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Résistant et actif dans le sauvetage des Juifs

Maurice Detry

Maurice DETRY, docteur en sciences politiques et administratives avec Distinction de l'Université de Liège, secrétaire communal ff de Wépion dès le 8 mai 1940, fonction qui lui permet ensuite de disposer de matériel administratif qui évitera la déportation de Juifs et de Résistants non juifs, inspecteur des Finances puis ingénieur commercial pour la S.A. Cockerill, membre associé de l'Institut archéologique liégeois, lieutenant de réserve, Résistant armé 1940-1945, chef de peloton du Refuge C 40 « Le Rossignol » du secteur C de la zone 1 (Wépion, Profondeville, Maredsous), croix civique de 1ère classe, médaille commémorative de la guerre 1940-1945, médaille de la Résistance, né à Namur le 16 février 1917, décédé à Vinalmont le 15 avril 1994, épouse à Jemeppe-sur-Meuse le 30 juillet 1942 Marie-Jeanne PIRLET, y née le 19 février 1920, décédée à Liège le 6 mars 1998, fille de Victor, employé à la S. A. Cockerill, et de (sa cousine germaine) Marie-Barbe Pirlet. Dont desc.

Doué intellectuellement

Ainé de la fratrie des cinq enfants de Edgar Detry (1886-1967) et de Gabrielle Henrard, Maurice Detry est doté comme son père, de qualités intellectuelles vives, ayant le sens du phrasé, de l’écriture, et favorisé d’un humour tout britannique laissant le plus souvent dans le désarroi son interlocuteur. Féru de lectures, principalement d’ordre historique et géopolitique, il est aussi membre associé de l'Institut archéologique liégeois. Neveu et filleul de Maurice Henrard, volontaire de guerre, vaillant combattant honoré de la Croix de guerre 1914-1918 et cité à l’Ordre de l’Armée, il accomplit ses études secondaires au Collège Notre-Dame de la Paix à Namur puis universitaires à Liège où il est alors hébergé chez sa tante Clotilde Detry (1888-1944). Cette dernière épouse, en secondes noces, Emile Dequinze, ingénieur civil et électricien, chef de service électrique des charbonnages des Kessales et Concorde réunis, volontaire attaché à l’Armée britannique en France, membre de la « British Military Intelligence Commission » lors de la Première guerre Mondiale, honoré de la British War Medal etc. [1]

Un service militaire qui n’en finit pas

En 1938, Maurice effectue son service militaire. En tant qu’universitaire, il est affecté à la « Compagnie école » qui forme les candidats officiers de réserve casernés au 13ème de Ligne, rue Marie-Henriette à Namur. Il s'y lie d'une longue amitié avec Arthur Gilson, alors docteur en droit et futur Ministre d’État, et lui même neveu du général Denis à l'époque ministre de la Défense nationale. Il vient à plusieurs reprises au « White Cottage » à Wépion chez Edgar et Gabrielle Detry, et Jacques Detry le revoit à plusieurs reprises à Bruxelles ensuite. Le service militaire de Maurice prévu pour dix-huit mois, et qui doit prendre fin en janvier 1940, est alors d'office prolongé, l'Armée belge étant sur « pied de paix renforcé » (PPR), période à la fois de pagaille mais aussi d’unité extraordinaire.

Le 10 mai, il est au canal Albert avec ses deux amis : Arthur Gilson et Jacques de Wasseige. L’on sait l’importance stratégique que revêt alors ce lieu qui au niveau de Maastricht double la Meuse pour créer une barrière renforcée. Le 12 mai, par ordre des autorités militaires belge et française, la commune de Wépion fait l’objet d’une évacuation. Maurice qui dans les faits occupe les fonctions du capitaine Miserez mort pour la Belgique, réussit avec sa troupe à tromper les Allemands, échappant ainsi au sort de prisonnier de guerre. Il rentre peu après la capitulation dans un village en partie désert.

La Résistance évidemment...

