« Un surréaliste qui s'ignore. »
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Arsène DETRY, artiste peintre formé à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (1913-1914 et 1916 à 1919) et à l'Académie des Beaux-Arts de Mons (1914-1915 et 1915-1916), élève de la Classe de Constant Montald à Bruxelles et Prix Montald (1919), élève de l'Atelier d'André Lhote (1924-1927) et de l'Académie Julian à Paris, dessinateur architecte formé à l'Académie de Saint-Gilles (Bruxelles), peintre, dessinateur, sculpteur, lithographe, décorateur, professeur de dessin pour divers établissements et professeur de la section des Arts plastiques de l'École normale secondaire de Mons, président de la Section artistique du Jury Central pour le professorat du dessin, auteur du projet de réforme de l'enseignement de la couleur à l'école, membre du Conseil de perfectionnement de l'Enseignement moyen, Prix des Beaux-Arts de la ville de Mons 1928, Prix Oleffe 1943, Prix Sauté 1947, Prix du Hainaut 1948, Prix Alexandre André 1969, membre des cercles « L'Essaim » et « Les Loups », membre du Comité de rédaction de la Revue d'art Hélianthe, membre fondateur et trésorier de la Tribune libre, violoniste formé au Conservatoire de Mons, conférencier, chroniqueur artistique sous son nom, sous les initiales A. D et les pseudonymes Ghislain, Eric et Diogène pour La Voix boraine, Liberté, L'Unité populaire, le Journal de Mons et du Borinage et La Province, fondateur et secrétaire général-directeur artistique de la grande fresque historique Le jeu de Mons et du Borinage, auteur de publications, membre de jurys de nombreux salons d'art belge, membre du Cercle archéologique de Mons, expert en tableaux de maîtres anciens [1], chevalier de l’Ordre de la Couronne à titre artistique, médaille d'argent de l'Association des Artistes professionnels de Belgique, né à Koekelberg le 7 novembre 1897, décédé à Mons le 29 décembre 1981, y épouse en 1) le 4 février 1933 (mariage dissous) Léocadie dite Germaine PIERARD, née à Frameries le 17 février 1901, y décédée le 4 mai 1974, fille de Maurice-Jules et d'Emilia Bury, épouse en 2) à Mons le 9 avril 1976 Suzanne NEUFKENS, professeur de chimie, née à Strepy-Bracquegnies le 29 janvier 1925, décédée à Pont-à-Celles le 20 avril 2009, fille de Victor et d'Alice Gobert.
L'enfance bousculée d'Arsène, fils d’Adolphe Detry, peintre décorateur à Paris et à Farciennes marque sa jeunesse et forge sa vie d'adulte, au travers d'un équilibre ténu. Il y a les déménagements successifs, les jours sans lendemain, les scènes familiales, le manque d'argent, la rage d'un père désespéré par la vie ; mais également cette expérience sans pareille d'un Paris à la Belle Époque et du choc culturel créé par Montmartre où Arsène est présent tous les jeudis scolaires libres et s'y lie notamment d'amitié avec Marcel Gromaire (1892-1971), peintre, sculpteur, dessinateur, graveur, inspiré par le cubisme, Prix Carnégie, Prix Guggenheim, Prix national des Arts, dessinateur de tapisseries et fondateur de la nouvelle École d'Aubusson, et dont une rue du 11e arrondissement de Paris porte son nom .
Il est encore enfant et déjà, à l'image des peintres qu'il côtoie à la Place du Tertre, il peint à l'huile sur des couvercles de boîtes à cigares que lui procure son père. Car si ce dernier est souvent absent, à la recherche de la bonne fortune et sans doute de sa propre raison de vivre, c'est probablement à lui, qui l'emmène dans les grands musées parisiens, qu'Arsène doit cette révélation de l'art et notamment des maîtres anciens, qui l'éblouit. Quant aux combats sociaux que tente de mener Adolphe, nul doute qu'ils forgent la personnalité tout en équité de son fils. Après le 18e arrondissement où la famille déménage régulièrement et l'atmosphère si particulière de la butte Montmartre, Adolphe et les siens s'installent à Montreuil-sous-Bois en 1907. Ce lieu, siège de la Société Pathé, permet à Arsène d'être figurant dans un film projeté ensuite à Vincennes. Il y reçoit aussi des cours de violon qu'il poursuit plus tard au Conservatoire de Mons en même temps qu'il y suit les cours à l'Académie.
Et puis c'est le retour en Belgique en 1909, à Frameries. Adolphe et Gabrielle sont accueillis chez Georges Collet, le frère de cette dernière. Ingénieur des mines, directeur de charbonnage, catholique pratiquant, qui réside à la magnifique abbaye-cense de la Cour à Wasmes. Ce lieu inspire à tout jamais Arsène qui, plus tard, devient pour tous le peintre du Borinage mais qui est toutefois bien plus que simplement cela à l'image de ce que son ami René Magritte dit de lui : « Detry, un surréaliste qui s'ignore ». Arsène, qui est musicien, joue du violon, mais aussi du piano, lors de concerts au Cercle catholique de Pâturages dont son oncle est membre. Toutefois la vie familiale est bousculée. Le couple d'Adolphe Detry se sépare et ce dernier s'installe à Bruxelles, alors que Gabrielle et son fils demeurent à Wasmes, bien qu'Arsène soit envoyé momentanément en pension à Capelle-au-Bois dans l'attente que la situation familiale s'éclaircisse et que le scandale de la séparation se tasse.
Inscrit au cours de dessin à Molenbeek et de décoration à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles de 1913 à 1914 puis de figures antiques 1916 à 1919, il a entre-temps suivi pendant deux ans à l’académie de Mons, l'enseignement de la sculpture, de la peinture, de la gravure et a encore appris à reconnaître les essences de bois et maîtriser les techniques de l'imitation. Le peintre décorateur qu'est son père n'est pas loin mais encore ses nombreux cousins, Sylvain Detry à Tamines ou Arthur, Hector et Georges Detry dans le pays de Charleroi qui, la plupart talentueux, sont par les nécessités de la vie, davantage décorateur que peintre. Dès 1915, la rupture des parents est consommée ; Arsène a dix-huit ans, il prend part à des expositions philanthropiques à Frameries puis à Ixelles en 1917 lors d'un salon d'ensemble.
Son autoportrait en 1916, au crayon, est criant de ressemblance, et augure du talent qui se profile. La guerre bat son plein et Gabrielle et son fils, qui sont revenus à Bruxelles, éprouvent des difficultés à subvenir à leurs besoins car Adolphe est toujours prisonnier. Gabrielle décide alors en 1917 d'ouvrir un négoce de denrées coloniales rue Charles Hanssens, près du Sablon. Mais très vite la pénurie des marchandises l'empêche de s'approvisionner et le commerce périclite. Volontaire, courageuse et douée, la jeune femme est engagée l'année suivante chez Wolf, la première Maison de fourrures de Bruxelles, rue t'Serclaes où elle dirige l'atelier. Arsène contribue aux ressources du ménage en proposant aux familles de soldats et de prisonniers de guerre, la reproduction en grand format sur base d'un original, de leur photo, encadrée et livrée à domicile.
