« La mort idéale et la plus belle pour moi, c'est celle qui survient pendant l'accomplissement du devoir. »
– Alexandre Stamboliski
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Léon-Octave DETRY, colonel commandant le 12e régiment de Ligne à Liège, collaborateur de la Belgique Militaire, président de la Commission organisatrice de la Fête militaire d'Ostende en 1905, membre de la Société d'Études coloniales d'Ostende, officier de l’Ordre de Léopold, croix militaire de 1ère classe, médaille commémorative du règne de S. M. Léopold II, né à Chimay le 25 avril 1854, décédé à Liège le 14 juin 1912, épouse à Namur le 4 septembre 1879 Sidonie van MAL, née à Eysden (NL) le 31 mai 1859, décédée à Bruxelles le 19 janvier 1942, fille de François, maître orfèvre à Maastricht puis rentier, membre du Cercle lyrique de Vilvorde, et de Marie Ubaghs.
La personnalité de Léon-Octave Detry est attachante. Malgré sa taille très moyenne, 1m70, son extérieur est imposant. Est-ce le prestige de l'uniforme qui en l'occurrence lui sied admirablement bien ou le développement majestueux d'une moustache généreuse, on ne le sait mais, quoi qu'il en soit, il marque certes par sa prestance et ceux qui croient extérieurement voir en lui l'image d'un certain Dourakine, ne se trompent guère. Si la fermeté de son caractère en fait un brillant officier supérieur, il est pour les siens un modèle de douceur, de spontanéité, il est ce père et ce grand-père que chacun voudrait avoir, tant il marque une vie. Troisième enfant de Denis Detry et de Joséphine Baily, Léon-Octave naît, « par accident », à Chimay le 25 avril 1854, à deux heures du matin. C'est en effet dans cette petite ville où l'enfant ne compte pas d'attache familiale qu'il voit le jour, son père ayant été professionnellement détaché en ce lieu. Léon-Octave reste peu de temps à Chimay et c'est à Namur, cité berceau de ses ancêtres, que son frère voit le jour quatre ans plus tard.
L'enfance de Léon-Octave est simple et heureuse. Sa vie à Salzinnes est faite de quiétude et d'évasion permanente dans la campagne des Bas-Près auprès de sa grand-mère maternelle. Partagé entre la douceur d'un père et la fermeté d'une mère, ses frère et sœurs et lui sont éduqués dans le sens du devoir que l'idéal militaire représente parfaitement aux yeux de leur père. Que ses deux fils deviennent officier est le désir profond de ce père qui consacre à l'État le meilleur de lui-même et qui insuffle aux siens combien l'honneur bien pensé n'est pas un vain mot. À peine ses études secondaires accomplies, Léon-Octave s'engage, le 28 février 1872, il n'a pas encore dix-huit ans, pour huit ans, un mois et quatre jours comme caporal au 5e régiment de Ligne. Il fréquente alors l'école des sous-officiers de Dinant, située dans la citadelle même et garde toute sa vie un souvenir fatigué des nombreuses marches à monter pour parvenir au sommet de la forteresse! Caporal fourrier le 6 mai de la même année, il est nommé sergent le 1er octobre et attend deux ans, le 14 octobre 1874, pour passer sergent-major. L'armée le passionne et il ne compte nullement piétiner dans les grades subalternes. Adjudant sous-officier le 22 janvier 1876, il passe le 25 juin sous-lieutenant et est désigné pour le 10e régiment de Ligne. Il a 22 ans et l'avenir devant lui.
Son éducation est soignée, sa famille est considérée à Namur et il n'a pu songer jusqu'alors, dans la position qu'il occupe, à prendre épouse. Maintenant que le fossé séparant les sous-officiers des officiers est franchi, il en est autrement et il peut se permettre de conter fleurette à quelque gente demoiselle. Et Léon-Octave le tendre qui aime la poésie notamment celle de Lamartine dont il calligraphie des œuvres dans un recueil, se fait poète pour chanter celle qui occupe ses songes. Ce poème de sa plume est conservé dans les archives familiales :
S'inquiétant des censeurs comme des dieux fétiches
Imitant les poètes, Léon vint essayant
De dépeindre son coeur, par quelques acrostiches,
O il est si profond, cet amour grandissant,
Né au bruit de la rame, à l'heure où la soirée
Invitait par ses charmes, nos coeurs à l'épanchement
En glissant légèrement sur le fleuve d'argent »
Nous sommes le 26 mars 1878 et celle qui fait ainsi rêver ce jeune sous-lieutenant s'appelle Sidonie van Mal et compte dix-neuf printemps. Son père François, originaire de Maastricht, vit depuis peu à Salzinnes avec sa mère, née Ubaghs, appartenant à une ancienne famille patricienne de Maastricht qui donne des marchands et des officiers supérieurs dont un officier d’ordonnance du Prince Alexandre de Russie. Serait-ce la jolie hollandaise qui étourdit à ce point Léon-Octave ? Le 19 janvier, il reçoit quatre jours d'arrêts simples du colonel Beeckmans pour n'avoir pas assisté à un conseil de discipline auquel il était attendu. C'est là la seule réprimande écrite de toute sa carrière militaire. Amoureux et encouragés par leurs parents, les jeunes gens forment des projets d'union. Mais la procédure militaire en matière de mariage nécessite du temps et après avoir introduit sa demande, Léon-Octave doit attendre que les enquêtes et rapports d'usage se réalisent. Dans une note du 21 février 1879, le bourgmestre de Namur, Émile Piret-Pauchet, ne manque pas de signaler au Ministre de la guerre « que la demoiselle Sidonie-Marie-Isoline-Césarine van Mal, sans profession, née à Eysden (Hollande) le 31 mai 1859, fille de Jean-François-Mathieu et de Marie-Hubertine-Joséphine Ubaghs, rentiers, est ainsi que ses père et mère de bonne conduite, vie et mœurs, qu'ils jouissent tous trois de l'estime et de la considération publique tant sous le rapport de la moralité que sous celui du rang qu'ils occupent dans la société ». Son rapport se complète le 12 juin par cette note : « le bourgmestre de la ville de Namur certifie en outre qu'il est de notoriété publique que les époux van Mal-Ubaghs possèdent une fortune qui leur permet d'assurer à chacun de leurs deux enfants le revenu exigé pour contracter mariage avec un officier de l'armée ».
Alors que le 23 mai, Sidonie doit prendre l'engagement par écrit « de ne pas suivre son mari dans les camps et cantonnements », le 30, ses parents donnent leur plein consentement au mariage dans une missive jointe au dossier. Sur base de ces éléments, la situation peut être examinée par les autorités militaires qui constatent que Léon-Octave « a 25 ans 2 mois, est célibataire, sans enfant, a beaucoup de zèle et est à la hauteur de ses fonctions, que sa conduite est bonne, qu'il sert bien, et qu'il est digne de faveur ». Alors que le colonel commandant le régiment estime que cet officier est trop jeune d'âge et d'ancienneté et que sa situation actuelle ne lui permettra pas de tenir son rang, le général major de Sauvage, commandant la division conclut quant à lui « les conditions d'âge, de considération et de fortune me paraissant remplies, j'émets un avis favorable ». Les avis divergent donc et c'est au Ministre de trancher.
Dans un récapitulatif dressé en juin au ministère, la situation est exposée et porte la conclusion suivante : « on a accordé souvent l'autorisation de se marier à des officiers plus jeunes encore que le sous-lieutenant Detry. La raison évoquée par le commandant de régiment et le commandant de circonscription pour rejeter la demande de cet officier ne me paraît donc pas suffisante puisque le projet de mariage se présente dans les conditions requises de fortune et de convenances sociales. Toutefois, eu égard à l'avis de ses chefs, on pourrait ajourner la demande en faisant connaître à l'officier la cause de cet ajournement afin de ne pas laisser les intéressés dans une position fausse. Le sous-lieutenant Detry pourrait ainsi reproduire sa demande plus tard. A vrai dire je préférerais lui voir donner la permission maintenant ». Par arrêté du 12 juillet, le Ministre marque son accord et les jeunes fiancés peuvent respirer !