Né pendant la Première guerre Mondiale, Maurice est bercé par les horreurs de celle-ci, notamment par sa mère Gabrielle qui, secouriste ambulancière, a pu en mesurer les ravages ; mais encore, marqué par la mort de son grand-père paternel, Émile Detry (1858-1914), tué en tant que victime civile en août 1914, et par la privation jusqu’à l’armistice de ses grand-père et oncle maternels, Nestor et Maurice Henrard, le premier officier supérieur et prisonnier de guerre, et le second combattant au front. Les « Boches » ne seront jamais qualifiés autrement dans la famille, et son passage chez son oncle Emile Dequinze à Liège, héros de 1914-1918 ne fait que renforcer ce sentiment patriotique. La Résistance est donc une évidence, comme elle l’est pour ses deux frères André Detry (1920-1981) et Jacques Detry (1924-2006), et pour ses sœurs, qui serviront de « messagères » sans que quiconque ne sache que l’autre « en était » [2].

Son village de Wépion est comme tous les autres fortement bousculé par les événements, et son bourgmestre, Armand de Wasseige, dont la famille est amie des Detry, engagé. Volontaire de guerre en 1914-1918, il est lui aussi membre de l’Armée secrète, à partir de 1943. Bourgmestre en titre lors de la déclaration de guerre, il est destitué par l’occupant en 1941 puis arrêté le 31 août 1944, prisonnier politique, et ensuite interné dans un camp allemand où il décède en 1945. Dans le terrible brouhaha des événements, le 8 juin 1940, quelques semaines après la déclaration de guerre et l’ordre d’évacuation donné à Wépion qui se situe dans la ligne de tir des forts de défense de la Meuse où un bunker est encore visible chaussée de Dinant peu après la route de Saint-Gérard, trois convocations successives du Conseil communal, les 4, 6 et 8 juin sont nécessaires pour réunir un bourgmestre ad interim, M. Rigaux, et un nouveau secrétaire communal. Maurice Detry réunit 4 suffrages sur 4 au scrutin secret organisé. C’est en effet un huis clos qui est requis, « l’ordre du jour appelant la désignation d’un secrétaire et d’un receveur à titre provisoire en remplacement des absents ». Cette fonction exercée par Maurice lui permet dans cette période, de soustraire le matériel papier et les cachets indispensables à la fabrication de « vrais-faux papiers » qu’il délivre alors sans vergogne encore bien après l’exercice de ses fonctions communales qu’il n’occupe que deux mois à peine. Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, il rédige son propre acte de décès lui épargnant le moment venu le départ obligé vers l’Allemagne au titre de travail obligatoire.

Cette brève activité professionnelle lui permet néanmoins d’être encore à la source même de toutes les dispositions que peut prendre l’administration communale ou des situations auxquelles elle est confrontée dans ce contexte dramatique. Diverses mesures d’importance sont prises, comme un emprunt de trésorerie de 30.000 francs auprès de la Province dont deux tiers sont alloués aux personnes reconnues indigentes, divers abandons de poste sont examinés en huit clos, la mise en place de comices agricoles avec un délégué aux céréales est lancée, la cueillette des fraises, laissée à l’abandon par certains propriétaires, est sauvée... [3]

Le Comité de défense des Juifs

Au début de 1942 est créé le « Comité de défense des Juifs » qui a pour mission de s’occuper des problèmes propres liés à cette communauté. L’on sait que depuis 1939 déjà, moment où l’armée est mobilisée, l’arrivée massive de Juifs fuyant l’Allemagne nazie, n’est pas toujours perçue positivement par une partie de citoyens belges appelés par ailleurs sous les drapeaux, et des émeutes ont lieu à Anvers notamment. On connaît les tristes suites de ce racisme naissant. Georges Halloy, chef de l’Armée secrète locale, recrute alors Maurice Detry à partir du 1er octobre 1943 comme membre actif puis chef de peloton du refuge C4 « Le Rossignol » du secteur C de la zone 1 (Wépion, Profondeville, Maredsous). Le 11 novembre 1944, le commandant van de Zande, de la zone 1 de l’Armée secrète rappelle à propos de Georges Halloy « combien il s’agit d’un élément de toute première valeur, recruteur de 44 hommes à Wépion. A rendu pendant l’occupation allemande d’innombrables services en plaçant des réfractaires, leur établissant des papiers d’identité, en cachant des armes, en fournissant des renseignements, et ce au prix de mille risques sous la surveillance constante des Allemands et des traitres ». L’abbé Delvaux, vicaire à Wépion et ensuite curé à Soulme a aussi alors une conduite exemplaire. Il figure d’ailleurs avec Maurice, André, Jacques et Joseph Detry ainsi que Jacques de Wasseige sur la « Liste des hommes recrutés par Georges Halloy et qui se sont rendus à Ermeton le dimanche 3 septembre 1944 ». Liste établie en vue de la « Mobilisation à la suite du débarquement des Alliés en France » conservée dans ses papiers déposés au Musée de la fraise à Wépion.