Elève en 1919 de Constant Montald à l’académie de Bruxelles, Arsène partage les rangs du maître avec René Magritte et Paul Delvaux, entre autres, qui deviennent ses amis. Il s'inscrit pour tenter de décrocher le Prix, recherché, créé par Montald, et l'obtient. En cela initié par son père, le jeune peintre est alors un pilier des musées d'Art ancien et d'Art moderne de Bruxelles qu'il ne cesse de redécouvrir en compagnie de Paul Delvaux. L'octroi du Prix Montald lui permet de disposer pendant trois ans d'un atelier et du matériel ad hoc. Mais Arsène doit vivre, et la peinture ne nourrit pas l'artiste. Il joue du violon dans des salles de cinéma pour accompagner des films muets, peint des modèles d'anatomie pour un fabricant et travaille ensuite comme décorateur pour un entrepreneur. Il décore la Centrale de téléphone de la rue de la Paille, à deux pas du Sablon.
Mais Arsène écrit aussi. Notamment pour Hélianthe, revue d'art qu'il a créée avec des artistes comme Roger Van Gindertael, peintre, auteur, critique d'art qui s'installe à Paris et y est reconnu comme défenseur de l'art abstrait et son épouse Mercédès Legrand, peintre, dessinatrice pour Le Matin, mais encore Eliane de Meuse, musicienne, peintre, élève de Richir et de Delville à l’académie de Bruxelles, Prix Godecharle en 1921, Michel de Goeye, dessinateur de mode et publicitaire notamment pour la Firme Englebert et le Grand Bazar de Liège et Marcel Baugniet, peintre, illustrateur, designer, et époux de la célèbre danseuse Akarova pour laquelle il dessine des costumes de scène, elle-même amie de Paul Collaer, musicologue bien connu, neveu de Mme Gustave Feytmans née Elvire Detry.
Arsène suit aussi des cours d'architecture à l’académie de Saint-Gilles et travaille quelque temps pour l'architecte Peron dont les bureaux sont situés boulevard Anspach. Il réalise pour lui des projets de garages qui ne sortent toutefois pas de terre. En 1920, il effectue son service militaire au 2e Carabiniers à Schaerbeek et l'année suivante c'est à René Magritte de satisfaire à ses obligations civiques. Il lui envoie, depuis Beverloo sa photo-carte avec ces mots « Une pensée pour toi pour t'envoyer un souvenir de ma « villégiature » dans la Campine. Cordialement. Magritte ». En 1921, les parents d'Arsène qui se sont retrouvés, occupent avec lui une jolie maison à Saint-Ghislain, celle du directeur du Rivage. Arsène y a son atelier et le peint l'année suivante dans un style lumineux et des tons tendres qu'il abandonne par la suite ; il réalise aussi à cette époque un portrait mélancolique de sa mère où la jeune femme de quarante-deux ans en paraît bien davantage, même si les traits sont jeunes encore, tant le poids des souffrances est latent. C'est qu'une nouvelle fois, le couple de ses parents se sépare et Arsène et sa mère s'installent à Mons.
De retour à Paris en 1924 pour suivre durant trois ans les cours d'André Lhote, peintre cubiste, théoricien de l'art et professeur, écrivain, critique d'art pour La Nouvelle Revue Française, qui a notamment Tamara de Lempicka et Henri Cartier-Bresson comme élèves, Arsène fréquente aussi l'Académie Julian, école privée de peinture et de sculpture fondée à Paris en 1867 par le peintre français Rodolphe Julian (1839-1907). L'Académie Julian forme des artistes aussi célèbres que Dubuffet, Duchamp ou Matisse. Arsène baigne dans l'effervescence culturelle et artistique des Léger, Man Ray, Van Dongen, Picasso et Utrillo. Il est aussi au café du Dôme et y rencontre Foujita, et semble être passé par l'Académie de la Grande Chaumière [2], mais sans doute comme élève libre car il n'est pas repris dans les listes officielles. Il fréquente alors avec frénésie les musées et expositions de la capitale française, surtout celles du huitième arrondissement. Il peint aussi Paris et peint des affiches pour vivre.
C'est de cette époque que date son bel autoportrait. Grande toile, elle nous présente un artiste peintre mondain, élégant, un rien hautain ce qu'il n'est pourtant nullement, dont seuls la palette et les pinceaux rappellent l'artiste qu'il est, dans cette ville et cette époque bouillonnantes. Il vit alors, dans la capitale française, de travaux de décoration qu'il réalise et du violon qu'il joue dans les salles obscures. Sa peinture ne trouve pas d'acquéreur bien qu'il tente de la vendre au boulevard Raspail. Réinstallé en Belgique en 1927, il expose dès l'année suivante à Mons, et obtient dès 1928 le Prix des Beaux-Arts de la ville attribué par un comité composé de délégués de la Société des Beaux-Arts et des cercles « Le Bon vouloir » et « L'Essaim », attribué à un jeune artiste méritant. Membre de ce dernier cercle, il est approché en 1929 par Marcel Gillis, peintre, dessinateur, restaurateur, poète, formé à l’académie de Mons et conservateur du Musée des Beaux-Arts pour fonder avec lui un nouveau Mouvement, « Les Loups », présidé par l'ami protecteur, l'avocat Albert Jottrand, érudit et auteur de « Moneuse, un chef de bandits sous le Directoire » en 1933.
Le cercle « Les Loups » est constitué de Pierre Dequène, peintre de paysages, de portraits, de nus, de natures mortes formé à l'Académie de Mons, Prix du Hainaut 1926, d’Albert Delaunois, peintre, dessinateur, restaurateur formé aux académies de Mons et de Bruxelles, d’Albert Jacquemotte, avocat, peintre, aquarelliste, peintre à la gouache, critique d'art, écrivain et de Paul Joris, Prix du Hainaut 1928, sculpteur formé à l'Académie de Mons chez Paul Du Bois, le célèbre médailleur et sculpteur honoré du Prix Godecharle, membre fondateur des XX. Le Journal de Charleroi dans son édition du 7 mai 1930 relate alors la formation de ce cercle, et publie une caricature d'Arsène par Marcel Gillis ; un petit texte définit alors Arsène sur un mode badin, tout en précisant en termes choisis « que le coeur d'Arsène Detry doit être fragile et douloureusement réceptif » :
« Le plus chevelu de nous tous, tête de loup.
Nerveux et mince comme une ficelle.