Ainsi, le 18 août 1879, soit quinze jours avant le mariage qui est célébré à Namur, Sidonie assistée de ses parents, établit devant Maître Alphonse Herfst, notaire à Maastricht, son contrat de mariage. Elle apporte en dot des terres personnellement héritées de son grand-père, Léonard Ubaghs, propriétaire des environs de Maastricht et qui consistent, toutes dans cet arrondissement, en 1/2 hectare sur le territoire de Bunde, 63 ares sur celui de Geulle, 25 ares sur celui de Schimmert et 1 hectare 30 ares sur celui de Ruremonde, estimées au total à 6.198 florins. Complémentairement à ces biens qui lui sont propres, Sidonie bénéficie d'une rente annuelle et viagère de 1.100 F (soit un capital de 12.948 florins) assurée par ses parents qui pour la cause donnent en garantie des terres leur appartenant et qui forment 4 hectares 28 ares sur la commune d'Echt et 5 hectares 20 ares sur celle de Roosniel. La rente viagère constitue véritablement la dot de Sidonie exigée pour toute épouse d'officier et a fait l'objet d'une acceptation par le ministre de la Guerre représenté ce jour-là, chez le notaire Herfst, par Guillaume-Désiré Franquinet, avocat et consul de Belgique demeurant à Maastricht.
Ces dispositions matérielles prises, le mariage peut être célébré le même jour, 4 septembre, à la mairie de Namur et à l'église Saint-Jean-Baptiste de cette ville, là-même où les parents de Léon-Octave se sont mariés et où sa mère et tous les membres de sa famille maternelle ont été baptisés. Le curé de l'époque n'est autre que l'abbé Descamps qui devient plus tard chanoine et laisse son nom à une place namuroise. Le repas de mariage rassemble de nombreux convives et les tourtereaux ont juste le temps de quitter la joyeuse assemblée pour sauter dans le train qui doit les emmener en France, au bord du Rhin et en Italie, lieu de leur lune de miel. Ils restent partis trois semaines mais les dernières journées sont passées à Heerlen dans le Limbourg hollandais où Sidonie présente à Léon-Octave famille et amis. Ils logent alors chez le Docteur Péters, un vieil ami des parents de la mariée, témoin au mariage civil, et c'est là, le 14 septembre, qu'une lettre de Madame van Mal écrite dans un français exprimé par une Hollandaise, parvient à la toute jeune Madame Detry :
Mes chers enfants, Il nous a été très agréable de recevoir de vos nouvelles car le temps nous paraissait long avant de savoir chaque fois quelque chose. Nous ne pouvions répondre ne sachant pas où vous vous arrêtiez et n'ayant pas d'adresse, de sorte que j'adresse la présente chez le docteur Péters. Je suis certaine qu'elle vous parviendra. Nous sommes tous très curieux de vous entendre nous raconter les belles choses et la nature que vous avez vus (sic) et administrés (sic) pendant votre voyage. Nous sommes heureux que le voyage ne vous a pas incommodé et que vous vous portez bien, ce que nous faisons de même. Je suis tout à fait remise de la fatigue de la noce. Léon est parti le soir à 8 heures. Ferdinand à 11h 3/4 la nuit, Charles à 7 heures le matin et le docteur Péters à 6 heures [1]. Le restant est parti de la noce à 4 heures le soir et se sont parfaitement amusés. Enfin, nous vous raconterons le tout verbalement. Vous saurez peut-être que le ministre de la Guerre est nommé (général Liagre) (...). Monsieur Detry m'a dit qu'il a remis à Monsieur Wéry l'extrait de votre mariage pour le remettre au colonel. Joséphine et Marie s'amusaient bien samedi ; elles ont été au kursaal. Mercredi, nous avons repris notre leçon de danse au kursaal ; après nous sommes restés à la répétition et puis au concert du 10e place d'armes. Hier, nous avons à nouveau été au concert. Après, nos deux jeunes filles ont dansé, Monsieur Fischer a été très complaisant, et aujourd'hui elles iront au bal. Monsieur Rops [2] s'est fait présenter hier.
Enfin, on se propose beaucoup de plaisir pour ce soir, Messieurs van Loo et du Sart s'étant fait présenter de sorte qu'il ne leur manque pas de cavaliers. Elles ont déjà quatorze inscrits sur leur calepin ! Elles vous attendent avec impatience. Marie devra quitter à la fin de la semaine. Lundi, je vais arranger la maison pour que vous la trouviez prête à votre arrivée, où j'espère que vous serez heureux ensemble car les parents n'envisagent que le bonheur de leurs enfants et sont contents et heureux quand ils voient que leurs enfants s'aiment de jour en jour davantage et qu'ils font un bon mariage. Aussi, ils espèrent qu'il continuera comme il a commencé car alors c'est un ciel sur la terre. Nous espérons bientôt savoir le jour de votre arrivée ici afin de vous embrasser en réalité, ce que nous faisons en idées. PS : bien des choses aimables de Monsieur Detry, Alice, Joséphine, Marie et toutes vos connaissances. Le lendemain de votre mariage, Alice, Émile, Joséphine, Marie et Arthur ont été passer la journée à Bruxelles et se sont bien amusés. Pardonne mon griffon en hâte ».
On le constate, il s'agit là de la lettre d'une mère, toute dévouée à ses enfants et attendant avec impatience leur retour. Quelques jours plus tard, le jeune couple rentre de voyage et s'installe à Namur, Léon-Octave étant alors en garnison en cette ville. Quelques mois passent et le jeune sous-lieutenant est envoyé le 16 janvier à Vilvorde, nouveau lieu de garnison où il prend en location le 1er février 1880, une maison sise rue d'Aubremée. Le loyer annuel est fixé à cinq cent cinquante francs payables par mois et par anticipation. Le jeune ménage s'installe donc en ces lieux et est encore tout à la joie de ces changements qu'une nouvelle vient les attrister : le père de Léon-Octave décède à soixante-deux ans d'un infarctus. La disparition, de surcroît si subite, de ce père aimé lui cause un bien grand chagrin. Dans son nouveau lieu de casernement, Léon-Octave se lie d'amitié avec un lieutenant du 12e de Ligne détaché comme lui au corps de discipline et de correction en garnison à Vilvorde depuis plus de quatre ans déjà. Le jeune officier se nomme Émile Dendal, a perdu deux ans plutôt, en couches, sa jeune épouse de vingt-trois ans, Alix Delrée, et s'éprend bien vite de la jolie Alice, sœur cadette de Léon-Octave qui, orpheline de vingt et un ans, réside chez son frère.
Alors que le 21 janvier 1881 naît à Vilvorde, René-François, premier enfant de Sidonie et Léon-Octave, le 22 octobre de la même année est célébré le mariage d'Alice avec le lieutenant Dendal. Le père de la jeune épouse doit être là-haut bien heureux : ses deux fils et son gendre ont embrassé les armes. Depuis peu, Émile, frère de Léon-Octave, s'est formé en effet à l'école d'équitation d'Ypres pour s'engager ensuite au régiment des Lanciers, carrière qu'il abandonne toutefois rapidement. À peine quatre mois plus tard, le 16 février 1882, c'est Elvire qui vient combler de bonheur ses parents trop heureux d'avoir pour René-François une petite sœur avec laquelle jouer. Son prénom est inspiré de celle qui fut la muse et l’amour de Lamartine. La jeune mère mène une existence tranquille réconfortée par la présence de ses parents installés eux aussi depuis peu à Vilvorde. Dès le mois d'avril, Léon-Octave est pressenti pour passer lieutenant et s'il s'agit là pour lui d'une excellente nouvelle, sa joie n'est pas complète car on envisage aussi de le muter pour un autre lieu, ce qui ne le ravit nullement. Car, d'une part, il aime ses attributions du moment et, d'autre part, son épouse est heureuse d'avoir à Vilvorde ses parents à ses côtés.
