« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. »
– Victor Hugo
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Julia DETRY [1], diplômée de l'École Moyenne de Charleroi [2], née à Saint-Amand-lez-Fleurus le 22 octobre 1874, décédée à Bruxelles le 30 octobre 1957, épouse Saint-Amand le 25 avril 1898 (son cousin) Pierre RUBAY, docteur en médecine vétérinaire avec distinction de l'École de Médecine vétérinaire de l’Etat à Cureghem en 1890, agrégé et professeur ordinaire de cette même Ecole dès 1905 (anatomie et physiologie) puis Recteur de 1928 à 1931, expert judiciaire, professeur de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, membre titulaire de l'Académie Royale de Médecine de Belgique [3], membre correspondant étranger de l'Académie de Médecine de Paris et de l'Académie nationale vétérinaire de France, « Honorary Associate of the Royal College of Veterinary Surgeons » de Londres, membre du Conseil d'administration du Fonds National de la Recherche scientifique, membre de la Commission permanente des Congrès Internationaux de médecine vétérinaire, président de la Société royale de Médecine vétérinaire du Brabant, de la Société Royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de la Société belge de Biologie, de l’Union vétérinaire belge, membre de l'Association des Physiologistes, membre de la Commission médicale provinciale du Brabant, membre de la Société belge de Radiologie, président du Comité d'Hygiène et de salubrité publique de Saint-Gilles, membre du Comité d'Hygiène d'Ixelles et de la Commission permanente des Congrès Internationaux de Médecine vétérinaire, auteur de nombreuses publications, grand officier de l’Ordre de Léopold [4], commandeur de l’Ordre de la Couronne, commandeur de l’Ordre du Phénix de Grèce, croix civique de 1ère classe, médaille commémorative du centenaire de l'Indépendance Nationale, né à Saint-Amand-lez-Fleurus le 1er mai 1868, décédé à Forest le 5 avril 1940, fils de Frédéric, fermier à Saint-Amand-lez-Fleurus, et de Marie-Jeanne Lebrun.
Quatrième enfant sur les dix de Jean-Baptiste Detry (1842-1923), ingénieur des Arts et Manufactures de l’Université de Liège, brasseur, conseiller provincial libéral du Hainaut, et de Sylvie Dellier, Julia Detry n’effectue pas davantage que des études moyennes à l'École Moyenne de Charleroi, ce qui est contraire au cursus de ses sœurs, Jeanne, Olga et Irma, invitées par leur père, libéral progressiste, à poursuivre leur formation qui les mène à l’enseignement. Ce qui est alors peu conventionnel voire mal perçu dans un milieu bourgeois. Mais Julia n’en est pas moins cultivée et lit d’ailleurs beaucoup. Si sa cousine germaine Valérie Detry (1873-1960), fille de Adolphe Detry, ingénieur des Mines de l’Université de Liège et directeur de charbonnages obtient des Prix d'excellence dans cet établissement qui leur est commun, Julia y est aussi récompensée de même que sa compagne Marthe Misonne lors de leur première année d’étude. Il en est de même pour sa soeur, Irma Detry en 3e et dernière année qui obtient 80 pourcents, est diplômée avec la mention " le plus grand fruit" et poursuit ensuite sa formation à l’Ecole normale de Liège [5].
Le 25 avril 1898, Julia Detry épouse son cousin Pierre Rubay, descendant comme elle de la famille Tirifahy dont Jean-François Detry, arrière-grand-père de Julia épouse successivement deux soeurs [6]. Quant à Pierre Rubay, issu comme son épouse de familles terriennes, il est proche de la nature, des chevaux, et à la fois de l’agriculture et de l’élevage, mais encore passionné par les arts et la culture, et par ailleurs très francophile. Docteur en médecine vétérinaire avec distinction de l'École de Médecine vétérinaire de l’Etat à Cureghem en 1890, c’est sur l’insistance du professeur Degive alors Recteur de l’Ecole vétérinaire, que le jeune docteur se consacre à l’enseignement. Il passe le concours d’agrégation et devient en 1901 professeur suppléant, puis professeur ordinaire de l'École de Médecine vétérinaire dès 1905 où il dispense les cours d’anatomie et de physiologie. Une fille prénommée Marcelle couronne l’union de ce couple en 1901.