Fausses cartes d’identité, cartes de ravitaillement avec timbres, presse clandestine

Par le matériel administratif dont Maurice Detry dispose, il s’active alors principalement à fabriquer de fausses cartes d’identité et des cartes de ravitaillement avec timbres, aux réfractaires et aux Juifs. Il sauve ainsi de la déportation et de la mort beaucoup de Juifs et de Résistants non juifs. Il distribue aussi des journaux clandestins, stencilés, principalement « La Libre Belgique » que lui fournit son très jeune frère Jacques déjà membre, à l’insu de Maurice, du même réseau de Résistance. Si les uns vont à cette époque si cruelle cacher des Juifs, comme le fera avec tant de courage la cousine de Mme Jacques Detry, Mme Eugène Degueldre dite Hélène Van Hal, directrice de la Colonie scolaire du Château Thomas Philippe à Cul-des-Sarts, reconnue en avril 2024 comme « Juste parmi les Nations » par l’Institut International pour la mémoire de la Shoah [4], d’autres, comme Maurice Detry, prennent des risques identiques en faussant des identités ou les secourant.

Dans son livre émouvant « Des Juifs debout contre le Nazisme », Pierre Broder, s’est attaché à honorer ceux qui, au travers du « Comité de défense des Juifs », ont osé braver l’ennemi. L’auteur qui a recueilli une foule de documents et de témoignages, se veut de préciser lorsqu’il s’adresse à certaines administrations communales afin de compléter ses données : « votre administration communale se trouve parmi celles qui nous ont si efficacement aidés en faisant inscrire dans les registres de population, sous de faux noms, des personnes venant soi-disant d’autres communes et munies de faux changements de domicile ». Il ajoute : « L’ouvrage auquel je travaille se doit de citer les noms des patriotes courageux qui, à cette époque d’octobre 1942 à septembre 1944, nous ont si généreusement apporté leur concours au mépris du danger qu’ils couraient quotidiennement ».

Les ignobles dénonciations

Dans cet ouvrage, outre les noms de Maurice Detry et Georges Halloy, victimes de perquisitions de la Gestapo, on y retrouve notamment ceux du Vicomte Eugène de Jonghe à Anthée, du baron Pierre d’Huart à Courrière, ou du comte Victor Christyn de Ribaucourt à Serville. Et si la famille Detry fait l’objet de dénonciations, d’une « Libre Belgique » glissée dans le pardessus du père de Maurice afin de faire tomber ce dernier et ses frères, ils ne sont pas les seuls. Dans les papiers déjà évoqués, de Georges Halloy qui les a recrutés se trouve encore cette lettre anonyme adressée depuis Profondeville un 17 avril aux autorités en place : » Appréciant autement (sic) votre fonction et vos buts, je me permets de vous signaler que le nommé Georges Halloy, garde-champêtre à Wépion se livre à des actes de sabotage et principalement il s’occupe de faire passer les gens en Angleterre. Il est impliqué pour une grande partie dans la fuite des 18 jeunes gens d’Auvelais et d’un jeune homme de Wépion. Tous ces gens ont été transportés en camion par Messieurs Toussaint et Albert Leroy, de Wépion ». Le ton est hélas donné et c’est un miracle si le courageux chef de la Résistance locale s’en tire. Cela permet dans des circonstances similaires de tristement mesurer les risques pris dans cet engagement, comme ceux de Léopold De Hulster, échevin de l’Instruction publique à Saint-Servais, décédé au camp de concentration de Mauthausen le 22 décembre 1944, ou du chevalier Jean de Moreau d’Andoy, bourgmestre de Wierde, décédé au camp de concentration de Dora le 3 décembre 1944.