Son commandant partage son avis et intervient en ce sens le 13 mai, via le colonel-chef d'Etat-major auprès du ministre de la Guerre. Ce dernier donne ordre au colonel d'examiner la situation et de voir si Léon-Octave peut être maintenu en ce lieu. Le rapport n'est pas favorable et il semble donc exclu que le sous-lieutenant Detry puisse être maintenu en fonction au corps de discipline. Alors qu'il est nommé lieutenant le 29 septembre, Léon-Octave, qui ne s'avoue pas vite vaincu, contacte Émile Cuvelier, alors membre de la Chambre des Représentants et bourgmestre libéral de Namur, autrefois ami et voisin de son père engagé lui aussi dans le parti libéral, en le priant d'intervenir en sa faveur. Ce que ce dernier, en séjour au Grand Hôtel de Bade à Paris, ne manque pas de faire dans son courrier qu'il adresse au général Pontus, à Bruxelles, le 3 octobre : « Monsieur le Général, Monsieur Léon Detry nommé lieutenant est désigné pour passer au 11e de Ligne. Ne vous serait-il pas possible, Monsieur le Général, de le désigner pour continuer à servir au corps de discipline et de correction ? Je connais Monsieur Detry depuis son enfance et il mérite à coup sûr toute votre bienveillance. Je suis, Monsieur le Général, bien cordialement, votre tout dévoué ».
Dans la lettre de réponse que le général, directeur du personnel, adresse à Émile Cuvelier le 5 octobre, il lui fait part de son profond regret de ne pouvoir accéder à sa demande lui confirmant ce que Léon-Octave connaît déjà, à savoir que l'effectif des lieutenants attachés au corps de discipline et de correction est au complet. Ainsi Léon-Octave se retrouve-t-il quelques jours après au 11e régiment de Ligne à Beverloo où c'est la cravache à la main droite et tenant de la main gauche les rennes de son cheval qu'un portrait d'époque nous le dépeint. Car une chose est certaine : Léon-Octave le modeste aime toutefois poser et tout au long de sa vie, les photographies le montrant au milieu de ses officiers, à cheval ou à ses côtés, assis, debout, en campagne ou en studio de photographe, sont nombreuses. Accompagnées de petits mots charmants, les siens en reçoivent très régulièrement et notamment son neveu et filleul Edgar Detry, le fils d'Émile Detry, pour qui son affection est grande. Le 11 avril 1885, Léon-Octave est à nouveau désigné par le corps de discipline et de correction et ce sont cinq ans qu'il attend, le 7 octobre 1890, pour être nommé capitaine en second de 2ème classe, affecté au 4e régiment de Ligne.
La famille emménage alors à Bruges. Le 3 avril 1892, René-François et Elvire font ensemble leur première Communion, en l'église paroissiale de Saint-Gilles à Bruges, à quelques pas de leur demeure sise rue de la Barrière, et cette occasion donne lieu à un grand déjeuner rassemblant toute la famille. Deux mois s'écoulent et leur père est nommé adjudant-major du bataillon avant d'être, en décembre de la même année, promu capitaine en second de 1ère classe. Entre-temps, Léon-Octave, passionné de chiens comme son frère Émile, participe avec « Moor », « un berger à longs poils ras de race continentale », à l'importante Exposition canine de 1889 ; il y décroche un deuxième Prix décerné par le jury composé notamment du baron Ed. del Marmol et du général David. Les Prix sont prestigieux et décernés notamment grâce à la générosité de M. Warocqué, par la Société Royale Saint Hubert ou par l'Antwerp Fox Terrier Club représenté par M. C. della Faille de Leverghem, famille anversoise à laquelle appartient Nathalie della Faille de Leverghem épouse de Philippe-Edgar Detry.
Deux années passent pendant lesquelles Léon-Octave occupe cette position avant d'être, le 26 décembre 1894, désigné comme capitaine-commandant, fonction qu'il exerce six ans. L'année 1897 représente pour lui un anniversaire. C'est en effet un quart de siècle qu'il a alors consacré à l'armée. Sujet à cette occasion de divers témoignages de sympathie, Léon-Octave est particulièrement touché de l'affection manifestée par Sidonie et ses enfants, et dans un mot de remerciement conservé dans les archives familiales qu'il leur adresse, il ne cache pas son émotion : « Cette triple manifestation de l'affection que vous me portez m'est chère. Ma paupière s'est humectée en vous voyant si remplis de tendresse pour moi. Je vous en remercie du fond de l'âme. Le couronnement de cette carrière de vingt-cinq ans a un charme exquis, celui de sentir autour de moi cette chaude atmosphère d'amour de ma chère femme, tendre, dévouée et aimante comme aux beaux jours de notre jeunesse, et celui qui m'inonde l'âme d'un rayon bienfaisant, de l'amour de vous, chers enfants si bons, si sincères, si bien doués et vers lesquels vont toutes mes aspirations. Soyez heureux, mes biens chers. Votre bonheur est mon seul plaisir ici-bas. Votre affection pour moi n'a d'égale que celle qui me brûle le cœur pour vous. Que mon cher René recueille les fruits de ses multiples travaux. Que ma petite souris trouve un mari digne d'elle et qui lui donne tout le bonheur qu'elle mérite. Et nous deux, chère femme, appuyés l'un contre l'autre, nous contemplerons la réalisation du bonheur de nos bons enfants ».
Ce laps de temps a, en effet, vu grandir les deux enfants de ce couple si uni. Si René-François étudie le latin et le grec à Bruges, Elvire, elle, se passionne pour la musique et notamment le violon, instrument dont joue également son père, accompagné au chant par Sidonie. Elle aime en effet beaucoup cette discipline et ses parents jugent que l'enseignement du Conservatoire de musique lui sera plus propice encore que celui d'un professeur privé. Toutefois, il n'est encore guère dans les mœurs d'envoyer une jeune fille au Conservatoire et il faut la précaution indispensable de la faire accompagner, tant à l'aller qu'au retour, de sa bonne, pour que la chose paraisse acceptable. Elvire s'épanouit pleinement dans ses cours de musique et elle décroche l'un après l'autre les lauriers du succès : 1er Prix de violon et 1er Prix de solfège le 26 mars 1899, 1er Prix à l'unanimité de musique de chambre et 1er Prix de quatuor le 31 mars 1899, et consécration parmi toutes, Prix d'excellence de violon, avec distinction, le 31 mars 1901. Elle est la première jeune fille à être ainsi primée au Conservatoire de Bruges. La jeune fille reçoit aussi à domicile les cours de dessin de Mademoiselle Le Gendre, fille d’un professeur de l’Académie de Bruges, mais bien qu'ayant laissé quelques jolies œuvres, Elvire préfère de loin la musique au dessin.
Léon-Octave est, en ce début de siècle, pressenti pour être nommé major et à cette occasion, le chef de bataillon chargé d'apprécier sa conduite nous le définit comme tel dans un rapport daté du 7 avril 1900 et conservé dans son dossier militaire : « extérieur : « distingué », constitution et santé : « très bonnes », intelligence : « très développée », jugement : « droit », caractère : « militaire », éducation : « soignée », conduite privée : « très bonne », situation pécuniaire : « très bonne », langue que l'officier parle et écrit : « français, très bien », aptitude comme cavalier : « très bien », tenue : « très bonne », aptitude devant la troupe : « militaire », manière de servir : « très zélée », connaissances militaires : théoriques : « très grandes », pratiques et spéciales : « grandes ». Est-il digne d'avancement au choix : « oui ». Proposé pour : « major ». Sur le rapport militaire comme sur le rapport administratif, le capitaine-commandant Detry dirige sa compagnie d'une façon exemplaire. Très bon officier, très sérieux et travailleur assidu. J'ai la conviction intime qu'il possède toutes les qualités pour diriger dans toutes les éventualités un bataillon, et qu'il fera un bon major ».