Z'yeux de poète
Célibataire (qu'il dit)
Il est vrai qu'il ne faut jamais vendre la peau de loup…
Né à Cuesmes, Saint-Ghislain, un peu à Paris,
un peu à Bruxelles, à Mons.
Peint beaucoup.
Vend idem
Signe particulier : a du talent ».
Certains diront que son style est fortement inspiré de Cézanne dont il est effectivement admirateur. Dès ses débuts, les critiques sont positives. Lors d'une exposition en 1930, le journaliste précise : « La noblesse et l'harmonie triomphent dans les oeuvres que présente Detry et elles leur donnent une surprenante unité. Detry est personnel, original et artiste, dans l'expression d'art la plus dangereuse, celle qui touche au romantisme et qui, pour une simple faute de goût ou de mesure, le jetterait irrémédiablement dans le style pompier. Mais Arsène Detry possède justement un goût très sûr, et le pathétique de sa peinture est emprunté à des sensations de sérénité et de calme grandeur, qui lui assurent la mesure (...). Il faut savourer cela soi-même, c'est trop délicat et trop ténu de nuance pour être écrit avec des mots ». Trois ans plus tard, un critique assure : « La sensibilité de la peinture d'Arsène Detry est comme sa personne : franche, vive, intelligente. Elle est éprise des jeux changeants de la couleur comme peuvent nous en inspirer les rapides variations de notre climat. Et c'est, je pense, suffisant, pour justifier qu'Arsène Detry est un artiste très épris de son art dans lequel il voit un noble moyen d'expression d'émotions plutôt qu'un moyen de représentation objective de la nature ».
Très ami avec le député socialiste de Mons, Louis Pierard, par ailleurs critique d'art réputé avec lequel il partage une admiration pour Van Gogh, Arsène Detry réalise pour lui en 1931 un croquis de sa maison de campagne à Bougnies, commune dont il est bourgmestre. La presse signale en 1932 que « la Société Les Amis de l'École Provinciale de culture et d'élevage d'Ath » vient d'acquérir la magnifique toile « Le Repos des Paysans » d'Arsène Detry. Cette oeuvre que l'on a pu admirer lors d'une récente exposition à Mons décore maintenant la salle de conférence de l'École de Culture et d'Elevage d'Ath ». En 1933, Arsène épouse Germaine Pierard, parente par sa mère de Max Bury (1923-1982), échevin de Frameries, sénateur provincial du Hainaut, secrétaire d'État, membre du Conseil régional wallon. Leurs témoins sont deux amis proches, Maurice Lenssens, photographe montois qui réalise notamment dans les années qui suivent des photographies de tirages de la Loterie Coloniale alors présidée par René-François Detry et Raoul Godfroid, statuaire à Mons. Ce dernier est non seulement architecte, mais sculpteur, céramiste, professeur d'histoire de l'art et de sculpture, et reçoit diverses formations notamment à l’académie de Mons dont il devient plus tard le directeur, mais aussi à l'École du Louvre et à l'École des Beaux-Arts à Paris. Premier Prix de sculpture à Milan en 1950, médaille d'or l'Exposition de Paris en céramique en 1937, il est cofondateur de la Fondation Charles Plisnier et fondateur-directeur de la Maîtrise de Nimy. Il est l'auteur de plusieurs monuments à Mons dont la statue de Léopold II. Le mariage d’Arsène et de Germaine dont il réalise un beau portrait n'est toutefois pas très heureux et une séparation est assez vite inévitable.
Arsène est l’ami d'Anto Carte, peintre, dessinateur, lithographe, aquarelliste, qui a étudié à Bruxelles puis à Paris et voyage en Italie et au Maroc, il est cofondateur du groupe Nervia, dirige les ateliers d'arts décoratifs et d'art monumental de La Cambre, et est professeur à l’académie de Bruxelles. Il expose dès 1925 au Carnegie Museum of Arts à Pittsburgh (USA). Dans ses entretiens avec Yves Vasseur, Arsène Detry signale qu'Anto Carte réalise son portrait au crayon et à l'huile. Ils n'ont toutefois pu être retrouvés. Il est possible qu'il s'agisse de la caricature conservée à L’IRPA sous le numéro de cliché M179192 Kik-Irpa. Arsène compte encore parmi ses proches Armand Simon, dessinateur, auteur, Illustrateur dont l’oeuvre est évaluée à environ dix mille dessins. Membre de plusieurs groupements surréalistes et illustrateur pour Kafka, Poe, Céline, Chavée . Font encore partie du cercle d’amis intimes d’Arsène Detry, le baron (Gustave) Camus [3], peintre et graveur, professeur et directeur de l'académie de Mons, Prix Godecharle 1939, Prix de Rome 1940, directeur de la classe des Beaux-Arts puis Président de l'Académie Royale de Belgique où un Prix portant son nom est décerné, auteur de cartons de tapisseries et de peintures murales, mais encore Louis Buisseret, Victor Regnart, bien que plus âgé qu'Arsène Detry qui a eu comme lui, un père peintre décorateur. Artiste doué, Regnart brille dans les académies qu'il fréquente, de Mons à Bruxelles en passant par Anvers. En 1911, il termine second au Prix de Rome de gravure. Arsène Detry lui rend hommage en 1965 à Elouges.
Une trentaine d'expositions personnelles sont à l'actif d'Arsène Detry, un peu partout en Belgique et à trois reprises au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles dès 1934. Ce lieu déjà prestigieux alors, accueille régulièrement des expositions d'envergure mais la guerre y met en partie un terme par la mise à l'abri des Allemands, d'oeuvres, la difficulté des transports, la fermeture des frontières. La Société des Expositions est depuis 1937 aux mains de Robert Giron (1897-1967) qui est contemporain et un ami d'Académie d'Arsène Detry et de René Magritte. Ancien élève de l’académie de Bruxelles avec Arsène Detry, Giron est le fils du général Paul Giron, chef de cabinet du Premier Ministre de Broqueville, qui assure la direction provisoire du Palais des Beaux-Arts, et de Jeanne Spaak, famille à laquelle appartient Paul-Henri Spaak époux de Marguerite Malevez, descendante des Stalon comme toute la branche de Maximilien Detry. Robert Giron succède dans cette fonction de directeur de la Société des expositions du Palais des Beaux-Arts à son cousin Claude Spaak (1904-1990) installé à Paris en 1937. Cela explique peut-être ceci mais la Société des Expositions qui a décidé par les circonstances de la guerre d'exposer des artistes belges, accueille Arsène avec Alexandre Denonne, peintre, dessinateur, élève, lui aussi de Constant Montald, peintre d'intérieurs, de vues urbaines et de parcs dont des oeuvres sont aux musées d'Anvers et de Tournai et Broodcoorens en décembre 1941, et Arsène et les Ateliers de Bouchout réunis en mars 1945.
