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Épouse de Charles Dieudonné

Mathilde Detry

Mathilde DETRY (1846-1909) épouse à Hingeon le 19 mars 1868 Charles DIEUDONNE (1840-1903), négociant, mécanicien-industriel en ce lieu, et son petit-fils le colonel Georges VIGNERON (1892-1979) [1], prisonnier politique condamné à mort, cité à l’Ordre de l’Armée, grand invalide de guerre, membre et secrétaire-rapporteur à la « Caisse nationale des Pensions de la guerre. Allocations aux Veuves, Orphelins et Ascendants », président de l'Association Nationale de Prisonniers Politiques, vice-Président de la Confédération Nationale des Prisonniers Politiques, secrétaire général du Groupement des Plus Grands Mutilés, secrétaire de diverses commissions militaires, membre effectif de la Commission spéciale de recrutement de la Province de Namur, membre de la Commission de la Reconnaissance nationale, dépositaire de brevets d’invention notamment pour la « mitraillette VIGNERON », président de la Société de musique d’Hingeon où son père est directeur musical pendant soixante ans, conférencier, commandeur de l’Ordre de Léopold avec rayures d’or, commandeur de l’Ordre de Léopold II, commandeur de l’Ordre de la Couronne, officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre avec palmes, Croix du Feu, médaille de l’Yser, 8 chevrons de front, épouse à Bayeux (Calvados-France) (mariage dissous) le 26 juin 1917 Jeanne-Gabrielle BERLET (1892-1944), infirmière et marraine de guerre lors de la Première guerre Mondiale. Il se marie ensuite à deux reprises mais n’a de descendance que de son premier mariage.

Adolescente mais mère de famille de remplacement

Deuxième des quatorze enfants que Charles Detry (1816-1887), instituteur et secrétaire communal à Hingeon a de ses deux épouses successives par ailleurs soeurs, Mathilde devient l’ainée de famille à la disparition de son frère qui meurt à l’âge de dix ans. Elle a elle-même treize ans lorsque sa mère, Eulalie Bodart meurt à l’âge de quarante-quatre ans le 27 juillet 1859 après avoir mis au monde le 27 juin une fille, Emérence, qui ne survit que quinze jours. Le temps de l’adolescence est fini pour elle car son père se retrouve à la tête d’une famille de sept enfants dont la dernière en vie a un an, et Mathilde devient la mère de remplacement de cette fratrie en deuil. Vient alors la seconder sa tante Clotilde, sœur de sa mère, célibataire, et pendant trois ans, Mathilde s’imagine retrouver un cocon familial. Le 26 décembre 1862, son père se remarie avec sa belle-sœur qui... est enceinte. Cet enfant, Catherine, née le 2 mai 1863, ne vit que deux jours, et très vite la seconde épouse de Charles Detry qui trépignait de se faire épouser, montre sa véritable nature.

L’enfer sur terre

La vie familiale régie par la belle-mère de Mathilde devient un enfer. Cette seconde épouse, beaucoup moins jolie que sa sœur défunte, en a toujours été jalouse, et aucun des enfants nés de cette première union ne trouve grâce à ses yeux. De surcroît, elle qui donne encore ensuite quatre enfants à Charles Detry, ne les aime pas plus que ceux nés du premier lit, et devient une marâtre pour tous, alors que le père de famille sombre dans une profonde dépression. Si le mariage de Charles Detry avec les deux sœurs Bodart représente aux yeux du monde de « belles unions » car cette famille descend des lignages du Comté de Namur, le beau-père du marié est bourgmestre d’Hingeon pendant trente ans, et son frère, Jean-Gaspart (d), avocat et président de Tribunal, vu de l’intérieur, c’est une catastrophe. Mathilde Detry dotée d’un fort caractère tient tête à sa belle-mère et compense tant qu’elle peut les brimades dont cette dernière inonde la fratrie. Une fois elle-même mariée, elle n’adresse plus jamais la parole à celle qui les a tant fait souffrir... La seule photo adulte qui nous soit parvenue de Mathilde Detry nous la montre sévère, avec un port de tête et une fermeté du regard qui expriment sa personnalité.

Une union heureuse

C’est à Hingeon le 19 mars 1868 que Mathilde Detry épouse Charles Dieudonné, de cinq ans son aîné. Par sa mère née Darville [2], le marié compte dans ses proches un personnage marquant de son époque, et qui est présent à tous les événements familiaux : Monseigneur Thomas Lamy (1827-1907). Professeur d’hébreu à l’Université catholique de Louvain, chanoine de la cathédrale de Namur, prélat domestique de Sa Sainteté, membre de la Commission pontificale des études bibliques, membre de l’Académie royale de Belgique etc., dont on dit de lui que « c’est un des hommes dont les travaux ont le plus contribué au siècle dernier (càd au XIXe siècle) à répandre au dehors de la Belgique le bon renom de l’Université de Louvain ». [3] Malgré les nombreuses occupations du personnage, il reste un invité régulier de ses cousins auxquels il apporte conseils, amour, et partage de connaissances. L’union de Mathilde et Charles Dieudonné qui fêteront 35 ans de mariage, leur donne trois enfants : Marie (née en 1869) épouse Benoni Vigneron, Ernestine (née en 1880) qui épouse Joseph François en présence de Monseigneur Lamy, et Théophile (1886-1956) qui à l’instar de son grand-père maternel Charles Detry, exerce à Hingeon les fonctions de secrétaire communal et remplit parfois la fonction d’officier de l’Etat civil par procuration.

Un décès inopiné

A peine Charles et Mathilde ont-ils fêté leur anniversaire de mariage le 19 mars 1903 que quelques mois plus tard le chef de famille est emporté inopinément dans sa soixante-quatrième année. Son souvenir pieux rappelle « qu’administré des Sacrements de Notre Mère la Sainte Eglise », il quitte les siens leur laissant « la bonté de son caractère qui lui fit de nombreux amis, et les nobles sentiments de son cœur joints à une douce affabilité, qui lui valurent l’estime générale. Le souvenir de son amour pour nous, de son zèle pour notre bonheur, nous fait verser des larmes ; c’est que nous sentons l’immense perte que nous avons subie. Il était à vous, ô mon Dieu, nous vous le rendons affligés, mais soumis et nous bénissons encore une fois votre bonté de nous avoir donné un tel époux, un tel père. Adieu, chère épouse, chers enfants, prenez soin de votre chère mère ». Cinq mois plus tard, le 17 décembre 1903, sa fille Ernestine qui espérait franchir le parvis de l’église d’Hingeon au bras de son père, épouse Joseph François, originaire de Musson, et qui de huit ans son aîné, est lancé dans une carrière dans la gendarmerie. Elle a notamment pour témoin son oncle Nestor Detry, alors âgé de 53 ans, à Charleroi. [4]

Directeur musical

Entre-temps, le 8 novembre 1889, Marie Dieudonné, la fille de Charles et de Mathilde, a épousé à vingt ans, Benoni Vigneron, initialement marchand-tailleur puis chef-comptable pour les usines Dumont à Sclaigneaux, né à Gelbressée en 1863 et appartenant à une lignée d’exploitants de mines de fer. Le marié n’est pas un inconnu dans la famille Detry. Son frère ainé, Ferdinand (1849-1896), clerc-organiste à Spy, épouse en effet à Saint-Marc le 18 avril 1872 Hortence (sic) Paye (1852-1920) [5] descendante pas sa mère, Adèle Lambotte, des Detry, de la branche de Saint-Marc. Terrien, Benoni Vigneron n’en est pas moins artiste. Appartenant à une famille de musiciens, il dirige pendant... soixante ans la société de musique d’Hingeon fondée en 1885 et dont son fils deviendra vice-président. Si le couple fête en novembre 1909 ses vingt ans de mariage, quelques mois après la mort de Mathilde Detry dont le décès est déclaré par ses deux gendres, Marie et Benoni Vigneron manquent de justesse la commémoration de leurs noces d’or car Marie meurt dans le village qui l’a vue naître le 8 mars 1937 dans sa soixante-huitième année et « munie des sacrements de la religion ». Du fruit de leur union naissent dans la maison familiale d’Hingeon sise à deux pas de l’église, deux enfants, Madeleine Vigneron (Madame Michel Leeman), le 3 octobre 1890, veuve dès avant le décès de sa propre mère, et Georges, le 27 mai 1892, dont il sera ensuite question. Benoni continue à assouvir sa passion musicale et la presse namuroise s’en fait parfois l’écho, telle en cette année 1938 où il est évoqué que « Place Kegeljan à Namur, sous la direction de M. Benoni Vigneron, trente-cinq exécutants proposeront « « Miss Dary, » ouverture, « Prés et Bois », fantaisie, « Sur les flots », valse, et « Le premier bijou », fantaisie ».

Georges Vigneron : un héros de guerre et un nom pour la postérité

Après une scolarité à Namur où il accomplit des humanités gréco-latines, et alors qu’il s’apprête à entrer à l’Ecole militaire, la Première guerre Mondiale éclate, et Georges Vigneron, petit-fils de Mathilde Detry, accomplit son devoir au 13e régiment d’infanterie de Ligne en cette ville. Courageux et même téméraire, le sergent devient au cours des hostilités, lieutenant d’infanterie au 19e régiment de Ligne. Défendre son pays est une évidence et il connaît les horreurs de l’Yser et la destruction par les Allemands de la maison familiale à Hingeon. Les premières descriptions de Georges qui nous sont faites dans son dossier militaire, alors qu’il est officier auxiliaire d’infanterie, nous apprennent que « l’extérieur est avantageux, que la constitution et la santé sont robustes, que l’intelligence est développée, le jugement sain, le caractère énergique, l’éducation soignée, la conduite très bonne, la tenue très correcte et que l’attitude devant la troupe, est très bonne. Nous ignorons comment se fait la rencontre avec celle que Georges épouse alors que les hostilités battent leur plein : Jeanne-Gabrielle Berlet, infirmière et marraine de guerre. Tous deux sont nés la même année, en 1892, et c’est dans une famille notable qu’entre le jeune officier. Le père de Jeanne, avocat devenu magistrat, alors président du Tribunal civil de Première instance de Bayeux, appartient à une famille originaire de la Meuse et établie à Nancy où le premier du nom, Henry, y est secrétaire en chef de la mairie. Par déclaration officielle du 12 avril 1917, il a déclaré consentir pleinement au mariage de sa fille, alors que le 5 du mois, selon les usages qui nécessitent une parfaite moralité pour la future épouse d’un officier, le maire de la ville atteste que ses parents sont « parfaitement honorables ». De son côté Jeanne atteste par écrit « qu’elle s’engage formellement à ne pas suivre son futur mari dans les camps et cantonnements ». Le 30 mai l’autorisation de mariage est communiquée à Georges depuis Le Havre, sur base arrêté royal du 27 courant.