C’est à l’occasion du décès de Pierre Rubay, lors d’un hommage qui lui est rendu à l’Académie Royale de Médecine où il avait été introduit le 25 juin 1921, qu’en présence de son épouse et de sa famille, on prend la mesure de l’intensité de son action. Le Professeur Van Goidsenhoven, premier Vice-Président de l'Académie, prononce à cette occasion son éloge : « (...) L'honneur de prononcer, à cette tribune, l'éloge académique du Recteur-professeur Pierre Rubay se double pour moi d'un devoir de reconnaissance à la mémoire de celui dont j'eus le rare privilège d'être, tour à tour, l'élève, l'adjoint, le collègue et le successeur dans la charge rectorale. Travaillant pendant nombre d'années à son contact journalier, j'ai pu à loisir sonder une activité pour en dégager et mesurer tous les mérites. Et, cependant, ce n'est pas sans appréhension que je viens rendre à mon éminent prédécesseur et Maître l'hommage que me dicte une pieuse tradition de notre Compagnie.
Faire choix dans une profusion de souvenirs, tous pleins de sens pour moi, n'est-ce pas s'exposer au risque de trahir une oeuvre dont je cherche avant tout à prolonger l'action pour la garder, en quelque sorte, près de nous ? Puisse mon propos se hausser à cette tâche que le coeur comprend mieux que ne peut l'exprimer la parole (...). Entré, en octobre 1885, à l'École de Cureghem, après avoir réussi brillamment l'examen d'admission qu'imposait le régime alors en vigueur, il y parcourt le cycle des études sous la discipline sévère de l'internat. Sa vive intelligence, sa facilité d'assimilation et son ardeur au travail le classent définitivement parmi les premiers de sa promotion. Proclamé avec distinction docteur en médecine vétérinaire, en 1890, il affronte, la même année, un concours institué officiellement pour la collation du certificat d'aptitudes spéciales à l'enseignement. (...) Sa voie est tracée et promu à différents stades, il passe, sur sa demande, à la chaire de physiologie et de chimie physiologique qu'il occupera jusqu'à l'achèvement de l'exercice académique 1936-1937.
Dès 1928, l'estime et la confiance de ses collègues l'avaient appelé à la haute et délicate mission de Recteur. Son mandat, renouvelé à deux reprises, ne devait prendre fin qu'en vertu de prescriptions statutaires excluant son éligibilité pour un nouveau terme (...). Dans la lignée professorale de notre Alma Mater, Pierre Rubay s'est acquis la réputation d'un éducateur d'élite. Il en réunissait harmonieusement tous les dons et qualités : voix chaude et persuasive, élocution impeccable et élégante, exposition sobre et méthodique, talent de clarifier les questions les plus ardues (...). L'anatomie n'était plus à nos yeux cette science morte de choses mortes. Brillant commentateur, il se plaisait à illustrer ses démonstrations de nombreux schémas, vivement tracés au tableau, et que sa grande habilité de dessinateur rendait particulièrement expressifs (...).
Mais enseigner l'Anatomie ne pouvait pleinement satisfaire un esprit toujours avide de connaissances nouvelles. Après cinq années d'exercices, il eut le courage d'abandonner les cours qu'il professait magistralement pour se consacrer désormais à la Physiologie qui sollicitait irrésistiblement son inclination au dynamisme et à la synthèse (...). Et que dirais-je du Recteur Rubay, si ce n'est sa constante préoccupation de soutenir et d'accroître le renom de l'École de Cureghem ». Il recommande à ses étudiants « de se laisser émouvoir par la beauté, la complexité, la précision, la délicatesse des phénomènes vitaux (...) ». Et de conclure, dans un bel envol : « Suivez les conférences, intéressez-vous quelque peu à la peinture, à la sculpture, à la musique, à la littérature. Vous acquerrez ainsi le sentiment et le goût du beau et du noble que vous transporterez plus tard dans votre home et dans votre famille » (....). Pierre et Julia Rubay sont d’ailleurs les amis d’artistes divers, de renom la plupart, notamment du peintre Alfred Bastien (1873-1955), grand voyageur, académicien, dont une avenue d’Auderghem porte le nom.