C'est évidemment une vraie reconnaissance pour lui d'être exposé en cet antre de la Culture. Aux questions existentielles que lui pose Magritte en mai 1946 dans une correspondance conservée aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles, Arsène Detry lui répond le 13 du mois ceci :
— Ce que je hais le plus ? Les questions, les jeux de hasard, l'hypocrisie et la guerre. — Ce que j'aime le plus ? L'amour, la peinture, la liberté, les parfums, la musique, l'alcool et les pays inconnus. — Ce que je crains le plus? — Le fisc, les brûlures, les maladies, la mort. — Ce que je désire le plus? — La santé et la sérénité.
Il ajoute dans son courrier joint : J'avais envie de répondre : 1. Le capitalisme et ma belle-mère 2. La tarte aux groseilles et les negro-spirituals 3. La bombe atomique et les autres 4. La bonne année et tout ce que mes amis désirent ; Mais de crainte que tu ne me prennes pas pour un homme sérieux, je te réponds donc...
Cinq ans plus tard, en décembre 1950, c'est son lointain cousin, le Chanoine Jules Detry qui tient en ce lieu une brillante conférence sur ses récentes expéditions, alors que deux mois plus tôt Arsène expose au 60e salon d'automne du Cercle artistique de Tournai aux côtés de peintres dont la plupart sont des amis : les Barthélémy, de Meuse, Vaucleroy, Dubail, Howet, Misonne, Saverysou Raty. Dans une petite biographie qui est consacrée à Arsène Detry, l'auteur considère qu'une première maturité apparaît chez lui en 1940 : « C'est le moment des étonnants dessins préparatoires aux valeurs minutieusement numérotées. Ces dessins permettent de juger la transposition subtile du visible en une gamme restreinte, où dominent l'unité des rythmes et la profondeur des tons. Souvent, une tache lumineuse fait chanter les autres valeurs comme des sons graves soutenant les sons élevés d'une harmonie. (...). De synthèse en synthèse, Detry arrive à une technique subtile d'un fond absorbant, savant dosage d'essence, de siccatif et d'huile. Ainsi naît une seconde maturité, je dirai une apogée, vers 1955. Les aplats sans volume, sans dégradé, sans lointain, toujours construits à partir d'une tache hautement lumineuse créent des paysages tellement intenses que l'on peut parler de surréalisme comme dans la « Maison bleue ». Detry appartient à la grande famille internationale des Humblot, des Marquet, des Hopper qui ont su garder les audaces nouvelles pour prêter une âme à leur environnement ».
Entretemps, en 1944, Arsène a par ailleurs exposé, du 1er au 13 avril, 42 oeuvres à la galerie Breughel, avenue Louise 18 à Bruxelles. Le critique d'art très apprécié en son temps, Georges Marlier, historien et critique d'art, journaliste qui deux ans plus tôt est le président du jury du 3e salon de l'Art jeune à Bruxelles réservé aux artistes de moins de trente ans, porte un regard enthousiaste sur l'oeuvre d'Arsène Detry rappelant combien heureux a été le choix de lui attribuer en 1943 le Prix Oleffe. Il ajoute : « Paysagiste solide et émouvant, Arsène Detry a su imposer un style personnel à ces sites ingrats, un style qui échappe à l'influence de Pierre Paulus comme à celle de Constantin Meunier ». C'est merveille de voir le parti qu'Arsène Detry parvient à tirer d'éléments disgraciés tels que cheminées de charbonnages, châssis à molettes, fours à coke et terrils ». Exposant après la guerre, un journaliste qui suit l'événement signale : « comme le pays tout entier, la région du Centre ressent dans les manifestations de sa vie sociale, les conséquences du malaise économique et du déséquilibre du rapport entre le pouvoir d'achat et les salaires. (...) Seules les expositions de peinture ne chôment pas. Arsène Detry revient à la Galerie Leduc avec une collection de toiles d'un intérêt soutenu ».
Arsène Detry, professeur dans l'enseignement moyen et normal dès les années trente, jouit d'un véritable statut. Sa prestance, son savoir, son élocution en imposent et tous ses élèves s'accordent sur ce point. On dit de lui : « Le prestige d'Arsène Detry était très grand sans qu'il dût jamais forcer la note pour s'imposer. Il est vrai que ses connaissances, son humour, si particulier constamment installé dans le second degré, ses opinions si déconcertantes parfois qu'on se demandait s'il parlait sérieusement, s'il plaisantait ou s'il faisait les deux à la fois, son ironie aussi, lui assuraient une autorité naturelle qu'il eût été malaisé de contester. Ce maître qui eût volontiers, si la chose avait encore été de mode, porté la lavallière, le grand chapeau des rapins et la canne à pommeau d'argent, avait sans doute une certaine nostalgie des chefs d'ateliers du XIXe siècle. C'était pour nous « Monsieur Detry » comme il fut parfois dit « Monsieur Ingres ». Cette manière d'être où il met une certaine emphase, il l'emploie aussi dans la vie courante. Ses amis se rappellent cette scène où achetant un couvre-chef dans une boutique montoise, il réclame à la vendeuse interdite « une psyché pour se mirer ». Un autre témoignage précis : « (...) C'était pratiquement le seul professeur de dessin qui avait de l'autorité..., une autorité naturelle qui se dégageait sans qu'il le veuille ou qu'il la recherche spécialement. J'ose dire qu'Arsène Detry était un de ces professeurs « haut de gamme » qui en imposait par la richesse et l'éclectisme de son talent et de ses connaissances qui n'étaient pas limités au dessin d'ailleurs (...) ».
Ce qui frappe le plus chez Arsène, c'est son éternelle jeunesse et son sens de l'originalité. Un professeur se souvient : « (...) En 1953, il devait avoir 56 ans, on venait de terminer l'installation des agrès dans la salle de gymnastique. Arsène Detry est arrivé, on a examiné, on admirait les nouveaux engins... et je l'ai vu s'approcher de la barre fixe, effectuer un rétablissement, retomber impeccablement et immédiatement après, se dirigeant vers le piano, il a commencé à jouer la Rhapsodie hongroise de Liszt... Vraiment, il était l'homme le plus jeune qui puisse exister (...) ». Peut-être faut-il voir dans cette vocation de pédagogue cette éternelle jeunesse qui le caractérise. Car il collabore régulièrement à plusieurs revues pédagogiques et organise pour le ministère de l’Instruction publique des expositions de dessins d'enfants. Il a une véritable vision de l'enseignement artistique pour les plus jeunes et nous en a laissé d'ailleurs les principes de base lorsqu'il déclare en 1948 : « En familiarisant l'enfant avec les disciplines rigoureuses de la géométrie et les graphismes qui en découlent, en lui faisant observer les déformations dues à la perspective, en assouplissant la main de l'élève, en améliorant et en affinant ses facultés visuelles, en l'initiant aussi à des techniques variées à propos des formes et des couleurs, le professeur de dessin n'aura pas terminé sa tâche. En effet, limitant là son effort, il n'aura pas su profiter des richesses immenses que l'enfant apporte à l'école. Ce professeur aura parlé au jeune cerveau, lui aura inculqué des notions nouvelles, certes, mais il n'aura pas touché son coeur. Afin de trouver le chemin de son coeur, il devra, pour commencer, faire oublier qu'il est un professeur. Il devra prononcer les mots magiques qui transforment la classe en une splendide salle de jeux. Alors, la métamorphose s'accomplira. Exciter l'imagination de l'élève, lui donner confiance en lui-même, orienter ses recherches, l'encourager dans l'aventure, découvrir ensemble les raisons de ses succès et de ses défaites, choisir avec lui parmi ses réussites, lui expliquer les beautés dont il est le seul responsable, voilà la mission du maître. Et pour la jeunesse, un double but sera atteint : la curiosité et l'inquiétude ». Arsène siège en outre, dès 1934, comme membre du Jury Central qui décerne les titres requis pour enseigner les arts plastiques.