Le grand-père de l’épouse, Edmond Berlet (1837-1886), dont le célèbre photographe parisien Gobinet de Villecholle dit Franck a immortalisé les traits, est avocat à la Cour de Nancy et a comme sujet de thèse de doctorat « De la puissance du chef de famille en droit romain. De la condition civile des enfants naturels en droit français ». Opposant au Second Empire, il soutient l’Union libérale en 1863 et fait partie des dix-neuf notables lorrains qui s’élèvent contre la centralisation parisienne. Il est le premier président de « l’Alliance républicaine » de Nancy. Il est par la suite député, sous-secrétaire d’Etat des colonies au ministère de la Marine et sénateur de Meurthe-et-Moselle sous la Troisième République. Il a pour cousin, Charles Berlet (1878-1941), avocat, écrivain, président de l’Union catholique de Réméréville dont il maire, président de l’Académie de Stanislas à Nancy et militant royaliste. [6]

Un mariage brillant mais discret en temps de guerre

Nous sommes bien loin de Namur, d’Hingeon, des siens, de ses fermes et de ses terres pour Georges. Si les circonstances du moment ne permettent pas un mariage mondain comme il se devrait d’être, la presse se fait néanmoins l’écho, ce 26 juin 1917, de l’union qui se déroule alors : « ce matin avait lieu à la mairie de Bayeux en présence de Monsieur Garnier, faisant fonction de maire, le mariage de Mademoiselle Gabrielle Berlet, fille de Monsieur le président du Tribunal, et de Madame, avec Monsieur le sous-lieutenant Désiré-Ghislain-Georges Vigneron, de l’armée belge, de Hingeon, province de Namur, actuellement au front. Les témoins étaient pour la mariée, M. Guilmant, juge de paix du canton de Bayeux et Monsieur le Marquis de Lespinasse-Langeac. Pour le marié, Monsieur le lieutenant Deschaumes du 10e régiment de Ligne belge et Monsieur Rosenthal, médecin de bataillon au même régiment. La cérémonie civile fut suivie de la bénédiction nuptiale à la cathédrale donnée par monseigneur Lemonnier qui prononça un discours patriotique dans lequel Sa Grandeur salua, en Monsieur le Président du Tribunal civil, le gardien de « l’Union sacrée » à Bayeux depuis le commencement de la guerre. (...) Bien qu’à cause des circonstances actuelles, aucunes invitations n’aient été faites, un groupe nombreux d’amis intimes de la famille Berlet assistait à la cérémonie (...) ». [7]

C’est en effet l’Evêque de Bayeux et Lisieux en personne qui prononce le discours de mariage en la cathédrale, celui-là même qui est à l’origine de la construction de la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux et appuya la création d’une école professionnelle qui porte le nom d’Institut Lemonnier, et ce sont neuf pages qui couvrent alors le livret édité. Style édifiant en soi : » Mademoiselle, Monsieur, vous unissez aujourd’hui vos deux vies. La société à l’avenir, de laquelle importe tant cet acte, en a réglé tout à l’heure, les conditions civiles et extérieures. Que va-t-il maintenant se passer ? Quelque chose de très simple en apparence : je vous interrogerai ; à ma demande, librement, sincèrement vous répondrez : oui. Mot bien doux, quand on s’aime puisqu’il met fin aux espérances en créant une réalité par l’affirmation publique d’une donation réciproque. Mot sublime, quand on est chrétien, puisqu’on se promet attachement et fidélité devant Dieu. Il nous impressionne ce mot, nous les témoins de votre mariage, nous qui savons que vous êtes prêts à devenir époux et épouse, puis (nous le souhaitons vivement) chefs de famille, ce mot, s’il est un engagement contracté, est aussi un sacrement qui produit, dans vos âmes, des effets divins » (...).

Monsieur, à cette union, vous apportez des qualités précieuses. Fils d’industriels belges de la vallée de la Meuse, ces grands conducteurs d’hommes comme les chefs militaires, vous avez senti naître en vous des sentiments généreux quand votre grand Roi a voulu donner à son pays une armée, soit pour étendre et défendre vos possessions coloniales, soit pour garder le sol national, à l’Est duquel se montraient déjà quelques points noirs dont personne ne pouvait penser qu’ils recélaient en leur sein un orage qui devait éclater si tôt si épouvantablement (...). Prêt à entrer à l’Ecole militaire belge en août 1914, vous fûtes incorporé sans délai comme sergent. A l’école du champ de bataille, que vous n’avez guère quittée depuis trois ans, vous avez mérité de devenir lieutenant. La vue fréquente de la mort qui n’a point refroidi votre courage, une blessure, trois citations élogieuses, la Croix de guerre, disent mieux que toutes paroles, quelle âme plus forte que le péril, il y a en vous. En votre personne, je salue l’honneur et la vaillance du peuple et de l’armée Belge.

Mademoiselle, vous allez prendre le nom de celui que vous épousez et perdre le vôtre. Ce nom que vous avez porté jusqu’à ce jour est bien honorable, il a ses gloires. On peut être fière quand on est la petite-fille d’Edmond Berlet qui, à l’Assemblée nationale, réclama, avec les autres représentants de la Lorraine et de l’Alsace, la continuation de la guerre, puis rédigea et signa la protestation des provinces violement arrachées à la France. Devenu sénateur de la Meurthe, il a donné l’exemple d’un travail intelligent et incessant. Il fut un des esprits les plus clairvoyants à l’époque où il préparait notre extension coloniale, œuvre alors non comprise pour tous, aujourd’hui appréciée comme l’acte d’une prévoyance intelligente qui a « enrichi la mère Patrie et barré la route, en plus d’un point, aux ambitions de nos ennemis. Son amour de la justice, sa droiture, sa bienveillance ont rendu parfois sa parole prépondérante dans les conseils du Gouvernement ; ces vertus faisaient de lui un chef aimé de ses collaborateurs. L’unité et l’honneur de sa vie, c’est un grand amour pour la France.

C’est une satisfaction pour moi de bénir votre union parce que je m’approche ainsi plus près de votre père. Estimé de tous, il est le magistrat dans lequel je ne sais quoi le plus admirer, sa science juridique très étendue, ou la fière honnêteté d’une si droite conscience. Il a été parmi nous depuis trois ans, le gardien de l’Union Sacrée, cette trêve heureuse qui a fait cesser les querelles passionnées ; cette discipline de silence sur ce qui pourrait diviser ; cette unité d’amour pour la France en péril, ne mettant au grand jour que les idées qui nous élèvent sur les calmes et lumineux sommets. Cette étroite collaboration de toutes les forces qui dirigent les âmes vers le même devoir et coopèrent au salut et à la grandeur du pays, vous l’avez faite autour de vous, Monsieur le Président, avec un esprit si juste que j’ai ambitionné de rendre publiquement hommage à vos hautes qualités, en exerçant mon ministère dans votre famille au jour d’une de vos grandes joies paternelles.

Mademoiselle, dirais-je que votre famille était déjà en Lorraine au XVe siècle, que l’on trouve parmi vos aïeux des magistrats et officiers de marque ? Rappellerai-je que parmi vos ancêtres on peut citer beaucoup d’hommes de robe ou d’épée qui ont été de bons serviteurs de la France ? De ces aïeux au grand et noble caractère, l’histoire est pour vous comme un livre connu dont vous ferez lire à votre mari de nombreuses leçons de probité, de dévouement, de patriotisme. Je m’explique par tout cela que votre sœur et vous, vous unissez votre vie à celle d’un officier. C’est un héritage de glorieuses traditions familiales qui vous accompagne et vous conduit. Mais je ne suis pas seulement le Français qui rend hommage à une belle famille Française et à un digne représentant d’une nation-sœur ; je suis encore, ici, le représentant de Dieu.

Mademoiselle, dès les premiers temps de la guerre, vous avez été au service des blessés, vous avez été marraine. C’était la manifestation d’une sensibilité délicate qui compatit aux souffrances des autres. Vous avez dirigé une cantine d’enfants. Tout cela fut, dans votre âme chrétienne, la charité, cette vertu exquise que je demande à Dieu de récompenser en vous donnant à tous deux du bonheur. On prie pour vous ici ; on prie pour vous en Belgique, car j’aime à penser que par un de ces tressaillements inexplicables, fréquents cependant, qui unissent les âmes éloignées, vos parents, Monsieur, offrent pour vous au Ciel leurs souffrances et leurs vœux. De combien de mérites vos âmes sont-elles ainsi enrichies devant Dieu. Puisse venir bientôt le jour du revoir. Rencontre que rendra plus douce encore la joie qu’ils éprouveront quand vous leur présenterez une fille aimante. Ce sera la récompense de vos vertus, et de leur vaillance dans l’épreuve.

Monsieur, quand vous aurez repris le chemin qui conduit à la ligne du front Belge, la voie sacrée du devoir, l’oubli de soi pour la patrie, vous y serez suivi par notre sympathie, par les prières du père et de la mère dont les vœux seront aussi ardents que ceux de vos parents. Vous y serez accompagné par l’amour de celle qui, en devenant votre femme, sera à votre âme le sourire visible de la Providence, la protectrice et l’ange gardien de votre vie, et bientôt la reine de votre foyer, nombreux, heureux et béni. Que Dieu exauce toutes ces prières ».

La sinistre bataille de l’Yser

Entre-temps, Georges a pris part à l’horreur de la bataille de l’Yser en octobre 1914 opposant les unités allemandes qui voulaient franchir le fleuve Yser en direction de Dunkerque aux troupes belges et françaises qui tentaient de les y arrêter. 18.500 blessés et 3000 morts [8] sont le bilan de cet épisode effroyable où les combattants réussissent à stopper l’invasion allemande, en provocant notamment une inondation protégeant les positions défensives, et forcent le respect international. Le 14 février 1917 la Croix de guerre lui est attribuée « pour le courage et le dévouement dont il a fait preuve ». En avril 1918, Georges est grièvement blessé par éclat d’obus à la moelle épinière et échappe miraculeusement à la mort. Il est par ailleurs devenu complètement sourd du côté gauche. Le 17 avril 1918, il est évacué à l’hôpital de Beveren » à la suite de cinq graves blessures qu’il venait de recevoir ». Il reste presqu’un an hospitalisé et partiellement paralysé de longs mois.

Promu capitaine

De ces jours à la fois si douloureux et glorieux pour le soldat qu’il est, il conserve le souvenir reconnaissant de la visite que le roi Albert Ier fait alors aux grands blessés dont il est, et conserve sa vie durant la montre en argent niellé marquée aux chiffres du roi Albert et de la reine Elisabeth sommés de la couronne royale en vermeil, hommage des Souverains aux vaillants combattants et conservée aujourd’hui chez son petit-fils Pascal Bonnefille à Paris. Cité à l’ordre de l’Armée, il est signalé « qu’il s’agit d’un excellent officier qui n’a cessé durant 45 mois de présence au front de donner à tous le plus bel exemple de sang-froid, de mépris du danger et du dévouement le plus absolu à ses chefs ». Le 28 septembre 1918, il est désigné comme adjoint au Commandant de la Place belge de Rouen. Il est toutefois en congé de convalescence à Hingeon pendant trois mois à la mi 1919 car il souffre d’arthrite au coude gauche.

Un rapport du major de Villers Granchamps rédigé en date du 12 juin 1919 précise alors que Georges « est très apte à commander une compagnie d’infanterie et que malgré ses blessures, il est resté intellectuellement et physiquement, parfaitement apte. Sa haute conception du devoir, son courage, au-dessus de tout éloge, son intelligence, son zèle, et son dévouement à toute épreuve. Cet officier mérite est en tous points dignes d’être nommé capitaine ». Quelques jours plus tôt c’est le colonel commandant Philippe qui l’a eu sous ses ordres en 1915 et 1916 qui précise que Georges lui « a laissé l’impression d’un officier sérieux, bien élevé, dévoué et s’intéressant beaucoup à son métier ». Le 26 mars 1920, il devient capitaine au 19ème régiment de Ligne. Pensionné le 29 mars 1921, il prend rang dans les cadres de réserve par arrêté royal du 25 mars 1921. Il devient alors membre et secrétaire-rapporteur à la « Caisse nationale des Pensions de la guerre. Allocations aux Veuves, Orphelins et Ascendants » sise chaussée de Wavre 24 à Bruxelles.

La perte d’un enfant et une séparation qui se dessine

Mariés comme on l’a vu pendant les hostilités, un an plus tard, le 19 juin 1918, Jeanne accouche d’un fils, Marc [9], et c’est, fiers de leur enfant, qu’en octobre, la jeune maman et Georges posent, le temps probable d’une convalescence, devant l’objectif d’un photographe. Le cache-col qu’il porte sur la photo dissimule la grave blessure reçue à la Bataille de l’Yser. Le 25 janvier 1920, naît un second fils, à Hingeon, Jean-Georges qui hélas décède le même jour. La déclaration du décès en est faite par son père et son grand-oncle, Théophile Dieudonné. A cette époque, Georges est nommé par arrêté ministériel du 17 août 1920 membre effectif de la Commission spéciale de recrutement de la Province de Namur. Les jeunes parents donnent naissance deux ans plus tard à Jambes où ils résident au 58 boulevard de la Meuse, à Anne-Marie [10], le 2 janvier 1922. Le couple pourtant vacille et l’inacceptable se produit alors dans une famille chrétienne, la séparation, après seulement cinq ans de mariage. Cette année-là l’Etude de Maître Ernest Barme, avoué rue Fumal à Namur publie dans le journal « Vers l’Avenir », l’avis suivant : « Extrait du jugement de séparation de corps et de biens suivant jugement rendu par défaut par la troisième chambre du Tribunal de Première Instance séant à Namur le 15 juillet 1922 enregistré et signifié, le Tribunal a prononcé la séparation de corps et de biens entre Madame Gabrielle-Jeanne Berlet, sans profession, et Monsieur Georges Vigneron, capitaine de l’Armée belge, domicilié à Jambes. Pour extrait conforme par l’avoué soussigné et de Madame Gabrielle Berlet, demanderesse en séparation de corps ». Georges est condamné à verser 600 francs par mois à son épouse et c’est le notaire Monjoie à Namur qui est chargé de la liquidation officielle des biens de la communauté. Un divorce suivra et Jeanne s’installe à Epinal.