Mais, poursuit le professeur Van Goidsenhoven » c'est dans la commémoration solennelle du centenaire de l'École de médecine vétérinaire de Cureghem que le Recteur Rubay trouva le couronnement de son long et fructueux mandat. Rehaussée de la présence du Roi, honorée de l'assistance de nombreuses délégations étrangères, l'inoubliable séance académique du 3 octobre 1936, qu'il organisa de main de maître, demeure, sans conteste, le plus éloquent témoignage de son attachement indéfectible à notre institution » [7].
L'oeuvre écrite de Pierre Rubay est assez importante et commence dès le début du XXe siècle, soit une petite trentaine de publications traitant de sujets pointus comme « La néphrorraphie en médecine vétérinaire », « Contribution à l'étude de la nerf-férure », « La cryptorchidie et la spermatogénèse du cheval » ou encore des « Ferments lactiques dans le traitement des plaies » et du « Diabète sucré et traitement à l'insuline ». En 1903 avec M. Navez, assistant, il publiait dans les annales de médecine vétérinaire une étude sur les « Troubles nerveux par compression de moëlle épinière consécutive à une entorse cervicale chez le cheval » [8]. Son ouvrage en deux tomes intitulé « Précis du cours de physiologie des animaux domestiques » été cité en référence. « Tribun de la Médecine vétérinaire belge », comme on se plaît à le désigner, il n'a de cesse de s'impliquer dans des associations qui concourent à la renommée de cette discipline scientifique qui est la sienne. Le prestige de sa personne l'avait tout naturellement désigné comme délégué officiel pour représenter la Belgique auprès de la Commission permanente des Congrès internationaux de Médecine vétérinaire.
Un nouveau champ s'ouvrait à ses vastes ressources d'animateur et d'organisateur. Aussi, ses suggestions très écoutées servirent-elles largement les intérêts de la collectivité (...). Il avait renoncé aux honneurs en exprimant sa volonté formelle d'être inhumé dans l'intimité. Mais le Roi, qui lui portait grande estime, tint cependant à se faire représenter aux funérailles par un de ses généraux aides de camp ». Son éloge dans le Bulletin de l'Académie vétérinaire de France précise : « (...) Gai, spirituel, brillant causeur, le Professeur Rubay était extrêmement sympathique. Ceux d'entre nous qui, en 1931, assistaient à la réception donnée à l'hôtel de ville de Paris en l'honneur du IIe congrès international de Pathologie comparée doivent se souvenir de la belle improvisation prononcée par notre regretté collègue au nom des délégués étrangers et dans laquelle il célébrait la science française. En toute occasion, d'ailleurs, il clamait son amour pour la France (...) » [9].
Le 6 mai 1931 une délégation des étudiants d'Alfort conduite par le Professeur Loubry vient en Belgique et notamment à Cureghem. Outre la visite de l'Ecole vétérinaire organisée par divers professeurs, la chronique du « Recueil de médecine vétérinaire » relève que "pour ajouter à cette cordiale réception, Monsieur le Recteur nous fait l'honneur de déjeuner à notre table. Nous en sommes très touchés et nous voulons qu'il trouve ici l'expression de notre sincère gratitude. M. le Recteur pousse l'amabilité à vouloir nous servir de guide sacrifiant son après-midi de travail pour nous accompagner à Waterloo et a la ferme de M. Ransquin. Nous traversons le bois de la Cambre, véritable bois de Boulogne de Bruxelles. Nous notons au passage l'abbaye de Groenendael, les serres qui brillent au soleil et s'étendent à perte de vue et qui fournissent Paris en raisins noirs, enfin la maison où Victor Hugo, proscrit, écrivit » Les Misérables ». A Waterloo au sommet de la pyramide, Monsieur le Recteur nous indique les principaux points de repère de la grande bataille : la ferme de la Papelotte, de la Haiye Sainte, Plancenoit, le fameux chemin creux où sous les coups de Wellington, fut décimé le dernier escadron de cuirassiers (...) [10]. La soirée se termine dans la gaieté et la cordialité après avoir fait retentir la Marseillaise et la Brabançonne.