Au cours de sa longue carrière artistique, Arsène prend part à plus de 120 expositions de groupes dans les principales villes wallonnes et flamandes de Belgique, ainsi qu'à Bruxelles lors de l'Expo 58, mais encore en France (Paris, Rouen), au Portugal (Lisbonne), aux Pays-Bas (Rotterdam), en Autriche (Vienne), en Egypte (Le Caire) et en 1946 au Musée national des Beaux-Arts de Buenos Aires en Argentine où ses cousins sont nombreux, son oncle Florimond Detry et son cousin germain Aimé dit Amaro Detry y ayant fait souche. Mais Arsène n'a aussi de cesse de parler de ceux qu'il admire. Conférencier doué, il traite de 1951 à 1969 de sujets divers : Van Gogh qu'il admire profondément (1951) et dont il passe et repasse sur les pas jusqu'à Arles et Auvers-sur-Oise où il s'est suicidé, le mouvement artistique actuel en Hainaut (1953), la peinture moderne (1954), Victor Regnart (1966) etc. En 1966, il réalise le catalogue de l'exposition consacrée à Léon Devos, peintre, directeur de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, cofondateur de Nervia, membre de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique à Mouscron. Il est encore chroniqueur pour différents journaux dans la tendance de ses idées personnelles, La Voix boraine, L'Unité populaire, La Province, Le journal de Mons et du Borinage qui lui ouvrent leurs colonnes.
Il est jusqu'au journal de gauche français Liberté qui lui offre un espace de rédaction et non des moindres puisqu'il s'agit en 1945 de deux articles sur Edith Piaf. Collaborateur de longues années pour les Cahiers marxistes, Arsène est bien au-dessus des considérations sociales, politiques ou philosophiques. N'est-il pas bien plus tard l'ami de l'abbé Jean Huvelle, historien de l'art à Mons, écrivain et administrateur délégué de l'ASBL « Procession du car d'or », avec lequel il partage l'amour des maîtres flamands du XVe, de la peinture hollandaise du XVIIe et de la musique ? Ce dernier lui rend en 1982, post mortem, un long et vibrant hommage tout au long de deux pages soulignant : « (...) L'oeuvre peint d'Arsène Detry séduit l'oeil, enchante l'esprit par l'intelligence de sa démarche, la qualité de sa plastique et la sobriété de ses moyens. Tout l'art d'Arsène Detry réside dans cette capacité qu'il possédait de transcender le paysage qu'il regardait ou le sujet qu'il traitait (...) ». Arsène Detry est avant tout peintre et pédagogue mais il est aussi un excellent écrivain dont le style est beau, lettré, révélateur d'une profonde culture de l'Histoire et des Arts car comme le souligne un de ses biographes, Yves Vasseur : « Detry parle bien. Il écrit mieux encore (...) ». Tout Detry est aussi dans cette vivacité de parole, dans le ton qu'on devine sous les mots sarcastique ou passionné, ironique ou tendre, dans la formulation directe qui dit férocement juste sans jamais blesser méchamment ». Cet avis est partagé par son ami l'historien Maurice-A. Arnould (1914-2001), docteur en histoire et professeur à l'Université Libre de Bruxelles, archiviste aux Archives de l'État à Mons, conservateur de la Bibliothèque de la Ville de Mons et des Musées du Chanoine Puissant, auteur de publications, membre de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. Il est également un ami de Germaine Feytmans conservatrice du musée de Mariemont et de l'historien Paul Bonenfant, fille et gendre d'Elvire Detry.
Le professeur Arnould rappellera en effet : « (...) Bien des fois, Arsène vint m'écouter parler. Avec la publication d'un travail, la conférence est, pour le chercheur, comme l'équivalent de l'exposition pour l'artiste. Arsène excellait d'ailleurs dans l'art de la conférence. Il était donc bon juge. Il m'écoutait avec attention, puis nous discutions et de nos échanges de vues sortait pour moi et pour lui de fructueuses perspectives (...) ». En 1946, Arsène Detry participe à une enquête menée par son ami René Magritte pour Le Savoir-Vivre et à la deuxième question sur quatre, qui est « Quelles sont les choses que vous aimez le plus » ?, il répond : « L'amour, la peinture, la liberté, les parfums, la musique, l'alcool et les pays inconnus ». En janvier 1947, un article lui est consacré à l'occasion de sa participation au Salon d'art wallon de Charleroi et où une des œuvres exposées, « Le passage à niveau », vient d'être achetée par le gouvernement argentin pour le Musée de Buenos Aires. On définit alors qui il est par ces mots : « car comme Pierre Paulus, M. Detry est le chantre de cette terre déshéritée, souvent défigurée par l'industrie (...).
Si l'art de Pierre Paulus est axé sur l'industrie dont il recherche le côté pittoresque et tragique sur lequel il met l'accent avec parfois une sorte de sombre romantisme ou d'exaltation lyrique (...), pour M. Detry, ce sont des aspects de notre pays qui ont un intérêt plastique et il cesse de les considérer en peintre exclusivement, et souvent en grand peintre. Il est moins limité dans son choix et il traite indifféremment les corons sordides, et ceux auxquels quelques verdures ont conservé un peu de fraîcheur ». Lorsqu'il expose en mai au Salon triennal des artistes du Hainaut à Charleroi, la presse relève « que ses toiles valent par leur solidité, la lumière sensible et leur sourde harmonie ». Son œuvre « L'Envol » entre autres est remarquée. L'année suivante, alors qu'il reçoit le Prix du Hainaut, L’Indépendance de Charleroi titre « Un grand artiste, le peintre borain Arsène Detry, nouveau Prix du Hainaut » et retrace toute sa vie, en profondeur malgré certaines erreurs. Évoquant son parcours parisien « où il est sur les traces d'Utrillo qui souvent passe dans la rue », le journaliste conclut « Arsène Detry. Un grand bonhomme qui fait honneur non seulement au Hainaut mais à la Belgique toute entière et à l'art lui-même. Le Prix du Hainaut ne pouvait mieux tomber ».