Le 22 décembre 1927 Georges épouse à Uccle Joséphine Carnier, née à Laeken le 11 février 1890 et domiciliée à Uccle. Le bourgmestre de la commune fournit auparavant une attestation précisant comme il se doit « que Madame Joséphine Carnier veuve de Monsieur René Merlan domiciliée chemin du Repos 50 en la commune, appartient à une famille honorable et que cette personne et ses parents jouissent sous tous les rapports de l’estime et de la considération publiques, tant au point de vue de la conduite et de la moralité que de celui de l’état qu’ils exercent ». Veuve de René Merlan, Joséphine Carnier a vécu, comme Georges, les affres de la guerre et la volonté de soulager la misère. Celui dont elle est veuve fut véritablement un « homme d’œuvres », à la fois négociant prospère, mais aussi directeur général de l’œuvre patriotique « La Grande famille », œuvre de reconnaissance et d’assistance aux familles des soldats belges fondée en 1916 et placée sous le patronage du Haut commerce bruxellois. Mais il était encore trésorier de l’œuvre « Aide et Assistance aux employés et voyageurs de commerce » placée sous la présidence du sénateur Delannoy, président de la Chambre de Commerce, et par ailleurs directeur de « La Cantine du soldat prisonnier ». [11] Le prestige militaire dont jouit Georges, son train de vie suscite des jalousies et il va jusqu’à des âmes charitables se définissant comme « un groupe d’officiers du mess de garnison » qui dénoncent auprès du Ministre de la Défense nationale, le fait que la seconde épouse de Georges qui est propriétaire d’ateliers de confection à Bruxelles emploie jusqu’à dix-huit ouvrières et que ces activités commerciales sont contraires au « règlement relatif à la situation des officiers de l’Armée et que cela porte atteinte à la dignité du corps d’officiers ». Le courrier porte en marge « classer cette lettre anonyme ». Mais là aussi, assez rapidement et sans lien sans doute avec cela, le ménage n’est pas très heureux et une séparation a lieu ultérieurement malgré un dévouement marqué de son épouse pour lui lors de la Seconde guerre Mondiale.

A Héliopolis

Entre-temps en 1926, c’est sous le titre de « La Randonnée du Reine-Elisabeth » que le journal « La Nation belge » évoque : « Héliopolis, mars, lettre d’un ami du journal sur place qui peut se flatter d’être pour quelque chose dans la performance du lieutenant Medaets [12] puisque c’est lui qui aiguilla vers l’aviation en 1915 le jeune volontaire de guerre : j’ai assisté à l’arrivée ici des aviateurs du « Reine-Elisabeth ». M. Dauge, ministre de Belgique au Caire, le baron van Zuylen, attaché d’ambassade, M. Pecher, directeur de la Société d’Héliopolis, le capitaine Guffens, représentant des anciens combattants belges et le capitaine Vigneron, ancien combattant étaient également présents à l’arrivée et avec les officiers aviateurs britanniques, nous avons fait à nos compatriotes un accueil enthousiaste. Tous trois étaient du reste en une forme épatante et c’est le sourire aux lèvres qu’ils ont pris pied sur le sable du désert par une de ces après-midis splendides comme nous en voyons en ce beau pays des Pharaons ». Le vol s’effectue sans encombre de Bruxelles à Belgrade, puis de Belgrade à Athènes, et enfin au-dessus de la Méditerranée à une vitesse de 200 à l’heure. Le sous-lieutenant Medaets l’effectue avec le lieutenant Verhaegen et le mécanicien Coppens à bord de cet avion baptisé au nom de la Reine, un Bréguet équipé d’un moteur hispano de 450 chevaux. Il décolle le 9 mars d’Evere et leur périple se terminera à Léopoldville, le but étant pour eux de rééditer le raid Belgique-Congo réussi en 1925 par Thieffry.

Le Révérend Père Cambier à l’honneur

De Héliopolis à ... Hingeon, il y a une première lettre en commun, et c’est certainement tout... C’est dans son village natal qu’est cinq mois plus tard Georges car ce sont les élections communales à Franc-Waret, village voisin où la presse précise « qu’il n’aura pas d’élections communales cette année à Franc-Waret. La liste du sympathique bourgmestre sortant, M. Mallieux, n’ayant pas rencontré d’opposition, a été proclamée sans lutte ». Le dimanche, après les vêpres la « bonne phalange de la société de musique d’Hingeon que dirige M. Vigneron père et qui compte parmi la cinquantaine d’exécutants le capitaine Vigneron, vice-président, a été fort applaudie par le village réuni autour de l’estrade ». Après cette performance, la société de musique dont le président d’honneur est le comte d’Andigné, châtelain du lieu, « est allée donner une aubade à M. Armand Collignon, régisseur du domaine et vice-président d’honneur. [13] M. Collignon avait réuni quelques amis au rang desquels le Révérend Père Cambier, ancien préfet apostolique du Kassaï. M. Devillers [14], vice-président, a fait acclamer le toujours vaillant missionnaire, en l’honneur de qui on a joué » Vers l’Avenir ». Complimentés par M. Collignon, les musiciens ont pris le vin d’honneur après avoir exécuté « La Brabançonne ». En novembre, à l’occasion de la Sainte-Cécile, le père de Georges est mis à l’honneur pour son dévouement de directeur musical. « Un cadeau lui est offert et déclamations, chants, morceaux de musique, tout fut parfait (...). On se rendit ensuite au monument des victimes de la guerre où le capitaine Vigneron parla. Minute de recueillement, Brabançonne, magnifique gerbe ». C’est à Georges que revient aussi l’année suivante, en janvier, d’honorer la mémoire de déportés civils, morts en Allemagne, et originaires de Hingeon.

Quand Franc-Waret est en liesse

En novembre 1932, Franc-Waret est en liesse. C’est que le fils du châtelain, Amédée d’Andigné a épousé un mois plus tôt à Paris Marguerite Le Duc de Lillers et rejoint les terres familiales. [15] La famille d’Andigné est particulièrement aimée et les habitants souhaitent témoigner alors aux jeunes époux leur attachement. La presse relate alors qu’à Gelbressée et Franc-Waret, des arcs de triomphe ont été érigés par la population. La Société de musique de Hingeon est présente, et le régisseur Collignon prend la parole et rappelle l’attachement de tous à la famille d’Andigné. On l’acclame de même « qu’un beau discours, parfois interrompu par des salves de coups de canon », de Georges Vigneron, président de la société de musique, lui-même compositeur notamment d’une valse pour sa fille Anne-Marie, qui aime à rappeler que le comte d’Andigné en est le président d’honneur. Ce dernier remercie avec une émotion non dissimulée, et puis, conclut le journaliste chargé du reportage : « dans les salles du château, on servit à profusion des friandises et des vins délicieux, tandis que les musiques donnaient un concert et que des danses s’improvisaient ».

Victime d’un attentat

Qui pourrait penser que la vie d’un fonctionnaire peut être dangereuse... C’est que pourtant le militaire aguerri qu’est Georges se trouve être la victime, en ce 11 juillet 1933, de la folie d’une veuve de guerre insatisfaite n’obtenant pas la pension espérée, et est agressé par elle. Les faits, relatés par le président de la Commission des Pensions, le Colonel Thirifay sont les suivants : « A l’issue de la séance de ce jour en quittant les bureaux situés au 24 chaussée de Wavre, les nommés Colonel Thirifay, Capitaine-commandant Vigneron et Capitaine-médecin Willems se dirigeaient ensemble vers la porte de Namur pour rentrer à leur domicile respectif. Arrivé à hauteur du numéro 2 de la chaussée de Wavre, une femme, la nommée François Marie veuve Didion, a tiré par derrière un coup de feu sur le Capitaine-commandant Vigneron blessant celui-ci, la balle a pénétré sous l’omoplate et est sortie à la poitrine. La femme fut immédiatement maitrisée par le Capitaine-médecin Willems, et arrêtée de suite par la police locale. Le Capitaine-commandant Vigneron s’étant encouru, et entré dans un magasin au numéro 6 de la même rue, y fut rejoint par les prénommés et reçut les premiers soins du docteur Willems. Une auto-ambulance requise par téléphone est arrivée immédiatement et a transporté le blessé à l’hôpital militaire de Bruxelles, le docteur Willems et un agent de police l’y ont accompagné. Le Commissaire de police d’Ixelles a procédé à l’enquête préliminaire en prenant la déposition des témoins dont celle du Colonel Thirifay. La famille du Capitaine Vigneron ainsi que les autorités ont été prévenues ».

La presse relate en long et en large l’événement sous des titres accrocheurs de « Un officier grand invalide est blessé par une veuve de guerre à Ixelles » ou « Une femme blesse un officier à Bruxelles parce qu’on lui avait refusé une pension » ou encore « Un drame, chaussée de Wavre à Ixelles ». On y apprend que le 15 mars de la même année ladite veuve croisant Georges et son épouse avenue de la Reine « l’apostropha violemment, l’injuria et le menaça. La Police fut d’ailleurs mise au courant des faits et dressa procès-verbal à charge de l’irascible veuve ». Elle le harcela par ailleurs à plusieurs reprises. On apprend encore dans les articles relatant l’événement que Georges Vigneron doit son salut au fait que l’arme dont la meurtrière s’est servie « est un révolver d’ordonnance du calibre 7.65 dont on a constaté qu’elle s’était enrayée après la percussion de la première cartouche ». D’abord soignée à l’hôpital d’Ixelles pour « crise de nerfs », Madame Didion est ensuite mise en observation pendant un mois puis transférée à la prison de Forest avant d’être jugée. La presse précise que les circonstances mêmes du drame font croire qu’on se trouve en présence d’une personne atteinte de la démence.

La Noël des blessés et des enfants de militaires

A l’occasion de la Noël 1936, Georges est à l’hôpital militaire de Bruxelles pour une double fête : à la fois l’une réservée aux invalides blessés aux poumons et soignés en ce lieu, et l’autre organisée au profit d’une centaine d’enfants de militaires « subalternes ». L’Inspecteur principal des Eaux et Forêts avait mis à la disposition des organisateurs « deux beaux spécimens de sapins, lesquels avaient reçu une ornementation spéciale et dont les branches étaient lourdement chargées de cadeaux multiples. Outre la distribution de présents et friandises, la diffusion de « deux films de Mickey Mouse et un comique » est programmée. « Nous adressons toutes nos félicitations au colonel médecin Couturier, directeur de l’hôpital militaire, et au major Vigneron pour cette heureuse initiative, ainsi qu’aux officiers adjoints pour l’organisation parfaite de ces deux réunions ».

Nommé officiellement major de réserve le 26 décembre 1937, sa nomination malgré des états de services brillants et reconnus comme tels, a en effet pris du retard. D’une part parce qu’il échoue à l’examen linguistique en néerlandais là où on lui reconnait une maîtrise approfondie du français, mais encore d’autre part parce que des difficultés administratives liées à son divorce lui ont valu sur ce point un mauvais signalement. Il tient lui-même à exposer sa situation au chef de la Maison militaire du Roi. Le sénateur Fernand Demets, futur Ministre de la Défense nationale et Gouverneur de la Province de Brabant, intervient d’ailleurs en sa faveur estimant que les « punitions encourues par le commandant Vigneron n’entachent en rien l’honorabilité de celui qui en a été l’objet. Il parait difficile de se montrer d’une grande sévérité à l’égard d’un officier invalide à cent pourcents qui a fait la campagne d’une façon particulièrement brillante, et qui, il y a quelques années a été victime d’un attentat à l’occasion de ses fonctions de secrétaire de la Commission des pensions de veuve de guerre ».