Entre-temps, outre les honneurs, Pierre Rubay est à plusieurs reprises expert auprès les tribunaux, notamment lors de la très importante perte rencontrée dans le bétail en 1930 ; beaucoup plus tôt, il a aussi orienté ses recherches sur la problématique de la fièvre aphteuse [11]. En octobre 1931, il représente, comme évoqué ci-avant, la Belgique au IIe Congrès International de Pathologie comparée qui se déroule à l’hôtel de Ville de Paris. Il est chargé d’y faire un discours et est vivement applaudi [12]. En 1932, c’est au soixantième anniversaire du Professeur Porcher fêté par les écoles d’Alfort et de Lyon qu’il assiste et là aussi il prend la parole [13]. Mondain, il est encore de tous les congrès en lien avec le monde médical et scientifique. Et ce tant au niveau national qu’international, comme cette séance solennelle des Journées médicales en 1937 où il côtoie l’ambassadeur du Japon, le lieutenant-général ministre Denis, le docteur Maloens, médecin de la Maison du Roi, des ministres de Lettonie, du Chili, du Pérou, des chargés d’affaires de l’Equateur, de Grèce, de Lituanie etc [14].
Lors de son rectorat entre 1928 et 1931, ses interventions annuelles portent tantôt sur le programme ou les innovations, il précise qu'un arrêté royal a créé dix chaires de médecine vétérinaire et donne les attributions de chacune, mais aborde aussi des sujets comme « Le psychisme de la douleur » ou " Les Études et l'effort personnel". Le journaliste qui suit l’événement lors de cette dernière intervention évoque que " ce discours d'une forme littéraire impeccable a produit une profonde impression chez les étudiants qui ont ovationné l'orateur quand il descendit de la tribune". Les voyages ont par ailleurs toujours été un but, tant sur le plan privé que professionnel, lui qui par ailleurs est chargé par le Gouvernement belge de voyages d’études en Amérique, en Grèce, en Angleterre. Lors de la rentrée académique dit la presse, le Recteur Rubay engage les étudiants " à se rendre à l'étranger examiner les méthodes employées". Il ajoute "notre colonie fournit un nouveau champ d'action pour les médecins vétérinaires. Plusieurs grandes sociétés coloniales s'occupant d'élevage réclament le concours de compétences et l'Etat a lui-même besoin de plusieurs jeunes médecins-vétérinaires pour diriger des laboratoires de recherches, soit pour assurer le service sanitaire" [15].
Elevé grand Officier dans l'Ordre de Léopold en 1933, la presse rappelle que le Recteur Rubay "est un homme de grande valeur intellectuelle et qui fait autorité dans le monde médical" [16]. En 1935, il est soucieux de répondre à « l'Appel de la Reine » afin d'aider la population en difficulté [17]. Mais à cette époque se prépare un événement, le 3 octobre 1936, alors capital dans le parcours de Pierre Rubay : le centième anniversaire de son adoption par l’Etat de l’Ecole de Cureghem, commémoration dont il est la cheville ouvrière : "Oui le 3 octobre sera un grand jour et nous savons que Monsieur le Recteur Rubay, pour la circonstance, a préparé à l'intention de ses visiteurs une surprise artistique qui constituera un remarquable souvenir" peut-on lire.