L’après-guerre

Entre-temps, en 1942, Maurice alors officiellement inspecteur des Finances ce qui lui sert de couverture, épouse une liégeoise, Marie-Jeanne Pirlet. Leur union se déroule à Jemeppe-sur-Meuse le 30 juillet, en présence de André Detry, son frère, alors étudiant en droit, 22 ans, et de Gilles Pirlet, cousin de l’épouse, docteur en médecine, 32 ans, domicilié à Mons-lez-Liège [5]. Marié pendant les hostilités et chef de peloton dans la Résistance avec tout ce que cela représente de danger, les souvenirs transmis dans la famille font en outre état de transport d’armes dans une charrette masquées par des décors de théâtre du patronage Saint-Antoine de Wépion, et pour lequel ils obtiennent l’aide... d’Allemands pour lancer le convoi en difficulté dans une côte, et de sabotage de trains. Maurice Detry est démobilisé dans l’Armée secrète, comme ses frères, le 15 octobre 1944 « par manque d’armes » comme le mentionne son dossier de Résistant. Il connaît ensuite la joie de la Libération et de l’accueil de deux Américains dans la maison familiale de Wépion, le « White Cottage » puis réalise ensuite une carrière de cadre supérieur chez Cockerill. Il est, comme ses frères, reconnu Résistant armé mais sa vie durant, reste discret sur l’héroïsme de cette époque troublée.

Fête de la Victoire

Les trois frères Detry sont évidemment présents à la Fête de la Victoire qui se déroule à Wépion le 8 juillet 1945. La Résistance est saluée comme il se doit et le discours prononcé alors par leur chef local révèle les sentiments divers ressentis alors : « (...) Nous sommes très heureux de constater que l’Autorité a compris ce que nous fûmes, comment nous nous sommes comportés, pendant la grande épreuve. Nous rendons un suprême hommage aux prisonniers politiques qui pendant de longs mois, des années, dirais-je, ont enduré les souffrances le plus cruelles et cela pour avoir voulu manifester leur loyalisme à notre chère Patrie. (...) Tournons-nous maintenant vers nos Libérateurs. Amour et reconnaissance à ces armées alliées qui ont déferlé avec une maîtrise inoubliable à travers notre pays chassant devant eux cet ennemi implacable et le refoulant d’abord jusqu’à ses frontières puis le terrassant sur son sol après une lutte acharnée. La bête cruelle a été frappée jusque dans son refuge (...). Notre reconnaissance va aussi à notre Armée reconstituée en Angleterre et en Belgique.

N'oublions pas enfin ceux qui, pendant quatre ans, ont travaillé dans l’ombre, et n’ont été récompensés, extérieurement du moins, que d’ingratitude. Je parle des Résistants (...). Chez qui les agents de Londres qui opérèrent dès le 18 juin 1940 trouvèrent-ils un asile sûr ? Chez ceux de la Résistance. Ce n’était rien d’héberger un étranger. Non, mais aux yeux de l’ennemi, cela méritait le camp de concentration, sinon le poteau d’exécution. Qui a caché et remis sur le bon chemin les parachutistes égarés ? Ceux de la Résistance. Qui pendant 4 ans a fourni de précieux renseignements aux Anglais ? Ceux de la Résistance. Qui a aidé les réfractaires et les Juifs, leur fournissant logement et vivres après avoir changé leur vraie identité ? Ceux de la Résistance. Qui a arraché de la déportation ou à la mort les malheureux patriotes rendus par de faux frères ? Ceux de la Résistance. Qui a pris les armes le moment venu ? Ceux de la Résistance. Honte aux collaborateurs de l’ennemi qui pendant cinq ans ont bravé les vrais patriotes, ont été les agents dénonciateurs de l’ennemi. Pourquoi déplorons-nous aujourd’hui l’absence du cher Armand de Wasseige, notre maïeur vénéré, la disparition de quelques-uns de nos frères, ne le devons-nous pas à ces êtres vils, à ces mauvais Belges. La justice a déjà châtié quelques coupables. Trop, hélas, circulent encore parmi nous (...). Chantons, réjouissons-nous mais avant, adressons une suprême prière à Dieu pour ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour que la Belgique redevienne libre et prospère. Vive la Belgique, les Prisonniers, les Alliés, les Résistants » [6].