À trois reprises de 1947 à 1949, Arsène Detry est fondateur et secrétaire général-directeur artistique d'un spectacle son et lumière à Mons, qui a pour nom « Le Jeu de Mons et du Borinage », qui tente de panser les plaies subies par la ville lors des hostilités « car les vaillantes populations de la région montoise ont toujours témoigné d'une orientation constante vers la lutte pour la liberté et aussi une volonté farouche pour la défense de leur sol natal » et de mettre par conséquent la Résistance sous les projecteurs. Le comité d'Honneur mis en place par Arsène, crédite le projet par la présence de personnalités choisies : le ministre d'État Maistriau, le ministre Delattre, le ministre comte de la Barre d'Erquelinnes, le chevalier Jean de Patoul, les avocats Jacquemotte et Losseau, les industriels Cavenaile, Prioux de Baudimont ou de Fays etc. Le comité exécutif rassemble, outre Arsène, des spécialistes en art comme Louis Buisseret, Albert Jottrand, Léon Navez, peintre et décorateur, Prix de Rome 1928, membre de l’Académie Royale de Belgique, Léon Eeckman, courtier en assurances, fondateur et président-directeur général de la « SA Léon Eeckman », fondateur et administrateur du Groupe Nervia, secrétaire-fondateur du Groupe Présence, puis d’Orientations, président des Amis d'Anto Carte sur lequel il publie un livre, secrétaire général, puis président d'honneur du Conseil national belge des Arts plastiques, André Dumortier, pianiste, lauréat du Concours Eugène Ysaÿe en 1938, directeur du Conservatoire de Tournai et professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles, membre du jury du Concours Musical International Reine Elisabeth.
Dans le programme d'introduction du spectacle, Arsène Detry évoque la genèse de cette fresque rappelant qu'une fois consulté à ce propos par l'échevin des Fêtes, « je lui fis part aussitôt d'un rêve que je caressais depuis de longues années : exécuter un Jeu sur l'escalier d'honneur de la Collégiale Sainte Waudru. Une disposition décline du terrain sur lequel l'édifice a été construit, a conduit les bâtisseurs à l'établissement d'une série harmonieusement variée de gradins qui en permettent l'accès par le portail principal. Une entrée carrossable très surélevée passe au milieu de cette théorie d'escaliers qui ont été dessinés avec un rare bonheur. Une tour de 190 mètres de haut devait être construite en façade. Sa base aux puissants contreforts contient un portail magnifique surmonté d'un large balcon ainsi que d'une haute fenêtre. Le voisinage immédiat de notre fier Beffroi ajoute encore à cet ensemble architectural quasi unique, décor parfait pour des évolutions scéniques ».
Et c'est une reconstitution grandiose qui voit alors le jour avec Arsène aux rennes de l'événement car il a vu grand et beau, s'inspirant ni plus ni moins de la Procession du Saint sang à Bruges : le spectacle rassemble près de 1500 acteurs et figurants, 500 musiciens et choristes sur l'escalier monumental de la Collégiale Sainte Waudru. Plus de 1500 costumes sont nécessaires, l'éclairage nécessite 6000 ampoules de toutes teintes et 50kg d'ingrédients pour les feux de Bengale qui permettent à 400 drapeaux de resplendir dans la nuit. De nombreux tableaux évoquent avec justesse l'histoire de la ville, qu'il s'agisse de La bataille de la Sambre, La création de la Cité de Mons, La destruction de Mons, L'arrivée de Jean II d'Avesnes et la grandeur de la ville, La première procession de la sainte-Trinité, Les dominations étrangères, L'essor industriel du Hainaut, La bataille de Jemappes, La révolution nationale, Le Doudou, La Guerre 1914-1918, Le retour du Roi et de la famille royale (1918), etc. Sur les tréteaux dressés en dehors du parvis de la collégiale, une pantomime du XIIe siècle est exécutée dans des costumes d'époque. Il est dit à ce sujet à son propos : « Arsène Detry donne une place de choix à la Commission du Jeu de Mons dont il est forcément l'animateur. Il la structure avec un art extraordinaire du dosage et de la diplomatie. Il prend tout en mains, l'organisation et la direction artistique. Il trouve la chorale mixte, l'orchestre, le metteur en scène, les régisseurs, deux milles artistes et figurants ». Et au jour de l'inauguration, Arsène de conclure : « Un rêve collectif où d'un élan incomparable, créateurs, artistes, musiciens, chanteurs, techniciens, comédiens, figurants et tout le grand public, cette masse populaire émouvante par sa présence silencieuse, communient dans la même pensée, dans la même foi, ayant les mêmes inspirations, les mêmes tristesses, les mêmes joies. L'unanimité des coeurs a toujours préparé chez nous les heureux lendemains ».
Mais Arsène qui est non seulement un excellent pédagogue, est encore un orateur aisé, passionné par son sujet et soucieux de partager ses passions, et qui suscite souvent des éloges. Participant au Salon quadriennal de Gand en 1950, il y est repéré avec deux œuvres qui « révèlent la richesse sourde et sans ostentation d'une palette bien personnelle aux accords rares ». Présent à l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958, il a le plaisir d'y accueillir ses cousins Edmond Detry, et Mme Amaro Detry née Evelina Orsolini de Detry venue pour la circonstance de Buenos Aires. Du 11 au 18 avril 1969, il participe également à la télévision belge, à une émission « Autour de René Magritte », en compagnie de Georgette et René Magritte, André Souris, compositeur et chef d’orchestre et ami du cousin germain d’Arsène, Edmond Detry, critique musical. Sont également de la partie Paul Delvaux, et Achille Chavée, poète et une des figures du surréalisme hennuyer qui dédicace à Arsène plusieurs de ses ouvrages avec notamment des mentions telles que « Exemplaire de mon ami Arsène Detry. En toute amitié », « A Arsène Detry que j’aime beaucoup, en peintre et en ami. En toute amitié », « A Arsène Detry qui connaît la beauté ». Le portrait s'inscrit dans un sujet plus général qui est « Le surréalisme, une autre révolution belge ». Toujours actif, Arsène fait l'objet de critiques régulières, le plus souvent flatteuses comme celles que lui consacre Albert Jacquemotte en 1973 : « Encore que les lignes de force de l'homme soient simples et que son art soit d'une absolue limpidité, l'approche de ce pur artiste, qui est en outre un pur esprit, n'est pas aisée. Cela tient peut-être à deux causes : la première, que la culture d'Arsène Detry, sa connaissance de l'histoire de la peinture et du monde contemporain de l'art sont si étendues, sa mémoire si fidèle, qu'il est peu d'esprits qui puissent le suivre dans ses commentaires, ses jugements et ses synthèses à l'emporte-pièce. La seconde, qu'il a, sans doute sans le chercher mais encore..., réalisé dans sa peinture une fusion si parfaite de sa vision, de sa transposition, de son esthétique particulière, de sa philosophie, au sens humain, on dirait mieux de son humanisme, et du métier, que l'image et l'impression de l'oeuvre, qui demeurent chez l'observateur, défient presque toujours l'analyse (...) ».