Sa photographie se trouve dans les journaux, de même que l’historique de l’Ecole et de son propre parcours. Il a entre-temps fait réaliser son portrait chez Buyle, photographe mondain bien connu, et il ne manque pas d’allure. Son cercle de relations et d’amis est sélect et même s’il reste fidèle à lui-même et à qui il est, il ne néglige pas les apparences. Ainsi le vieux patronyme de son épouse ressuscite-t-il parfois dans sa forme primitive avec une particule. Lors de ces fêtes du Centenaire qui se font en présence du Roi, des personnalités, en plus "de nombreuses dames très élégantes » sont de la partie : de nombreux ministres, le président du Sénat, des députés, des médecins dont le docteur Bordet, des membres de la Fondation universitaire et du Fonds National de la Recherche scientifique, des délégués étrangers, venus de Hanovre, Utrecht, Londres, Oslo, Lyon etc. « Le Recteur fit un vif éloge de Léopold III et l'assura du parfait loyalisme de tous les vétérinaires du pays [18]. Sans doute serait-il aujourd’hui à la fois un peu nostalgique de l’abandon des bâtiments d’Anderlecht élevés en 1909 sur quatre hectares dans un style Renaissance flamande, et sans doute fier que l’Ecole, devenue faculté en 1965, soit intégrée à l’Université de Liège, ayant déjà lui-même établi un rapport en 1935 relevant cette évolution nécessaire [19].
Admis à l’Eméritat en 1938, Pierre Rubay décède deux ans plus tard à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, le 5 avril 1940, à l’aube des temps noirs, par le mal qui le minait depuis de nombreuse années, comme il est alors évoqué dans les éloges qui paraissent. La presse rappelle alors que "c'était un homme éminemment droit, dont la noblesse de caractère lui avait conféré une grande autorité dans tous les milieux et une vive sympathie parmi la population de son village natal qu'il aimait tant. Mais une affection inexorable devait l'emporter en dépit de sa robuste constitution et des soins attentifs dont il fut entouré ». Il est encore dit « qu’il fut un grand maître et qu’en toute circonstance il clamait son amour pour la France [20]. Pierre et Julia Rubay étaient alors encore propriétaires d'une jolie maison de maître au 141 avenue Molière à Forest construite par eux en 1910 ; Julia s’en sépare le 31 mars 1949 par l'office de Maître Guy Mourlon Beernaert, notaire à Bruxelles, grand-père de Mme Philippe-Edgar Detry.
Cinq mois après la mort de son père, Marcelle Rubay épouse le 9 septembre 1940 dans l’Aveyron, dans le sud-ouest de la France, Maurice Carrié, d’origine française, licencié ès lettres (anglais) de la Faculté de Lettres de Paris, quelques années plus tôt professeur en Angleterre, à Manchester, ensuite journaliste et attaché au service diplomatique de l’Agence France-Presse [21]. Leur mariage est relaté dans la presse locale en ces termes : « Le 9 septembre 1940 a été célébré à Rodez le mariage de notre compatriote M. Maurice Carrié, fils du Commandant Adrien Carrié et de Mme née Peuvrel-Billaud avec Mademoiselle Marcelle Rubay, fille du Professeur Pierre Rubay, recteur honoraire de l'Ecole Royale vétérinaire de Belgique, membre des Académies de Médecine de Belgique et de France, grand Officier de l'Ordre de Léopold, et de Mme née de Try de Lier [22]. Les témoins étaient pour la mariée le Professeur Albert Dustin, pro-recteur de l'Université de Bruxelles, Président de la Faculté de Médecine de Belgique, M. Raymond Janssens, écuyer du Roi, délégué du Haut-Commissaire belge pour l'Aveyron. Pour le marié, le Vicomte Gérard de Beaupuy de Génis et le Lieutenant-Colonel Paul Thouverez, chef des services médicaux de l'Aveyron. Nos compliments. Quinze jours plus tard, il est évoqué dans les journaux « qu’en raison de deuils récents, le mariage a été conclu dans la plus stricte intimité » [23].