Commandant de camp, dépositaire des archives puis Prisonnier Politique

Dans un « Exposé de l’activité du 10 mai 1940 à fin 1944 du Major R.P.B Vigneron », on suit pas à pas l’activité de Georges : « Au 10 mai 1940, en activité, attaché en qualité d’officier rapporteur à la Commission des Pensions militaires, 24 chaussée de Wavre, sous la présidence du Colonel de réserve Lecorbesier. La Commission, en ordre, quitte Bruxelles, s’installe à Ostende, ensuite à Rouen, pour arriver à Montastruc-la-Conseillère près de Toulouse. Là, suivant les ordres donnés par le commandant des C.R.A. B (baron colonel de Trannoy), qui a fixé son Etat-Major à Nismes. En ma qualité de major le plus ancien, je suis désigné pour prendre le commandement du sous-secteur A, point central Bessèges, nord du Gard. Juin, juillet, jusqu’au 20 août, je m’occupe de mon secteur où je crois n’avoir pas mal réussi puisqu’une citation aux O.J. me félicite des résultats obtenus. Le 5 août 1940, le colonel baron de Trannoy, commandant le XVe C.R.A.B. tient à faire un rapport sur la gestion effectuée sur place par Georges Vigneron : « j’ai assisté hier au départ du premier train de rapatriement du XVe C.R.A.B.. J’adresse mes vives félicitations au Major Vigneron commandant le sous-secteur A et à son cadre pour la manière parfaite dont il avait organisé le ravitaillement, le rassemblement et l’embarquement de ses effectifs. Leurs efforts pour l’organisation de ce départ et leur dévouement constant pour assurer le bien-être de leur personnel ont d’ailleurs reçu la plus belle récompense pour les chefs : les remerciements et les acclamations de leurs hommes. Je souhaite et j’espère que tous les départs des autres trains de rapatriement s’effectueront dans d’aussi bonnes conditions. Je compte sur le dévouement de chacun pour qu’il en soit ainsi ».

A la dissolution des C.R.A.B (Centres de Recrutement de l’Armée belge), vers le 20 août, ordre est donné par le président de la Commission des Pensions militaires, de reconstituer la Commission. Réunion générale le 24 août au plus tard à Montastruc où les archives et le matériel étaient restés sous la surveillance d’un sous-officier d’élite. Le 25, je suis à Montastruc, sans nouvelles aucune de notre président. Je prends le commandement de la colonne que je ramène à Bruxelles, non sans avoir été fait prisonnier par les Allemands le 30 août pendant 24 heures à Paray-le-Monial ». On sait en effet par son dossier militaire qu’il rentre en Belgique en août en passant par Toulouse après diverses péripéties, et un manque d’approvisionnement en essence, et qu’il est fait prisonnier avec d’autres, à Hal et conduit sous escorte à la caserne Sainte-Anne à Laeken le 3 septembre. Il est en effet libéré au vu de sa condition de grand invalide de guerre 1914-1918. Il l’évoque sans détail dans son rapport : » Le 3 septembre, rentré à Bruxelles, libéré par les Allemands, grâce à ma qualité de grand Invalide de guerre. Le 1er octobre, la Commission des Pensions militaires, est reconstituée, et j’y reprends mes fonctions normales. Dans le cours de ce mois d’octobre, le lieutenant-colonel Mardulier me présente au Commandant Claser qui me propose d’entrer en activité dans la Légion belge. Mission : constituer un groupe clandestin, se composant de 4 sections, chacune à 10 escouades. But : organiser le secteur délimité par l’avenue Marnix, l’avenue de la Toison d’or, l’avenue Louise, le Bois, l’Université, le cimetière d’Ixelles, l’avenue de la Couronne, la rue du Trône. L’objectif principal INR. J’accepte et je travaille à tel point que six mois plus tard le commandant de la Légion belge m’offre le commandement d’un district. Comme j’avais organisé mon groupe que je connaissais à fond, je décline l’honneur que le chef me fait, mais celui-ci me confie le commandement d’un groupement soit groupes à sections, chacune à 10 escouades. J’accepte et deviens de ce fait C.T.3. Mon secteur est porté aux limites suivantes : avenue de la Couronne, rue du Trône, avenue Marnix, avenue Louise, chaussée de Charleroi, place Vanderkindere, Bois, université, cimetière d’Ixelles.

Objectifs principaux : INR, gendarmerie, Centrale téléphonique, rue Borrens et tous les hôpitaux et dépôts de Croix Rouge ». Suivent les noms de ses collaborateurs. « Vers 1941, tous ces messieurs ainsi que ceux dirigeant le service médical, ont prêté serment de fidélité à la Légion belge, cérémonie qui s’est déroulée à l’UFC rue de la Régence, en présence d’un délégué de la Légion belge, Monsieur Bodart, architecte. Vers la mi-1942, ne recevant plus aucun ordre de qui que ce soit, le colonel Mardulier étant passé au front de l’Indépendance, j’ai réuni chez moi tous ces commandants de groupes qui étaient alors Cambier, Falesse, François. Boute démissionnaire pour raisons de convenances personnelles, avait été remplacé par le capitaine commandant de réserve Marcel Callu. Après leur avoir fait part de la situation exacte, je les ai tous déliés de leur serment à la Légion belge en ajoutant toutefois que j’avais l’intention de conserver le groupement que je placerais dans une organisation similaire à rechercher. Tous, sauf le commandant Cambier, m’ont suivi. Il a été remplacé par Monsieur G. Van Belle. Peu de temps après, je me suis ouvert au colonel BEM Louppe, qui, à cette époque avait ses bureaux rue de l’abbaye. Je lui ai exposé la situation de mon groupement, fort d’environ 2000 hommes, organisés, encadrés. Sa réponse fut : « garde-le bien en mains, au moment venu, je ferai appel à tes services ».

Une lettre au Roi

Si un qualificatif doit résumer la personnalité de Georges Vigneron, c’est que rien, jamais, ne le retient de frapper aux bonnes portes. Aussi, dès le 11 septembre 1940, il s’adresse au Roi avec ce but : « Sire, j’ai l’honneur d’exposer à Votre Majesté la situation actuelle du personnel des Commissions des pensions militaires. Le Président a été démobilisé étant officier de réserve. Restant le seul officier supérieur, je me permets de solliciter le haut appui du Roi pour obtenir la libération des membres du personnel officiers, sous-officiers et soldats, actuellement prisonniers au camp de Beverloo et dont les noms et qualités sont mentionnés dans la liste ci-jointe. Il me revient d’ailleurs que les Commissions militaires devront bientôt fonctionner à nouveau. Etant donnée cette circonstance, je pense qu’il pourrait utilement fait appel à tous les anciens militaires qui en faisaient partie depuis des années. Ils en connaissent de façon parfaite le fonctionnement, et le bon rendement de ces commissions reconstituées serait certes assuré par eux. D’ailleurs ils n’ont pas démérité et rien ne semble plaider pour leur remplacement par des fonctionnaires civils. Je suis de Votre majesté, le très humble, très obéissant et fidèle serviteur, le Major R.P.B Vigneron ». Nous ignorons ce qu’il est advenu par la suite de cette requête.

La « Légion belge » et la Résistance

A partir de 1941, il commence à recruter des membres pour « La Légion belge », mouvement de la Résistance intérieure belge, qui intègrera par la suite l’Armée Secrète et où il trafique des armes et veille à la diffusion de la Libre Belgique. Le but est également d’assurer l’ordre après le recul de l’ennemi et avant l’arrivée des troupes alliées. Il recrute trois membres, le commandant Cambier, les capitaines van der Elst et van Reeth. Un des spectres à combattre alors est pour lui la peur du communisme. La dissolution du secteur que Georges maîtrise est décidée en mai 1942. Arrêté le 2 mars 1943, il est incarcéré à la prison de Saint-Gilles à Bruxelles. Les interrogatoires sont musclés que ce soit pour Georges ou ses acolytes. Notamment pour Pierre Boulanger qui détenait des armes, un instituteur de Bruxelles qui fait partie du même mouvement que lui et qu’il a connu à Saint-Ambroix, de même qu’un certain Derom, de Hoeilaart qui sert d’infirmier. D’abord condamné à mort le 11 avril, il est ensuite le 16 juillet, car ce jugement est cassé, condamné à deux ans d’emprisonnement pour « activité anti-allemande ». Au mois d’août, il est transféré à Merxplas avant d’être réintégré à Saint-Gilles en mai 1944 et libéré un mois plus tard.

457 jours de captivité

Il fait lors de son emprisonnement l’objet d’une procédure pénale car il a reçu sans l’accord du médecin de la prison et par le canal de sa seconde épouse, des colis alimentaires qui seuls lui permettraient de survivre à son emprisonnement. Cette dernière se bat par ailleurs pour qu’il ne soit pas envoyé en Allemagne au vu de son état de santé. Le conseiller à la Cour martiale exige un rapport médical légal afin de savoir ce qu’il en est vraiment de la santé de Georges. En mars 1943, le docteur van der Elst atteste du caractère préoccupant de la situation : « Grand invalide, blessé dans le thorax. La santé de ce prisonnier est fort précaire. Je vais donc en tant que médecin faire appel à vos sentiments humanitaires pour soulager dans toute la mesure du possible le régime de cet officier-invalide ». Il est libéré le 31 mai 1944 après avoir passé 457 jours de captivité. Bientôt s’annonce enfin la fin de la guerre.

Un statut évident et néanmoins difficile

Le 24 juin 1945, c’est à Liège que se trouve Georges pour une assemblée générale de » l’Association Nationale des Prisonniers Politiques ». Elle a lieu au théâtre du Trocadéro avec un exposé des buts par divers intervenants dont notamment le président. « Monsieur Hamal exposera ce qui a déjà été réalisé au point de vue secours d’urgence fournis aux prisonniers politiques rentrant d’Allemagne ». En septembre, Georges assiste avec la Princesse de Merode à une réception donnée à Bruxelles à l’initiative du « Club des chapeaux gris » au profit des prisonniers politiques. Dans son édition du 20 novembre 1945, le journal « La Cité nouvelle » évoque le statut des Prisonniers politiques qui est alors d’actualité : « il y a quelques jours a été déposé sur le bureau de la Chambre le projet de statut du Prisonnier politique : projet qui a déjà provoqué de très sérieuses discussions avant même de parvenir à la Chambre. Que se passe-t-il dans ce domaine ? C’est ce que viennent d’expliquer au cours d’une conférence de presse et d’une assemblée publique Mme Rita Dumonceau, MM. Nicolas Monami et N. Vanderbeeker. Il existe actuellement quatre associations nationales de Prisonniers Politiques qui sont la Fédération Nationale des Ex-Prisonniers Politiques des deux guerres, dirigée par le notaire van Halteren, l’Union Nationale des Prisonniers Politiques 1940-1945 qui est le groupe de Monsieur le Ministre Soudan, l’Association des Prisonniers Politiques 1940-1945 dirigée par le major Vigneron et qui possède une section de femmes prisonnières, et l’Union Nationale des Prisonniers Politiques rescapés des bagnes allemands ».