Amateur de littérature et de jardins

Bibliophile comme son père, Maurice Detry aime à se plonger dans « L’Encyclopédie » de Diderot issue de la bibliothèque paternelle, mais encore dans la littérature en général qu'il marque d'un cachet à l'encre « Ex libris M. Detry ». Maurice est éclectique dans ses goûts qui varient, d'ouvrages de droit, de politique, d’histoire, des contes et poésies à des « Tables de logarithmes pour les nombres et pour les sinus » parues à Paris en 1824 à la « Réforme de la Bienfaisance publique » par Jules Renson en 1925 ; « Sainte Elisabeth de Hongrie » par le comte de Montalembert de l'Académie française, « Quentin Durward ou Le talisman » de Walter Scott, « Le Maréchal Lyautey » par le lieutenant-colonel Charles Bugnet, « Sous le signe de Jean de Nivelles », de Louis Wilmet, « Corbin et d’Aubecourt », de Louis Veuillot, « La faute de Madame Charvet » de Camille Lemonnier, « Sur le forum » et » Dans le bois sacré » du baron Firmin van den Bosch, « Le dernier chant des Gardes wallonnes » avec des illustrations de Jacques de Villenfagne, par Jules Sottiaux font partie de ses lectures.

Mais aussi « Philibert chez ses tantes » par la Princesse de Ligne, « La simple histoire du Bon Père Petit » d'Henri Davignon, « La conquête de l'Algérie » par Jules Mazé, ou « Guldentop » de Marie Gevers. Sans omettre « L'Odyssée de l'impératrice Zita », de Jérôme Troud, « Le roman de Louis Veuillot » par Louis Veuillot et Juliette de Robersart, la « Patrie gauloise de Th. d'Auxois, « Kiki », d'Ernest Claes, traduit du flamand par Roger Kervyn de Marcke ten Driessche, ou « Ce que content les noirs » du cousin de sa mère, Olivier de Bouveignes, et « Asturies et Castilles » de son lointain parent, Joseph Mélot, descendant de Marie-Catherine de Try, tous marqués de son ex libris et dont beaucoup font partie de la collection Durendal, constituent une petite partie de sa bibliothèque.

Ici repose un Résistant

Amoureux comme son frère André des jardins, Maurice Detry aime profondément la nature et elle le lui rend bien dans sa propriété de campagne de Wanzoul, petit village non loin de Huy, où il passe un maximum de moments de détente. Le couple qu’il forme avec son épouse n’a qu’une fille née après la guerre en 1948, Marie-Louise Detry, aujourd’hui veuve et qui connaît la douleur de perdre ses deux fils, alors encore célibataires. Le Dimanche 14 mai 1950 a lieu, sur invitation de son frère André, président de la Fraternelle de l’Armée Secrète ZI/C/40 une cérémonie solennelle à Dinant qui se veut « un hommage public et éclatant à nos Morts et à nos Vivants. Quelque 200 distinctions honorifiques seront officiellement remises par le représentant de Monsieur le Ministre de la Défense Nationale aux ayants-droits de nos regrettés camarades ainsi qu’à de nombreux A.S de toutes nos Fraternelles locale de Anhée, Annevoie, Bioul, Bois-de-Villers, Maredret, Morialmé, Dinant, Wépion-Profondeville ». Il est encore précisé » Je fais un pressant appel pour que le rassemblement du 14 mai soit réellement et véritablement une Fête de famille du Refuge. Ton devoir d’A.S. te dicte d’être parmi nous, même si tu ne dois pas être décoré » [7].

Maurice Detry s’éteint septuagénaire à Vinalmont en 1994 et repose au cimetière de Wépion, son village d’enfance et lieu de son courage avéré, dans un caveau rappelant discrètement « qu’ici repose un Résistant ». « La seule chose qui doit guider un homme, c’est sa conscience ; la seule chose qui doit protéger sa mémoire, c’est la droiture et la sincérité de ses actes » nous rappelle Churchill.