Les conséquences ne peuvent qu'être positives et le 26 décembre 1901, Léon-Octave est nommé major et désigné le lendemain, retour aux sources, pour le 10e régiment de Ligne. La famille au complet déménage alors et s'installe à Kontich, près d'Anvers, dans une demeure sise près du parvis de l'église. C'est là qu'Elvire, devenue une jolie jeune fille de vingt ans, épouse le 19 août 1902 Gustave Feytmans, de dix ans son aîné, alors professeur à Ostende. C'est chez le docteur van den Abeele, un ami brugeois de ses parents avec lequel Elvire fait de la musique de chambre, que les jeunes gens se sont rencontrés. C'est à cette époque que le peintre brugeois Georges de Sloovere réalise le portrait d'Elvire. René-François suit les cours de droit à l'Université de Gand et voit partir non sans nostalgie celle qui a partagé ses rêves et jeux d'enfants. Alors que Léon-Octave se dépense toujours sans compter pour sa profession, Sidonie s'attache gracieusement à l'alphabétisation des sous-officiers, parmi lesquels l'illettrisme est encore très présent. Le 27 septembre 1902, le major Detry est désigné pour le 3e régiment de Ligne, poste qu'il occupe cinq ans. Il s'installe alors à Ostende, se rapprochant de sa fille. Nommé le 26 mars 1907 lieutenant-colonel, Léon-Octave a, à cette époque, la satisfaction de voir son fils terminer des études de droit et d'être engagé le 1er avril au ministère des Colonies, où il réalise ensuite une carrière brillante et fonde et préside en 1934 la Loterie Coloniale devenue ensuite la Loterie Nationale.
Installé à Ostende, Léon-Octave est actif sur tous les plans. En 1903, il est présent à la distribution des Prix de l'athénée royal qui s'accompagne d'une conférence du professeur de rhétorique française sur L'influence éducatrice de la Littérature, et en particulier de la Littérature française. Fin de cette année-là c'est à la première réunion de la Société d'Études coloniales qu'il assiste qui se déroule dans la salle blanche du casino « qui avait reçu une très jolie décoration de plantes ornementales encadrant le buste du Roi. M. le lieutenant général Donny, aide de camp du Roi, vice-président de la Société d'Études coloniales à Bruxelles, est venu spécialement à Ostende pur assister à la cérémonie d'inauguration et en rehausser l'éclat par sa présence(...) ». Dans le discours du vice-président de la Société, il est souligné « qu'il me soit permis de rendre ici un hommage tout spécial de reconnaissance à l'Armée, au 3e régiment de Ligne, dont tout le corps d'officiers est venu, dès la première heure, s'inscrire parmi nos membres. Ce témoignage de sympathie profonde ne pouvait nous surprendre, car le 3e régiment de Ligne, s'est de tout temps distingué par son ardeur à soutenir l'oeuvre grandiose entreprise par S.M. Le Roi ». On le voit, Léon-Octave est un admirateur inconditionnel de l'oeuvre coloniale du Roi Léopold II et transmet cette passion à son fils.
En août 1904, Georges Marquet, directeur du kursaal d'Ostende et mécène généreux, met à la disposition gratuitement les lieux parés de fleurs et plantes merveilleuses et « de milliers de lampes électriques en forme de lumineuses étoiles », pour y organiser une « fête internationale de charité » où les personnalités organisatrices sont nombreuses : Octave Serruys, le baron Menasce, banquier d'origine austro-hongroise et père de Jean de Menasce (1902-1973), Père dominicain français, théologien et orientaliste parlant une quinzaine de langues dont l'hébreu et le syriaque, Germaine Rittweger, Melle van Sprang, Mme de Mazière, MM. Carbonnelle et de Brouwer, et Mme Léon-Octave Detry qui avec la Générale Soyer s'occupe, trente ans avant la création de la Loterie Coloniale par son fils, d'une « Loterie artistique ». La fête a pour thème l'Espagne et la presse se répand en détails admiratifs sur l'ampleur et la diversité de l'événement qui propose tantôt « un ballet espagnol, un « five o'clock » dans le jardin d'hiver, une salle de bal parée de verdure et de fleurs qui n'attend que les couples joyeux qui, ce soir, vont y tournoyer nombreux au son des plus entraînantes valses dont l'orchestre se montrera prodigue, de très nombreuses échoppes de vente, un Palais du diamant où s'étalent des pierreries à rendre jalouse Otero et enfin une remise de Prix « aux dames et demoiselles les mieux travesties en mode espagnole », pour lequel est établi un jury artistique composé non des moindres représentants parmi lesquels James Ensor, le chevalier de Mélotte, le comte de Lannoy, le peintre Baertsoen, placés sous la présidence du Général Gilson, président du conseil d'administration de la crèche Louise-Marie. En 1905, Léon-Octave assiste au Concours national de tir et aux différentes manifestations en rapport dont des conférences sur le sujet. C'est aussi l'année où il est président de la Commission organisatrice de la Fête militaire qui se déroule à Ostende dans le cadre des festivités de l'Indépendance de la Belgique.
La presse relate largement l'événement qui semble parfaitement réussi et rassemble énormément de monde. Différents exercices sont proposés, musique du 3e régiment de Ligne, parades des Lanciers, escrime italienne, le jeu de la rose du régiment de Croÿ et « une dernière Brabançonne, reprise en choeur et écoutée debout par tous les spectateurs clôture cette fête réussie en tous points et il convient de féliciter la Commission organisatrice, dont le major Detry, président ».
La presse relate en 1906 que « l'arrivée des chefs de la mission chinoise est tout un événement pour la ville d'Ostende où déjà nombre de nos concitoyens goûtent le charme des villégiatures estivales. Il y fait d'ailleurs délicieux. Au moment où je vous télégraphie la gare d'Ostende – quai où la malle Princesse Elisabeth doit débarquer les envoyés du Céleste Empire, offre le plus gracieux coup d'oeil. Des drapeaux belges secoués par la brise flottent sur le hangar, au faîte duquel le drapeau jaune illustré du dragon noir s'éploie dans le soleil. Tout au long du quai court le cérémonieux tapis rouge. Un bataillon du 13e de Ligne rend les honneurs, près du débarcadère où les panaches neigeux des musiciens frissonnent dans la brise. Les personnalités officielles réunies sous le hangar forment un groupe pittoresque et chamarré au sein duquel surgissent les coiffures exotiques à boutons de cristal et de corail des membres de la Légation de Chine, venus de Bruxelles avec les attachés de la mission pour recevoir le duc Tsaï-Tcha et sa suite de hauts dignitaires. (...) Parmi les personnalités belges, je remarque M. Pieters, bourgmestre d'Ostende, le baron de Béthune, gouverneur de la Province, MM. Warocqué et Lambotte, respectivement président et secrétaire de la Chambre de commerce sino-belge, le major Detry, d'autres autorités encore en grand uniforme et chapeau claque.
Ce déploiement d'honneurs protocolaires fait merveille dans le cadre riant de la rade, où les yachts de plaisance dressent leur élégante mâture à côté de l'Alberta dont la coque verte et blanche se balance avec grâce sur l'eau doucement agitée. Tandis que l'on devise de choses et d'autres et que l'on aspire avec délices l'air du large, le canon tonne soudain à l'extrémité du port. (...) La « Princesse Elisabeth » est maintenant en vue. Elle s'avance lentement traînant derrière elle un long panache de fumée noire. On aperçoit (...) plus loin sur le pont, à l'arrière, le duc Tsaï-Tcha et le trésorier, Tchang-Tchi-Neng, apparaissent entourés d'un groupe nombreux de Chinois en robe. (...) Le chef de la mission a revêtu une sorte de boléro d'un jaune éclatant à collet bleu, et une robe bleu-de-roi. Il est coiffé du chapeau traditionnel à boutons de cristal d'où tombe par derrière la plume de paon, qui dans les solennités chinoises, est toujours l'indice d'une très haute qualité. Le visage jaune et glabre est éclairé par deux yeux très vifs qui pétillent derrière les lunettes d'or (...). Son Altesse Impériale sert la main du bourgmestre, du gouverneur, des officiers. Ces préliminaires s'accomplissent rapidement. Le duc a hâte de quitter le bord et de descendre sur le quai où la musique entonne à nouveau l'air national chinois. Le duc Tsaï-Tcha et les envoyés du Roi prennent place dans le train. Il est 3 heures et le train démarre lentement au milieu des ovations populaires ». En juillet, Léon-Octave est présent au Te Deum en l'église Saint-Pierre et Paul pour lequel « l'École des Mousses au complet était présente ».