Le 9 avril 1976, Arsène épouse Suzanne (Suzon) Neufkens qu'il connaît depuis des années et avec laquelle il termine ses jours. En 1979, il est présenté à la Reine Fabiola qui apprécie son oeuvre, et la photo immortalisant cette rencontre est reproduite dans le catalogue de l'exposition d'artistes autrichiens et belges réalisée à Mons en 1980 et à Vienne en 1981. Cette année-là et la suivante, les entretiens d'Yves Vasseur avec Arsène Detry sont diffusés dans l'émission « Microclimats » lors de cinq émissions sur la RTBF 2 et synthétisés par Jacques Bourlez dans Rencontre diffusé sur la RTBF 1, le 6 janvier 1982. Sa production de dessins, près de deux cents, et de tableaux, près de sept cents, est grande, et les hommages qui lui sont de plus en plus souvent rendus, tendent à lui réserver, dans la peinture belge, la place de choix qui lui revient. Des intellectuels ou critiques en vogue à l'époque, qu'il s'agisse de Louis Pierard, Albert Jottrand, Paul Caso, Stéphane Rey, Alain Viray, tous s'accordent pour lui reconnaître un talent bien réel et sous-estimé. Lors de l'exposition qui lui est consacrée avec quatre autres peintres, en 1986, à l'initiative du Rotary international, à Liège, Charleroi et Mons, André Lamblin qui rédige sa notice, écrit à son propos, souhaitant casser cette image réductrice du peintre du Borinage : « Certes son inspiration est boraine et les paysages qu'ils a peints sont reconnaissables même s'ils prennent valeur de documents archéologiques à mesure que le siècle vide les sites de leurs oripeaux et le pays de ses loqueteux corons gris. Bien sûr, l'anecdote des terrils, des châssis à molette, des accumulations d'appentis et l'atmosphère volontiers lourde et silencieuse renvoient-elles à ce Borinage dont l'artiste connaissait les recoins sans s'y perdre, les gens sans vraiment s'y mêler, le patois sans se départir du français le plus exquis (…). Une telle conception de l'art de peindre bâtie sur la perspective, la synthèse et la couleur s'inscrit parfaitement dans la mouvance du fauvisme auquel Detry vouait une sincère admiration et dont il est finalement un des maîtres. L'histoire qui rend aussi la justice au Panthéon des peintres sortira un jour l'artiste du régionalisme récupérateur dans lequel des amis bien intentionnés l'ont malgré tout, et peut-être avec sa complicité, enfermé. On verra ce jour-là que, par-delà le Borinage, Arsène Detry touchait à l'universel de l'art de peindre et qu'à l'instar de Dufy pour Nice, de Derain pour Chatou, et de Marquet pour Le Havre, il conviendrait de lui éviter l'enfermement dans une belgitude que, plus parisien que d'aucuns, il ne mérite certainement pas ». Il convient en effet de rappeler qu'Arsène n'a pas peint que le Borinage mais aussi la France, et notamment Paris, Ribeauvillé, Boulogne, Le Croisic, Le Bourg, Sète, Collioure, Carnac mais encore le littoral belge, Ostende, Knokke, et les Ardennes, Mirwart, Saint-Hubert.
Le 29 décembre 1981 s'éteint à Mons celui qui a coutume de dire « Vivre c'est choisir, et peindre c'est vivre deux fois ». L'oeuvre d'Arsène Detry lui survit, témoignage de son talent, de ses souffrances, de ses errances mais surtout de cette vocation pour l'art et de ce don de pédagogue qui l'habitent. On évalue à environ six cents sa production de toiles peintes. Les publications parues à son sujet et les oeuvres conservées aux musées de Mons, Charleroi, Anvers, Bruxelles ou Buenos Aires consacrent un artiste qui jamais ne cherche la renommée. Mais qui a clairement sa place dans la peinture et qui régulièrement refait surface comme dans l'édition en 1998 dans la collection Mercator, de « Mille ans. Hainaut pour l'avenir » qui rappelle « qu'il s'agit probablement du seul fauve qu'ait connu le Hainaut », ou encore dans le cadre de Mons 2015 où la revue Bil Bo K n'a pas manqué de souligner son importance. Si sa seconde épouse ne renforce pas les liens familiaux avec Eric, le fils né du premier mariage d'Arsène, elle tente avec enthousiasme à contribuer à la notoriété de son époux. Toutefois après son décès et à la suite d’une succession difficile, le contenu, important, de l'atelier d'Arsène est hélas dispersé par une salle de vente montoise où est malheureusement vendu son très bel autoportrait. [4] Personnage secret mais attachant, écrivain et orateur délicats, professeur exigent et précurseur dans ses méthodes pédagogiques, Arsène Detry a, un jour tardif dans son existence car il n'en a pas toujours été convaincu, la révélation que peindre est son destin. Modeste en tant qu'homme, seul l'artiste s'épanche alors avec ce message pour l'éternité : « Insister et conclure sur et par ma peinture. C'est elle qui est le centre d'intérêt de toute mon activité. Le reste n'est qu'accessoire ».
[1] Il rend notamment un avis dans l'affaire des faux Vermeer de Hans van Meegeren (1889- 1947), « génial » faussaire hollandais, affaire qui a fait grand bruit à l'époque. Il intervient de la même manière à propos d'un autoportrait de François-Joseph Navez en 1957. Arsène Detry, peintre de l'École de Mons, 1982, pp. 85, 96.
[2] www.artfinding.com ; Arsène Detry, peintre de l'École de Mons, Mons, 1982, p. 12 ; F. Eeckman, « Arsène Detry », in Mémoires, février 2006. Son amie Berthe Dubail (1911-1984), peintre abstraite formée à l'Académie des Beaux-Arts de Mons chez Louis Buisseret à qui René-François Detry commande le décor d'un billet de la 2ème tranche 1945 de la Loterie Coloniale, et à La Cambre à Bruxelles auprès de Paul Delvaux est, elle, élève officielle à la Grande Chaumière. Notice sur Berthe Dubail, in Nouvelle Biographie Nationale, Bruxelles, 2014, col. 127-129.
[3] Voir une très belle photo, tout en complicité de Gustave Camus et Arsène Detry, in Arsène Detry, peintre de l'École de Mons, op. cit., p. 19.