On le constate on n’est pas encore arrivé à une simplification administrative... Et le journaliste de poursuivre : « ce sont néanmoins ces quatre organisations, qui cohabitent avec des amicales diverses, qui ont été, avec quelques autres personnalités, déléguées à la Commission consultative créée par le Ministre M. van den Branden de Reeth. La lutte la plus vive s’est engagée à cette Commission pour savoir à qui on allait accorder le titre de Prisonnier politique, question qui fait l’objet de l’article I de l’arrêté qui vient d’être déposé. D’après ce projet de loi, le critère pour être prisonnier politique serait d’avoir été incarcéré en prison ou interné en camp dans une prison ou un camp allemand pendant plus de trente jours ». Or l’Union des prisonniers politiques estime que le titre ne peut être accordé qu’à ceux qui ont été enfermés pour des faits patriotiques. De ce fait cela exclurait les Juifs et les Communistes. « (...) En réalité dit M. Monami, certains veulent faire chez les Prisonniers Politiques ce qui a discrédité la Résistance : constituer de ces organisations des tremplins électoraux qui les serviront aux élections de demain. Et cela, nous n’en voulons pas, conclut-il ». [16] En septembre, deux représentations de théâtre sont données à « L’Alhambra » à Bruxelles par des officiers eux-mêmes, en hommage à l’infanterie, et alors que ceux qui la jouent l’ont imaginée alors qu’ils étaient prisonniers au camp de Prenzlau. La première se déroule en présence de la Princesse de Merode et à l’entracte Georges remercie les protagonistes qui font don des recettes au profit de l’Association qu’il préside, comme le relate » La Nation belge » le 23 septembre 1945.

Un gala au profit des Prisonniers Politiques

La presse relate le 13 septembre 1945 que « l’Association Nationale des Prisonniers Politiques 1940-1945 « Servir maintenant comme devant » groupe tous ceux que les Allemands ont emprisonnés, torturés dans leurs camps pour un acte patriotique désintéressé. Beaucoup de ces membres sont rentrés malades, affaiblis et réclamant des soins. Tous sont rentrés dénués de tout. L’Association s’efforce de pourvoir à l’indispensable et même à davantage car les interventions officielles ne peuvent suffire. Mais ces interventions sont coûteuses. Elles réclament beaucoup d’argent. A qui le demander sinon à ceux qui en disposent. C’est pourquoi l’Association saisit toutes les occasions qui s’offrent à elle pour alimenter son service social. Mardi, le dévoué président de l’Association, le major Vigneron, avait invité la presse dans les somptueux salons de « Lancaster », rue de la Violette 28 où doit avoir lieu le vendredi 14 septembre une soirée de gala au profit des Prisonniers Politiques avec le concours de nombreuses vedettes. Ce fut une réunion charmante au cours de laquelle le sympathique président eut l’occasion d’exposer les grandes lignes de son programme d’entraide au profit des meilleurs d’entre les nôtres. Aussi le gala de vendredi, une fête entre bien d’autres, promet-il, de recueillir un franc succès ».

Du général Leclerc à la Reine Elisabeth et de Maurice Schumann au Prince Régent

Alors qu’en novembre 1945, Georges Vigneron est aux côtés de la « Division Leclerc » qui est en Belgique et passe par Namur, Charleroi, Tournai, Liège, et Bruxelles où une cérémonie a lieu à « L’Eldorado », en compagnie notamment du prince Frédéric de Merode, la presse s’enthousiasme à relever « que on y vend au profit de l’Association Nationale des Prisonniers Politiques, aux enchères américaines, une photo dédicacée du général Leclerc [17] et elle atteignit 35.000 francs en quelques minutes. Ajoutons que la soirée était commentée par Monsieur Pierre Vandendries et que les hymnes alliés donnèrent à la fête une haute signification d’hommage à tous les artisans de la Victoire ». Le mois suivant, notre infatigable président est aux côtés de la Reine Elisabeth, du baron Carton de Wiart, du baron de Streel et de Madame Claes, présidente des femmes prisonnières politiques, à « l’Ancienne Belgique » à Bruxelles pour un goûter de Noël et un spectacle, offerts aux enfants des Déportés et des Prisonniers Politiques.

Hommage au château « Le Moutier » à Wépion au Brigadier général Arthur-H. Rogers

C’est à Wépion, dans ce village où Joseph, Maurice, André et Jacques, tous quatre parents de Georges Vigneron, ont été Résistants reconnus qu’en cette fin décembre 1945 se trouve encore Georges Vigneron. Dans le cadre assez prestigieux du « château » « Le Moutier » à Wépion construit à la fin du XIXe siècle en style néo Louis XVI, converti quelques années durant en monastère du Mont Vierge par des Bénédictines, et alors lieu de réception pour un bel et grand événement. « Vers l’Avenir » nous consigne cela en ces termes : « nous avons signalé dans notre édition de Noël que le Prince-Régent de Belgique sur proposition du ministre de la Défense nationale avait élevé le Brigadier général Arthur-H. Rogers à la dignité de commandeur de l’Ordre de Léopold II. C’est le major Vigneron, président des Prisonniers Politiques de Belgique qui fut chargé de remettre cette décoration au nom du Régent lundi à 17h. La cérémonie se déroula au château « Le Moutier » à Wépion où le Brigadier général Rogers a établi son quartier général. (...) Le major Vigneron congratula le Général qui était entouré de son Etat major et rappela brièvement les campagnes glorieuses auxquelles le Brigadier Rogers participa : Afrique, Tunisie, Sicile, France, et enfin celle d’Allemagne (...) ».

En janvier 1946, c’est « Le Figaro » qui se fait l’écho de la présence de diverses personnalités à Bruxelles. Il s’agit de Pierre Bourdan, journaliste, Résistant et homme politique français, Jacques Duchesne, Résistant, acteur et directeur de théâtre, et Maurice Schumann, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de France, élu à l’Académie française, Croix de guerre 1939-1945, mais surtout la « voix « sur Radio-Londres » durant tout le conflit. Ils sont alors les invités de l’Association Nationale des Prisonniers Politiques de Belgique, et la présence de Maurice Schumann est particulièrement émouvante pour Georges Vigneron, car sa mère, Thérèse Michel, fille d’un dentiste namurois, avait un grand amour pour la cité mosane. [18] Ils sont accueillis à Bruxelles par la musique du 3e bataillon de Chasseurs à pied, venue du lac de Constance. L’article précise que « les orateurs de la BBC furent accueillis à la gare du midi par le major Vigneron et le Comité de l’Association des Prisonniers. Le cortège se dirigea à pied acclamé par la population vers l’hôtel de ville où l’échevin Catteau, remplaçant le bourgmestre, adressa aux orateurs français un compliment de circonstance. L’après-midi, ils furent présentés au Prince régent qui leur remis les insignes de l’Ordre de Léopold (...). Leur voyage se poursuit. Ils se font entendre aujourd’hui à Gand ».

Hommage à Anderlecht

En février 1946, Georges est à Anderlecht. L’hôtel de ville de cette commune honore en effet ses héros : « c’est sous une pluie battante et continue que la commune d’Anderlecht a rendu, dimanche matin, un dernier hommage à ses héros et martyrs de la guerre. Treize noms, treize Belges, fusillés pour sabotage, fusillés pour avoir imprimé des journaux clandestins, morts après d’horribles tortures à Buchenwald tous victimes de la bestialité nazie. L’hôtel de ville d’Anderlecht drapés de voiles noirs lamés d’argent, où étaient exposés les corps des martyrs, a vu défiler dans ses salles dimanche matin, les meilleurs des citoyens de la commune. (...) « Les personnalités sont nombreuses, représentants de ministre, le gouverneur, le bourgmestre, M. Depage [19], président de la Croix-Rouge, le major Vigneron etc... » A l’issue des hommages à l’hôtel de ville, « au son des clairons et de musique de circonstance, le cortège arriva devant l’église Saint Guidon où les corps furent alignés et où ils reçurent une dernière bénédiction. Et c’est enfin la dernière étape, vers le cimetière communal. Treize héros reposent. Treize héros dorment leur dernier sommeil, côte à côte, unis dans la mort comme jadis dans leur idéal de résistance aux forces du Mal ».

Une promotion bien méritée

Deux mois plus tard, sous le titre de « Une promotion bien méritée », le journal « La Lanterne », annonce dans ses colonnes le 10 avril 1946 : « nous apprenons la promotion au grade de lieutenant-colonel du major Georges Vigneron, président de l’Association Nationale des Prisonniers Politiques. Cette nouvelle réjouira tous ceux qui savent avec quel inlassable dévouement et quel esprit de justice, le lieutenant-colonel Vigneron ne cesse de soutenir la cause des anciens détenus des camps allemands, de leur venir en aide et de soulager leur misère. Nous adressons au lieutenant-colonel Vigneron nos plus sincères félicitations pour cette nomination amplement méritée ». Quelques jours plus tôt, c’est aux funérailles de Léon Godfroid, à Namur, qu’il assiste. Capturé à la chute d’un des forts de Namur en 1914, avec son unité, il était revenu d’Allemagne, grand mutilé, étant Résistant avant la lettre, ce qui lui valut d’être l’objet d’atroces sévices de la part de ses geôliers tortionnaires. Il est aussi présent au grand rassemblement, et défilé, de douze mille Prisonniers Politiques qui a lieu au Palais des sports de Bruxelles auquel prend part la grande Résistante Andrée de Jongh. [20]

Un statut de Prisonnier Politique

Aux fins de faire reconnaitre son statut de Prisonnier Politique, qui sera attribué à Georges en 1954, diverses enquêtes sont faites et plusieurs témoignages sont recueillis. Son compagnon d’infortune, incarcéré comme lui, M. Boulanger témoigne le 9 mai 1946 par écrit : « je soussigné Pierre Boulanger, 652 chaussée de Haecht à Schaerbeek, certifie que le lieutenant-colonel Georges Vigneron, 50 avenue Derache à Ixelles, m’a recruté en 1941 pour la Légion Belge et placé comme chef de groupe sous les ordres du commandant Boute, lui-même sous les ordres du lieutenant-colonel Vigneron (C.T.3). Arrêté le 2 mars 1943 en même temps que moi, le lieutenant-colonel Vigneron a passé en Conseil de guerre allemand (OFK.672. Bruxelles) les 10 avril et 16 juillet 1943. Il fut condamné devant moi à deux ans de prison pour activité anti-allemande. J’affirme sur l’honneur que la déclaration ci-dessus est exacte ». [21]

A cette époque survient un événement pénible. Lorsque Georges Vigneron est arrêté en 1943, au cours « d’un interrogatoire prolongé de la Gestapo », il lui est demandé comment il connaît « le commandant Cambier ». Il a la « maladresse » probablement liée aux circonstances si difficiles, de dire « je l’ai rencontré chez le docteur van der Elst dont il est le beau-frère ». « Comment connaissez-vous ce docteur » lui demande-t-on ? « Il est mon médecin et mon ami depuis 1918 ». 15 jours plus tard les intéressés sont arrêtés chez eux et incarcérés par les Allemands pendant un mois. Le major-médecin van der Elst et le commandant de réserve Cambier déposent après la guerre plainte contre lui estimant que son imprudence a causé leur arrestation. Une enquête est menée par l’auditeur militaire et il est alors précisé que « le major Vigneron, interrogé par les Allemands sur le fait de savoir s’il connaissait le commandant Cambier et, ayant déjà été pris en flagrant délit de mensonge pour une question semblable lui posée au sujet de deux autres membres de la Légion, a cru ne pouvoir nier ; il est à remarquer que MM. van der Elst et Cambier ont été libérés après un mois de détention ». Non seulement l’affaire est classée sans suite mais les membres, officiers supérieurs de la Commission estiment en conclusion « que l’attitude du Major Vigneron, sous l’occupation dans la Résistance, a été particulièrement méritante ».

L’été se faufile et alors qu’en juillet il donne une conférence à Marcinelle, au mois d’août, c’est à Courtrai qu’il se trouve pour une fête patriotique qui s’y déroule. Le journal « La Nation belge » rapporte que « dimanche à l’issue d’un grand cortège et au cours d’une manifestation patriotique au monument a eu lieu la remise d’un drapeau à la Fédération des anciens Prisonniers Politiques par le colonel Vigneron, président. Des concerts de musique ont clôturé la cérémonie ». Le 31 décembre 1946, il cesse, par limité d’âge de faire partie du cadre de réserve.