En 1908, Léon-Octave, alors lieutenant-colonel assiste avec intérêt à un match à l'épée de combat entre deux régiments, et son intérêt pour l'escrime ayant toujours été grand, il y prend un vif plaisir. En juin, sous le titre de « Le 3e de Ligne à Menin », le journal Le Carillon relate « qu'ainsi que nous l'avons annoncé, la garnison d'Ostende, composée de deux bataillons du 3e de Ligne, se rendant au camp de Beverloo, est arrivée mardi à Menin (...). Un peu après midi, les deux bataillons précédés de la musique du régiment, faisaient leur entrée dans la ville, par la porte de Bruges. Les officiers des écoles réglementaires du 3e Chasseurs à pied et du 3e de Ligne, de Menin, s'étaient portés à la rencontre de leurs collègues. A l'extrémité de la rue de Bruges, ils ont salué le colonel Houbion et le lieutenant-colonel Detry ». En août, c'est au dîner qui clôture La grande semaine d'escrime que l'on retrouve Léon-Octave. Deux-cents couverts sont dressés dans la grande salle de bal du kursaal et l'on peut lire « que le banquet fut des plus animés ; on avait l'impression qu'une cordialité sincère et franche réunissait tous les brillants officiers des plus célèbres armées européennes (...). A l'heure du Charles Heidsick, le toast d'usage au Roi fut porté et individuellement aux souverains de toutes les nations représentées au banquet. La musique du 3e de Ligne soulignait chaque santé royale par les premières mesures de l'hymne national du pays correspondant ».
En janvier 1909, il assiste à la conférence de Léon Chomé, directeur de la Belgique Militaire à laquelle collabore Léon-Octave. La salle du casino est comble pour écouter l'orateur qui « poussé par un patriotisme sincère et ardent, s'est voué de tout coeur à la réforme de notre inique système militaire et défend avec une vaillance sans égale, la cause du service personnel ». Un mois plus tard, Léon-Octave et Sidonie s'activent dans l'organisation de la Fête de Charité du 3e de Ligne dont la presse ne tarit pas d'éloges signalant que la fête « nous a offert l'exemple rare d'une chose entièrement réussie, sans une faute, une négligence, un oubli. Tout y fut parfait, et le succès fut digne des efforts déployés. Rarement l'on vit à Ostende une plus brillante assemblée. Naturellement, nous ne pouvons prétendre à donner tous les noms car il faudrait citer sinon tout Ostende, le Tout Ostende (...). Monsieur le lieutenant-colonel, et Madame Detry ainsi que le Corps d'officiers, qui relevait autant l'aspect de la salle qu'il avait contribué à l'éclat de la fête (...) ». Juin est la période choisie pour l'organisation d'un cross-country avec le concours de la Fédération des cercles athlétiques de Belgique. Il se déroule à l'hippodrome où ont lieu départ et arrivée et Léon-Octave, adepte pour ses hommes du Mens sano in corpore sano, est heureux du succès rencontré avec quelque quatre-vingts participants. A l'occasion de la fête nationale française, le 14 juillet 1909, il est l'invité de Monsieur de Labordère, consul de France et de Monsieur de Fourmestraux, chancelier, qui ont reçu « de nombreux amis de la France qui sont venus leur présenter leurs bons voeux pour la prospérité de ce beau pays ».
C'est une foule considérable qui est présente en janvier 1910 à l'occasion du service funèbre donné en mémoire du Roi Léopold II en l'église des Saints Pierre et Paul. On relève la présence du « corps d'officiers du troisième régiment de Ligne conduit par Monsieur le lieutenant-colonel Detry qui se place dans la grande nef (...). Le maître-autel était gardé par un imposant piquet de gendarmerie. C'est Monsieur le doyen De Cannière, entouré d'un nombreux clergé, qui a chanté la messe de requiem. Au milieu du choeur, se dressait un immense catafalque, entouré d'un brillant luminaire ». Pour sa part, l'Echo d'Ostende évoque que la cérémonie « honorait un Roi qui mit l'amour de la Belgique au-dessus de tout ». Quelques jours plus tard, c'est un Te Deum chanté dans les mêmes lieux qui est donné pour l'inauguration du nouveau règne. Léon-Octave est à nouveau à la tête des officiers du 3e de Ligne. Après de nombreuses oraisons chantées en Grégorien, La Brabançonne, exécutée au grand orgue, est écoutée debout par tous les assistants. Une délégation de la Société des Léopoldistes est présente avec son drapeau.
Colonel le 26 mars 1910, Léon-Octave est chargé de commander à Liège le 12e régiment de Ligne, succédant au colonel Cougnet, nommé général-major et admis à la retraite. La presse signale alors que « deux officiers très sympathiques et qui seront d'irréprochables chefs de corps prennent le commandement de régiment : Detry, au 12e et Brasseur au 13e ». A peine est-il en fonction de quelques mois qu'un incident que les journaux relatent sous le titre « Un drame à la caserne » vient troubler son commandement. A la suite d’une affaire sentimentale, une jeune femme liégeoise use d'un revolver à l'encontre d'un sous-officier, qu'elle manque, mais la balle en atteint un autre. Ce dernier survit, la presse précisant : « la balle n'a pas pu être extraite, mais elle se trouve dans un endroit où elle peut impunément rester » ! La prévenue est toutefois acquittée quelques mois plus tard par le Tribunal correctionnel de Verviers. De cette époque datent les portraits, presque en pied, de Sidonie et Léon-Octave Detry. Le premier est réalisé en 1910 et le second en 1911, tous deux par Jef Van de Fackere.
À Liège, comme à Ostende, Léon-Octave et Sidonie Detry mènent une vie intense, et résident alors rue Frédéric Nyst, 51. En tant que colonel commandant du 12e de Ligne, les troupes sont placées sous son commandement en toutes occasions. Le 18 août 1910, il les dirige, avec trois détachements avec drapeau et musique, aux funérailles du colonel commandant le 14e de Ligne à Liège, en compagnie de quatre détachements du 1er Lancier. En janvier 1911, la presse signale sa présence « à « un somptueux banquet au Palais provincial » à l'invitation du gouverneur de la province, Henry Delvaux de Fenffe et son épouse « dans le cadre lumineux de cette salle aux moulures rehaussées d'or et aux nombreuses peintures de genre encastrées dans les murailles ; les trois longues tables avec le nappage immaculé desquelles les cristaux et l'argenterie rutilaient aux feux des lustres, offraient un coup d'oeil merveilleux. Tout au long étaient disposées des guirlandes de fleurs tendres et une énorme gerbe florale se dressait éclatante sur la table que présidait Madame Delvaux de Fenffe ». Le journaliste relève encore « que le menu était excellemment préparé par la Maison Tonglet successeur de Bernay, et les vins des meilleurs crus. On sait qu'en effet les invités se sont vus servir « huîtres royales, darnes de saumon, selle de chevreuil, chaud-froid d'alouettes à la gelée, bécasses bourguignonnes, parfait de foie gras etc. Le repas terminé, les convives se rendirent dans le fumoir du premier étage où l'on causa familièrement durant quelques instants en savourant de délicieux cigares ».