Galerie de photos et de documents


[1] Clotilde Detry (1888-1944) épouse en premières noces à Namur le 1er octobre 1912 Léon-Pierre-Armand Dequinze (1882-1918), ingénieur mécanicien de l'Université de Liège (ULg), chef de service à la S.A. Fonderies d'Andenne, membre de l'Association des Ingénieurs de l'Université de Liège (L’Ami de l’Ordre, 7 mai 1918 ; Le Télégraphe Journal, 7 juillet 1918 ; Éloge funèbre in Bulletin de l'Association des Ingénieurs sortis de l'école de Liège, Liège, 1925), et épouse en secondes noces à Namur le 21 février 1920 Emile Dequinze (1885-1941), évoqué ci-dessus et frère du précédent. Dont descendance du premier lit parmi laquelle Emile Dequinze (1917-1989), ingénieur civil et ingénieur électricien de l'Université de Liège (ULg), directeur de la centrale électrique d'Amercoeur, sous-lieutenant de réserve au 15e régiment d'artillerie, chevalier de l’Ordre de Léopold, lauréat du Travail, plaquette de bronze du Commissariat général à la Promotion du Travail, qui épouse à Liège le 9 août 1941 Marie-José Schrynemaekers (1919-2018), premier Prix de solfège, histoire de la musique et harmonie du Conservatoire de Liège, deuxième Prix de piano du Conservatoire de Liège, premier Prix de piano du Jury National, infirmière bénévole à la Croix Rouge de Belgique lors de la Seconde guerre Mondiale, fille d'Hubert, docteur en droit de l'Université de Liège (ULg), avocat pendant cinquante ans à la Cour d'appel de Liège, juge de Paix suppléant à Saint-Nicolas, secrétaire du Conseil de l'Ordre des Avocats, capitaine de réserve au 14e régiment de Ligne, officier de l’Ordre de Léopold, officier de l’Ordre de la Couronne avec glaive, officier de l’Ordre de Léopold II avec glaive, commandeur de l’Ordre Ouissan Alaouite Chérifien, croix de guerre 1914-1918, croix du Feu, médaille de la France libérée, médaille de la Victoire, médaille de la Défense de Liège, et d'Hélène Javaux, volontaire attachée à l'armée britannique en France, lady de l'Empire Britannique, British War Medal, fille de Auguste Javaux, Mort pour la Belgique, et de Anna Piron, qui sont les cousins de Madame Edgar Detry (P.-E. Detry, Essaimage d’une famille namuroise, Bruxelles, 1987). Sur Emile Dequinze, voir London Gazette, 26 août 1919 ; Vers l’Avenir, 26 janvier, 28 février 1920 ; La Wallonie, 21 novembre 1938 ; La Légia, 31 janvier, 1er février 1941 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, p. 739.

[2] Namur n’est pas en reste avec sa Résistance par rapport à d’autres lieux, si l’on songe notamment aux Mélot, descendants de Madame Pierre Bouché née Marie-Catherine de Try (1749-1817) (F. Maerten, Destins de guerre, Albert Mélot. L’histoire d’un résistant hors du commun, marqué toute sa vie par les terribles représailles allemandes sur sa famille, CegeSoma ; 1000 Résistantes. 1940-1945. Des femmes dans la Résistance en province de Namur, 2025, pp. 103-104). On lira par ailleurs avec émotion M. Simal, Célestin Evrard, Chronique d’un Résistant 1940-1945, 2012. Célestin Evrard, membre de l’Armée secrète, titulaire de nombreuses distinctions honorifiques dont la King’s Medal for Courage in the Cause of Freedom avec citation, est descendant par les Robaye, des Delchambre, vieille famille de Vedrin dont est issue madame Jacques Detry (P.-E Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre, Namur, 2018, p. 81) et alliée aux Detry (P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., passim). Il épouse une Oger qui appartient à une famille alliée aux Degueldre (P.-E Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre, op. cit., passim).