Marcelle Rubay en cela influencée par son environnement familial maternel est une jeune femme libre et féministe de la première heure. Le contrat de mariage passé entre elle et Maurice Carrié à Rodez le 7 septembre 1940 devant le notaire Louis Arnal [24] est éloquent à ce propos : il évoque une séparation de biens entre les époux, que l’épouse aura l’entière administration de ses biens meubles et immeubles, et la libre disposition de ses revenus. (…) Les valeurs au porteur et le numéraire seront censés appartenir à celui des époux qui l’aura en sa possession ». (…) Le futur époux sera responsable vis-à-vis de sa future épouse et des héritiers et représentants de celle-ci des prix de vente d’immeubles ou de valeurs mobilières et de tous autres capitaux qui seraient reçus par la future épouse avec son concours ».
Forte également du patriotisme inspiré par ses parents, par ses tantes Olga Detry, et Jeanne Detry qui se dévoue à Saint-Amand-lez-Fleurus pour l’œuvre de la soupe populaire au cours de la Première guerre Mondiale, ainsi que par son oncle Fernand Detry, président des Anciens Combattants 1914-1918 de Saint-Amand-lez-Fleurus, Marcelle Rubay ne peut rester inactive lors des hostilités. Membre au début de la guerre du « Motor-Corps » initié par la Croix-Rouge de Belgique [25] en vue de secourir les blessés, les champs d’actions sont multiples et indispensables : aide aux réfugiés et aux civils blessés lors de bombardements ou de combats, gestion d’hôpitaux, collectes de fonds, soutien aux prisonniers de guerre et aux déportés, envoi d’enfants à l’étranger ou en colonies, accueil des personnes rapatriées, recherche de personnes disparues en Allemagne etc. Marcelle se consacre pour sa part aux blessés.
Une fois mariée et devenue Française, elle est à cette époque qualifiée de « directrice commerciale », elle s’engage le 5 avril 1943, alors qu’elle est domiciliée à Alger, comme ambulancière au « Corps franc d’Afrique » (CFA) pour la campagne de Tunisie (1942-1943), créé le 25 novembre 1942 et placé sous le commandement du général de division Joseph de Goislard de Monsabert puis à partir du 8 février 1943 du colonel Joseph Magnan. Un monument sur l’esplanade Habib-Bourguiba à Paris rappelle qu’il a été établi « en souvenir de la campagne de Tunisie 1942-1943, grande bataille décisive de la Deuxième Guerre mondiale. Hommage à ces soldats qui par leur courage ont redonné l'honneur à la France. Pendant six mois, ils ont peiné et combattu dans les djebels, mal équipés et mal armés. Sous les ordres des généraux Giraud, Juin, Leclerc, Koenig, Koeltz et Barré, les 80 000 combattants de Tunisie, issus de France, d'Afrique du Nord et de l'Empire, aux côtés des armées américaine et britannique, arrêtèrent les forces de l'Axe et les rejetèrent à la mer, faisant plus de 40 000 prisonniers. Par cette victoire, ils ont assuré le renouveau de l'Armée française, qui allait s'illustrer en Italie puis dans les combats de la libération. À la mémoire des 12 000 tués et disparus de cette campagne » [26]. Officier de l’Armée féminine de l’Armée de Terre, avec le grade de lieutenant, elle est radiée des cadres par décret du 13 mars 1945 avec effet le 15 du mois [27].