Le 24 mars 1911, il est aux côtés du gouverneur Delvaux de Fenffe, du sénateur Magnette, du baron Ancion, du général de Menten de Horne, d'Edgard Tinel, directeur du conservatoire royal de Bruxelles, ou d'Eugène et son frère Théo Ysaye lors des imposantes funérailles nécessitant un service d'ordre, de Jean-Théodore Radoux, directeur du conservatoire de musique de Liège. Le reporter présent aux obsèques rappelle « qu'il a formé des élèves illustres, magiciens de l'archet et virtuoses de la voix ». Plusieurs discours sont prononcés notamment par le compositeur Carl Smulders. Et la presse de conclure : « ce fut là un éloge magnifique et dignement mérité à la gloire d'un artiste et à la grande gloire de l'art. (...) Impossible de traduire l'émotion des assistants pendant cette cérémonie ». En mai, Léon-Octave prend part au « Jachritt du 2e Lanciers » dont la relation par le journaliste qui suit l'événement se veut poétique à souhait : « Par une matinée délicieuse qu'un soleil tempéré paraît de grâce exquise, le jachritt organisé par le régiment du 2e Lanciers à travers les bois de Boncelles a été couronné d'une réussite complète. Le départ fut donné au lieu-dit « Belle jardinière » qui était le rendez-vous fixé, dans un cadre ravissant de verdure où nous remarquons en passant la jolie et originale « bastide » du lieutenant général baron de Bonhome, qui en sa qualité d'habile jachmeester était chargé de diriger la chasse. Cette maison de campagne évoque un coin de Bretagne ou de Normandie avec son haras et son écurie d'entraînement. La direction générale du jachritt était la suivante : Sart-Tilman, terrains de Bournonville, Bois de Sclessin, Ferme Famelette, Bois de Sur-le-Mont, Sart-Ferme, Colonstère-château, arrivée dans les prairies de Colonstère. Tout avait été organisé à la perfection et l'arrivée dans les prairies de Colonstère présenta un coup d'oeil tout à fait charmant. Les gracieuses amazones, Mesdemoiselles Fréson, de Biolley et Fourez eurent les honneurs du galop final (...). Parmi les invités, le général de Bray, le colonel Detry, Jean de Biolley et Mademoiselle de Biolley, Mademoiselle de Terwangne, Mmes Chaudoir-Lechat et Chaudoir-Trasenster, M. et Mme Robert Huyttens de Terbecq, M. et Mme Henri de Paul de Barchifontaine, M. et Melle Pirlot ».
Les nouvelles fonctions du colonel Detry représentent des responsabilités importantes pour lesquelles ses relations avec le Ministre et même le Palais Royal sont suivies. À plusieurs reprises, Léon-Octave est reçu en audience et els archives familiales gardent les traces de ces invitations. Ainsi le 11 juin 1911 où le commandant militaire baron de Posch, officier d'ordonnance du Roi Albert Ier l'informe qu'il est attendu, en petite tenue, au Palais de Bruxelles, le 13 courant à 10h30. Infatigable à la tâche, Léon-Octave prend peu de repos, se contentant de cures d'amincissement par bains de vapeur, car il se trouve un peu trop d'embonpoint, et de brefs séjours à Namur chez son frère Émile, qu'il remercie le 17 juin 1911 pour son hospitalité : « Voici mon poulet de remerciements des bonnes journées que nous avons passées au milieu de vous. Si parfois les lettres de l'espèce, constituent une manière conventionnelle de dire aux gens qui vous ont reçu « je vous ai griffonné des remerciements, nous sommes quittes », notre façon d'envisager la chose n'est pas celle-là.
Chez toi, mon cher Émile, nous nous sentons chez nous : nos sentiments de bonne affection sont réciproques et cette vie commune de quelques jours est si charmante, qu'on voudrait la prolonger indéfiniment. Mais comme nous sommes des « errants » dans la vie, nous ne faisons que des apparitions les uns chez les autres et nous prolongeons ces bons moments vécus par l'excellent souvenir qu'ils nous laissent. C'est notre cas. Donc, grand merci à vous tous de vos grandes bontés pour nous. Clo a-t-elle regagné le colombier familial ? Le temps menaçant au début a ensuite favorisé la balade de notre gracieuse nièce et nous sommes convaincus qu'elle est revenue enchantée de son petit voyage. Avons à la pensée la brillante santé de mon frérot si actif dans ses domaines. Il a trouvé le régime qui lui convenait et qu'il continuera. A notre âge, c'est un art que de se bien porter. Exercices au grand air durant le jour et de bonnes nuitées pour se refaire ! Ma gêne au talon est disparue dès mon arrivée à Ostende, ce qui me permet de marcher avec conviction escorté de mon petit aide de camp Gérard [3]. La pluie est enfin venue, avec une certaine discrétion, apporter ses effets bienfaisants sur ton beau jardin. Sur ce, chers Émile, Edgar et Clo, nous caressons vivement l'espoir que vous serez plus souvent des nôtres à Liège et nous formons des vœux pour que votre belle et bonne existence continue à se dérouler dans les bonnes conditions actuelles ».
Léon-Octave est chargé de missions diverses et le 28 juin, le Roi Albert 1er le prie par l'intermédiaire du baron Beyens, Ministre de Sa Maison, d'inaugurer, le 23 juillet, le drapeau de la Société des Anciens Frères d'Armes « La Prévoyance » à Saint-Nicolas-lez-Liège. Après approbation du Souverain, Léon-Octave prononce à cette occasion le discours suivant : « Monsieur le Président, Messieurs, d'après les ordres de Sa Majesté le Roi, il m'échoit le grand honneur de vous remettre en Son Nom, le drapeau autour duquel sera désormais groupée la Société des anciens frères d'armes « La Prévoyance ». En vous faisant remise de ce drapeau, Sa Majesté veut témoigner à votre Société, le vif intérêt qu'Elle porte à cette phalange d'anciens militaires. Votre loyalisme apprécie tout le prix qui s'attache à cette marque de haute bienveillance. Le Roi, Messieurs, éprouve une grande satisfaction à voir s'associer les citoyens ayant appartenu à l'armée. Il se réjouit de les voir ainsi manifester leurs sentiments de patriotisme et de solidarité. Vous avez gardé vivace le souvenir des années de votre jeunesse pendant lesquelles vous avez, avec dévouement, servi notre Patrie, dans les divers régiments, et vous vous honorez d'en avoir fait partie. Je vous en félicite. L'armée, Messieurs, vous avez pu le constater, est une incomparable école de civisme, où se développent les sentiments d'honneur et d'abnégation inculqués aux jeunes gens par leurs familles. Rentrés dans la vie civile, Messieurs, vous avez donné aux groupes familiaux au milieu desquels se déroule votre existence, l'exemple des vertus civiques. Vous apportez dans l'exécution des tâches que vous avez assignées à vos activités, les qualités de dévouement et d'ordonnance dont vous fîtes preuve naguère sous les drapeaux.
Vous avez servi votre Patrie en vous entraînant à défendre son sol ; vous la servez maintenant en travaillant à la mettre en valeur et en collaborant à la prospérité du Pays. Réunis aujourd'hui autour des plis du Drapeau national, vous donnez le spectacle réconfortant d'une force sur laquelle le Roi et la Patrie peuvent compter en toutes circonstances. En vous associant, ce n'est pas l'agrément seul que vous avez recherché, vous avez voulu mettre en œuvre en l'élargissant, le sentiment familial le plus vif, ce sentiment auquel à l'armée on fait tant appel « la solidarité ». Avec raison vous avez voulu, comme dans les rangs, vous serrer les coudes, vous mettre à même de vous prêter une mutuelle assistance et faire face en commun à l'ennemi de tous : l'adversité. C'est là, Messieurs, une belle pensée que vous réalisez avec toute votre énergie, avec tout votre dévouement. Vous pouvez compter sur les encouragements des pouvoirs publics. Sa Majesté le Roi, qui préside avec tant de clairvoyance et de sagesse aux destinées de notre beau Pays, applaudit à votre initiative et a bien voulu me charger de vous en féliciter. Frères d’armes ! C'est le cœur rempli d'une bienfaisante et patriotique émotion que je remplis la grande mission dont je suis chargé par Sa Majesté le Roi. Je vous remets le Drapeau national avec la conviction absolue, que nul dépôt sacré ne fut mieux confié ».