Aux côtés de la Princesse de Merode

En 1947 se déroule à Namur le Congrès national des plus grands mutilés et invalides des guerres 1914-1918 et 1940-1945. Le Président national-fondateur de la Fédération des invalides de Guerre est alors Henri Le Clercq [22] que rencontre Georges. Dès la fondation de la Loterie Coloniale en 1934 par René-François Detry (1881-1945), cousin de Georges Vigneron, la division des billets de loterie d’entier en dixième permet une surprime allouée à l’ONIG. C’est en présence de la Princesse de Merode, président de l’œuvre que le congrès a lieu en ce mois de juin 1947. Il a lieu en présence du gouverneur Robert Gruslin, du bourgmestre Louis Huart, du colonel-chevalier de Brabandère de la Commission des fêtes de la ville de Namur, et de nombreuses personnalités. Il est précisé par le journaliste de « La Libre Belgique » que « au bureau avaient pris place Paul Wayenberg, président national des plus grands mutilés et invalides de guerre, MM. Loix et Vergouds, vice-présidents et Vigneron, secrétaire général. Monsieur Huart, bourgmestre rendit hommage aux mutilés ; M. Wayenberg, remercia la ville de Namur d’avoir voté un crédit de 50.000 francs pour le congrès. On procéda ensuite à l’examen des vœux émis par les délégués. Monsieur Vigneron, secrétaire général parla de l’activité de la Fédération et des résultats obtenus. La Princesse de Merode à son tour dit sa joie de se retrouver parmi les plus grands mutilés à qui elle consacre tout son dévouement. Au cours de la séance d’hommage à François Bovesse [23] qui suivit l’assemblée, M. Loix prononça l’éloge funèbre du disparu (...). Après un défilé des enfants des écoles qui acclamèrent les grands mutilés et les fleurirent, les héros de la fête furent reçus au Palais provincial ». « Vers l’Avenir » ajoute pour sa part, photo à l’appui, que le congrès a rassemblé sur deux jours plus d’un millier d’invalides et mutilés.

L’inauguration d’un Mémorial à la prison de Saint-Gilles-lez Bruxelles

C’est un moment très émouvant qui se déroule en ce mois de septembre 1947 à la prison de Saint-Gilles-lez Bruxelles où Georges Vigneron a été détenu comme Prisonnier Politique. Une foule y est en effet rassemblée composée d’un millier d’anciens Prisonniers Politiques, d’un large public et de notabilités parmi lesquelles « M.M Struye, ministre de la justice, et Coenen, bourgmestre de Saint-Gilles, le colonel Vigneron, le général Leroy, commandant de la gendarmerie, Monseigneur Nemolowsky, archiprêtre orthodoxe, ancien prisonnier politique, ou la princesse Sakharoff à laquelle à notre connaissance le journaliste accorde un titre « de courtoisie ». C’est avec une bien compréhensible émotion qu’ils écoutèrent la « Missa Alba » de Meulemans, jouée aux orgues par M. Luyckx et chantée par la chorale Saint-Georges. Au pied de l’autel surélevé s’alignaient les drapeaux de la Résistance, des Prisonniers Politique et des Anciens combattants des deux guerres.

Après la cérémonie religieuse en présence de la foule des anciens et d’un très nombreux public, le colonel Vigneron monta sur l’estrade encadrée par les étendards placée sous la plaque commémorative apposée au mur ouest de la prison : notre Patrie a payé un lourd tribut à la Victoire. Puisse l’exemple de nos martyrs sceller à tout jamais l’union de tous les Belges. Le Ministre de la justice, après « La Brabançonne », exécutée par la musique de la Légion mobile de la gendarmerie, dévoile le Mémorial où ce texte est gravé : « Prison militaire allemande de Saint-Gilles 1940-1945. N’oublions jamais. 30.000 patriotes Résistants, hommes, femmes, enfants connurent ici les premières heures de leur long martyr, du 17 mai 1940 au 3 septembre 1944. Jamais les menaces et les supplices n’eurent raison ni de leur courage ni de leur foi ». A l’heure où les clairons sonnèrent « Aux champs », des gerbes furent déposées par le colonel Vigneron au pied du Mémorial (...) ».

Quand Sir Yehudi Menuhin est aux commandes

Georges Vigneron ne recule décidément devant aucun obstacle pour récolter des fonds pour ses protégés et leur apporter la reconnaissance morale et financière légitime. En cette fin d’année 1947, c’est la grande salle Henry Le Bœuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles qui est pavoisée aux couleurs de l’Association Nationale des Prisonniers Politiques Résistants qui y organise une soirée philanthropique qui connait un beau succès. Le journal « La Lanterne » se fait un devoir de l’évoquer en long et en large dans ses colonnes : « (...) Après la projection d’un joli dessin animé, le Colonel Vigneron, président, remercia le nombreux public et les personnalités présentes d’avoir bien voulu répondre à l’appel du Comité organisateur. Les bénéfices de cette soirée dit-il permettront d’assurer financièrement les services sociaux et administratifs de l’œuvre. Le colonel Vigneron eut encore quelques paroles aimables pour « La Lanterne » qui a patronné la soirée et pour notre directeur, Monsieur Paul Baar, lui-même Prisonnier Politique grand Résistant et grand invalide de 1914-1918. La soirée se poursuit avec la projection du film « The Magic Bow » (l’archet magique) qui relate une des aventures galantes de Paganini, l’extraordinaire virtuose génois. A l’écran c’est Monsieur Stewart Granger qui interprète magnifiquement ce rôle. Mais en réalité les soli de violons sont exécutés avec un art éblouissant par le fameux Yehudi Menuhin. La synchronisation est absolument parfaite ». On comprend en effet le succès de la soirée avec la participation de ce virtuose, enfant prodige se produisant sur scène dès l’âge de onze ans à Paris et à New York. Il est en effet considéré comme l’un des plus grands violonistes du XXème siècle.

Mise à l’honneur du père de Georges

C’est sous l’accroche de « La Société de musique d’Hingeon fondée en 1885 et dirigée depuis soixante ans par M. Benoni Vigneron est en liesse » que le journal « Vers l’Avenir » évoque dans son édition du 3 février 1950, les festivités qui entoure le directeur musical. Cet hommage est resté secret et l’intéressé en est profondément ému et se voit offrir son portrait, témoignage de reconnaissance des musiciens et de la population. Le tout alors qu’il est accueilli dès l’entrée des lieux par une vibrante Brabançonne. La presse signale encore que « (...) Monsieur Félix Delbrouck, parent et ancien collaborateur musical de M. Vigneron, laisse parler sa vieille et sincère amitié dans un hommage d’une magnifique envolée. Enfin, Monsieur le curé et Monsieur l’instituteur s’associent de tout cœur à ces congratulations et prient sainte Cécile, patronne des musiciens, de veiller à la réalisation des vœux de santé et de longue vie du chef de la musique ». Sa fille Madeleine et son fils Georges sont évidemment présents et c’est ce dernier qui remercie chaleureusement les organisateurs de cette touchante cérémonie. Si l’attachement de Georges Vigneron à son père, à Hingeon où il a ses racines est réel et grand, il ne cesse curieusement, au cours de son existence, de fuir un cocon. Ses adresses défilent de Namur, boulevard de la Meuse, rue Rogier, rue Delvaux, à Bruxelles, rue du Cygne, rue d’Aerschot, square des Latins, avenue Général Médecin Derache, avenue de l’Université, rue des Héllènes... comme si à chaque fois une nouvelle vie démarrait.

Des brevets d’invention

Si le colonel Vigneron a marqué son temps, à la fois par son courage de vaillant soldat, de Résistant, de Prisonnier Politique, d’infatigable président dévoué à la cause qu’il porte, il est passé à la postérité pour une tout autre cause. Inventeur ingénieux, il est en effet le dépositaire de trois brevets d'invention, le premier en 1958 en Belgique et en Suisse en 1960, pour un « Dispositif de freinage de la culasse mobile et de réglage de la cadence de tir d'une arme automatique », le second en Belgique en 1959 pour une « Arme automatique à culasse mobile », et le troisième en Belgique en 1960 pour une « Mitraillette ». Cette dernière connue sous le nom de « Mitraillette Vigneron » par le nom qu’elle porte en fera sa réputation. L’Office de la propriété intellectuelle ne mentionne pas de dépôt de brevet avant la fin des années cinquante bien que la littérature parue sur le sujet mentionne, elle, des brevets dès 1951. Un article sur le sujet fait en effet état de ce cette production en ces termes : « Georges-Désiré Vigneron, et son associé Camillis, fournissent à la « Sprl Jean Berger et Paul Renson » réunis, une arme qui doit servir de base pour la confection d’un pistolet-mitrailleur. Après le prototype proposé, en 1951, le brevet est déposé » (...).

Herstal, le temple de l’armement

(...) L’arme est d’abord testée par l’armée belge à Anvers. Le rapport est positif et d’autres armes sont commanditées pour servir de tests. D’autres essais ont lieu dans un bois de Châtelet par l’armée belge. La collaboration avec la Société Berger-Renson s’arrête toutefois et elle se fait avec un industriel de Herstal. Les premiers exemplaires de la Vigneron M1 ont été livrés fin 1952 et portent sur l’arme des marquages « ABL 1952 VIG M1 «  et le numéro de série. En 1953 des adaptations sont faites . Les organes de visées sont modifiés à la demande de l’armée par la Société « La Précision Liégeoise » à Herstal. La « Vigneron » a été utilisée par l’armée belge, par la Force publique congolaise, les armées congolaise, burundaise, rwandaise, luxembourgeoise, portugaise, angolaise et mozambicaine. Même l’armée de la République irlandaise (IRA) en a eus. En 1993, l’armée belge a fait détruire ses exemplaires mais en 1997, un petit lot a été proposé sur le marché et s’est retrouvé dans les armureries. La production des « Vigneron » semble avoir oscillé entre 90.000 et 150.000 ». Les armes portent à partir d’une certaine époque près de la crosse « Licence Vigneron ». Des manuels techniques expliquant leur emploi sont diffusés à différents moments et ont pour titres : « Manuel technique, Mitraillette Vigneron », « La Mitraillette Vigneron M2 » ou « La Mitraillette Vigneron. Précis » ».

Dans l’imaginaire collectif

Aujourd’hui encore elle est dans l’imaginaire collectif pour beaucoup, anciens officiers ou soldats, amateurs d’armes ou simples profanes qui y ont été confrontés. En 1959, Georges Vigneron est contraint de faire une mise au point publique car des contrefaçons sont réalisées, et il est donc logique que ce soit à cette date que les premiers brevets soient déposés. Il s’en ouvre dans le journal « Le Soir » « précisant qu’il est le seul créateur et propriétaire du brevet de la « Mitraillette Vigneron » dont à ce jour 100.000 armes fabriquées par une usine de Herstal ont été fournies à l’Armée ». Son invention figure évidemment aussi dans certains faits d’hiver.

La mitraillette Vigneron dans la littérature

Que ce soit dans des revues spécialisées ou dans des fictions, la mitraillette portant le nom de Georges, inventée et brevetée par lui, y figure décennie après décennie. Dès 1962 Ch. Lanciney la mentionne dans « Les héros sont affreux » et l’année suivante, K. Bor dans « Survient un affreux » ; en 1967, c’est J. Le Bailly qui y fait référence dans « Une poignée de mercenaires » comme N. Carter en 1976 dans « The Gallagher Plot ». En 1987, R. Bourgeois l’évoque dans « Témoignages : Fonctionnaire territorial 1931-1961, alors qu’il en est question en 1993 dans « Small Arms of the World : a basic manual of Small Arms », dans « Au bout du chemin » de Y. Demoulin en 1995 et cinq ans plus tard dans I. Hogg, « Military Small Arms of the 20th Century ».

En 2000 encore c’est M. Claise qui en fait état dans « Les années d’or (salle des pas perdus III) ». Dans « Les secrets de l’affaire Lumumba », L. de Vos la mentionne en 2005, et en 2008, Z. Etambala, dans « De teloorgang van een modelkolonie : Belgisch Congo (1958-1960) ». Et malgré le temps qui passe, les œuvres plus récentes continuent à y faire référence, comme A. Kisonga Mazakala, dans « 45 ans d’histoire congolaise : l’expérience d’un lumumbiste » en 2005, M. Desessarts et S. Delsarte, dans « Sho’t, Dieu Tonnerre » en 2017, J.-M. Rouillon, dans « Infinitif présent » en 2020, D. Warfa, pour « Ultérieures et noires. Un imperceptible vacarme 4 », en 2021, ou encore, la même année, en 2024, I. Havermans, dans « Vive le sport » ou L. Richard, dans « La fourmi de l’ombre ».