Elle est désignée comme « Résistante » et « Lieutenant des Forces françaises libres » dans son dossier conservé au château de Vincennes où le 25 février 1944 une fiche de renseignement mentionne qu’elle est en instance de passer aux Volontaires Françaises, section Air, venant du Corps Franc d’Afrique. Son annonce nécrologique officielle mentionne en 1965 encore ce grade ainsi que le nom officieux de « Rubay de Try » qu’elle porte dans le monde. Il est difficile encore aujourd’hui de mesurer le rôle réel joué par celles le plus souvent raillées par les hommes qui les nomment « les demoiselles de Gaulle ». Il est rappelé sur le site du Gouvernement français traitant de la question que « que la mobilisation des femmes au sein de la France libre témoigne néanmoins de l’ambition du mouvement. Les Volontaires françaises trouvent en effet leur place dans le dispositif de propagande déployé par la France libre au service de l’idée qui sous-tend toute son action : la France mobilise l’intégralité de ses ressources pour participer activement à la victoire. La participation des Volontaires françaises aux défilés, cérémonies et manifestations officiels, aux côtés des hommes, donne à voir cette large mobilisation. De même, ces femmes font l’objet de reportages dans la presse écrite, française et britannique, à la radio et dans les actualités filmées. Elles sont présentes dans les brochures éditées par la France libre et certaines participent à la propagande en direction de la France, en s’exprimant sur les ondes de la BBC. En insistant par exemple sur l’engagement de Raymonde Jore et Raymonde Rolly, venues de Nouvelle-Calédonie en 1941, on met notamment en avant l’idée de l’engagement de l’Empire derrière le général de Gaulle » [28].
Après la guerre, Maurice Carrié écrit dans différents journaux. Notamment en 1952, dans « L’Echo du soir », sur les » Heurs et malheurs de Ramensky, héros de guerre et voleur écossais récidiviste de l’évasion », l’année suivante sur « John Ford monopolise l’écran londonien » dans le journal « Istanbul » ou en 1954 à propos d’une biographie très discutée de Lawrence d’Arabie, sur « Une grande « affaire » littéraire émeut l’Angleterre : l’affaire Lawrence » dans « L’Entente » [29]. Sa mère, Julia Detry, n’a pu que trembler pour cette fille intrépide qui constitue sa seule descendance. Elle survit dix-sept ans à celui qu’elle admirait, son époux Pierre Rubay et décède octogénaire à Bruxelles le 30 octobre 1957. Elle ne précède que de sept ans sa fille Marcelle, féministe érudite qui aimait se rappeler ses origines maternelles et qui, née à Saint-Gilles-lez-Bruxelles le 9 décembre 1901, et décédée à Paris le 23 septembre 1965 a su rendre hommage au péril de sa vie à ses deux patries, la Belgique qui l’a vue naître et la France, sa terre d’adoption. Ses funérailles ont eu lieu « dans la plus stricte intimité. Un service religieux sera célébré à Bruxelles, sa ville natale, au cours des prochains jours » stipule l’annonce nécrologique parue six jours plus tard dans Le Soir.
Mme Pierre Rubay née Julia Detry et sa nièce, Simone Gregoir, fille de Blanche dite Sylva Detry à Saint-Amand en septembre 1934
Pierre Rubay aux côtés du Roi Léopold III lors du Centenaire de l'Ecole de Cureghem, La Libre Belgique 4 octobre 1936
Un laisser-passer accordé à Pierre Rubay par le peintre Alfred Bastien, son ami, portraitiste du Roi Albert Ier
[1] Vers l'Avenir, 5 octobre 1948.
[2] La Gazette de Charleroi, 4 août 1890.
[3] Ch Van Goidsenhoven, « Notice sur Pierre Rubay » in Bulletin de l'Académie Royale de médecine de Belgique, 1956, 21 (I), 3-16. Pierre Rubay est l'auteur de très nombreux articles pour les Annales de médecine vétérinaire, le Bulletin sanitaire de l'Agriculture, d'une contribution importante « Du rôle des sinus osseux de la tête » pour le Volume jubilaire de la Société Royale des Sciences médicales et naturelles en 1922, ou d'un important ouvrage : Précis d'anatomie topographique du cheval, 1904, 364 p. ; Bibliographie de Belgique, Bruxelles, 1904. Archives de l'Académie Royale de Médecine de Belgique (verbo Rubay).
[4] Mémorial du Centenaire de l'Ordre de Léopold, Bruxelles, 1932, p. 202.
[5] La Gazette de Charleroi, 8 août 1888.
