille Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 81-86 ; AEN, Archives ecclésiastiques, n° 3466 ; AEM, acte passé devant le notaire Guelton de Mons le 3 prairial an VI ; Abbé Biernaux, Saint-Amand à travers les âges, circa 1960, pp. 47, 48, 60 ; AEM, Vente des biens nationaux, Canton de Gosselies, Commune de Saint Amand, affiche 74-article 5, Procès-verbal d’estimation par experts ; Almanach de Bruxelles ou Tableau de l'organisation du Gouvernement des Autorités constituées de l'Empire français pour l'an XIII-1805, Bruxelles, 1805, p. 226 ; Almanach de la Province de Hainaut pour l'année 1826, Mons, p. 150, ibidem pour 1828, Mons, p. 134 ; Hypothèques de Charleroi, transcriptions, notaire Auguste Misonne, à Fleurus, acte 9 du 31 janvier 1829, vente par Jean-Jacques Gailly à « Jean François Detry de Saint Amand », d’une prairie dite le « Tournant en pierre », d’un bonnier 90 perches à Fleurus pour le prix de 3.488 florins 57 cents ; AEM, notaire Michel Carpent, actes des 7 avril et 14 juin 1825, vente par Marie Anne Wautelet, veuve de Guillaume Maucourant, ménagère domiciliée à Fleurus, d'une pièce de terre « en la campagne de Malonne » à Saint Amand pour le prix de 514 florins 28 cents à Jean-François Detry, plus 25 florins 71 cents de frais ; P. Prevot, Ville de Fleurus, Déclarations de successions, 2ème partie, 1831-1840, Fleurus, 2008 ; P. Prevot, Des frères dans les Biens nationaux, Les Derkenne, p. 9 ; P. Prevot, Le cadastre primitif de Fleurus, Fleurus, pp. 15-17 ; P. Jacquemin, « Les principaux propriétaires fonciers à Fleurus au milieu du XIXe siècle : les Detry », in Bulletin de la Société d'Histoire, Arts et Folklore des Communes de Fleurus, 1993 ; Documents et rapports de la Société Royale d’Archéologie et de Paléontologie de l’arrondissement judiciaire de Charleroi, 1921, p. 172.


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