Quand vient le repos éternel

Veuf de sa seconde épouse, Joséphine Carnier le 23 février 1966, Georges épouse l’année suivante, le 8 mars 1967, Alice Helsens (1908-1993). Il s’éteint à Etterbeek le 13 janvier 1979 et est inhumé dans le carré militaire du cimetière d’Ixelles sous une simple pierre tombale marquée « Colonel Georges-D. Vigneron » aux côtés de ses années de naissance et décès. Point d’autres titres et qualités pour celui qui conjugua l’héroïsme au commandement, l’invention de brevets au sort des plus démunis, que la simple petite plaque émaillée rivée sur la pierre et qui rappelle « Ici repose un ancien Combattant ». [24] Cinq mots qui résument une vie où l’amour de la patrie a été une raison d’être où le sens du devoir a pris toute son ampleur. Il partage en ce lieu de paix éternelle le séjour d’autres vaillants Combattants ou de porteurs de destin hors du commun comme le capitaine Van Huysse, pour lequel il avait souscrit au Mémorial érigé là, lui qui était mort lors d’un concours inter-escadrille organisé par l’Aéro-Club de Belgique. [25]

Galerie de photos et de documents


[1] Il ne doit pas être confondu avec le colonel de gendarmerie Vigneron qui « fut chassé de l’Armée car rexiste » (Le Pays réel, 19 janvier 1937).

[2] A cette famille s’allie Rosalie Detry (1814-1898) (P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try. Cinq siècles d’histoire, Namur, 2015, p. 419), tante de Mathilde, qui épouse Antoine Darville (1816-1877), négociant. Léopold Darville, agent d’assurance à Hingeon, âgé de 47 ans, cousin de la contractante, est témoin au mariage le 8 novembre 1889, de Benoni Vigneron et de Marie Dieudonné.

[3] P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 422.

[4] Nestor Detry (1850-1911), négociant à Charleroi, époux de Aline Denisty (1855-1909), est le père de Jules Detry (1881-1950), expert-comptable, ténor, Premier Prix de solfège avec Distinction du Conservatoire de musique de Charleroi, critique musical et théâtral pour différents journaux, collaborateur des œuvres de bienfaisance et de ravitaillement lors de la Première guerre Mondiale à Charleroi, époux de Renée Nonclercq (1882-1961). Ces derniers sont les parents d’Edmond Detry (1910-2000), directeur de l’Office régulateur de la navigation intérieure à Tournai, directeur général du Centre d’accueil pour réfugiés à Charleroi en 1940, membre du Conseil d’administration du Secours d’hiver lors de la Seconde guerre Mondiale, président du Conseil culturel et vice-président du Conseil d’administration de la Maison de la culture de Tournai, auxiliaire des services de Renseignements et d’Action, photographe amateur et critique musical et théâtral et correspondant de journaux comme son père, époux de Alice Ryde (1911-1988), dont descendance dans la famille Mercier. P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp.423-442.

[5] PAYE, PAYE (de) : très ancienne famille de Hanret portant à l’origine la particule, et qui essaime dans une branche à Maizeroulle alliée aux le Burton, famille lignagère dont descend Charles Detry (1816-1887), père de Mathilde Detry qui fait l’objet de cette présente notice. Hortense Paye est veuve à quarante-trois ans avec dix enfants à charge. Vers l’Avenir, 29 septembre 1920, 1er octobre 1921 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 777 ; P.-E. Detry, La famille Degueldre, jadis de Gueldre. Ascendance lignagère et politique d’alliances d’une famille du comté de Namur, Namur, 2018, p. 62.

[6] Plusieurs photographies de Namur conservées dans les Archives de la famille Detry ont été réalisées par ce photographe talentueux (P.-E. Detry, Ch. Gourdin-Decock et D. Franquien, Départ vers la Citadelle à la Belle Epoque, son tourisme, ses villas, Bruxelles, 2008, p. 13). En ce qui concerne Charles Berlet et ses écrits, il en est de touchants sur le plan familial comme C. Berlet, Pages actuelles 1914-1916. Un village lorrain pendant les mois d’août et septembre 1914. Réméréville, Paris et Barcelone ; Deux soldats lorrains. François Berlet, capitaine au 37e régiment d’infanterie (1880-1914). Henry Berlet, sous-lieutenant au 169e régiment (1881-1914). Lettres, rapports, citations recueillies par Charles Berlet, Nancy. Ou encore sur son attachement à la royauté avec C. Berlet, 14 juillet journée sanglante. La Prise de la Bastille d’après documents authentiques et avec une illustration, Edition du Courrier de Lorraine, 1939.

[8] La famille Detry, dans ses porteurs du nom, ses alliés ou ses descendants a évidemment compté de nombreux combattants, et résistants, des première et deuxième guerres mondiales. Parmi ceux présents et rescapés de la Bataille de l’Yser, on compte, tous décorés de la Croix de guerre 1914-1918 et de la médaille de l’Yser, Jules Laurent (1887-1958) époux d’Emma Detry (1890-1959), Joseph Detry (1892-1964), peintre décorateur, inhumé à la pelouse d’honneur du cimetière de Marcinelle, père de Georges Detry (1919-2002), artiste-peintre, ou le colonel BEM Charles Dendal (1890-1958), fils d’Alice Detry (1859-1944). P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., passim. Quant à l’arrière-grand-père maternel de Nathalie della Faille de Lerverghem épouse de Philippe-Edgar Detry, Pierre Mourlon Beernaert (1888-1914), avocat, volontaire de guerre comme soldat VG deuxième classe au 2ème régiment des Carabiniers, chevalier de l’Ordre de Léopold II avec palmes, il meurt à l’Yser le 22 octobre 1914 à l’âge vingt-cinq ans, après deux ans de mariage, et son décès n’est officialisé que des années plus tard après diverses annonces parues dans la presse pour le rechercher (L’Indépendance belge parue en Angleterre, 23-26 novembre 1914). De son épouse Yvonne de Marteau (1888-1985) demeurée septante ans veuve, il eut deux enfants, Simone (1913-2008) (baronne Rolin) présentée avec sa mère aux Souverains au bal de la Cour (L’Indépendance belge, 28 janvier 1934) et Guy Mourlon Beernaert (1915-1990), enfant posthume à la mort de son père, notaire, qui épouse Alberte Le Clercq (1915-2006), fille de Henri Le Clercq, président national-fondateur de la Fédération des invalides de guerre évoqué dans le présent parcours de vie du colonel Vigneron. C’est Henri Le Clercq qui fait l’éloge funèbre de Pierre Mourlon Beernaert (Eloge funèbre de Maître Pierre Mourlon Beernaert prononcé le 24 novembre 1921 à la Conférence du Jeune Barreau de Bruxelles par Maître Henri Le Clercq) ; Journal de Bruxelles, 12 janvier 1919 ; Vers l’Avenir, 24 mars 1919 ; P.-E. Detry, « La dévolution aux Mourlon Beernaert de l’étude notariale Eliat » in Le Parchemin, 1995.

[9] Né à Bayeux le 19 juin 1918 et décédé à Vandoeuvre-lès-Nancy le 19 décembre 1977. Dont desc. Marc Vigneron a en partie vécu avec sa mère et en partie avec son père. Il suit des études au Collège de Bellevue à Dinant et à l’athénée d’Ixelles.

[10] Anne-Marie Vigneron (1922-2011) épouse en 1) Nancy en 1942 (mariage dissous) Albert Chauvelot, négociant, et en 2) Boulogne-sur-Seine en 1960 Robert Bonnefille (1924-2021), docteur en sciences physiques, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, auteur de publications, conférencier etc. De son premier mariage, Anne-Marie Vigneron retient deux fils, Bernard Chauvelot (1944-2015), peintre, graveur de l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy, architecte de l’Ecole d’architecture de Montpellier, chargé de cours etc qui participe à la restauration de la ville d’Uzès, et est architecte à Ténériffe, dont desc., et Dominique Chauvelot (1950-2016), négociant. De son deuxième mariage avec le professeur Bonnefille, Anne-Marie Vigneron est la mère de Pascal Bonnefille (°1960), maître en droit privé de l’Université de Paris II-Assas, journaliste professionnel depuis 1984, fondateur et directeur de la publication « Immoweek », fondateur en 1998 des « Pierres d’Or » dont le but est de mettre en valeur l’action des professionnels de l’Immobilier en France, officier dans l’Ordre national du Mérite. Passionné d’histoire, Pascal Bonnefille a été un collaborateur précieux à la réalisation de cette notice sur son grand-père maternel, le colonel Georges Vigneron. L’Echo de Nancy, 28 juillet 1942 ; Le Figaro, 2 septembre 2011.

[11] Le Quotidien, 5, 16, 22 octobre, 9 décembre 1916 ; Le Bruxellois, 4 juillet 1916 ; Le Messager de Bruxelles, 5 juillet 1916 ; La Région de Charleroi, 6 juillet 1916 ; Gazet van Brussel, 7 juillet 1916 ; L’Echo de la Presse, 11 janvier 1917 ; L’Ami de l’Ordre, 12 janvier 1917 ; Het Vlaamsche Nieuws, 19 janvier 1917.

[12] Georges Medaets (1896-1976), entré à l’armée belge en 1916 après avoir réussi l’examen d’admission aux études d’ingénieur à l’Université Libre de Bruxelles, est à partir de 1924 aviateur militaire. Il a vécu après la Seconde guerre Mondiale à Sao-Paulo au Brésil où il meurt. A. Lederer, « Notice sur Georges Medaets » in Académie Royale des Sciences d’Outre-mer, 1976.

[13] Armand-François Collignon, ancien administrateur territorial des régions de l’Equateur, ce qui explique son amitié avec le R.P. Cambier, est professeur à l’Université coloniale de Namur et président du Cercle d’étude des intérêts coloniaux. Il est encore conférencier, écrivain et sera bourgmestre catholique de Franc-Waret. Il épouse Irma (de) Hamoir (1876-1943), ce qui le rend cousin par alliance de toute la branche Detry, de Saint-Amand, descendante des mêmes ancêtres Hamoir. Son épouse a pour frère l’abbé Théophile Hamoir (1863-1925), révérend curé de Trognée, Croix Pro Ecclesia et Pontifice, « décédé à Trognée après une longue et pénible maladie soufferte avec la plus grande résignation, administré des sacrements de Notre Mère la Sainte Eglise, honoré de la bénédiction spéciale du souverain Pontife » (Vers l’Avenir, 13 juin 1925, 20 avril, 8 juin 1926, 12 février 1927 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 74).

[14] Il s’agit d’Achille Devillers (1855-1935), natif de Ciney et mort à Hingeon, qui épouse à Ciney le 5 janvier 1891 Adolphine Detry, sœur cadette de vingt ans de Mathilde Detry. Achille Devillers exploite pendant plusieurs années un établissement à Hingeon mais est aussi le maître des lieux de l’hôtel « Beau séjour » à Villers-sur-Lesse où il n’a de cesse de publier de 1908 à 1914 des annonces dans les éditions des quotidiens catholiques Le Vingtième siècle et le Journal de Bruxelles vantant les mérites de son établissement « situé à 15 minutes du Château Royal de Ciergnon et à proximité des grottes de Han et Rochefort » et qui dispose de « jardins d’agrément, de magnifiques terrasses, de bains, de tennis, et de chasses particulières ». Le Vingtième siècle, 9 août 1908 ; Vers l’Avenir, 31 octobre 1919 ; P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., p. 423.

[15] Le petit-fils du comte Amédée d’Andigné, le comte Arnaud d’Andigné, qui a repris le château de Franc-Waret, est depuis plusieurs années à la suite de son père, administrateur des « Amis de l’Hôtel de Groesbeeck-de Croix » à Namur avec Philippe-Edgar Detry qui en est le vice-président. C’est au château de Franc-Waret que meurt d’une apoplexie foudroyante, Antoine Barthélemy (1766-1832), avocat au Conseil souverain de Brabant, échevin de Bruxelles, receveur des hospices, cofondateur du journal « L’Observateur », membre de la Seconde Chambre des Etats généraux, ministre de la justice etc, trisaïeul de Pierre Mourlon Beernaert évoqué à la note 22. Antoine Barthélemy avait pour ami à Franc-Waret le marquis de Croix qui y séjourne, et son gendre, le ministre Alexandre Gendebien, était en relation d’affaires avec la famille de Croix.