[4] Les salles de vente Monsantic à Maisières, Rops à Namur, Horta ou Vanderkindere à Bruxelles, Drouot à Paris, Mercier et Cie à Lille, Campo à Anvers, l'Hôtel de vente mosan à Liège ou les galeries du Pistolet d'or à Mons et de Fernando Duran à Madrid vendent assez régulièrement des oeuvres d'Arsène Detry. Son importante bibliothèque qui comporte de nombreux envois qui lui sont adressés est aussi dispersée et le hasard de recherches ciblées permet quelquefois d'en retrouver comme c'est le cas de l'ouvrage sur le peintre Pierre Dequène avec qui Arsène fonde Les Loups, imprimé à Cuesmes après 1925 et dont l'exemplaire numéroté 91 porte la dédicace flatteuse de l'auteur, Fernand Legrand, « Très cordial hommage à l'excellent paysagiste Arsène Detry, Mons, le 5 mars 1928 ». Quatre ans après le décès de la seconde épouse d’Arsène, environ vingt oeuvres dont un fusain la représentant ont été mises en vente à la salle de ventes Monsantic à Mons en juin et juillet 2013. Lors des enchères du 3 février 2025 à la salle de vente Rops à Namur, une œuvre troublante et touchante d’Arsène Detry, de grand format (96/92 cm), intitulée « Portrait d’un aveugle » a été proposée sous le lot numéro 5103. Elle montre la grande variété de sujet et d’interprétation de l’artiste.
P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, pp. 469-483 ; Ancienne collection Mme Arsène Detry.
Les références relatives à Arsène Detry sont nombreuses :
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La Gazette de Charleroi, 21 mars 1928, 4 novembre 1932 ;
La Province, 5 février 1930, 22 février 1933 ;
Het Laatste Nieuws, 23 mars, 14 avril 1930, 12 février 1933, 3, 11 avril, 19 mai 1942, 1er janvier, 21 mai 1943, 30 août 1947, 19 décembre 1948 ;
Het Handelsblad, 13 avril 1930 ;
De Standaard, 17, 23 avril 1930, 5, 8 mars 1939, 26 août, 19 décembre 1948 ;
Le Journal de Charleroi, 29 avril 1930, 4 décembre 1932, 21 décembre 1955 ;
La Meuse, 13 novembre 1930, 30 décembre 1936, 3 janvier 1939 ;
Exposition du peintre A. Detry, Mons, du 18 au 31 octobre 1931 ;
La Nation Belge, 15 mai 1932, 3, 10-11 février 1933 ;
Arsène Detry, du 11 au 19 octobre 1932 ;
Office international des musées, Paris, avril 1933 ;
Office international des musées, avril 1933, informations mensuelles, p. 14 ;
La Belgique active, Province du Hainaut, Biographie des Personnalités, Bruxelles, 1934, p. 57 ;
La Dernière Heure, 19 avril 1934, 24 septembre 1947 ;
La Cité nouvelle, 15 décembre 1937, 27 avril, 22 mai 1946 ;
Le Pays Réel, 27 août 1941, 9 avril et 20 août 1944 ;
Le Nouveau Journal, 3 janvier, 31 mars 1942, 3 avril 1944 ;
Brusseler Zeitung, 3 avril 1942 ;
La Gazette de Charleroi, 22 mai, 31 décembre 1942, 22 avril 1943 ;
La Province de Namur, 22 mai, 31 décembre 1942 ;
Het Vlaamsche Land, Vooruit, 21 mai 1943 ;
De Gentenaar, 22 mai 1943 ;
La Région Mons, 10 juin 1943 ;
Journal du Borinage, 3, 13 septembre 1943 ;
Le Centre, 25 avril 1944 ;
La Métropole Anvers, 27 mars 1945 ;
Le Soir, 4 avril 1945, 10 mars 1954, 20 février 1959, 16 juin 1961, 9 octobre 1963, 3 janvier 1982, 11, 28 mars 1983, 24 mars 1986, 16 mai 2000 ;
L'Aube, Mons et Borinage, 5 septembre 1945 ;
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L'Indépendance de Charleroi, 20 mai 1946, 24 janvier, 19 mai 1947, 8 septembre, 28 décembre 1948, 19 septembre 1950, 12 mars 1953, 18 décembre 1955 ;
La Cité nouvelle, 22 mai 1946 ;
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La Province, 28 septembre, 26-27 décembre 1946, 18 décembre 1949, 1er février 1955, 15, 20, 29 avril 1959, 31 décembre 1982, 2 mars 1983, 7 avril 1987 ;
Le Savoir-Vivre, Éditions Le miroir infidèle, Bruxelles, 1946 ;
La Vie populaire, 1er décembre 1946 ;
Chambre des Représentants, Budget du Ministère de l'Instruction publique pour l'exercice 1947, Achat à des artistes belges et étrangers, p. 4 ;
Le Rappel, 5 février 1947 ;
Les deux fondateurs du Jeu de Mons et du Borinage, M. René Noël, échevin des Finances et des Fêtes de la ville de Mons, et président du Comité exécutif, et M. Arsène Detry, secrétaire général et directeur artistique (avec leurs photos), programme officiel, 1947 ;
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Bil Bo K, revue d'Art et de Littérature, janvier 2015, pp. 8, 24-27 ;
Archives et musée de la Littérature où existent cinq fiches à son nom (verbo Detry) ;
Des lettres d'Arsène Detry datant de 1944 sont conservées aux Archives générales du Royaume dans le Fonds Albert Guislain mais ne seront consultables qu'en 2200. AGR, Inventaire des archives personnelles d'Albert Guislain (1890-1969), avocat, juriste et homme de lettres, p. 76 ; La Province, 14 septembre 2025. Arsène fait l’objet sous le titre de Poète du Borinage d’un reportage en juillet 2025 de Mumons.
Les Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles possèdent des échanges de correspondances entre Arsène Detry et Marcel Baugniet (ML.7755/24) et Hubert Colleye, journaliste, poète, critique d'art liégeois, conservateur du Musée Wiertz et directeur de la page artistique du journal La Métropole, qu'il remercie en 1961 pour "la si belle étude critique que vous avez fait paraître dans La Métropole concernant mon exposition à la Galerie Albert Ier (...)". Il y a aussi une correspondance entre Arsène Detry et René Magritte qu'il invite à venir passer une journée chez lui (M.L 7415/56). On verra encore des extraits de la Revue La Nervie, revue illustrée d'Arts et de Lettres, VIII, 1929 avec un très bel article d'Albert Jacquemotte sur Arsène Detry qui commence par "Tout ce que Detry peint est vrai de matière, de volume et de mise en place (...)". Le Soir, 20 avril 1939 ; A. Simon, Portrait très fragmentaire d'un romancier noir, Colfontaine, 2006 (voir numéro paginé 17).