Depuis le 6 juin, l'organisation du régiment est modifiée, et le troisième trimestre de l'année connaît une période trouble au cours de laquelle des craintes sérieuses se ressentent pour le maintien de la paix en Europe. Le 31 juillet, Léon-Octave prend part à l'inauguration du monument érigé à la mémoire de Georges Montefiore, généreux mécène de la création des sanatoriums de Bourgoumont et de Magnée. Aux côtés de très nombreuses personnalités, il assiste ensuite à la réception que donne à cette occasion le gouverneur au Palais provincial. Mais l'ambiance générale n'est guère à la fête et fin août-début septembre, la Belgique se résout à prendre certaines dispositions visant notamment à préparer la défense des positions fortifiées de Liège et de Namur. Les forts sont armés et approvisionnés et les garnisons renforcées. En septembre, la presse signale : « Il n'est question à Liège que de la mobilisation que préparerait le ministre de la Guerre. Mercredi matin, on apprenait qu'un télégramme d'État venait de contremander le départ du 12e de Ligne, en garnison à Liège, qui devait se rendre le jour même au camp d'Arlon.
Le colonel du régiment, M. Detry, a décommandé télégraphiquement les cantonnements préparés pour les troupes dans leur marche vers Arlon. On peut trouver dit la Gazette de Bruxelles, que le gouvernement prend ces mesures de précautions un peu tard, le danger paraissant moins grand aujourd'hui qu'il y a quinze jours, et les nouvelles que l'on donne au sujet des négociations entre Berlin et Paris étant meilleures. N'importe. Les précautions s'imposent, d'autant plus que l'on parle tranquillement à l'étranger, comme d'une chose toute naturelle, de l'entrée en Belgique, dans l'éventualité d'une guerre, des Allemands par l'Est, des Français par le Sud et d'une rencontre à Libramont. Les précautions s'imposent. Mais il ne faudrait pas qu'elles produisent une trop grande émotion, des alarmes exagérés. Sans doute, une guerre franco-allemande nous serait désastreuse étant donné l'imprévoyance de nos gouvernants et l'état de notre défense. Mais heureusement, il y a lieu d'espérer que la menace va se dissiper. Et il n'y a pas de raison, semble-t-il pour être plus inquiet aujourd'hui qu'il y a trois semaines. Au contraire ».
Le colonel du régiment, M. Detry, a décommandé télégraphiquement les cantonnements préparés pour les troupes dans leur marche vers Arlon. On peut trouver dit la Gazette de Bruxelles, que le gouvernement prend ces mesures de précautions un peu tard, le danger paraissant moins grand aujourd'hui qu'il y a quinze jours, et les nouvelles que l'on donne au sujet des négociations entre Berlin et Paris étant meilleures. N'importe. Les précautions s'imposent, d'autant plus que l'on parle tranquillement à l'étranger, comme d'une chose toute naturelle, de l'entrée en Belgique, dans l'éventualité d'une guerre, des Allemands par l'Est, des Français par le Sud et d'une rencontre à Libramont. Les précautions s'imposent. Mais il ne faudrait pas qu'elles produisent une trop grande émotion, des alarmes exagérés. Sans doute, une guerre franco-allemande nous serait désastreuse étant donné l'imprévoyance de nos gouvernants et l'état de notre défense. Mais heureusement, il y a lieu d'espérer que la menace va se dissiper. Et il n'y a pas de raison, semble-t-il pour être plus inquiet aujourd'hui qu'il y a trois semaines. Au contraire ».
Le 26 novembre, jour de la fête de la saint Albert, Léon-Octave est au Te Deum chanté en la cathédrale de Liège. « Cette cérémonie avait attiré une foule considérable curieuse d'assister au défilé des brillants uniformes. Le service était fait à l'intérieur du temple par cent-vingt hommes du 12e de Ligne qui ont rendus les honneurs prescrits par le décret de Messidor aux diverses autorités (...). C'est Monseigneur l'évêque qui a officié et les officiers du 12e de Ligne avaient à leur tête le colonel Detry ». Lors du changement d'année, Léon-Octave est avec Sidonie à la réception du jour de l'an au Palais provincial « où plus de cinq cents invités sont accueillis par Madame Delvaux de Fenffe, très gracieuse en sa toilette de satin clair recouverte d'une tunique de tulle noir ». Parmi la longue liste des invités se trouve Georges Philippe, inspecteur général des Chemins de Fer du Nord Belge, parent de Palmyre Philippe épouse de Léon Detry, bourgmestre de Gembloux. Militaire, Léon-Octave l'est et le reste au plus profond de lui-même. Avec ferveur, jour après jour, il veille à assumer scrupuleusement son rôle. Le 5 mars 1912, il a cinquante-huit ans, d'Ostende où il est provisoirement en exercice de tir avec son régiment, il signale à Sidonie, à « Ninie » comme il se plaît à la désigner, ses inquiétudes : une épidémie de scarlatine s'est déclarée et quatre de ses soldats sont déjà envoyés à l'hôpital. Il veille à faire soigneusement désinfecter les locaux, à assurer une hygiène optimale pour chacun, à ce qu'une alimentation choisie soit donnée à tous, et si l'on ne savait qu'il s'agit là de soldats, on penserait à un père de famille veillant au bien-être des siens. Il redit à Sidonie combien son absence est lourde à supporter et c'est l'infinie tendresse d'un couple comptant trente-trois ans de mariage qui transparaît entre chacun des mots, jusqu'à la conclusion de sa lettre : « Donc, ma bonne et tendre femme, j'espère que tout va bien et que le 14 août, nous serons de nouveau réunis. Nous nous manquons tant !». À la mi-mars, Léon-Octave commande deux bataillons et trois compagnies lors des funérailles du ministre d’État, Émile Dupont. En mai 1912, il prend part au Jardin d’acclimatation de Liège à la cérémonie de reconnaissance officielle de la première troupe de Boy scouts de Liège, comptant 42 unités. L’événement est présidé par le général comte de t’Serclaes de Wommerson, commandant de l’École de Guerre et attire un public choisi parmi lequel Antoine Depage, médecin du Roi et professeur à l’ULB, Camille de Borchgrave d’Altena, le comte John van der Burch, MM. Lhoest, de Warzée et de Marneffe entre autres. Après la cérémonie d’agréation, des exercices de gymnastique sont présentés, de même que des démonstrations de services de secours en cas d’incendie et des exercices de transmission télégraphiques.
Le 14 août 1912 était la date évoquée par Léon-Octave dans le courrier à Sidonie comme étant celle de leurs retrouvailles. Il n'aurait alors jamais supposé que depuis deux mois déjà, il aurait quitté inopinément ce monde emporté par une angine de poitrine. Peut-il imaginer en ce 5 mars où il écrit à celle qui pas à pas l'a accompagné dans la vie, que le 14 juin à 15 heures précisément, il va à jamais s'endormir ? Certes non, comme tous ceux que rien ne prédestine à mourir. Quelques jours auparavant, des émeutes se déclarent à Liège et à Verviers faisant suite au mécontentement né des élections législatives du 2 juin, et ce sont là les derniers soucis de sa vie active. Le ministre de la Guerre est informé du décès le jour même, par un télégramme personnel envoyé à 16h20 et dès le lendemain, c'est le Roi qui en est averti par courrier comme le dossier militaire de Léon-Octave en atteste.