[16] Des modifications ont été apportées notamment par la loi du 26 février 1947. Le combat des Juifs pour obtenir cette reconnaissance a souvent été long et ardu. On verra notamment à ce sujet C. Lucas, Paul Sobol, Henri Kichka et le statut des prisonniers politiques 1940-1945, janvier 2021.

[17] Rappelons que Philippe de Hauteclocque plus connu sous le nom de général Leclerc (1902-1947) est un officier brillant qui prisonnier en 1940 lors de la Bataille de France réussi à s’évader, prend le nom de « Leclerc » et rencontre à Londres le général de Gaulle qui le charge de rallier l’Afrique équatoriale française à la France libre. Il y parvient et parmi d’autres succès, il peut s’enorgueillir que son unité prend part à la bataille de Normandie et est la première à entrer dans Paris à la Libération. Il meurt en 1947 dans un accident d’avion et est fait à titre posthume maréchal de France.

[18] C’est dans une maison bourgeoise caractéristique de la rue Godefroid, demeure surmontée d’une cigogne en pierre, que vécut Thérèse Michel (1875-1962), fille de Maurice, dentiste et de Célestine Hirsch. C’est sous le titre de « Une Parisienne restée Namuroise » qu’André Dulière rappelle son attachement à la ville : « Quand en mai 1940, Maurice Schumann, alors lieutenant d’une armée en déroute, parvient à toucher sa mère par téléphone et lui parler quelques minutes, il entendit éclater en sanglot celle qui lui avait toujours donné un parfait exemple de maîtrise. Les sanglots étaient entrecoupés de l’exclamation « Namur est en feu, Namur est en feu ». A. Dulière, Les nouveaux fantômes des rues de Namur, Namur, 1983, pp. 407-418.

[19] Parmi les collaborateurs occasionnels du docteur Antoine Depage se trouve le docteur Marcel Detry (1879-1972), chirurgien, décoré de la Croix de 1ère classe de la Croix Rouge de Belgique « pour services rendus pendant la guerre 1914-1918 », résistant aux côtés de Edith Cavell (1865-1915), cette exceptionnelle infirmière britannique fusillée par les Allemands pour avoir permis l’évasion de centaines de soldats alliés de la Belgique lors de l’occupation. C’est aussi le cas de Hélène van Dooren (1882-1966), infirmière à La Panne comme volontaire de la Croix Rouge en 1915, et ensuite en France, épouse de René-François Detry (1881-1945). P.-E. Detry, La famille namuroise Detry, autrefois de Try, op. cit., pp. 215-228 et 578-612. Grégoire-L. Hennebert, auteur d’un ouvrage sur Max Cosyns né d’un premier mariage de Mme René-François Detry, évoque cette époque dans L’incroyable épopée de Max Cosyns, collègue d’Auguste Piccard, espion de Churchill, héros de la déportation, Bruxelles, 2024, passim.

[20] Le Soir, 8 avril 1946. Anoblie en 1985, la comtesse de Jongh (1916-2007) dite « le petit cyclone » dirige le plus grand réseau d’exfiltration d’aviateurs alliés en Europe de l’Ouest alors occupée par les Nazis, le réseau Comète. A la suite de son arrestation en 1943, elle est déportée aux camps de concentration de Ravensbrück puis de Mauthausen, d’où elle est libérée en 1945. Elle siège comme membre du Bureau de la Confédération Nationale des Prisonniers Politiques dont Georges Vigneron est un des deux vice-présidents. La Lanterne, 8 avril 1946.

[21] AGR 2 à Bruxelles, dossier de reconnaissance au statut de Prisonnier Politique, PP123550/32499. Un extrait d’acte de naissance est demandé en 1948 à la commune d’Hingeon et c’est son oncle, Théophile Dieudonné, secrétaire communal, qui le délivre pour l’Officier de l’Etat civil. Son dossier comprend également des échanges de correspondances, en 1955, entre le baron del Marmol, secrétaire général de la Commission de Reconnaissance Nationale et le ministre des Travaux publics et de la Reconstruction, en vue de l’attribution d’une distinction honorifique en faveur de Georges Vigneron.

[22] Henri Le Clercq (1887-1964), avocat près la Cour d'appel de Bruxelles, épouse à Bruxelles le 7 avril 1910 Louise (fille du baron) Du Bost qui assiste à la prestation de serment du Roi Albert Ier en 1909 est le trisaïeul de Mme Philippe-Edgar Detry (voir note 8 ; M.-R. Thielemans et E. Vandewoude, Le Roi Albert au travers de ses lettres inédites 1882-1916, Bruxelles, 1982, pp. 452-455 ; L. Robin, La descendance de Jean van Hoegaerden, Bruxelles, 1951, p. 52 ; Etat Présent de la Noblesse, 1973, p. 312 ; E. Dejean, « Notice sur Henri Le Clercq » in Biographie Nationale, t. XLII, 1981-1982, col. 167-168), est président national-fondateur de la Fédération des Invalides de Guerre (FNI), et à ce titre honoré de distinctions belges et étrangères. Il reçoit des mains de la Princesse Jean de Merode, Présidente de l'ONIG, la médaille de Reconnaissance de l'ONIG avec deux étoiles d'argent pour son activité et son dévouement à cette cause. Une médaille de bronze le représentant en buste et marquée « Henry Le Clercq, FNI 1919-1954 », œuvre de l'artiste namurois Victor Demanet, auteur du buste de Max Cosyns, né du premier mariage de Mme René-François Detry (1881-1945) est en outre frappée à l'occasion de la manifestation nationale de la FNI le 4 avril 1954. Un exemplaire est conservé dans les archives de la famille Detry. F. Maerten, CEGES, Inventaire 32, Archives Luc Somerhausen, dossier n°359, www.1914-1918.be. On verra toute la narration des événements vécus lors de la Première guerre Mondiale et notamment à l’Yser par les deux frères Jean (1888-1952), avocat à la Cour d’appel de Bruxelles puis industriel, médaille de l’Yser, époux de Marcelle Gesnot (1892-1959), cousine de Gabrielle Henrard (1893-1981) épouse de Edgar Detry (1886-1967) (P.-E. Detry, Essaimage d’une famille namuroise, Bruxelles, 1987, p. 98) et « Henri Le Clercq » in Henri Le Clercq, Mémoires de guerre 1914, sans lieu ni date, dont un exemplaire est conservé dans les archives de la famille Detry.

[23] François Bovesse (1890-1944), avocat, gouverneur de la Province de Namur, ministre, militant wallon, écrivain, poète etc, ami d’enfance de Edgar Detry (1886-1967) et fondateur avec Jean de Lathuy (1905-1998), avocat et magistrat, fils de Léonie Detry, de la revue Les Lettres mosanes, assassiné par les rexistes en 1944.

[24] Cimetière d’Ixelles, pelouse 4, rang 5, emplacement 12.

[25] La Nation belge, 13 février 1926.


Archives de la famille Detry ; AGR, matricule O17853 : F 1951, numéro 28 et dossier de Résistant armé 7 1944, numéro 3424 ; Dossier de demande de reconnaissance nationale au statut de Prisonnier politique (PP123550/32499) ; Warheritage au Cinquantenaire à Bruxelles, dossier militaire DO 13418 ; Service des Victimes de Guerre à Bruxelles, dossier personnel d040918 ; AEN, Tribunal de 1ère Instance à Namur, versement de 2011. Civil, boîte 104, numéro 553 (séparation de Georges Vigneron et Jeanne Berlet) ; Office de la propriété intellectuelle à Bruxelles, brevets d'invention de M. Georges Vigneron ; Arrêté royal du 30 juin 1917 (nomination de Georges Vigneron comme lieutenant) ; Allocution prononcée le 26 juin 1917 par S.G. Mgr Lemonnier, Evêque de Bayeux et Lisieux pour le mariage de Monsieur Georges Vigneron, lieutenant de l’Armée belge et de Mademoiselle Jeanne Berlet en l’église Cathédrale de Bayeux. Livret imprimé, conservé dans les archives de leur petit-fils, Pascal Bonnefille, à Paris, fils du professeur Robert Bonnefille et de Anne-Marie Vigneron. Le mariage est évoqué dans les chroniques mondaines de plusieurs journaux : L’Indicateur de Bayeux, 26 juin 1917 ; Le Figaro, 30 juin 1917 ; Le Gaulois, 1er juillet 1917 ; L’Excelsior, 2 juillet 1917 ; L’Ouest-Eclair, 5 juillet 1917 ; Le Petit Havre, 28 novembre 1917. On verra encore à propos de Georges Vigneron ou ses proches : Chanoine J. Schmitz et Dom N. Nieuwland, Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les Provinces de Namur et de Luxembourg, Bruxelles et Paris, 1920, p. 178 ; Vers l’Avenir, 19 novembre 1921 (Benoni Vigneron décoré de la médaille industrielle de 1ère classe), 29 décembre 1922, 4 octobre, 9 décembre 1926, 31 janvier 1927, 21 novembre 1932 (Fête à Franc-Waret), 18 janvier 1936 (décès de Michel Leeman époux de Madeleine Vigneron) ; 9 mars 1937 ((décès de Mme Vigneron née Marie Dieudonné), 20 août 1938 (concert de Benoni Vigneron), 27 décembre 1945, 9 avril 1946, 16 juin 1947, 12 janvier 1948 ; La Nation belge, 21 mars 1926, 25 mars 1930, 31 décembre 1945, 27 août 1946, 17 juin 1947 ; Le Soir, La Libre Belgique, 25 mars 1930, 12, 29 juillet 1933, 29 décembre 1945 ; L’Etoile belge, 12 juillet 1933 ; La Meuse, 13 juillet 1933 (attentat contre Georges Vigneron) ; La Cité Nouvelle, 21 juin 1945 ; La Nation belge, 13 septembre 1945 ; La Lanterne, 25 septembre 1945, 10 avril 1946. La Dernière Heure, 4, 5 novembre 1945, 12 février 1946, 10, 14 septembre 1947 ; La Nation belge, La Lanterne, Le Soir, 6 novembre 1945 ; De Nieuwsblad, 21 décembre 1945 ; La Lanterne, 27 décembre 1945, 22 novembre, 3 décembre 1947 ; Le Figaro, 5 janvier 1946 ; L’Indépendance-quotidien de Charleroi, 1er juillet 1946 ; La Libre Belgique, 17 juin 1947, 15 décembre 1949 ; Le Soir, 15 septembre 1947. On ne peut lire sans émotion le « Rapport de la délégation parlementaire chargée d’inspecter les camps de prisonniers civils en Allemagne, évoqué et reproduit lors de la séance du 12 juin 1945 » in Annales parlementaires, session ordinaire de 1944-1945. Sur la mitraillette Vigneron, voir e.a. : Article du 8 septembre 2014, Tir et collection. Armes Réglementaires sur le Forum francophone des tireurs et collectionneurs d’armes réglementaires. Une page Wikipedia (comprenant diverses références) consacrée au » PM mitrailleur Vigneron M2 » fait état du fait que le pistolet-mitrailleur Vigneron fut réglementaire dans l’armée belge de 1953 à 1989 environ » et « qu’un brevet fut déposé le 30 octobre 1951 ». Nous n’en avons pas trouvé à cette date-là lors de nos recherches ; Le Soir, 11 octobre 1959, 14 mars, 16 juillet 1968 ; Manuel technique Mitraillette « Vigneron », calibre 9 mm M2, Bruxelles, Ministère de la Défense Nationale, Etat-Major général,1961 ; L. Guillou, « La Mitraillette belge Vigneron » in Gazette des armes, n° 297 ; P. Denamur, « La Vigneron M1 et M2 » in Association Militaria Thuin, n° 65.


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