[3] On n’ignore pas l’importance de ce fruit, largement exporté, dans l’activité des cultivateurs wépionnais et l’aboutissement d’un long combat compétitif lorsqu’au sortir de la guerre le label « Véritable fraise de Wépion » est accordé. L’une des chevilles ouvrières œuvrant à cela est le cousin sous germain d’Edgar Detry, Joseph Detry (1900-1985), cultivateur fraisiériste à Wépion sur des terres acquises aux Drion, président de l’Union professionnelle des producteurs de fraises en ce lieu, président de la Fédération des marchés fruitiers du Namurois, engagé en 1938 pour la Protection aérienne de Wépion, Résistant dans le même groupe de l’Armée Secrète que Maurice, André et Jacques Detry, membre de la Confrérie du Renard à Wépion, époux d’Emma Delfosse. Dont desc. dans la famille Goffin. Séance du Conseil communal de Wépion, 9 juin 1945 ; Vers l’Avenir, 1er mai, 15 juin 1947. Wépion 2000, numéros 89, 91, 95 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 794. Il ne doit pas être confondu avec son homonyme, lui aussi cousin sous-germain d’Edgar et de Joseph Detry, Joseph-Martin Detry (1883-1941), fermier-propriétaire dans ce qui est devenu le presbytère de Fooz-Wépion, propriétaire au Trieu Colin, membre de la Commission d’assistance publique de Wépion, bienfaiteur des pauvres etc., sans alliance. Ses biens sont vendus par ses héritiers en vente publique à Wépion le 11 juin 1941 par les offices de maître de Francquen et comprennent maison, terres, vergers à Fooz, sur « Les sarts » et « Potisseau ». Séance du Conseil communal de Wépion, 23 décembre 1930 ; La Province de Namur, 17 mars, 31 mai 1941 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 525.

[4] P. Broder, Des Juifs debout contre le nazisme, Bruxelles, Anvers, 1994, p.150 ; P.-E. Detry, La famille Degueldre jadis de Gueldre, op. cit., pp. 165-169 (avec biblio) ; Did you say Belgian Heroes?, Belgian Tourist Office, novembre 2010, p. 28 ; L’Avenir, 8 janvier 2021 ; 1000 Résistantes. 1940-1945. Des femmes dans la Résistance en province de Namur, op. cit., p. 72. L’historien local, Régis Marée, a donné une conférence en janvier 2024 à Couvin sur les Vies du château Thomas Philippe à Cul-des-Sarts, dont Hélène Van Hal est un personnage incontournable.

[5] Médecin légiste. La Meuse, 18 avril 1939.

[6] Discours conservé dans les Archives de Georges Halloy.

[7] Archives de la famille Detry.


L’Ami de l’Ordre, 25 février 1917. Vers l'Avenir fait état des succès universitaires de Maurice Detry dans son édition du 20 juillet 1937 ; La Meuse, 7 août 1936. AGR, Dossiers de Résistants. Maurice (boîte 732, dossier II/2545), André et Jacques Detry (boîte 731, dossiers II/2077 et II/ 1678) ; Archives de la Ville de Namur, Registres aux délibérations du Conseil communal de Wépion commençant le 18 octobre 1924. Séances de juin à août 1940 ; Musée de la Fraise à Wépion, Papiers de la Résistance issus des Archives de Georges Halloy et comprenant plusieurs documents mentionnant l’engagement dans le réseau des trois frères Detry et de leur cousin éloigné, Joseph Detry. Il s’y trouve notamment une « Liste des hommes désirant s’affilier à la Fraternelle de l’A.S sous la présidence du baron de Giey à Falaën, datée du 16 septembre 1944 reprenant les quatre membres cités de la famille Detry. Il en est de même de la liste des « noms et adresses des personnes enrôlées » où ils se trouvent de même que qu’Armand et Jacques de Wasseige notamment ; « Wépion honore ses résistants », coupure de presse non datée du journal Sambre et Meuse évoquant l’Abbé Delvaux, vicaire de Wépion puis Curé à Soulme ; P. Broder, Des juifs debout contre le nazisme, 1994 où Maurice Detry et Georges Halloy sont cités page 213 avec ce qui nous semble être une erreur précisant que Maurice domicilié à Wépion est secrétaire communal ff à Bouge, ce qu’aucun procès-verbal de Conseil communal de cette commune n’atteste, au contraire de Wépion qui en fait bien mention.


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