Le journal liégeois La Meuse ne manque pas de relater ses funérailles : « Ce lundi à 10 heures ont eu lieu les funérailles de Monsieur le Colonel Detry, commandant le 12e régiment de Ligne. Avant l'heure fixée, un public nombreux était réuni à la mortuaire rue Frédéric Nyst. Dans l'assistance, on note le lieutenant-général Heimburger, commandant circonscriptionnaire, le lieutenant-général de Bray, le général Libion, beaucoup d'officiers appartenant à la garnison de Liège ainsi que le lieutenant-général Londot, de la garde civique. Plusieurs discours ont été prononcés avant la levée du corps. Le cortège funèbre s'est ensuite formé et s'est rendu à l'église Saint-Remacle. Ainsi qu'on l'a annoncé, les coins du poêle étaient tenus par les colonels Delforge, chef d'état-major, et Fréson, des Lanciers ; les lieutenants-colonels Lemière et van Huele, du Génie. À l'issue des obsèques, le cortège, précédé de la musique, s'est reformé et le corps a été conduit à la gare des Guillemins. L'inhumation aura lieu à Vilvorde. Ajoutons que de nombreuses couronnes avaient été déposées à la mortuaire et que les honneurs militaires furent rendus par quatre détachements du 12e de Ligne ». Tous regrettent la disparition de cet officier brillant qui, quelques mois plus tard, aurait dû passer général, et La Belgique militaire brosse avec justesse, dans l'éloge qu'elle consacre au colonel Detry, la personnalité de celui qui vient de disparaître : « C'était un officier que ses chefs devaient remarquer pour sa correction, sa droiture, son énergie de soldat et que ses subordonnés aimaient avec confiance pour sa justice et l'exemple du devoir qu'il leur donnait. Modeste, cherchant peu la renommée, il avait un jugement très net. Il collabora à La Belgique militaire dont il était un vieil et fidèle abonné, mais il ne s'occupa jamais que des questions de principe (...) ». Pour sa part, L’Indépendance belge parle « du décès du colonel Detry commandant le 12e régiment de Ligne qui était un brillant officier dont on admirait la noblesse de caractère et la science militaire (...) ».
Un mois plus tard, Sidonie emménage avec René-François toujours célibataire dans une maison sise rue de la Victoire 169 à Saint-Gilles-lez-Bruxelles. Elle se partage entre son fils et sa fille à laquelle elle a offert une maison de campagne au village d'Herhet près de Houyet. Le 8 septembre 1913, d'Aix où elle est en cure, Sidonie écrit à son beau-frère Émile Detry auprès duquel elle compte faire escale avant de séjourner à Herhet : « Je compte arriver à Namur demain mardi à 18h09 et partir pour Herhet mercredi dans l'après-midi. Mon voyage a été très agréable, mon pied est guéri. Tout va donc pour le mieux. De bons baisers à tous et à demain ». Ces haltes sont bientôt finies car moins d'un an plus tard, la guerre bat son plein et emporte le 26 août son beau-frère Émile, blessé trois jours plus tôt dans les bombardements de Namur. La triste fin de ce dernier a été épargnée à Léon-Octave, qui aurait bien mal supporté la perte de son frère et la vue de son pays à feu et à sang. A la déclaration de guerre Sidonie craignit que la détention du sabre de Léon-Octave ne lui cause quelque difficulté. Elle s'empresse alors de le faire enterrer au Bois de la Cambre avec le ferme espoir de le récupérer les hostilités terminées. A-t-il disparu ? La cachette a-t-elle été mal identifiée ? Quoi qu'il en soit, on ne le retrouve jamais et de nos jours encore, il s'y trouve peut-être toujours...
A l’issue de la guerre, Sidonie s'installe vers 1920, avec René-François, rue de Pascale 39 à Bruxelles. Elle y réside depuis neuf ans lorsque ce dernier épouse, le 30 octobre 1929, Hélène van Dooren. Entourée de l'affection de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, Sidonie s'éteint à Bruxelles, pendant une autre guerre, le 19 janvier 1942, âgée de quatre-vingt-trois ans. Elle est trente-trois ans mariée et trente ans veuve. Dans son souvenir mortuaire, les siens évoquent « qu'elle mourut comme elle vécut, dans une parfaite sérénité, confiante dans la miséricorde de Dieu. Jusqu'à son heure dernière, elle vénéra le souvenir de ses parents. Sœur dévouée, elle chérit son frère. Comme la femme forte du Livre de la sagesse, elle consacrera à son mari tous ses soins et lui rendit le bien tous les jours de sa vie. A tous les siens, enfants, beaux-enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, elle voua un dévouement illimité, un labeur incessant. « Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains ingénieuses ». Ses servantes fidèles, les pauvres et les humbles témoignent de sa charité ».
À l'extrême-droite Elvire Detry et Mme Léon-Octave Detry et à gauche le personnel de service devant les états domestiques
Une grande passion pour la musique transmise à sa fille Elvire et des relations artistiques de choix
Carte envoyée par l'ordonnance, néerlandophone, de Léon-Octave Detry, alors colonel du 12e régiment de Ligne à Liège
[1] Léon, Ferdinand et Charles Schols, demi-frères de Mme Léon-Octave Detry née Sidonie van Mal.
[2] Félicien Rops (1833-1898), peintre et dessinateur namurois de renom. Jacques Detry (1924-2006), petit-neveu du colonel Detry est président-fondateur des Amis du Musée Rops à Namur.
[3] Gérard Feytmans, fils de sa fille Elvire Detry.
Musée Royal de l'Armée à Bruxelles, dossier militaire 9610 et dossier de mariage 525 ; Le Musée Royal de l'Armée conserve également un important album de photographies réalisé à Bruges le 25 mars 1893 en hommage au colonel Loiseau et qui comporte (planche 2) la photographie de Léon-Octave, alors capitaine, réalisée chez le photographe Daveluy frères, quai Vert à Bruges (Cote est/I/393) ; Archives de la famille Detry et de Feue Mme Michel Dubois née Thérèse Faider, arrière-petite-fille de Léon-Octave Detry ; P.-E. Detry, Léon-Octave Detry 1854-1912, Colonel commandant le 12e régiment de Ligne. Reflets d'une vie, Namur, 2000 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, Namur, 2015, pp. 561-578 ; Colonel BEM e. r. A. Massart, Historique du 12e régiment de Ligne, I, 1830-1914, Bruxelles, s. d., pp. 182-187 (avec photo). Journal de Bruxelles, 30 septembre 1883, 9 octobre 1890, 28 mars 1897, 28 janvier 1906, 26-27 mars 1907, 26 septembre 1898, 25 mai 1906, 26-27 mars 1910, 17 juin 1912 ; L'Indépendance belge, 20 mai 1889 (exposition canine), 10 octobre 1890, 27 juin 1892, 27 mars, 1er avril 1907, 31 août 1911, 16 juin 1912 ; Le Courrier de l'Escaut, 28 décembre 1901, 30 janvier 1906, 27 mars 1907, 29 mars 1910 ; L'Echo d'Ostende, 4 août 1903, 22 juin, 16-17 septembre 1905, 11 mai 1908, 15 février, 5-6 juin 1909, 5, 8-9, 22-23 janvier, 27 novembre 1910 ; Le Carillon, 1er décembre 1903, 23-24 décembre 1905, 23 juillet, 15-16 septembre 1906, 15-16 février, 12 mai, 4 juin, 4 août 1908, 19, 28 janvier, 15 juillet 1909, 6, 8-9, 20 janvier, 29 novembre 1910 ; La Saison d'Ostende, 14 août 1904, 15 septembre 1905 ; La Meuse, 16 janvier 1905, 26 mars 1907, 26-27 mars, 18 août, 26 novembre 1910, 27 janvier, 24 mars, 23 mai, 31 juillet, 13, 27 novembre 1911, 2 janvier, 14, 25 mars, 28 mai, 17 juin 1912, 10 décembre 1913 ; Annuaire de l'Armée belge, Bruxelles, 1907, p. 104 ; La Dernière Heure, 26 mars 1907 ; La Gazette de Charleroi, 1er septembre 1911 ; Le petit bleu, 16 juin 1912 ; La Gazette de Liège, 18 juin 1912 ; Le Courrier de l'Escaut, 19 juin 1912 ; La Belgique militaire, 1912, I, p. 803 ; Annuaire militaire, 1913, p. 418 ; A. Maybon, La République chinoise, Paris, 1914.