[6] RUBAY : le beau-père de Julia, Frédéric Rubay, fermier (° 1833) qui épouse à Saint-Amand le 14 janvier 1863 Marie-Adrienne Lebrun, est fils de Pierre Rubay (1797-1866), cultivateur, qui épouse à Ligny le 20 juin 1832 Rose Tirifahy (1801-1876), fille de Jean-Joseph (1768-1836) et de Anne-Catherine Degey, ce dernier, frère de Marie-Josèphe et Rose Tirifahy, épouses successives de Jean-François Detry
[7] Ch. Van Goidsenhoven, « Notice sur Pierre Rubay », op. cit. Pierre Rubay reçoit, à cette occasion, des mains mêmes du Roi Léopold III les insignes de Grand officier de l'Ordre de Léopold.
[8] Revue générale de médecine vétérinaire, 1er janvier 1903.
[9] E. Cesari et C. Pérard, Pierre Rubay, in Bulletin de l'Académie vétérinaire de France, Paris, 1940, pp. 96-97.
[10] Recueil de médecine vétérinaire, 1er novembre 1931, pp. 982-984.
[11] Le Soir, 18 décembre 1930 ; La Semaine Vétérinaire, 13 janvier 1912.
[12] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 21 novembre 1931.
[13] Revue vétérinaire, 1er janvier 1932.
[14] L’Indépendance belge, 22 juin 1937.
[15] L'indépendance belge, 19 octobre 1928, 16 octobre 1929 ; La Dernière Heure, 18 octobre 1928, 16 octobre 1929 ; L'indépendance belge, 19 octobre 1928 ; La Gazette de Charleroi, 16 octobre 1929.
[16] La Gazette de Charleroi, 5 décembre 1933.
[17] Le Soir, 25 juillet 1935.
[18] La Dernière Heure, 21 septembre 1936 ; La Gazette de Charleroi, 4 octobre 1936 ; La Libre Belgique, 4 octobre 1936 ; Le Pays réel, 5 octobre 1936.
[19] P. Leroy, Liber Memorialis. 175 ans de médecine vétérinaire 1836-2011, p. 8.
[20] La Gazette de Charleroi, Le Soir, 10 avril 1940 ; Bulletin de l’Académie vétérinaire de France, 1940, 1941.
[21] L’Informateur de Seine-et-Marne, 10 juillet 1928 ; L’abeille de Fontainebleau, 8 juillet 1932.
[22] Non seulement Julia Detry renoue avec le patronyme historique de sa famille mais y joint celui de sa mère.
[23] Journal de l’Aveyron, 15 septembre 1940 ; La Croix de l’Aveyron, 27 septembre 1940.
[24] Archives de la famille Detry.
[25] Les Archives Générales du Royaume conservent au sein des Archives de la Croix-Rouge de Belgique pour la période de 1922 à 1959, n° 2199, une photo en uniforme intitulée « Les femmes du « Motor Corps » que l’on voit en action.
[26] Voir R. Durand, « Le Corps franc d’Afrique et la reconstruction de l’Armée française nov. 1942-oct.1943 » in Revue historique des Armées, 1997, pp. 61-72.
[27] Journal officiel de la République française, 22 mars 1945.
[28] www.cheminsdememoire.gouv.fr et S. Vagliano-Eloy, Les demoiselles de Gaulle : 1943-1945, Plon, 1982 (préface de Maurice Schumann) ; L. Capdevila, « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) » in Clio, décembre 2000 ; C. Levisse-Touzé, Les Femmes dans la Résistance en France, Tallandier, 2003 ; E. Jauneau, « Des femmes dans la France combattante pendant la Deuxième Guerre mondiale : Le Corps des Volontaires Françaises et le Groupe Rochambeau » in Genre & Histoire, n°3, automne 2008 ; F. Pineau, Femmes en guerre 1940-1946, t. 1, Paris, 2013 ; S. Albertelli, Elles ont suivi de Gaulle : Histoire du Corps des Volontaires françaises, Paris, Perrin et Ministère des Armées, 2020.
[29] L’Echo du Soir, 31 août 1952 ; Istanbul, 21 novembre 1953 ; L’Entente, 14 février 1954.
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